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Catégorie : Opéra

Une Flûte enchantée « high tech » au Théâtre des Champs-Élysées.  Singspiel de Wolfgang Amadeus Mozart en deux actes, sur un livret d’Emanuel Schikaneder.  Ensemble Matheus, Chœur du Théâtre des Champs-Élysées, Maîtrise de Radio France, dir. Jean-Christophe Spinosi.  Topi Lehtipuu, Sandrine Piau, Markus Werba, Emmanuelle De Negri, Jeannette Vecchione, Ain Anger, Steven Cole, Robert Gleadow, Claire Debono, Juliette Mars, Élodie Méchain.  Mise en scène : William Kentridge.

 On jouait à guichets fermés, devant une salle comble, pour ce premier opéra en version scénique de la saison, après les travaux de rénovation du TCE (réfection de la fosse d’orchestre, du plateau, de la machinerie et de l’acoustique).  La Flûte

enchantée, composée en 1791, créée à Vienne le 30 septembre de la même année, est une fable initiatique mêlant le féerique, le rituel maçonnique (cf. L’éducation musicale : « Musique et franc-maçonnerie » n° 565) et l’aventure sentimentale, sous forme d’un voyage des ténèbres vers la lumière, expliquant, par sa complexité, les multiples façons d’aborder cette œuvre.  William Kentridge en proposa une vision tout à fait réussie, d’une grande pertinence mêlant, avec bonheur, la gravité de la quête

initiatique et la dérision de la farce, utilisant largement la vidéo avec de beaux effets de profondeur et de mouvement, s’appuyant sur une scénographie faite de temples égyptiens (Mozart a probablement été initié le 14 décembre 1784, selon un rite égyptien) sur lesquels circulaient des surimpressions maçonniques ou d’autres dessins et animations éclairant la compréhension et la progression du livret.  Des décors gris, des éclairages blancs et une métaphore tout à fait pertinente entre ombre et lumière retrouvée dans l’opposition entre dessins en négatif ou positif, au sens photographique du terme.  Une direction d’orchestre, comme d’habitude avec J.-Chr. Spinosi, très enthousiaste,  pleine d’allant, soutenant parfaitement les chanteurs.  Une distribution vocale, en revanche moins homogène quant à sa qualité, car, si Sandrine Piau (Pamina), Markus Werba (Papageno), Ain Anger (Sarastro), Emmanuelle De Negri (Papagena) ne souffraient aucun reproche, Topi Lehtipuu (Tamino) nous parut bien pâle, d’une vocalité douteuse comme empêchée, quant à  Jeannette Vecchione (Reine de la Nuit), elle chanta juste et clair, mais manqua un peu de puissance pour ce rôle.  Un spectacle d’une belle tenue, des spectateurs satisfaits, comme en témoigna l’ovation méritée faite aux chanteurs, au chef, mais également au metteur en scène - ce qui n’est pas si fréquent par les temps qui courent…