Les nostalgiques des critères traditionnels d’interprétation — s’interrogeant sur le dilemme : orchestre symphonique du XIXe siècle ou orchestre « de poche » (de chambre) — pourront confronter les deux conceptions différentes de Peter Stangel (cf. recension supra) et de Philippe Jordan. Autrement dit : d’un côté, le modeste Taschen Philharmoniker Orchester ; de l’autre : les imposants Wiener Symphoniker, orchestre fondé en 1900 par Ferdinand Löwe, entre autres dirigé par Herbert von Karajan... Se produisant dans le monde entier, il est actuellement placé sous la baguette du chef suisse Philippe Jordan (né à Zurich en 1974), le fils d’Armin Jordan. Il a fait partie des Zürcher Sängerknaben (Petits Chanteurs de Zurich), obtenu le diplôme de professeur de piano décerné par le Conservatoire de sa ville natale. Il a été successivement maître de chapelle et assistant au Théâtre d’Ulm et de Daniel Barenboïm à l’Opéra de Berlin, puis directeur musical de l’Opéra et de l’Orchestre Philharmonique de Graz jusqu’en 2004. Il est très sollicité sur le plan international.



Les discophiles peuvent se livrer à une audition comparative entre la version de poche et la version classico-romantique des Symphonies 4 et 5. La 4e Symphonie, en Si

Aussi inattendue qu’instructive, cette version des 9 Symphonies de BEETHOVEN conçue par Peter Stangel pour un orchestre très réduit (« de poche ») propose une nouvelle approche, une nouvelle écoute, une autre compréhension au bénéfice de la transparence : autrement dit une re-découverte en première mondiale. Le « plus petit orchestre au monde », fondé en 2006 par Peter Stangel, son chef actuel, réunit entre 12 et 19 musiciens, ce qui permet de conférer une très grande clarté à l’audition et de percevoir autrement ces Symphonies souvent galvaudées. Enregistrées entre 2012 et 2017, leur écoute exige une adaptation et un ajustement de l’oreille.



À titre d’exemples, la VIe Symphonie (Pastorale) est interprétée par 11 instruments, avec adjonction d’une timbale pour l’orage. La VIIe bénéficie d’un arrangement convaincant. La VIIIe se distingue par un certain humour qui échappe à l’orchestration lourde traditionnelle, en usage en Allemagne au XIXe siècle. Quant à la IXe — loin d’être massive, selon les intentions de Beethoven —, cette version enregistrée en direct pourrait surprendre quelques puristes, mais elle n’en reste pas moins énergique,

Moins souvent interprété que l’Oratorio de Noël, celui de l’Ascension (Himmelfahrt) vient d’être enregistré pour le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION, par le Chœur de chambre Gutenberg (Mayence) et le Neumeyer Consort (instruments historiques), placés sous la direction de Felix Koch, en une version pleine de vitalité grâce à l’enthousiasme des interprètes et aux trompettes et timbales.



L’œuvre a été créée à Saint-Thomas (Leipzig), le 19 mai 1735. Le livret repose sur des sources néotestamentaires : Marc 16, 19 ; Luc 34, 50 et 52 ; Actes des Apôtres 1, 9-12, concernant l’envoi des disciples dans le monde. Le récit biblique est confié à l’Évangéliste, Christian Rathgeber (ténor), à la voix si persuasive ; des récitatifs sont accompagnés par la basse continue auxquels s’ajoutent les textes contemplatifs des Chorals et des prières du chrétien demandant au Christ de différer son départ. À noter, entre autres : le Chœur introductif, avec le tutti traduisant la louange, contrastant avec le récitatif de supplication : Ach Jesu ist dein Abschied schon so nah ? (Ton départ est-il déjà si proche ?) ; le Choral conclusif (avec tout l’effectif) reprenant les paroles de Gottfried Wilhelm Sacer (1697) : Wie soll es doch geschehen ? chantées

Les Éditions JADE ont lancé une démarche très originale consistant à associer au film de Cédric Kahn un disque interprété par des comédiens recréant l’atmosphère du film, le dénominateur commun étant La Prière (titre de la bande originale du film).

