Noël LEE : Deux sonnets partagent la ville pour mezzo-soprano et piano. Delatour : DLT1223.

Le texte de cette œuvre est un sonnet de Pierre Corneille à propos de deux sonnets qui mettaient la zizanie à la cour comme à la ville. Nous n’entreprendrons pas ici de conter cette histoire. Noël Lee s’y emploie dans un langage contemporain avec infiniment d’esprit. Les deux « partenaires », pour employer le vocabulaire qu’affectionnait l’auteur, s’en donnent à cœur joie dans cette œuvre pleine d’invention et d’humour.

Noël LEE : Réponse à l’esprit des bois pour baryton et piano. Delatour : DLT1222.

Nous n’épiloguerons pas sur les rapports difficiles d’Hugo avec la musique. Etait-il intransigeant ou seulement exigeant à ce sujet ? Toujours est-il que sous le poème d’Hugo, Noël Lee crée une ambiance sonore tout à fait spéciale. Il faut, pour exécuter cette œuvre disposer d’un piano muni d’une « pédale tonale » ou pédale de sostenuto. Cela est indispensable pour créer l’ambiance sonore : le texte musical est ainsi placé dans une sorte d’enceinte acoustique qui crée un halo sonore variable tout au long de cette pièce en vers de quatre pieds qui lui donnent un rythme très particulier. Comment ne pas penser au Pas d’arme du roi Jean en vers de trois pieds…

Mårten JANSON : Missa brevis en mi bémol mineur. SATB. Bärenreiter : BA 8521.

Qu’on ne se laisse pas effrayer par le nombre de bémols : cette messe effectivement brève, ce qui est aujourd’hui une condition quasi obligatoire pour qu’elle soit entendue dans son cadre naturel, c’est-à-dire une messe, est très consonante, ce qui ne veut pas dire plate. Le langage en est à la fois sobre et délicat. Bien que brève, elle contient toutes les parties de l’ordinaire. Au kyrie largo rubato succède un Gloria en fa Majeur, triomphal et lumineux, Adagio. Puis nous trouvons le Sanctus en solb majeur avec le Benedictus inclus. L’Agnus, largo rubato comme le kyrie et dans la tonalité de mib mineur est structuré par une succession longue brève-brève longue très souvent présente comme une sorte d’ostinato rythmique. En un mot, c’est une belle œuvre accessible à des chœurs amateurs bien entrainés. Souhaitons-lui un grand succès.

Laurent COULOMB : Missa Mundi pour 3 vois égales sans accompagnement. Assez facile. Delatour : DLT2611.

Cette messe, qu’on pourrait aussi qualifier de « brève », puis qu’elle ne comporte que Kyrie, Sanctus et Agnus, est née d’une réflexion sur la diversité des cultures. Celle-ci est illustrée d’abord par les différents modes utilisés mais aussi par les différentes langues. Si la messe peut être aussi chantée intégralement en latin (sauf, bien sûr, le kyrie qui, rappelons-le, est du grec…), elle fait appel très naturellement à l’italien, l’allemand, l’espagnol, l’anglais et le français, mais aussi, brièvement, swahili, arabe et hébreu… Laissons conclure l’auteur : « La construction musicale s’appuie sur un matériau simple, qui circule d’une partie à la suivante et unifie l’ensemble de l’œuvre à la fois musicalement et dans sa portée théologique. »

TELEMANN : Christus, der ist mein Leben TVWV 1 : 138. Bärenreiter : BA 5897.

Les éditions Bärenreiter nous présentent cette œuvre extraite de l’édition des œuvres de Telemann. L’édition ainsi que la copieuse et très intéressante préface sont de Ute Poetzsch. Ce « Choralbearbeitung » est donc composé des huit strophes du choral luthérien, sobrement commentées, et entrecoupées par de très courts récitatifs. L’ensemble est écrit pour chœur à quatre voix mixtes, deux hautbois, orchestre à cordes et orgue. On peut y adjoindre une contrebasse.

TELEMANN : Die Auferstehung und Himmelfahrt Jesu (La résurrection et l' ascension de Jésus). TWV 6 : 6. Oratorio sacré pour chœur et orchestre. Bärenreiter : BA 5851.

