Voici donc le premier disque en solo de Jean-Paul Gasparian, dont nous avons fait le portrait dans notre lettre 116 de juillet 2017. Ce CD comprend les Études-Tableaux op. 39 de Serge Rachmaninov, la Sonate pour piano n° 2 op. 19 et les Trois Études op. 65 d’Alexandre Scriabine, et la Sonate pour piano n°2 en ré mineur op. 14 de Serge Prokofiev. J.P. Gasparian nous offre de ces quatre œuvres une interprétation remarquable à tous égards. Pas un instant l’intérêt ne faiblit tant la lecture qui nous est proposée revêt une tranquille évidence. Ce qui frappe au premier abord, c’est la lisibilité du discours. Le pianiste excelle dans la différenciation des timbres qui permettent une distinction parfaite et une caractérisation des différents plans sonores. On pourra s’en rendre compte en particulier dès la deuxième Étude tableau : Lento assai. Mais cette lisibilité parfaite se retrouve tout au long de ce disque.

On appréciera particulièrement le grand équilibre qui préside à l’ensemble : nul excès, nulle faute de goût, ce qui n’empêche pas une interprétation dans laquelle la passion est toujours présente, mais une passion maîtrisée, intériorisée. Intériorité : c’est peut-être le qualificatif qui conviendrait le mieux à cette interprétation. On sent dans

Cet enregistrement en première mondiale est réalisé par Artur Cimirro, compositeur né en 1982, pianiste virtuose, également arrangeur et éditeur, spécialiste de la « technique de l’interprétation respectant le contexte historique sur les plans harmonique, contrapuntique et analytique, autrement dit herméneutique ». Comme il ressort des 13 œuvres de ce volume, il cultive les formes polonaises traditionnelles (cf. Chopin) : Nocturnes (op. 5, op. 26, op. 39) à différentes périodes de sa vie, Préludes, Scherzo (op. 10, n°2) avec un grand sens du rythme. À noter les pièces d’inspiration romantique (op. 12) : Barcarolle, Sérénade, Night Waltz ou encore d’inspiration hors des sentiers battus : 2 Eccentric Preludes ou On a « Carotenoid »… Il excelle dans les pages descriptives « à programme » : The Meridional Seasons (op. 30) — inspirées par les poèmes de sa femme Anita Cimirro —, affectant un qualificatif à chaque saison, à la manière de Tchaikovsky. Sa musique évoque la pluie, les feuilles colorées : The Three Saints (Les Trois Saints de glace, en juin), mais aussi les sentiments, tel que l’oubli. Il a composé récemment (en 2017) : Little Music Box to HADASSA (future fille d’un de ses amis), avec des inflexions correspondant à des notes de boîte à musique. Ce jeune musicien polonais déborde d’imagination. Volume 2 attendu avec curiosité.
Édith Weber

Olga Anikiej et Katarzyna Makal-Zmuda forment le « Poème Piano Duo ». Elles se produisent soit en duo, soit en solo et s’efforcent de promouvoir trois compositeurs polonais du XXe siècle. Elles proposent les Variations au sujet personnel (sic) pour deux pianos de Z. POPIELSKI (1935-2015), pédagogue et compositeur ayant cultivé pratiquement tous les genres (musiques vocale, instrumentale, religieuse et profane, y compris théâtre, marionnettes et film). Ses Variations comportent un bref thème puis 11 variations d’une grande inventivité exploitant tous les registres des deux pianos. Comme le signale le livret, ses Préludes datent de 1956 et se présentent à la manière d’une sonate en 4 parties, dans des tonalités différentes. L’atmosphère calme, mélancolique, nostalgique est bien exprimée par Katarzyna Makal-Zmuda, avec des réminiscences mélodiques très expressives dans la conclusion.

Composée 40 ans après le Prélude, la pièce brève : Voici ce que la fée m’a dit accorde une large place aux dissonances et au dodécaphonisme. Selon Karol Krzepecki, « il s’agit sans doute d’un des exemples les plus intéressants du dodécaphonisme polonais ». Ce Duo révèle également le Scherzo grandioso pour 2 pianos de Jerzy

Un sympathique duo (4 mains) : Anna Mikolon et Anna Liszewenska, a réalisé le volume 4 des Œuvres pour piano du professeur, compositeur et organisateur polonais, Zygmunt Noskowski (1846-1909), injustement tombé dans l’oubli.