Le scénario est simple : le protagoniste, Thomas (22 ans) — pour échapper à la dépendance — rejoint une communauté d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Il y découvre l’amitié, la règle, le travail, la foi. Comme l’affirme Cédric Kahn : « Le chant et les témoignages sont les piliers de la thérapie. Dans la maison, les garçons chantent tout le temps, en chapelle, après le repas, au coin du feu… Ils n’ont droit à aucune distraction : ni musique, ni journaux. L’esprit ne doit jamais être oisif pour éviter de penser à la drogue. En dehors du travail, ils prient et ils chantent. » Leur répertoire comprend des hymnes bien connues, par exemple : Veni Sancte Spiritus (Pentecôte), des chants mariaux (Je vous salue, Marie ; Salve Regina), des prières (Prends pitié, le Notre Père (Jacques Berthier)).

Faire interpréter des chants par des acteurs (et non des chanteurs professionnels) pourrait sembler une gageure. Toutefois, par leur ferveur communicative, ils ont signé une leçon de morale tout à fait d’actualité.
Édith Weber

Actuellement, certains labels (allemands, français) confèrent à leurs productions un titre suggestif figurant à côté de la mention du compositeur. C’est ainsi que l’Orchestre de Chambre Mendelssohn (Leipzig) et son chef Peter Bruns proposent, sous le signe du cosmopolitisme, un voyage de près d’une heure permettant de côtoyer Felix Mendelssohn Bartholdy, entouré de quatre contemporains français, allemand, italien et norvégien.

Au départ de cette démonstration musicale cosmopolite, figure sa Symphoniesatz en do mineur avec, entre autres, une Fugue à 3 thèmes, œuvre de jeunesse de ce grand voyageur (Berlin, Angleterre, Suisse, Italie, Leipzig). Lors de son grand tour en Europe entre 1829 et 1833, Mendelssohn rencontre Hector BERLIOZ, grand admirateur de l’actrice Harriet Smithson ; sa passion s’est extériorisée dans La mort d’Ophélie (1842), page si intensément vibrante.

L’exemple suivant concerne Robert VOLKMANN (1815-1883), élève au Conservatoire de Leipzig et auditeur assidu des Concerts du Gewandhaus, auteur de la Sérénade, op. 3 (n°69) tour à tour envoûtante, entraînante, intériorisée. En 1831, à Naples, Mendelssohn fait la connaissance de Gaetano DONIZETTI (1787-1849), dont le Quatuor

« Rompre le silence » concernant, entre autres, E. Schulhoff, V. Ullmann, E. Korngold : tel est l’objectif du Clarion Quartett composé de Jennifer Orchard (violon 1), Marta Krechkovsky (violon 2), Tatjana Mead Chamis (alto) et Bronwyn Banerdt (violoncelle), membres de l’Orchestre Symphonique de Pittsburgh. Grâce à elles, des compositeurs mis à l’index, persécutés et victimes du régime nazi, sont remis à l’honneur, voire découverts.

Au programme de cette découverte posthume, figurent : 5 Pièces pour Quatuor à cordes d’Erik SCHULHOFF (1894-1942), s’intéressant au Dadaïsme, à l’Expressionnisme, au jazz…, pianiste et compositeur juif, interdit en Allemagne, capturé à Prague, puis interné à Wurzbourg (Bavière) où il meurt en 1942. Son œuvre était alors tombée dans l’oubli ; le Quatuor à cordes n°3 (op. 46) du compositeur et pianiste autrichien, Viktor ULLMANN (né en 1890, mort deux ans après ce dernier, en 1944, à Auschwitz, après avoir séjourné au camp de Theresienstadt), disciple d’Alexander von Zemlinsky ; le Quatuor à cordes n°3 (op. 34) d’Erich Wolfgang KORNGOLD (1897-1957), compositeur autrichien naturalisé américain, un des derniers représentants du Romantisme viennois, auteur du célèbre Opéra Die tote Stadt (1920), ayant

Pour marquer le 120e anniversaire d’Alberto Hemsi (1898-1975), ardent défenseur de la tradition sépharade, le hazan (chantre) de la paroisse libérale juive (Hanovre) Assaf Levitin, basse baryton israëlien — accompagné par son compatriote, le pianiste Naaman Wagner, formé en Allemagne et en Italie —, a lancé une collection de chansons judéo-espagnoles en ladin, de transmission orale.

