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Catégorie : Clavecin

Certes, cet Urtext propose un gros et beau travail d’édition, mais on pourra regretter et déplorer qu’une nouvelle parution d’un si grand auteur français ne soit pas de facture française… Citons en rappel l’édition précédente de Kenneth Gilbert, chez Heugel, collection le pupitre (1969), des quatre livres de Pièces de clavecin (à la présentation plus large, mais à la gravure moins fine).
Denis Herlin, dans la préface (traduite par Peter Bloom), retrace quelques faits historiques et rappelle la biographie de l’auteur. Il explique la genèse et les problèmes de gravure et de publication du deuxième livre et de l’Art de toucher le clavecin. Il s’attache ensuite à la structure de l’œuvre, aux indications de tempo, aux ornements et à l’instrument lui-même.
Le deuxième livre contient sept « Ordres » - du sixième au douzième - (dénomination spécifique à F. Couperin pour désigner une « Suite »), ensemble de soixante-deux pièces au titre évocateur, ironique, humoristique ou mystérieux. Nous pouvons apprécier dans cet Urtext basé sur la première édition (quinze tirages, le manuscrit ne nous étant pas parvenu,

mais nous en connaissons cinquante-deux copies), la qualité et la précision, la méticulosité à la fois de Couperin et du graveur. En effet, le compositeur, innovant et très rigoureux dans sa graphie (ornements, doigtés, reprises, rythmiques inhabituelles, liaisons, crochets…) en raffinant et détaillant son écriture, a complexifié le travail du graveur, monsieur du Plessy. Il s’est attaché de plus à soigner la mise en page : seules trois pièces comportent une tourne, en raison de leur longueur. Pour ne pas surcharger la lecture, mais ce qui ne la rend peut-être pas plus aisée, deux extraits de fac-simile sont proposés pour appliquer les doigtés de Couperin (L’Ausoniène).
Notons que les chiffrages indicateurs de mesure « extraordinaires » (8/4, 8/3) sont conservés, par contre, seules les clés de sol et de fa sont utilisées (Couperin en emploie six).
Suite au second livre, paraît en appendice, l’explication des Agréments et des Signes, ce que l’on appelle communément « table d’ornements » et qui est propre à certains compositeurs. Les huit préludes et l’Allemande qui suivent constituent l’Art de toucher le clavecin (gravé par L. Hüe). Des commentaires critiques, (comparaison des quinze tirages) malheureusement seulement en anglais, closent ce bel ouvrage qui sera certainement une référence incontournable pour les clavecinistes et musiciens curieux.
Sophie Jouve-Ganvert