Elles révèlent, avec une rare connivence, en premier enregistrement mondial, trois œuvres : Cracoviana (1879), dédiée au Baron Alexander von Gerder, danses à 2/4 syncopées, mondaines exécutées lors de mariages ; Mazury (1890), danses masoviennes dédiées à sa Majesté Humbert Ier, Roi d’Italie ; Six Polonaises (1891), avec titre français Pièce de caractère tour à tour méditatif, élégiaque, consolant, mélancolique puis triomphal. Le compositeur fait preuve à la fois d’imagination et d’émotion, tout en puisant dans les racines polonaises. Voici une nouvelle révélation grâce à Jan A. Jarnicki et à ces deux remarquables pianistes animées par la même passion pour les richesses musicales de leur pays.
Édith Weber

Jerzy Gablenz — né à Cracovie, le 23 janvier 1888, dans une famille de musiciens, disparu lors d’un tragique accident d’avion, le 11 novembre 1937 — a retenu l’attention de Jan A. Jarnicki qui, grâce à Tomaz Gablenz (son fils) a obtenu de nombreuses partitions. Encouragé par l’organiste et chanteur bien connu, Robert Kaczorowsky, il a associé à son projet éditorial ses pianistes attitrés : Anna Liszewska et Anna Mikolon, la flûtiste Katarzyna Czerwinska-Gosz, membre de l’Orchestre Philharmonique de Gdansk et l’hautboïste Marta Rozanska. Elles permettent de sortir de l’oubli 6 œuvres du compositeur.

Sa Sonate pour violoncelle et piano en Ré majeur (op. 15), de structure tripartite, exige virtuosité et bravoure dans sa conclusion. Elle est suivie de deux pièces brèves : Intermezzo à la Mazurka en la mineur pour piano (op. 2), de style déjà plus personnel et Canzona en sol mineur pour flûte et piano, page de jeunesse comme ses 4 Improvisations pour piano (op. 1) misant sur l’émotion. Selon l’esthétique du début du XXe siècle, Dans les Arabesques (1937) pour piano et hautbois qui dialoguent, il fait appel à des dissonances non résolues, au dodécaphonisme créant une certaine tension. Ses 5 Waltzer ont été composées à l’âge de 13 ans : une première mondiale de

Les discophiles et, en particulier, les pianistes seront ravis de pouvoir écouter à nouveau des enregistrements de Blanche Selva (1884-1942) parus chez Columbia en 1929 et 1930 (78 t/m) et récemment remasterisés grâce à l’heureuse initiative d’Yvette Carbou, directrice du Label FY & du Solstice. Après de minutieuses recherches à la Discothèque de Radio France, auprès de l’Association Blanche Selva et de son Président Guy Selva, elle a admirablement réussi à faire revivre cette grande pianiste de la première moitié du XXe siècle.

Plusieurs méthodes avaient alors cours en France, celle de Marie Jaëll (1846-1925) qui, avec des moyens techniques diamétralement opposés, obtenait, à l’audition, une qualité sonore comparable à celle de Blanche Selva mais, à la vue, si différentes dans leurs gestiques respectives (cf. photo de sa main, technique du poignet et du poids, p. 13) ou encore les ouvrages de technique et de virtuosité (Isidor Philipp, Alfred Cortot…). Blanche Selva a consigné ce travail mental et corporel dans son Enseignement musical de la technique du piano (rédigé entre 1915 et 1925).

Michel Paul Guy de Chabanon (1731-1792) est non seulement un homme de lettres, mais encore un mélomane, violoniste et compositeur accomplis. Le CD joint à la Revue ci-dessus illustre cet aspect complémentaire grâce au concours d’Elisa Barbessi (clavecin et pianoforte) et de Stephan Dudermel (violon). Ils ont sélectionné trois instruments historiques : Clavecin de Marco Brighenti (Parme), copie du clavecin Taskin (1765) ; Pianoforte réalisé par le facteur Jean Bascou, accordé au Tempérament de Jean Le Rond d’Alembert ; Violon de David Ayache (Montpellier), copie d’Amati, avec Archet de Michel Proulix (Montpellier) d’après John Dodd (v. 1780).