Le premier Volume propose 24 Coplas, sur des thèmes variés : mariage, femme, jolie fille, fiancé, fiancée, beauté (proches du Cantique des Cantiques)… mais aussi d’essence lyrique : rose, mûrier (n°12, très développé) ou encore le Roi de France… Le livret permettra de suivre ces pièces grâce à deux traductions en allemand et en anglais, et de mieux appréhender ces chants strophiques regroupés et restitués par A. Hemsi ayant si largement contribué à la relance et à la défense d’un demi-millénaire de traditions juives et à la diffusion de ces Coplas initialement monodiques dans la Péninsule ibérique et dont il a réalisé une version avec piano.



Les discophiles ne résisteront pas aux charmes de l’ornementation, vocale et pianistique, à la richesse harmonique de l’accompagnement très diversifié et à la virtuosité de

Cette sélection de compositions vocales repose sur des textes polonais et latins pour soprano et piano, soprano et cordes ; baryton et cordes, baryton et orchestre, baryton et piano. Marcin Kopczynski (né en 1973), Docteur en composition et théorie musicale, titulaire de divers Prix internationaux, rappelle la genèse de ces chants dont l’op. 1, Lacrimosa, date de 1990. Par la suite, il a transcrit d’autres pages entre 2007 et 2010 et d’autres pièces profanes et religieuses. Parmi ces dernières, figurent : Felix namque es, sacra Virgo Maria (op. 71), lumineux, chanté avec effusion ; Omnipotens sempiterne Deus (op. 66) pièce plus expressive ; Tota formosa et suavis es (op. 50) ; Ars consolatrix (op. 43/2) pour baryton et piano et Dico ego opera mea Regi (op. 69), page plus développée pour soprano et cordes, ainsi que des poésies polonaises de l’écrivain, dramaturge et poète Leopold Staff (1878-1957), se rattachant au mouvement « Jeune Pologne ». Encore un compositeur polonais contemporain à découvrir grâce à des interprètes polonais, recrutés par Jan A. Jarnicki, directeur artistique du Label polonais ACTE PRÉALABLE, toujours soucieux de faire connaître les multiples facettes de la musique de son pays.
Édith Weber

Ophélie Gaillard — prestigieuse violoncelliste franco-helvétique, intrépide et d’un activisme débordant, titulaire des plus hautes distinctions internationales et discographiques — a signé autour de Richard STRAUSS (1864-1949) un programme éclectique et très raffiné pour violoncelle seul, violoncelle et piano (avec Vassilis Varvaresos), violoncelle et orchestre (Orchestre national symphonique tchèque, dir. Julien Masmondet) ou encore violoncelle, piano et mezzo-soprano (Béatrice Uria Monzon).

À découvrir immédiatement avec intérêt et admiration, entre autres, pour la sonorité et l’intériorité des mouvements lents (Andante de la Sonate en Fa majeur (op. 6), Andante cantabile de la Romance (op. 13) avec accompagnement d’orchestre) et pour les choix judicieux des tempi dans Don Quixote, Variations fantastiques sur un thème à caractère chevaleresque (op. 35).

Dans cette œuvre, le violoncelle est associé à Don Quichote ; le violon à Dulcinée ; l’alto à Sancho Panza. Elle traduit musicalement des atmosphères associées aux faits :

De la « mélodie » avant toute chose : telle est la motivation de ce nouveau disque réalisé par le jeune et dynamique Ensemble Amarillis avec instruments historiques. Le programme placé sous le signe du lyrisme propose — autour de la forme Sonate en trio — des transcriptions qui, grâce à une instrumentation renouvelée, rendent un bel hommage à Handel (orthographe anglaise).

