Jean-Philippe RAMEAU : Daphnis et Églé. Pastorale héroïque en un acte sur un livret de Charles Collé. La Naissance d'Osiris. Acte de ballet sur un livret de Louis de Cahusac. Élodie Fonnard, Magalie Léger, Reinoud Van Mechelen, Sean Clayton, Arnaud Richard, Pierre Bessière. Chœur et Orchestre des Arts Florissants, dir. William Christie. Mise en scène : Sophie Daneman.

Rafraîchissante soirée que celle à laquelle nous conviait William Christie, dans le cadre d'une tournée célébrant Rameau, qui après Caen et Dijon, en passant par Luxembourg et même Moscou, se concluait à la Cité de la musique. Prétexte à l'exhumation de deux pièces tardives, empruntées au genre de l'acte de ballet. Au faîte de la gloire, mais affecté par les rivalités artistiques et politiques,

Rameau compose de moins en moins, se consacrant essentiellement à ces actes de ballet à l'occasion d'évènements officiels. La pastorale héroïque Daphnis et Églé a été créée en octobre 1753 à Fontainebleau pour fêter la naissance de Xavier Pierre Joseph, duc d'Aquitaine. L'auteur du livret est Charles Collé, qui ne passait pas pour un admirateur du musicien, quoiqu'il ait pris le parti de celui-ci contre les lullistes dans la querelle des Bouffons. L'œuvre compose un divertissement sans autre prétention que celle de célébrer le passage de l'amitié à l'amour chez deux jeunes bergers. L'influence de la manière italienne est forte dans cette succession de morceaux dont plusieurs sont de forme concertante et où la danse occupe une place de choix. Les deux héros, rejoints par l'Amour, un grand Prêtre et Jupiter, endossent une partie vocale pas moins intéressante au fil de duos de plus en plus développés à mesure que l'amitié fait place à l'amour. La Naissance d'Osiris, ou la fête de Pamille, sur un livret du fidèle Louis de Cahusac, a été créée le 12 octobre 1754, pareillement à Fontainebleau, dans le cadre des célébrations de la naissance du duc de Berry, futur Louis XVI. L'atmosphère y est plus bucolique que dans la pièce précédente et les figures dansées plus développées. C'est que Cahusac y met en pratique ses théories sur la danse, développées dans son tout récent traité « La Danse ancienne et moderne », et ce qu'on appelle ballet figuré ou danse d'action. Une des plus topiques est celle décrivant l'épouvante des bergers surpris par l'orage déchaîné par Jupiter. On y trouve aussi plusieurs musettes, tambourins, rondeau et une longue contredanse qui clôt l'opéra avec le chœur. Le chant n'est pas pour autant négligé, dont la partie du dieu Jupiter qui bien que second rôle, se voit gratifié d'une longue séquence introduite de manière grandiose par un orage effrayant avec tonnerre et éclairs.

 

 

 

 

 


© Philippe Delva

 

 

William Christie donne de ces pièces une lecture suprêmement équilibrée, et les musiciens des Arts Florissants distillent des sonorités envoûtantes, d'une infinie douceur aux cordes, et d'une fine couleur dans les bois, basson et hautbois en particulier. Sans parler de la note agréablement archaïsante qu'apportent des instruments originaux comme la musette ou le tambour de basque. La sonorité reste chambriste, car Christie choisit une formation réduite. Si la disposition en fond de plateau, derrière les solistes, chœurs et danseurs, ne favorise pas le déploiement sonore, du clavecin et de la basse continue notamment, du moins l'effet de proximité entre toutes ces forces est-il un avantage indéniable. Ses jeunes chanteurs, Christie les couve du regard. Au premier chef les deux rôles titres dans Daphnis et Églé, la soprano Élodie Fonnard et le haute-contre Reinoud Van Mechelen, tous deux lauréats du Jardin des Voix en 2011 : voix d'une aérienne fraicheur et d'une expressivité étonnante dans l'exigeante déclamation ramiste et ses appogiatures. Magali Léger, qui campe un Amour espiègle à souhait auprès des deux héros, puis Pamille dans la seconde pièce, déploie un chant vif argent. Le Jupiter de Pierre Bessière est bien sonore. La mise en scène à été confiée à Sophie Daneman. Elle dépasse la simple mise en espace dictée par une exécution en salle de concert : façon théâtre de tréteaux, elle parvient avec une belle économie de moyens mais une riche inventivité, à donner vie à ces deux pochades. L'idée, fort lumineuse, étant de les unir en une seule et même histoire : le rejeton Osiris dont on fête la naissance dans la seconde, étant le fruit des amours de Daphnis et Églé, révélées au fil de la première ! Autrement dit une variation en deux séquences sur le triomphe de l'Amour, thème emblématique de l'opéra baroque s'il en est. La chorégraphie de Françoise Denieau est agréable, sans modernisme inutile, épousant rythmes et volutes musicales.