Formidable Tristan… sans Isolde, au Théâtre des Champs-Élysées.  Opéra de Richard Wagner, en trois actes (1865).  Orchestre symphonique de Birmingham, Chœur Accentus, dir. Andris Nelsons.  Lioba Braun, Stephen Gould, Matthew Best, Brett Polegato, Christianne Stotijn, Ben Johnson, Benedict Nelson.

Un exceptionnel Tristan par la seule présence de Stephen Gould, mais une Isolde (Lioba Braun) perdue sous les élans furieux de l’orchestre, mené avec une fougue parfois excessive, par le jeune et prometteur chef letton, Andris Nelsons.  Opéra de l’incomplétude harmonique et amoureuse, opéra du désir, de l’émotion et de la passion, opéra de la temporalité qui s’efface, opéra du pessimisme schopenhauerien, dans lequel seule la mort permet de résoudre la terrifiante diérèse entre Volonté et Représentation, de multiples facettes et une magie qui expliquent, sans doute, l’irrésistible attrai

t de cet opéra, proposé en version de concert par le TCE, dans le cadre de son festival Wagner.  Un prélude d’une belle tenue, une progression savante des tempi, un très bel orchestre (rappelons qu’Adrian Boult et Simon Rattle en ont été les dirigeants, avant qu’Andris Nelsons ne prenne la relève en 2008) mais une fougue orchestrale qui ne tardera pas à apparaître par la suite, effaçant les nuances,  confondant volontiers vitesse et précipitation (on peut jouer vite pour maintenir un sentiment d’urgence et une tension dramatique, sans jouer fortissimo !), ce qui pénalisera gravement le Ier acte, couvrant les voix, entachant les différents timbres orchestraux dans un tutti assourdissant, créant ainsi un déséquilibre délétère entre orchestre et voix. (Peut-être la disposition de l’orchestre immédiatement en arrière des voix favorise-t-elle ce déséquilibre dans les versions de concert ?).  Un peu plus de modération et de finesse orchestrale nous permirent, au IIe acte, d’apprécier un duo d’amour et un hymne à la nuit d’anthologie, dans une symbiose totale ente musique et chanteurs, chargée de dramatisme, d’urgence et d’expressivité romantique, conclue par la magnifique complainte douloureuse du roi Marke (Matthew Best).  Une agonie de Tristan au IIIe acte d’une semblable et poignante beauté, où la voix exceptionnelle de Stephen Gould, incontestablement le meilleur Tristan du moment, fut la seule capable de résister aux vagues orchestrales.  Une mort sans gloire pour la pauvre Isolde, décidément peu à la fête ce soir.  Une distribution vocale, on l’aura compris, dominée par le trio masculin (Gould, Best et Polegato) de toute première qualité, parfaitement rompu à ce répertoire. Une très belle soirée qui aurait pu rester gravée dans les mémoires… Dommage. Une ovation prolongée, et méritée de la salle. Prochain rendez vous avec Wagner le 24 avril, au TCE avec, une fois encore, une superbe distribution.  

 

Description : C:UsersUserDesktopStephe Gould.png