Le mouvement orphéonique français

Françoise PASSAQUET : Le mouvement orphéonique français. Cahier répertoire n°11 – octobre 2015. Centre de Documentation pour l'Art Choral de Liaisons Arts Bourgogne http://www.le-lab.info/cdac/

Nous avons déjà fait allusion à ce remarquable travail de Françoise Passaquet dans notre Infolettre de mars dernier. Nous y revenons plus longuement ce mois-ci car il présente un double intérêt. D'abord un intérêt historique. On oublie trop souvent que le mouvement orphéonique a d'abord été un mouvement choral et qu'il est le lointain inspirateur des chorales populaires du début du XX° siècle puis de l'envie de chanter en cœur qui devait donner naissance, grâce à des hommes comme César Geoffray et Raphaël Passaquet au mouvement A cœur joie. Il est donc passionnant de se replonger dans cette histoire du chant choral populaire et du mouvement orphéonique. Le deuxième intérêt, et pas des moindres, est que Françoise Passaquet complète son travail par un catalogue d'œuvre allant du répertoire des orphéons à aujourd'hui pour chœur d'homme, chœur d'enfants, chœurs mixtes. On aura donc tout intérêt si on est à la recherche de répertoire à prendre contact avec le Centre d'Art Polyphonique de Bourgogne et sa très riche bibliothèque pour pouvoir se procurer les œuvres proposées car toutes ne sont pas facilement disponibles. Nous souhaitons donc bonne pêche à tous les chefs de chœur ou professeurs de formation musicale.

 

 

Davide PERRONE : Beata

pour chœur mixte SATB a cappella. Moyen. Delatour : DLT2641.

Composée sur un texte de l'hymnaire de Nevers (1239) mais qui remonte au VIII° ou IX° siècle, cette pièce est une louange à la Jérusalem céleste et a été utilisé pour la dédicace des églises. Le grégorien est présent comme source d'une polyphonie extrêmement claire alternant unissons et octaves, et dissonances de neuvième. Il s'agit d'une très belle méditation sur le mystère de l'Église.

 

Félix MENDELSSOHN-BARTHOLDY : Der 98. Psalm.

« Singet dem Herrn ein neues Lied ». MWV A 23 op. posth. 91. Pour solistes SATB, double chœur mixte et orchestre. Edité par John Michael Cooper. Urtext. Bärenreiter : conducteur BA 9076 – chant et piano : BA 9076-90.

Ecrite en quelques semaines et interprétée pour la première fois le premier janvier 1844, cette œuvre monumentale méritait bien une édition critique. C'est chose faite. On trouvera dans le conducteur une préface détaillée retraçant l'histoire de l'œuvre et de ses variantes et éditions. Comme toujours, l'ensemble es particulièrement lisible et non moins fait pour l'étude que pour l'exécution.

 

 

Jean-Philippe RAMEAU : Airs d'opéra

Haute-contre vol. 2 (Ténor). Coédition Centre de musique baroque de Versailles – Société Jean-Philippe Rameau. Distribution mondiale : Bärenreiter : BA9197.

Voici donc un nouveau volume de cette remarquable publication réalisée par Sylvie Bouissou, Benoît Dratwicki et Julien Dubruque. La réduction au clavier est de François Saint-Yves. Comme pour les précédents volumes, on y trouve en français et en anglais une présentation aussi passionnante qu'exhaustive de ces airs comprenant à la fois l'historique et les indications d'interprétation. Le tout est parfaitement clair et permet une interprétation la plus authentique possible que ce soit par la clarté de la partition que par sa lisibilité. C'est un travail tout à fait remarquable.

Laurent DROUET, Tim GUILLO : Caboulot. Guinguette marine.

1 vol. 1 CD. Editions Buissonnières : EB-2-279.

Une ambiance de bistrot de marins (bretons, mais pas seulement !), voilà ce que nous restitue d'abord le « projet Caboulot ». Il se propose deux objectifs : apporter une matière contemporaine à ce genre musical, et alimenter ainsi le répertoire disponible. Il s'agit en l'occurrence d'entretenir une vieille tradition qui connait aujourd'hui un renouveau certain. On s'en convaincra en allant écouter sur YouTube le groupe dont font partie les auteurs https://www.youtube.com/watch?v=TlhuIbalf18 Toutes ces chansons au caractère bien trempé méritent d'être reprises en chœur. L'ambiance et la qualité sont au rendez-vous. Et on peut toujours chanter avec le CD qui se déguste… sans modération !

