Gioacchino ROSSINI : Otello. Opéra en trois actes. Livret de Francesco Berio di  Salsa, d’après la tragédie éponyme de  Shakespeare. Cecilia Bartoli, John Osborn, Edgardo Rocha, Barry Banks, Peter Kalman, Liliana Nikiteanu, Nicola Pamio, Enguerrand de Hys. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées. Ensemble Matheus, dir. Jean-Christophe Spinosi. Mise en scène : Moshe Leiser et Patrice Caurier.

 

 


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Une affiche attrayante et un festival Rossini très attendu, puisque présentant en ouverture le très rarement donné Otello, avec dans le rôle de Desdemona la très médiatique et talentueuse diva italienne Cecilia Bartoli. Un retour inespéré de la célèbre mezzo-soprano sur la scène parisienne, à l’exception de récitals réguliers, survenant vingt ans  après sa dernière apparition en Chérubin dans une mythique reprise des Noces de Figaro montées par Giorgio Strehler à l’Opéra de Paris. Quant à Otello de Rossini, c’est à Jean-Pierre Ponnelle que l’on doit la première mise en scène parisienne, en ce même Théâtre des Champs-Elysées en 1986, avec June Anderson en Desdemona. Un Festival qui permettra d’entendre d’ici la fin de saison également Le Barbier de Séville, Tancredi, L’Italienne à Alger et La Scala di Seta. Dix neuvième opéra de Rossini sur la quarantaine qu’il composa, Otello fut créé en 1816 à Naples, avec Isabel Colbran, future épouse du compositeur. Si l’on excepte une version de concert donnée, ici même en 2010, avec John Osborn déjà en Otello, Anna Caterina Antonacci en Desdemona et Evelino Pido à la tête des forces de l’Opéra de Lyon, il faut bien avouer que cet opera seria a, de nos jours, quasiment disparu des scènes lyriques, éclipsé, à juste titre d’ailleurs, par l’Otello de Verdi (1887), incomparablement plus fort dramatiquement et musicalement. Si le propos verdien reste centré sur le drame de la jalousie, la problématique rossinienne est plus d’ordre social, focalisée sur le racisme. Rossini y prend en compte la négritude du héros pour expliquer son rejet de la société, mais il fait surtout de Desdemona le personnage principal du drame : à la fois amoureuse, indépendante, courageuse et rebelle, elle devient ainsi le pilier de la dramaturgie et l’archétype de la femme moderne. Moshe Leiser et Patrice Caurier, reprenant leur production de l’Opernhaus Zürich de 2012, ont choisi de placer l’action dans l’Italie des années 1960, à Venise, cela entraînant bien sûr quelques anachronismes plutôt drôles. Mais pour le reste le propos reste cohérent bien qu’assez plat, et la scénographie agréable. Une mise en scène « dans l’air du temps » qui n’illumine pas le sujet mais qui ne le dessert pas non plus, laissant une large place aux chanteurs et à la musique. Ce qui n’est pas si mal !


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Une distribution vocale dominée de la tête et des épaules par Cecilia Bartoli qui retrouve, par son chant, l’illustre descendance des Desdemona de Colbran, de la Malibran ou de Giulia Grisi… Tout y est, la souplesse de la ligne de chant, la virtuosité avec des roulades d’une rare clarté, la puissance, la tessiture étendue jamais prise en défaut, la diction parfaite, la présence scénique et l’émotion qui atteindra son comble dans la « Chanson du saule ». Toutes qualités faisant un peu d’ombre au reste de la distribution, à commencer par le trio de ténors.

 


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Si les timbres sont bien caractérisés, Otello guerrier, Rodrigo amoureux et Iago perfide, la qualité vocale n’est pas exempte de faiblesses chez ceux qui les incarnent, à commencer par John Osborn, Otello, et Barry Banks, Iago, dont les aigus manquent d’assurance, souvent étriqués. Seul, Edgardo Rocha, en Rodrigo, sort du lot, révélation de la soirée par sa facilité vocale, son legato et son timbre magnifique. Reste encore à signaler les très belles prestations de Liliana Nikiteanu, Emilia émouvante, et de Peter Kalman, Elmiro, père de Desdemona, et seul baryton de la troupe. Mais la déception, en définitive vint de la fosse… Non pas tant de la direction de Jean-Christophe Spinosi, comme souvent, nerveuse, voire violente, avec des tempi parfois surprenants, mais plutôt de la sonorité assez terne de l’Ensemble Matheus et de ses dérapages instrumentaux nombreux (surtout les vents !) qui nous valurent une Ouverture particulièrement calamiteuse ! En dehors de ce « détail » fâcheux, ce fut une belle soirée d’opéra, un triomphe pour Cecilia Bartoli et quelques sifflets pour Jean-Christophe Spinosi. Le meilleur reste à suivre… Le Barbier de Séville (28 et 29 avril) Tancredi (du 19 au 27 mai), L’Italienne à Alger (10 juin) et La Scala di Seta (13 juin). A vos agendas !