Héloïse Gaillard (flûtes à bec baroques et direction artistique) rappelle ainsi la genèse du « programme que nous avons choisi de concevoir autour du genre de la sonate en trio, est né d’une commande de la Philharmonie de Paris. À cette occasion, Bruno Reinhard — répondant à une commande du Musée de la musique — a reproduit une très belle flûte d’un facteur anglais contemporain de Haendel : Thomas Stanesby Junior. Cependant, l’opportunité donnée à Violaine [Cochard] par le Musée de la musique de jouer sur un remarquable Clavecin anglais Longman and Broderip nous a conduit à proposer en regard de ces Sonates en trio des pièces pour clavecin solo jouées seulement au clavecin ou instrumentées par nos soins pour notre formation. » Ces commentaires permettent aux auditeurs de mieux comprendre la démarche de cette

Voici donc le premier disque en solo de Jean-Paul Gasparian, dont nous avons fait le portrait dans notre lettre 116 de juillet 2017. Ce CD comprend les Études-Tableaux op. 39 de Serge Rachmaninov, la Sonate pour piano n° 2 op. 19 et les Trois Études op. 65 d’Alexandre Scriabine, et la Sonate pour piano n°2 en ré mineur op. 14 de Serge Prokofiev. J.P. Gasparian nous offre de ces quatre œuvres une interprétation remarquable à tous égards. Pas un instant l’intérêt ne faiblit tant la lecture qui nous est proposée revêt une tranquille évidence. Ce qui frappe au premier abord, c’est la lisibilité du discours. Le pianiste excelle dans la différenciation des timbres qui permettent une distinction parfaite et une caractérisation des différents plans sonores. On pourra s’en rendre compte en particulier dès la deuxième Étude tableau : Lento assai. Mais cette lisibilité parfaite se retrouve tout au long de ce disque.

On appréciera particulièrement le grand équilibre qui préside à l’ensemble : nul excès, nulle faute de goût, ce qui n’empêche pas une interprétation dans laquelle la passion est toujours présente, mais une passion maîtrisée, intériorisée. Intériorité : c’est peut-être le qualificatif qui conviendrait le mieux à cette interprétation. On sent dans

Cet enregistrement en première mondiale est réalisé par Artur Cimirro, compositeur né en 1982, pianiste virtuose, également arrangeur et éditeur, spécialiste de la « technique de l’interprétation respectant le contexte historique sur les plans harmonique, contrapuntique et analytique, autrement dit herméneutique ». Comme il ressort des 13 œuvres de ce volume, il cultive les formes polonaises traditionnelles (cf. Chopin) : Nocturnes (op. 5, op. 26, op. 39) à différentes périodes de sa vie, Préludes, Scherzo (op. 10, n°2) avec un grand sens du rythme. À noter les pièces d’inspiration romantique (op. 12) : Barcarolle, Sérénade, Night Waltz ou encore d’inspiration hors des sentiers battus : 2 Eccentric Preludes ou On a « Carotenoid »… Il excelle dans les pages descriptives « à programme » : The Meridional Seasons (op. 30) — inspirées par les poèmes de sa femme Anita Cimirro —, affectant un qualificatif à chaque saison, à la manière de Tchaikovsky. Sa musique évoque la pluie, les feuilles colorées : The Three Saints (Les Trois Saints de glace, en juin), mais aussi les sentiments, tel que l’oubli. Il a composé récemment (en 2017) : Little Music Box to HADASSA (future fille d’un de ses amis), avec des inflexions correspondant à des notes de boîte à musique. Ce jeune musicien polonais déborde d’imagination. Volume 2 attendu avec curiosité.
Édith Weber

Olga Anikiej et Katarzyna Makal-Zmuda forment le « Poème Piano Duo ». Elles se produisent soit en duo, soit en solo et s’efforcent de promouvoir trois compositeurs polonais du XXe siècle. Elles proposent les Variations au sujet personnel (sic) pour deux pianos de Z. POPIELSKI (1935-2015), pédagogue et compositeur ayant cultivé pratiquement tous les genres (musiques vocale, instrumentale, religieuse et profane, y compris théâtre, marionnettes et film). Ses Variations comportent un bref thème puis 11 variations d’une grande inventivité exploitant tous les registres des deux pianos. Comme le signale le livret, ses Préludes datent de 1956 et se présentent à la manière d’une sonate en 4 parties, dans des tonalités différentes. L’atmosphère calme, mélancolique, nostalgique est bien exprimée par Katarzyna Makal-Zmuda, avec des réminiscences mélodiques très expressives dans la conclusion.