Voici une fort belle édition de cette œuvre très importante de Telemann. Lorsqu’on ouvre ce magnifique volume relié, on est séduit par la qualité de l’impression, du papier, des fac-similés. Il faut saluer aussi la qualité de la présentation de Ralph-Jürgen Reipsch ainsi que celle de sa copieuse description des sources et du travail réalisé pour cette édition. Bien sûr, la partition elle-même est à la hauteur de tout le reste. Bref, c’est un travail en tout point remarquable sur une partition qui ne l’est pas moins.

Laurent COULOMB : Les chants de Sayat-Nova. Cantate de chambre pour baryton et ensemble. Assez difficile. Delatour : DLT2617.

récisons tout de suite que l’ensemble dont il est question n’est pas commun puisqu’en plus du quatuor à cordes, il comporte un doudouk (instrument à anche double typique de la culture arménienne) et un piano. Cette cantate est écrite sur un poème de Sayat-Nova, poète arménien né en 1712 et assassiné en 1795. Le poème est l’ode n°3 des Odes arméniennes. L’œuvre comporte quatre pièces réparties en deux parties : Prélude, L’inégalée, et Tourments, Prière. Ce très beau poème est mis en valeur avec beaucoup de délicatesse dans un langage qui se veut « simple et euphonique », parfois modal, parfois atonal. Il faut lire non seulement la présentation figurant sur le site de l’éditeur mais celle, très développée, qui se trouve au début de la partition pour pouvoir rendre pleinement justice à cette œuvre captivante et originale. Précisons que le texte est chanté dans sa traduction française.

Yves CASTAGNET : Trois Psaumes. Chœur : TB – SA - SATB et orgue. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0766-0

Sans être faciles, ces œuvres sont abordables par des chœurs bien exercés. Créés dans le cadre de la cathédrale Notre-Dame de Paris, ces trois psaumes peuvent être utilisée pour l’usage liturgique aussi bien que données au concert. L’ensemble est très beau et écrit dans un langage à la fois simple et subtil, dans la grande tradition de l’école française. On en trouve des extraits significatifs sur le site de l’éditeur.

Arthur OLDHAM  : Laudes creaturarum Cantate sur un texte de Saint François d’Assise. Pour soprano solo, chœurs, cordes et orgue. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0824-7.

Cette œuvre, qui ne dure pas moins de 25 minutes, constitue une pièce maîtresse des compositions d’Arthur Oldham, dont on n’aura pas oublié le passage à la direction des chœurs de l’Orchestre de Paris. Composée en 1961, elle exprime l’intense conviction de l’auteur à travers la mise en musique d’un poème majeur de la spiritualité catholique, le célèbre « Cantique des créatures » de Saint François d’Assise. Il en garde d’ailleurs le texte original en ombrien, structurant l’ensemble en dix courtes parties suivant les strophes du texte. Tout en étant tonal, le langage de l’auteur fait appel à des harmonies subtiles qui demandent un chœur bien exercé. La musique est au service du texte dont elle rend toutes les nuances de louange et d’émerveillement, y compris dans la strophe IX (Béni sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle). L’auteur y trouve les accents à la fois simples et profondément émouvants induits pas ce texte. C’est une grande et belle œuvre.
Les éditions Symétrie nous en proposent également une réduction pour voix et piano, réalisée par Valérie Mercier (ISMN 979-0-2318-0826-1) ainsi qu’un extrait « Frate vento, sor aqua » pour soprano solo, chœur féminin et clavier (ISMN 979-0-2318-0831-5).

Jean-Jacques WERNER : Instants pour de plus dire. Cantate n°2. Delatour : DLT0762.

Nous ne pouvons que reproduire ici le commentaire de l’auteur : « J'ai écrit "Instants pour ne plus dire" en hommage à Pierre Wismer et Daniel Lesur qui furent mes professeurs vigilants et bienveillants. L'œuvre est construite en cinq courtes parties enchaînées pour un orchestre de chambre et mettre en valeur une grande ligne de chant. Le poème était incitatif, car la mémoire pour mes maîtres est toujours vivante. Ces instants de silence et de poésie sont plus vivaces que jamais. » C’est donc dans cet esprit, et avec son langage contemporain connu de tous que l’auteur nous livre cette œuvre attachante. Le conducteur est publié en fac-similé.

CW.A. MOZART : Requiem. Le Requiem, complété par Franz Xaver Süssmayr sous sa forme traditionnelle. Partition chant et piano. Réduction de piano par Heinz Moehn. Bärenreiter : BA 4538-90.

