L’Ircam y est peut-être pour quelque chose, mais “JIM”, les journées d’informatique musicale, bien qu’exclusivement francophones, restent très compétitive au niveau international. Les JIM se déroulent chaque année dans une ville francophone, depuis vingt-quatre ans. On y présente les avancées de la “french tech” en matière de musique et discute des questions aux enjeux tout aussi intéressants que dans les grandes conférences de “computer music”, telles ICMC (international Computer Music Conference), SMC (Sound and Music Conference), NIME (New Interfaces for Musical Expression) ou bien d’autres… Cette année les JIM se déroulaient à Amiens, hébergées au Logis du Roy, pilotées par le l'Association Francophone d'Informatique Musicale, organisées par le laboratoire Algomus d’Amiens, et modérées par Mathieu Giraud. Le programme est disponible à l’adresse suivante: http://algomus.fr/jim2018/programme.html



François Pachet était présent aux JIM depuis ses début en 1994. Chercheur en intelligence artificielle (IA), et aujourd’hui directeur du Spotify Creator Technology Research Lab (Spotify est une compagnie Suédoise), il présentait comment l’intelligence artificielle peut-être aujourd’hui utilisée pour composer de la musique “qui plaise”, à des fins esthétiques, mais aussi mercantiles bien évidemment: Spotify est aujourd’hui tout à fait

en mesure d’étudier la façon dont les jeunes sélectionnent leurs musique, quel élément musicaux font qu’ils “skip” ou passent à la musique suivante etc… Mais l’IA peut également servir d’aide à la composition, et l’artiste Stromae s’en est déjà emparé: il écoute les propositions de la machine composante, puis sélectionne ce qui l’intéresse. La machine semble-t-il a encore un peu de learning à faire avant d’avoir l’inventivité d’un DJ, mais peut-être plus pour longtemps!

Cette année les JIM ont décidé de mettre un accent sur les liens possibles entre nouvelles technologies et pédagogie. Madame Anne-Isabelle Ramanantsitohaina inspecteur d’académie, est donc venue rappeler l’importance du dialogue entre chercheurs et pédagogues dans le domaine de l’éducation musicale, et a aussi regretté que cette rencontre soit parfois difficile. Les décisions ministérielles du “plan chorale” ont également été rappelées: une chorale dans chaque collège et chaque lycée à l’horizon 2018/2019. Plusieurs professeurs en collège (François Degroote, Vincent Louette, ), lycée (Nicolas Dhondt) et université (Romain Bricout) sont venus présenter des retours d’expérience d’utilisation de logiciels en salle de classe. La manipulation d’audacity en collège - comme l’ont montré François Degroote et Vincent Louette - facilite l’épreuve du commentaire d’écoute: la compréhension de la forme musicale rendue moins abstraite par la manipulation et visualisation de la forme d’onde. Moreno Andreata a présenté l’enseignement de l’analyse musicale computationnelle à des scientifiques au Master ATIAM. Hugo Scurto présentait encore une forme de collaboration homme/Intelligence Artificielle dans laquelle un algorithme est capable de s’approprier les réflexes musiciens afin de mieux les guider. Le logiciel KIWI, enfin, présenté par Philippe Galleron, Eric Maestri, Jean Millot, Alain Bonardi et Eliott Paris, est un environnement de “patching collaboratif”. Le patching, dans Max MSP par exemple, consiste à relier des boîtes par des fils sur une interface graphique, afin de créer des sons. Dans KIWI, ce patching est collaboratif: les étudiants participent en même temps à l’édition d’un même patch depuis plusieurs machines (comme dans un googledoc). Ce logiciel, posant notamment la question du travail collaboratif en université, a remporté le prix AFIM 2018.