Composée 40 ans après le Prélude, la pièce brève : Voici ce que la fée m’a dit accorde une large place aux dissonances et au dodécaphonisme. Selon Karol Krzepecki, « il s’agit sans doute d’un des exemples les plus intéressants du dodécaphonisme polonais ». Ce Duo révèle également le Scherzo grandioso pour 2 pianos de Jerzy

Un sympathique duo (4 mains) : Anna Mikolon et Anna Liszewenska, a réalisé le volume 4 des Œuvres pour piano du professeur, compositeur et organisateur polonais, Zygmunt Noskowski (1846-1909), injustement tombé dans l’oubli.

Elles révèlent, avec une rare connivence, en premier enregistrement mondial, trois œuvres : Cracoviana (1879), dédiée au Baron Alexander von Gerder, danses à 2/4 syncopées, mondaines exécutées lors de mariages ; Mazury (1890), danses masoviennes dédiées à sa Majesté Humbert Ier, Roi d’Italie ; Six Polonaises (1891), avec titre français Pièce de caractère tour à tour méditatif, élégiaque, consolant, mélancolique puis triomphal. Le compositeur fait preuve à la fois d’imagination et d’émotion, tout en puisant dans les racines polonaises. Voici une nouvelle révélation grâce à Jan A. Jarnicki et à ces deux remarquables pianistes animées par la même passion pour les richesses musicales de leur pays.
Édith Weber

Jerzy Gablenz — né à Cracovie, le 23 janvier 1888, dans une famille de musiciens, disparu lors d’un tragique accident d’avion, le 11 novembre 1937 — a retenu l’attention de Jan A. Jarnicki qui, grâce à Tomaz Gablenz (son fils) a obtenu de nombreuses partitions. Encouragé par l’organiste et chanteur bien connu, Robert Kaczorowsky, il a associé à son projet éditorial ses pianistes attitrés : Anna Liszewska et Anna Mikolon, la flûtiste Katarzyna Czerwinska-Gosz, membre de l’Orchestre Philharmonique de Gdansk et l’hautboïste Marta Rozanska. Elles permettent de sortir de l’oubli 6 œuvres du compositeur.

Sa Sonate pour violoncelle et piano en Ré majeur (op. 15), de structure tripartite, exige virtuosité et bravoure dans sa conclusion. Elle est suivie de deux pièces brèves : Intermezzo à la Mazurka en la mineur pour piano (op. 2), de style déjà plus personnel et Canzona en sol mineur pour flûte et piano, page de jeunesse comme ses 4 Improvisations pour piano (op. 1) misant sur l’émotion. Selon l’esthétique du début du XXe siècle, Dans les Arabesques (1937) pour piano et hautbois qui dialoguent, il fait appel à des dissonances non résolues, au dodécaphonisme créant une certaine tension. Ses 5 Waltzer ont été composées à l’âge de 13 ans : une première mondiale de

Les discophiles et, en particulier, les pianistes seront ravis de pouvoir écouter à nouveau des enregistrements de Blanche Selva (1884-1942) parus chez Columbia en 1929 et 1930 (78 t/m) et récemment remasterisés grâce à l’heureuse initiative d’Yvette Carbou, directrice du Label FY & du Solstice. Après de minutieuses recherches à la Discothèque de Radio France, auprès de l’Association Blanche Selva et de son Président Guy Selva, elle a admirablement réussi à faire revivre cette grande pianiste de la première moitié du XXe siècle.

Plusieurs méthodes avaient alors cours en France, celle de Marie Jaëll (1846-1925) qui, avec des moyens techniques diamétralement opposés, obtenait, à l’audition, une qualité sonore comparable à celle de Blanche Selva mais, à la vue, si différentes dans leurs gestiques respectives (cf. photo de sa main, technique du poignet et du poids, p. 13) ou encore les ouvrages de technique et de virtuosité (Isidor Philipp, Alfred Cortot…). Blanche Selva a consigné ce travail mental et corporel dans son Enseignement musical de la technique du piano (rédigé entre 1915 et 1925).