Précisons que l’ensemble de la partition d’orchestre est également disponible (BA 4538) ainsi que la partition de poche (TP 152). Il n’est pas si fréquent que la réduction de piano soit vraiment… pianistique. C’est le cas ici, et cela mérite d’être souligné.

Jean-Christophe ROSAZ : en revenant des noces… Chant de labour de Gascogne pour chœur mixte à 8 parties. Delatour : DLT0577.

C’est dans une grande tradition française que s’inscrit cette œuvre. De Joseph Canteloube à Francis Poulenc en passant par Vincent d’Indy et bien d’autres (nous pensons en particulier au trop oublié Marc de Ranse dont seul le Furet est encore chanté, mais dont les Symphonies vocales sur des chants populaires sont totalement oubliées, et aussi à César Geoffray…), toute une tradition de réappropriation du folklore français existe, malheureusement combattue par l’Education Nationale. Nous saluons donc tout particulièrement cette œuvre. Si elle est cataloguée comme « facile », il y faudra cependant un chœur capable de se diviser en huit voix elles-mêmes parfois divisées… Précisons bien que l’auteur, s’il respecte parfaitement l’esprit de la chanson, la réinterprète dans son propre langage, comme l’ont su faire ses prédécesseurs, le tout avec respect et avec un goût parfait. Daniel Blackstone

 

 Rêve sur le Nil.

Nicolas CHEVEREAU : Rêve sur le Nil. Trois mélodies sur des poèmes de José-Maria de Heredia. Moyen. Delatour : DLT2651.

Les trois poèmes sont : « Sous l'azur triomphal », « Tous deux » et « la Lune sur le Nil ». On connait la musique propre à la poésie de José-Maria de Heredia. L'auteur enveloppe ces textes d'harmonies subtiles, « une musique lumineuse et colorée » dit-il à juste titre. Paysages et personnages de l'Egypte antique sont remarquablement évoquée dans une musique qui s'adresse autant à l'oreille qu'au cœur. Les harmonies s'enchaînent dans un discours fait de tonalités diffuses et chatoyantes. C'est tout simplement une belle œuvre.

Musée en Musique

Nicolas CHEVEREAU : Musée en Musique. Cycle de mélodies sur des poèmes de Paul Éluard. Delatour : DLT2544.

Si l'œuvre peut se décomposer de la manière suivante : Prélude 2'25, 1. Marc Chagall 3'35, 2. Oscar Dominguez 3' 3. Gérard Vulliamy 2'45 4. Cicero Dias 1'35 5. Jean Fautrier 1'45 6. Jacques Villon 3' 7. Pablo Picasso 1'55, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un ensemble construit qui s'enchaine et doit être interprété dans son intégralité. L'absence de ponctuation des poèmes a amené l'auteur à enchaîner les mélodies par un « conduit » qui permet de passer d'une ambiance à une autre. La fin de l'œuvre est une véritable explosion de joie. Souhaitons que beaucoup de chanteurs s'emparent de ce remarquable cycle.

 Missa Romana

PERGOLÉSE : Messe en Fa Majeur « Missa Romana » pour deux ou quatre chœurs. Urtexte. Bärenreiter : BA 8958. Chant et piano : BA8958-90.

Ecrite en 1734, il s'agit vraisemblablement de l'œuvre la plus importante pour chœur et orchestre de Pergolèse. Pour la première fois, cette édition présente la version pour quatre chœurs que Pergolèse a écrite pour l'exécution de l'œuvre à Rome du vivant de l'auteur. C'est dire tout l'intérêt de cette édition comportant par ailleurs une très intéressante introduction et un commentaire critique de Malcolm Bruno et Caroline Ritchie.

Le rat de ville et le rat des champs

Laurent COULOMB : Le rat de ville et le rat des champs. Micro-cantate sur la fable de Jean de La Fontaine pour chœur d'enfants à 2 voix et piano. Facile. Delatour : DLT2610.Cette « micro-cantate » ne dure effectivement que quatre minutes. Mais pendant ce court laps de temps se déroulent toute une série de mini-scènes qui rendent l'ensemble extrêmement pittoresque et varié.