Psaume pour les morts de la guerre

André FLEURY : Psaume pour les morts de la guerre (pour voix moyenne et orgue), Paris, Le Chant du Monde (www.lechantdumonde.com ), 1954, Réf. VO 4214. CDM 1995, 4 p.

Composé en 1954 sur les paroles de Cyril Dubus, cette partition existe aussi en version pour voix moyenne et orchestre à cordes, réalisée par Bruno Schweyer. Le texte d'inspiration catholique, très réaliste, exige un débit syllabique  par mouvement de croches ; la mélodie évoluant par mouvements assez conjoints plane sur des accords avec une longue pédale centrale dans l'introduction. Ce Psaume se déroule dans les nuances p et pp avec un seul f sur [accepter] « de mourir » et se termine par l'affirmation « C'est qu'ils croyaient en Vous ». Son interprétation nécessite surtout une voix souple pour le débit des paroles et capable de différencier les nuances p, pp. Cette œuvre d'André Fleury (1903-1995), brillant représentant de l'école d'orgue française, peut convenir pour un service religieux ou une commémoration officielle .

 

Charles GOUNOD : La prière et l'étude

4 voix égales. Poèmes de Charles Turpin. La Sinfonie d'Orphée : LSO-0105.

C'est grâce à Musicora que nous avons découvert cette maison d'édition au catalogue très intéressant. On le trouvera, ainsi que l'adresse des éditions, sur http://www.lasinfoniedorphee.com/   Cette partition est publiée en lien avec la parution d'un cahier-répertoire consacré au mouvement orphéonique français, écrit par Françoise Passaquet et publié par

RAMEAU Jean-Philippe : Airs d'opéra.

Dessus (Soprano). Vol. 2. Bärenreiter : BA9192.

Après un premier volume dont nous avons rendu compte dans la lettre 94 de juillet 2015, en voici un deuxième, toujours en coédition avec le Centre de musique baroque de Versailles et la Société Jean-Philippe Rameau.

Henri CAROL (1910-1984) : STABAT MATER, pour 4 voix mixtes, soli et orgue. 1er  Cahier, version pour Chœur, 8 p. - 2e Cahier, CONDUCTEUR, 12 p.  Santilly, Édition Les Escholiers (17, rue du Bois, 28310 SANTILLY,  ou ), 2e éd. 2015.

Cette restitution musicale et liturgique, réalisée par Guy Miaille et François Penalba, est très bien présentée et gravée par Isabelle Vonck. Elle comprend le texte latin intégral et la traduction française du texte marial bien connu mis en musique par Henri Carol,  organiste, compositeur et prêtre (ordonné en 1933). Il est né à Montpellier, le 18 janvier 1910. En 1936, il est professeur de Lettres au Petit Séminaire Saint-Roch et maître de chapelle à la Cathédrale de Montpellier. Dix ans après, pendant un quart de siècle, il exercera la même fonction à la Cathédrale Saint-Charles de Monaco. En 1964, il est nommé Chanoine titulaire et, en 1968, il succède à l'organiste Émile Bourdon. Ce « prêtre musicien », organiste et compositeur prolifique meurt accidentellement en 1984.

En remarquable pédagogue, Stéphan Patin comble une lacune avec ses 15 Chants de table, sujet rarement abordé. Ce petit recueil sera très apprécié lors de réunions familiales, de jeunes et moins jeunes, de scouts... En un style parfois truculent, faisant preuve d'une grande imagination, ses chants concernent notamment le petit-déjeuner (Le jour vient…), le déjeuner (Midi-moi donc) ou encore le dîner (Qu'y a-t-il au dîner ?), l'injonction : À table !... D'emblée, le ton est donné avec « Mieux vaut un plat de légumes là où règne l'amour qu'un bœuf bien gras et assaisonné de haine ».