Michel Paul Guy de Chabanon (1731-1792) est non seulement un homme de lettres, mais encore un mélomane, violoniste et compositeur accomplis. Le CD joint à la Revue ci-dessus illustre cet aspect complémentaire grâce au concours d’Elisa Barbessi (clavecin et pianoforte) et de Stephan Dudermel (violon). Ils ont sélectionné trois instruments historiques : Clavecin de Marco Brighenti (Parme), copie du clavecin Taskin (1765) ; Pianoforte réalisé par le facteur Jean Bascou, accordé au Tempérament de Jean Le Rond d’Alembert ; Violon de David Ayache (Montpellier), copie d’Amati, avec Archet de Michel Proulix (Montpellier) d’après John Dodd (v. 1780).

Données pour le plaisir dans des salons et mentionnées notamment dans le Mercure de France et l’Almanach musical, ses Sonates pour clavecin à deux claviers ou pianoforte avec parfois accompagnement de violon (et non l’inverse) ont été composées entre 1770 et 1785 : il y a donc une parfaite correspondance chronologique entre la musique et les instruments. M. P. G. de Chabanon y exploite la forme sonate au sens étymologique consistant à « sonner ». Elles sont structurées en deux mouvements contrastants (lent/vif) ou en trois (avec mouvement lent central). Les instrumentistes y trouveront des indications relatives à l’atmosphère (Gratioso,

Ce disque à l’initiative de Marielle Cafafa représente l’illustration sonore du programme ayant fait l’objet de son livre (cf. LI 118) : La chanson polyphonique française au temps de Debussy, Ravel et Poulenc (Paris, L’Harmattan, 2017).


Il convie les mélomanes, musicologues et littérairers à un vaste parcours poétique allant de Charles d’Orléans (1394-1465) à Guillaume Apollinaire (1880-1918) et Blaise Cendrars (1887-1961), en passant par Clément Marot (1496-1544) et Jean Antoine de Baïf (1532-1589) sur des thèmes de toujours : amour, vie, mort ; ou lyriques : mois de mai, hiver, neige. L’Ensemble Léonor (une vingtaine de chanteurs) bénéficie largement de la formation très complète de M. Cafafa, notamment en direction d’orchestre et de chœur, en piano, au chant lyrique acquise au CNSM, à la Haute École de Musique de Genève et à l’Université de Paris-Sorbonne où elle a obtenu son Doctorat en Musicologie. Ce premier enregistrement de l’Ensemble Léonor (qu’elle a fondé) fera date. Son apport avec des œuvres de compositeurs phares : Claude Debussy, Maurice Ravel Francis Poulenc, ainsi que Jean Langlais, Darius Milhaud… permet également d’apprécier à leur juste valeur des chansons de Raymond Bonheur,

La pianiste américaine, Claire Huangci (née en 1990), qui s’est lancée très jeune dans une carrière internationale, est spécialiste de Fr. Chopin, P. Tchaikovski et S. Prokofiev. Accompagnée par le Brandenburgisches Staatsorchester (de Francfort), sous la baguette attentive de Howard Griffiths, elle participe à la révélation d’œuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827) rarement interprétées et provenant de différents stades de sa vie.

Tout d’abord, à l’âge de 20 ans : son Ritterballet (Ballet de Chevalier), représenté en 1791 au Château de Bonn pour le Carnaval, structuré en 15 brèves séquences groupant une marche et une danse allemandes, un chant allemand, des chants de chasse et de guerre (avec sonorités de cor), une chanson à boire, introduits par une Marche solennelle et se terminant sur une joyeuse Coda. Le maître de Bonn a aussi signé un document historique : Wellingtons Sieg (La Victoire de Wellington), op. 91, recréant la victoire des troupes du Duc de Wellington sur l’armée napoléonienne à Vitoria (Espagne), le 21 juin 1813. L’œuvre comprend deux parties : Schlacht (La Bataille) — genre souvent cultivé et particulièrement dramatique —, avec des citations patriotiques : Rule Britannia (marche) et Malbrough s’en va-t-en guerre ; la

« Sous le signe de BACH » : en fait tout un programme d’adaptations pour piano d’œuvres prévues pour un autre instrument et interprétées avec passion et émotion par Corinne Kloska, pianiste lauréate de plusieurs Concours internationaux.