Cendres d'ailes

Jean-Pierre LEGAY : Cendres d'ailes pour voix de ténor et piano. 4 mélodies sur des poèmes de Lointain Intérieur de Henri Michaux. Lemoine : HL 29135.Si on peut saluer au passage le merveilleux organiste, il faut ici se souvenir que cet élève d'Olivier Messiaen est un compositeur chevronné au langage bien personnel. Ces mélodies, La Jeune Fille de Budapest, pensées, Comme pierre dans le puits et Dans la nuit sont donc écrites

Moment musical pour 2 sopranos et piano

Abdel Rahman EL BACHA : Moment musical pour 2 sopranos et piano. Assez facile. Delatour : DLT2678.Cette pièce est, comme son titre le laisse entendre, un hommage à Schubert et à son style. Les deux sopranos chantent très simplement en vocalises. On y retrouve beauté du langage et simplicité de l'expression. L'ensemble ne présente pas de difficulté majeure. Souhaitons que cette pièce soit largement chantée et diffusée.

 

 

 Le mouvement orphéonique français

Françoise PASSAQUET : Le mouvement orphéonique français. Cahier répertoire n°11 – octobre 2015. Centre de Documentation pour l'Art Choral de Liaisons Arts Bourgogne http://www.le-lab.info/cdac/

Nous avons déjà fait allusion à ce remarquable travail de Françoise Passaquet dans notre Infolettre de mars dernier. Nous y revenons plus longuement ce mois-ci car il présente un double intérêt. D'abord un intérêt historique. On oublie trop souvent que le mouvement orphéonique a d'abord été un mouvement choral et qu'il est le lointain inspirateur des chorales populaires du début du XX° siècle puis de l'envie de chanter en cœur qui devait donner naissance, grâce à des hommes comme César Geoffray et Raphaël Passaquet au mouvement A cœur joie. Il est donc passionnant de se replonger dans cette histoire du chant choral populaire et du mouvement orphéonique. Le deuxième intérêt, et pas des moindres, est que Françoise Passaquet complète son travail par un catalogue d'œuvre allant du répertoire des orphéons à aujourd'hui pour chœur d'homme, chœur d'enfants, chœurs mixtes. On aura donc tout intérêt si on est à la recherche de répertoire à prendre contact avec le Centre d'Art Polyphonique de Bourgogne et sa très riche bibliothèque pour pouvoir se procurer les œuvres proposées car toutes ne sont pas facilement disponibles. Nous souhaitons donc bonne pêche à tous les chefs de chœur ou professeurs de formation musicale.

 

 

Davide PERRONE : Beata

pour chœur mixte SATB a cappella. Moyen. Delatour : DLT2641.

Composée sur un texte de l'hymnaire de Nevers (1239) mais qui remonte au VIII° ou IX° siècle, cette pièce est une louange à la Jérusalem céleste et a été utilisé pour la dédicace des églises. Le grégorien est présent comme source d'une polyphonie extrêmement claire alternant unissons et octaves, et dissonances de neuvième. Il s'agit d'une très belle méditation sur le mystère de l'Église.

 

Félix MENDELSSOHN-BARTHOLDY : Der 98. Psalm.

« Singet dem Herrn ein neues Lied ». MWV A 23 op. posth. 91. Pour solistes SATB, double chœur mixte et orchestre. Edité par John Michael Cooper. Urtext. Bärenreiter : conducteur BA 9076 – chant et piano : BA 9076-90.

Ecrite en quelques semaines et interprétée pour la première fois le premier janvier 1844, cette œuvre monumentale méritait bien une édition critique. C'est chose faite. On trouvera dans le conducteur une préface détaillée retraçant l'histoire de l'œuvre et de ses variantes et éditions. Comme toujours, l'ensemble es particulièrement lisible et non moins fait pour l'étude que pour l'exécution.

 

 

Jean-Philippe RAMEAU : Airs d'opéra

Haute-contre vol. 2 (Ténor). Coédition Centre de musique baroque de Versailles – Société Jean-Philippe Rameau. Distribution mondiale : Bärenreiter : BA9197.

Voici donc un nouveau volume de cette remarquable publication réalisée par Sylvie Bouissou, Benoît Dratwicki et Julien Dubruque. La réduction au clavier est de François Saint-Yves. Comme pour les précédents volumes, on y trouve en français et en anglais une présentation aussi passionnante qu'exhaustive de ces airs comprenant à la fois l'historique et les indications d'interprétation. Le tout est parfaitement clair et permet une interprétation la plus authentique possible que ce soit par la clarté de la partition que par sa lisibilité. C'est un travail tout à fait remarquable.