Sophie LACAZE : En Quète  pour récitant, voix de mezzo-soprano, saxophone alto et piano. Difficile. Delatour : DLT2552

Cette œuvre a été composée pour une exposition de photographies de Guy Bompais mettant en scène un personnage solitaire, dont les pensées sont exprimées par des textes de Jean-Pierre Rosnay, tirés de son recueil Fragments et reliefs. Sophie Lacaze en a fait ensuite une version autonome. Le texte est premier, la musique étant là seulement pour créer autour du texte une atmosphère en harmonie avec lui. La voix elle-même est la plupart du temps utilisée comme un instrument. L'ensemble est attachant mais demande évidemment une mise au point extrêmement fine.

 

 

Peter VIZARD : Á la venue de Noël.  Mélodies populaires pour chœur mixte et/ou instruments. Facile. Chanteloup musique : CMP015.

Cet ouvrage est d'abord écrit pour chœur mais se prête à de nombreuses combinaisons à géométrie variable. On y trouve les noëls traditionnels français, allemands et anglais les plus connus délicatement harmonisés de façon à la fois classique et pour certains, originale. On notera en particulier l'effet de cloches de l'harmonisation d' « Il est né le divin enfant ». Il s'agit donc d'un recueil qui pourra rendre de grands services aussi bien pour les chorales que pour les ensembles instrumentaux de conservatoire.

Bruno ROSSIGNOL : Dona nobis pacem  pour chœur mixte SATB a cappella. Delatour : DLT2471.

Bruno Rossignol enrichit ses œuvres religieuses pour chœur de ce motet qui prend pour support la dernière phrase de l' « Agnus Dei » de la messe : Dona nobis pacem, Donne nous la paix. La phrase est répétée, comme pour une longue méditation qui en ferait ressortir différents aspects. Le tout est quasiment homorythmique. Tout est dans les subtilités harmoniques et dans l'expressivité des nuances et des accents. Il n'y a pas de grande difficulté technique, mais la beauté de la pièce ne s'exprimera vraiment – mais est-ce une surprise ? – que dans la perfection de son exécution.

 

 

Giuseppe VERDI : Ave Maria.  Arrangement de Jean-Christophe Rosaz pour soprano solo et chœur SATB a capella. Assez facile. Delatour : DLT2503.

Cet air de Desdémone, tiré de l'Otello, n'a en fait de facile que l'apparence. Certes, l'ensemble est pleinement consonnant et ce n'est pas par les harmonies qu'il déconcertera les chœurs. Mais, outre qu'il y faudra une soliste de premier plan (Maria Callas s'est illustrée dans cet Ave Maria…), il faudra aussi que le chœur fasse preuve de grandes qualités vocales pour conserver la justesse y compris dans les lentes finales au la bémol aigu chantées pianissimo. Ceci dit, le résultat est certainement très intéressant. J.-C. Rosaz nous dit qu'il a voulu habiller ce qui était un tapis de cordes de la « chair » d'un chœur qui reprend les paroles de la soliste. Sur le conducteur figure une réduction clavier qu'il ne faudrait pas utiliser au piano. Mais peut-être qu'elle pourrait servir pour un orgue avec des fonds doux. C'est à essayer…

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Nicolas Bacri (né en 1961 à Paris), élève au CNSMP et à l'Académie de France à Rome, a composé en 2011 ses Mélodies de la mélancolie. Compositeur prolifique, ses Chants d'amour (2015) portent le numéro d'opus 126 n°2a. Il s'agit d'une œuvre de commande pour le 22e Concours international de Chant de Mâcon (Opéra et Mélodie française). Il a retenu trois textes du poète symboliste belge, Emile Verhaeren (né à Saint-Amand, Province d'Anvers, en 1856, et mort à Rouen, en 1916). Ils sont extraits de ses Recueils Les heures  Les heures claires (1896), Les heures de l'après-midi  (1905) Les heures du soir (1911) — dans lesquels il exprime son amour pour sa femme Marthe Massin, peintre aquarelliste.

Michel LYSIGHT : El Niño de Atocha  sur un texte d'Alain Van Kerckhoven pour chœur mixte à 5 voix (SATBB). Delatour : DLT2501.