Données pour le plaisir dans des salons et mentionnées notamment dans le Mercure de France et l’Almanach musical, ses Sonates pour clavecin à deux claviers ou pianoforte avec parfois accompagnement de violon (et non l’inverse) ont été composées entre 1770 et 1785 : il y a donc une parfaite correspondance chronologique entre la musique et les instruments. M. P. G. de Chabanon y exploite la forme sonate au sens étymologique consistant à « sonner ». Elles sont structurées en deux mouvements contrastants (lent/vif) ou en trois (avec mouvement lent central). Les instrumentistes y trouveront des indications relatives à l’atmosphère (Gratioso,

Ce disque à l’initiative de Marielle Cafafa représente l’illustration sonore du programme ayant fait l’objet de son livre (cf. LI 118) : La chanson polyphonique française au temps de Debussy, Ravel et Poulenc (Paris, L’Harmattan, 2017).


Il convie les mélomanes, musicologues et littérairers à un vaste parcours poétique allant de Charles d’Orléans (1394-1465) à Guillaume Apollinaire (1880-1918) et Blaise Cendrars (1887-1961), en passant par Clément Marot (1496-1544) et Jean Antoine de Baïf (1532-1589) sur des thèmes de toujours : amour, vie, mort ; ou lyriques : mois de mai, hiver, neige. L’Ensemble Léonor (une vingtaine de chanteurs) bénéficie largement de la formation très complète de M. Cafafa, notamment en direction d’orchestre et de chœur, en piano, au chant lyrique acquise au CNSM, à la Haute École de Musique de Genève et à l’Université de Paris-Sorbonne où elle a obtenu son Doctorat en Musicologie. Ce premier enregistrement de l’Ensemble Léonor (qu’elle a fondé) fera date. Son apport avec des œuvres de compositeurs phares : Claude Debussy, Maurice Ravel Francis Poulenc, ainsi que Jean Langlais, Darius Milhaud… permet également d’apprécier à leur juste valeur des chansons de Raymond Bonheur,

La pianiste américaine, Claire Huangci (née en 1990), qui s’est lancée très jeune dans une carrière internationale, est spécialiste de Fr. Chopin, P. Tchaikovski et S. Prokofiev. Accompagnée par le Brandenburgisches Staatsorchester (de Francfort), sous la baguette attentive de Howard Griffiths, elle participe à la révélation d’œuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827) rarement interprétées et provenant de différents stades de sa vie.

Tout d’abord, à l’âge de 20 ans : son Ritterballet (Ballet de Chevalier), représenté en 1791 au Château de Bonn pour le Carnaval, structuré en 15 brèves séquences groupant une marche et une danse allemandes, un chant allemand, des chants de chasse et de guerre (avec sonorités de cor), une chanson à boire, introduits par une Marche solennelle et se terminant sur une joyeuse Coda. Le maître de Bonn a aussi signé un document historique : Wellingtons Sieg (La Victoire de Wellington), op. 91, recréant la victoire des troupes du Duc de Wellington sur l’armée napoléonienne à Vitoria (Espagne), le 21 juin 1813. L’œuvre comprend deux parties : Schlacht (La Bataille) — genre souvent cultivé et particulièrement dramatique —, avec des citations patriotiques : Rule Britannia (marche) et Malbrough s’en va-t-en guerre ; la

« Sous le signe de BACH » : en fait tout un programme d’adaptations pour piano d’œuvres prévues pour un autre instrument et interprétées avec passion et émotion par Corinne Kloska, pianiste lauréate de plusieurs Concours internationaux.

Le Cantor de Leipzig est présent avec des transcriptions de Ferruccio Busoni (1866-1924), remarquable pianiste et habile arrangeur, par exemple de 3 Chorals à l’origine pour orgue : Nun komm, der Heiden Heiland (BWV 659), extrait des 18 Chorals de Leipzig, pour le temps de l’Avent d’après l’Hymne Veni Redemptor gentium (Saint Ambroise de Milan, v. 386), paraphrase allemande de Martin Luther (1524) ; Herr Gott, nun schleuss den Himmel auf (BWV 617), prière à l’approche de la mort et aspiration au repos éternel, sur le texte de Tobias Kiel et la mélodie de Michael Altenburg (1620) figurant dans le Cantional de Gotha (1646) ; Ich ruf’ zu dir, Herr Jesu Christ (BWV 639), invocation au Christ, sur le texte de Johann Agricola et la mélodie (Haguenau, v. 1525) parue dans le Recueil de Wittenberg (1529). Les mélomanes retrouveront ces mélodies bien connues interprétées au piano dans le respect de l’œuvre initiale. Il en est de même pour les fragments de la Partita n°2 en ré mineur

La musique classique et romantique figure au centre des activités des Münchner Symphoniker. L’Orchestre, fondé en 1945 par Kurt Graunke, est dirigé depuis 2014/15 par Kevin John Edusei. Ce chef prometteur (né à Bielefeld en 1976) connaît un rayonnement international. Lauréat (2007) du Concours de direction de Lucerne, il est invité par de très nombreux orchestres en Allemagne, Angleterre et Autriche, entre autres.

