Egidio Romualdo DUNI : L'Ile des fous. Comédie en deux actes. Livret de Louis Anseaume, et paroles de Marcouville et de Bertin d'Antilly. Françoise Masset, Aurélia Legay, Anouchka Larza Christophe Crapez, Jean-Loup Pagesy, Franck T'Hézan.  Les Paladins, dir. Jérôme Correas. Mise en espace : Mireille Larroche.

 

 


© Thierry Beauvir

 

 

Dans le cadre de sa saison centrée sur le thème de la folie, la Péniche Opéra exhume un opéra-comique du compositeur italien Egidio Romualdo Duni (1709-1775). Arrivé à Paris en 1757, alors que sévit la querelle des bouffons, il prend parti pour les encyclopédistes et épouse la thèse selon laquelle la langue française a toutes les capacités à se prêter au chant. L'Île des fous (1760) est une comédie burlesque où s'expérimente un schéma éprouvé : dans une île au milieu de nulle part, les amours d'un jeune homme, qui se trouve être le gouverneur de céans, pour une belle, distraite par son avare de père à tout contact, de la gente masculine en particulier. Il se trouve que sur cet îlot on a isolé des fous, histoire de les enfermer loin de tout... L'intrigue, très relâchée, est prétexte à peinture de caractères brossés à grands traits, mais pas moins intéressants : outre Sordide, le vieil avare, aussi proche de sa cassette qu'un certain Harpagon, deux fanfarons de circonstances, Brisefer et Spendrif, et deux dames infatuées, l'une laide et rusée, l'autre belle, mais sotte. Il sont fous, dit-on, mais partagent avec gens de raison, avarice, prodigalité, mégalomanie et amour de soi, et s'avèrent fins raisonneurs lorsqu'il s'agit de laisser triompher les lois de la nature : la recherche du petit trésor que l'avare a imprudemment caché au pied d'un arbre, l'assaut conjugué d'efforts pour assurer le bonheur de la jeune fille aspirant à un hymen bien naturel ! Dans une discrète, mais efficace mise en espace de Mireille Larroche, le microcosme évolue de manière agréable, les costumes XVIII ème apportant une touche d'élégance et les dessins évolutifs et suggestifs en fond de scène, peints sur sable par Christian Pochet, une impression d'évasion. Cinq musiciens défendent la musique descriptive et brillante de Duni, Jérôme Correas dirigeant de son clavecin avec un bonheur évident, et se prêtant même à quelques répliques. On a apporté un soin particulier au mélange de parlé-chanté qui fait le sel de la pièce et son style d'improvisation, au confluent du bouffe napolitain et de la veine légère française. Du sextuor vocal, se détache la Follette de Françoise Masset. Voilà un éloge bien policé de la folie en regard des démonstrations exacerbées que lui réserveront à l'opéra les romantiques, et qui donne à réfléchir sur la subtile frontière qui sépare le normal du pathologique.