Voilà un programme original : ne jouer que des Fantaisies, en partant de Bach (Fantaisie Chromatique et Fugue BWV 903) pour arriver à Schumann (Fantaisie pour piano en Do majeur, op. 17), en passant par Mozart (Fantaisie en Ré mineur K 397) et Haydn (Fantaisie pour Clavier en Do majeur Hob XVII 4). Mise à part la Fantaisie de Haydn et celle de Mozart, le jeune Gaspard Dehaene, pour son premier concert à l'auditorium du Musée d'Orsay, s'attaque à deux œuvres complexes que sont la Fantaisie BWV 903 de Bach et celle op.17 de Schumann. Né en 1987, Gaspard Dehaene obtient son

master en 2012 au CNSM de Paris. Lauréat de plusieurs concours internationaux, il s'est produit à maintes reprises dans différents festivals en France et à l'étranger. Passionné de musique de chambre, il a enregistré un CD avec l'excellent altiste Adrien Boisseau consacré aux sonates piano-violon de Schumann et un autre de Roussel avec Anne-Lise Durantel. Gaspard Dehaene est un très jeune pianiste avec beaucoup de qualités techniques. Il l'a prouvé dans la Fugue de Bach et à maintes reprises dans la pièce de Schumann. Mais comment interpréter des œuvres si complexes ? De très grands musiciens ne se sont mis à les jouer en concert et à les enregistrer que très tardivement dans leur carrière. Dès l'attaque de la Fantaisie de Bach on a senti que Dehaene partait dans une interprétation un peu appliquée et avec des accents romantiques. La Fugue demande du doigté et à être jouée sans affect, ce qu'il a réussi à faire. Pour la Fantaisie de Schumann, œuvre d'une puissance romantique immense – c'est un cri d'amour déchirant du musicien à Clara, espérant qu'elle deviendra sa femme, le père étant totalement opposé à cette union – le compositeur demandait à ce qu'elle soit jouée de manière fantasque et passionnée. Pas évident à faire sentir ! Il faut peut-être avoir plus de vécu pour l'interpréter : le grand adolescent timide qu'il paraît, est peut-être trop jeune pour ressentir toutes les nuances qu'il y a dans cette œuvre, pas si « fantaisie » que veut bien dire le titre. Dans cette composition on entend beaucoup de compositeurs présents ou à venir : Beethoven avec un hommage à ses Sonates. Mais aussi Liszt, Wagner, Moussorgski l'ont sûrement entendue. Gaspard Dehaene est un pianiste plein d'avenir, assez courageux pour jouer un tel programme. C'est tout à son honneur. Il a tout le temps devant lui pour trouver le sens profond de ces œuvres. Il est toujours sympathique de découvrir un artiste en « work in progress »