Souhaitons au tout nouvel orchestre créé par Julien Chauvin une vie dont la durée dépasse celle de son modèle, Le Concert de la Loge Olympique ! La formation que le violoniste a choisie comme référence, et dont il a repris le nom, n'a en effet donné que trois années et demi de concert à Paris: de 1786 à 1789… et la république sait pourquoi ! Eu égard à la prestation que les musiciens nous ont offert le 13 janvier dernier, à la MC2 de Grenoble, la nouvelle formation mérite en tout cas d'avoir une longue et brillante carrière.

Il faut dire que la qualité de l'interprétation de Karina Gauvin y était pour beaucoup.  On sait combien le timbre et l'intelligence musicale de cette soprano sont particulièrement adaptés à Georg Friedrich Haendel. Que ce soit dans Giulio Cesare, Rodelinda, Solomon, Lotario, Alcina, ou encore Rinaldo, Karina Gauvin sait mettre en valeur l'expression sans que la technique, pourtant indispensable dans de telles pièces, ne prenne le pas sur celle-là. Qu'elle me permette cependant une toute petite remarque : j'aurais aimé que l'intensité un peu insuffisante de ses notes basses ne crée pas ce petit déséquilibre dans la mélodie, lorsque, à l'instar de Jean-Sébastien Bach, Haendel confie au registre grave de cette mélodie un rôle également harmonique. Le concerto pour orgue que nous a donné Frédéric Rivoal était fort intéressant, même si on suppose que l'instrument dont disposait Haendel avait un « coffre » plus conséquent. A propos de disproportion dans l'intensité, il faut remercier Shizuko Noiri pour la beauté et la souplesse de ses gestes au théorbe ; car il faut bien l'avouer : la plus part du temps, on n'entendait guère l'instrument (seul le continuo du clavecin perçait l'orchestre). La sonorité et la précision des instruments à vent baroques était vraiment digne d'éloge : merci à Antine Torunczyk et Lidewei De Sterck pour leur hautbois si vivant, et surtout à Tami Krausz pour ce son de flûte particulièrement chaud. En conclusion, le seul reproche que j'oserai faire à l'ensemble, pour ce concert dont le programme était très équilibré (bravo pour la variété dans la succession des pièces), tient à sa jeunesse : comme je l'aurais signalé à un jeune soliste, j'ai trouvé que le tempo trahissait, surtout dans la première partie, une légère fuite en avant. Énergie sans précipitation, Julien comprendra, s'il entend l'enregistrement, ce que je veux dire. Merci enfin pour le « Lascia ch'io pianga » donné en bis en hommage à Charlie. Bravo à tous et à bientôt dans Haydn !