Créée le 13 mai 2012 à Bruxelles, cette œuvre a été inspirée par les confidences faites à l'auteur du texte par une jeune femme de république dominicaine. El Niño de Atocha est un « enfant Jésus » local qui protégeait des sorciers et calmait les peurs de la petite fille. L'alternance de deux thèmes musicaux, l'un à caractère de berceuse populaire, l'autre plus rythmique crée une ambiance typique. Bien que consonnant, l'ensemble demande un chœur aguerri à cause de la virtuosité de certains passages, d'autant plus qu'il est important que le texte soit parfaitement compréhensible. Mais on sera récompensé du travail demandé par la beauté de l'œuvre.

Nicolas CHEVEREAU : Quatre poèmes de Ronsard  pour baryton et piano. Delatour : DLT2543.

Parmi ces quatre poèmes de Ronsard, trois sont tirés du recueil Les Amours : Comme on voit sur la branche au mois de May est extrait du livre « Sur la mort de Marie » et date de 1578 ; Le printemps n'a point tant de fleurs s'intitule Chanson dans le livre « Nouvelle continuation des amours » (1556) et Ciel, air, et vents est issu du deuxième livre des « Amours » et date de 1552. Quant au poème Pourtant si j'ay le chef plus blanc, il est tiré du quatrième livre des « Odes » publié en 1550. On voit que le choix de l'auteur n'est pas anodin, car il réunit en un recueil des poèmes qui ont en commun une vision de l'amour dans sa dimension exaltante et passagère. La mort n'est jamais loin… Le langage utilisé est ce que l'auteur appelle un « langage tonal élargi ». Le discours musical ne fait pas redondance avec les poèmes mais les éclaire continuellement. Le chant est lyrique, mais avec beaucoup de pudeur et de retenue.

Michel LISYGHT : Three Philosophers Songs  sur un texte d'Alain Van Kerckhoven pour baryton, flûte, violon, violoncelle et piano. Delatour : DLT2500.

Sur un texte en anglais, l'auteur nous présente trois contes philosophiques librement inspirés de trois mythes occidentaux : le premier, inspiré de Caïn et Abel, le deuxième du destin de l'acacia et le dernier s'inspire de la légende de Saint Nicolas. L'ensemble laisse un rôle majeur aux parties instrumentales qui dialoguent constamment avec le chanteur. Il y a un grand lyrisme dans cette œuvre attachante.

Robert SCHUMANN : Liederkreis von Joseph Freiherrn von Eichendorff op. 39. Bärenreiter Urtext : BA7853.

Que voilà une intéressante édition de ces lieder moins connus et moins donnés en récital que les autres cycles de Schumann, mais qui n'en sont pas pour cela moins beaux et moins intéressants ! Cette édition de Hansjörg Ewert comporte une copieuse préface faisant l'historique de la composition, indiquant notamment le rôle joué par Clara dans la genèse de cette œuvre. Les textes des lieder figurent en tête du recueil avec leur traduction anglaise. On trouve à la fin les différentes variantes de l'autographe, des indications critiques et en appendice Der frohe Wandersmann.(op.77 n°1).

Ces deux volumes font partie d'une anthologie en huit volumes réalisée conjointement par le Centre de Musique Baroque de Versailles et la société Jean-Philippe Rameau. On ne peut que se réjouir de voir ainsi mis à la disposition des chanteurs un tel répertoire,

Cinq Élégies.

Jean-Charles GANDRILLE : Cinq Élégies.  Mélodies pour soprano et piano sur des poèmes tirés de Alcools  de Guillaume Apollinaire. Delatour : DLT2527.

Ce cycle de mélodies a été écrit en 1999, à l'âge de dix-sept ans, suite à une déception amoureuse… On trouve dans ce recueil toute la recherche de couleur harmonique et de fluidité mélodique qui caractérisent le style de l'auteur. C'est beau et… difficile !

 

Agnus Dei

Jean-Charles GANDRILLE : Agnus Dei  pour chœur mixte SATB a cappella. Delatour : DLT2526.

La seule difficulté de ce chœur, c'est que les voix sont très souvent divisées. Sinon, la pièce n'offre pas de difficulté technique. C'est simple et beau, mettant avant tout en valeur le texte. Pièce dépouillée et expressive, elle correspond tout à fait au souhait de l'auteur : « Par la beauté d'une musique sacrée, on peut accéder à la foi ». Est-ce à dire que la laideur de certaines pièces d'église peut la faire perdre ? Horresco referens…