Le Cantor de Leipzig est présent avec des transcriptions de Ferruccio Busoni (1866-1924), remarquable pianiste et habile arrangeur, par exemple de 3 Chorals à l’origine pour orgue : Nun komm, der Heiden Heiland (BWV 659), extrait des 18 Chorals de Leipzig, pour le temps de l’Avent d’après l’Hymne Veni Redemptor gentium (Saint Ambroise de Milan, v. 386), paraphrase allemande de Martin Luther (1524) ; Herr Gott, nun schleuss den Himmel auf (BWV 617), prière à l’approche de la mort et aspiration au repos éternel, sur le texte de Tobias Kiel et la mélodie de Michael Altenburg (1620) figurant dans le Cantional de Gotha (1646) ; Ich ruf’ zu dir, Herr Jesu Christ (BWV 639), invocation au Christ, sur le texte de Johann Agricola et la mélodie (Haguenau, v. 1525) parue dans le Recueil de Wittenberg (1529). Les mélomanes retrouveront ces mélodies bien connues interprétées au piano dans le respect de l’œuvre initiale. Il en est de même pour les fragments de la Partita n°2 en ré mineur

La musique classique et romantique figure au centre des activités des Münchner Symphoniker. L’Orchestre, fondé en 1945 par Kurt Graunke, est dirigé depuis 2014/15 par Kevin John Edusei. Ce chef prometteur (né à Bielefeld en 1976) connaît un rayonnement international. Lauréat (2007) du Concours de direction de Lucerne, il est invité par de très nombreux orchestres en Allemagne, Angleterre et Autriche, entre autres.

La Symphonie n°4 « Tragique » en ut mineur (D 417) a été composée par Franz Schubert (1797-1828) à 19 ans, pendant une période pessimiste de sa vie, justifiant la tonalité d’ut mineur. Achevée en 1816, le compositeur l’a qualifiée ultérieurement de « tragique ». À noter une particularité dans l’orchestration comportant 4 cors, d’où l’importance accordée à la couleur. L’œuvre est structurée en 4 parties, spéculant sur les mouvements lents. 1. L’Adagio molto à 3/4 est de caractère solennel, recueilli et tendu, suivi de l’Allegro vivace plus dynamique et contrastant avec le deuxième mouvement : 2. L’Andante en La b majeur, à 2/4, qui traduit un lyrisme plus discret (avec deux cors en moins). 3. Le Menuetto-Allegro vivace, à nouveau en ut mineur, à 3/4, baigne dans la grâce. Enfin, 4. L’Allegro en ut mineur, à 2/2, plus développé et

Cette intéressante compilation de musiques mariales se situe dans le contexte esthétique du Bel Canto, autour de la fête de l’Assomption de Marie (le 15 août). Elle regroupe des versions de textes bien connus : les Salve Maria de Saverio Mercadante (1795-1870) et Claudio Conti (1836-1878) — chantés en traduction italienne — ; les Salve Regina de Maurizio G. Gianetti (1874-1886) et de Vincenzo Bellini (1807-1835) ; les Ave Maria de Ranieri Rillanova (1827-1915), de Giuseppe Nicolao (1825-1905) et de Charles G. St. Clair (1855-1875) — chantés en latin.

Trois œuvres pour orgue : la Sinfonia 22 (op. 142) de Giovanni Battista Candotti (1809-1876), la Suonata per la consumazione de Vincenzo Petrali (1830-1889) et la Polonese d’Antonio Diana (1815-1876) sont interprétées en connaissance de cause par Angela Metzger. Elle a retenu l’Orgue de la Cathédrale Sainte Marie à Wurzen (Allemagne), instrument à 3 claviers, pédalier, électropneumatique, avec de nombreux accouplements, construit en 1932 par les Frères Jehmlich et restauré en 2016 par la Manufacture Reinhold.