La Symphonie n°4 « Tragique » en ut mineur (D 417) a été composée par Franz Schubert (1797-1828) à 19 ans, pendant une période pessimiste de sa vie, justifiant la tonalité d’ut mineur. Achevée en 1816, le compositeur l’a qualifiée ultérieurement de « tragique ». À noter une particularité dans l’orchestration comportant 4 cors, d’où l’importance accordée à la couleur. L’œuvre est structurée en 4 parties, spéculant sur les mouvements lents. 1. L’Adagio molto à 3/4 est de caractère solennel, recueilli et tendu, suivi de l’Allegro vivace plus dynamique et contrastant avec le deuxième mouvement : 2. L’Andante en La b majeur, à 2/4, qui traduit un lyrisme plus discret (avec deux cors en moins). 3. Le Menuetto-Allegro vivace, à nouveau en ut mineur, à 3/4, baigne dans la grâce. Enfin, 4. L’Allegro en ut mineur, à 2/2, plus développé et

Cette intéressante compilation de musiques mariales se situe dans le contexte esthétique du Bel Canto, autour de la fête de l’Assomption de Marie (le 15 août). Elle regroupe des versions de textes bien connus : les Salve Maria de Saverio Mercadante (1795-1870) et Claudio Conti (1836-1878) — chantés en traduction italienne — ; les Salve Regina de Maurizio G. Gianetti (1874-1886) et de Vincenzo Bellini (1807-1835) ; les Ave Maria de Ranieri Rillanova (1827-1915), de Giuseppe Nicolao (1825-1905) et de Charles G. St. Clair (1855-1875) — chantés en latin.

Trois œuvres pour orgue : la Sinfonia 22 (op. 142) de Giovanni Battista Candotti (1809-1876), la Suonata per la consumazione de Vincenzo Petrali (1830-1889) et la Polonese d’Antonio Diana (1815-1876) sont interprétées en connaissance de cause par Angela Metzger. Elle a retenu l’Orgue de la Cathédrale Sainte Marie à Wurzen (Allemagne), instrument à 3 claviers, pédalier, électropneumatique, avec de nombreux accouplements, construit en 1932 par les Frères Jehmlich et restauré en 2016 par la Manufacture Reinhold.

Ce CD marque les dix ans de fructueuse collaboration entre Catherine Braslavsky et les éditions JADE au service de la musique religieuse. Comme elle l’affirme : « Le Label JADE est pour moi un espace où j’ai pu m’exprimer exactement comme je le souhaite dans le domaine qui est le mien et qui est aussi la spécialité de JADE. »

Ce Collector réunit 16 œuvres brèves d’inspiration sacrée, d’une part dans le cadre de la dévotion mariale O viridissima Virga, d’après Hildegard von Bingen (XIIe siècle), O frondens Virga (voix, doulcemer, grelots, cymbale) d’inspiration lyrique ; O Virgo splendens (chant de Pèlerins de Montserrat remontant au XIVe siècle) ; d’autre part, des textes liturgiques multiséculaires : Grand Kyrie chanté en grec — dont elle a composé la musique —, mais aussi de la prière juive du Kaddosh (Adonai Elohim Tsevaoth) en hébreu, devenu pour les chrétiens le Sanctus latin.

Certaines pièces ont été arrangées ou composées par la chanteuse ou encore par Joseph Rove. On ne pouvait imaginer meilleure synthèse de son engagement, de sa maîtrise compositionnelle, de son respect des musiques sacrées illustrant ses objectifs : « je souhaite simplement dédier mon chant aux sphères les plus hautes, c’est-à-dire

Le compositeur et pianiste polonais, Raul Koczalski (1885-1948), est né en 1885. Très jeune, il est considéré comme le « Mozart polonais ». Selon Maryla Renat, il connaît un grand succès dans le monde sauf dans son pays natal. Il se perfectionne en piano auprès d’Anton Rubinstein ; vers 1903, il se consacre davantage à la composition, puis revient à une carrière européenne de concertiste mais — interné au début de la Première Guerre mondiale et coupé du monde artistique — il composera des œuvres de musique de chambre. Le Label polonais ACTE PRÉALABLE lui a déjà consacré un premier CD (Chamber Works 1, APO 383, 2017).

Le présent CD comporte deux de ses Concertos pour piano interprétés par Joanna Lawrynowicz — de nos jours, l’une des plus éminentes pianistes polonaises. Elle est accompagnée par l’Orchestre Symphonique Philharmonique des Basse-Carpates, placé sous la direction du chef italien Massimiliano Caldi (né à Milan en 1967), spécialiste aussi bien de musique symphonique que d’Opéra ; il est soucieux de faire revivre la musique polonaise du XXe siècle. Cet Orchestre, fondé en 1955, est actuellement considéré comme l’un des plus dynamiques de Pologne ; il se produit également en Europe (Autriche, Belgique, Tchéquie, France, Espagne, Allemagne, Suède…) et

Philippe Entremont (né à Reims en 1934) a donné son premier concert en 1953 au Carnegie Hall). À 84 ans, il compte à son actif plus de 6000 concerts et entreprend encore en janvier 2018 une tournée en Chine (Shangai, Pékin) : véritable marathon, comme d’ailleurs son aîné Daniel Wayenberg (né en 1929) qui se rend cette année à Tahiti.

En une version aboutie, Philippe Entremont propose son premier enregistrement de la redoutable Sonate n°21 en Si b majeur (D 960) de Franz Schubert (1797-1828), composée en septembre 1828 et publiée en 1839 : son « chant du cygne ». Il rappelle : « depuis plus d’un demi siècle, je pense à cette Sonate — une œuvre si considérable, si envoûtante et si difficile dans sa simplicité. Le désir de l’enregistrer m’est venu plus tard, beaucoup plus tard, vers 2009, et c’était encore trop tôt… ». L’œuvre est structurée en 4 mouvements : 1. Molto moderato, très élaboré et de caractère mystérieux ; 2. Andante sostenuto, déchirant, d’une grande profondeur, avec un accompagnement lancinant ; 3. Scherzo. Allegro vivace con delicatezza, traduisant une joie assez spontanée ; enfin 4. Allegro ma non troppo très développé, aux

Si Ararat évoque immédiatement le massif volcanique des hauts plateaux arméniens, symbole de toute une nation, ce deuxième opus discographique de l’ensemble Canticum Novum, après Aashenayi, sera, sans doute, pour le plus grand nombre une belle découverte puisqu’il propose un émouvant et éloquent dialogue entre deux cultures, française et arménienne, au travers de différentes courtes pièces lumineuses et aériennes explorant les liens entre musiques françaises et musiques traditionnelles d’Europe de l’Est et d’Orient. Un programme passionnant qui rappelle l’attachement de l’ensemble vocal et instrumental Cantotum Novum à l’interculturalité. Poèmes, ode liturgique, cantique, chansons populaires, danse de cour, romances judéo-espagnoles et chant d’exil sont, ici, particulièrement mises en valeur par les voix d’Emmanuel Bardon et Barbara Kusa superbement soutenus par un instrumentarium adapté aux sonorités surprenantes. Une réussite indiscutable !

Deux instrumentistes talentueux forment ce duo de circonstance, musiciens bien connus de par leur activité chambriste respective, au sein du Quatuor à cordes Zaïde pour Juliette Salmona et au sein du Quatuor de guitares Éclisses pour Benjamin Valette. L’histoire de ce CD est celle d’une rencontre autour de l’œuvre de Radamès Gnattali (1906-1988) et tout particulièrement autour de sa Sonate pour guitare et violoncelle (1989) et de sa Suite Retratos (1956) dont l’album porte le nom. Un programme très varié comprenant également différentes transcriptions effectuées par les interprètes à partir du corpus de compositeurs brésiliens du 19e et 20e siècle (Ernesto de Nazareth, Francisco Mignone, Alberto Nepomuceno, ainsi que l’inévitable Heitor Villa-Lobos).
Un album très original par le choix des œuvres, souvent méconnues, mais aussi par le caractère inhabituel de l’instrumentarium utilisé, réunissant guitare et violoncelle, deux instruments à la tessiture pratiquement identique, autorisant un jeu de rôle aussi surprenant que jubilatoire. Un très bel enregistrement superbement interprété, haut en couleurs, empruntant à la musique savante et à la musique populaire brésilienne, porteur de joie, mais aussi d’une indicible nostalgie qui en font tout le charme Une belle

Inlassable défenseur des vents français, et notamment des cuivres, le label Indésens nous offre, ici, un enregistrement rare datant de 1994, reprenant quatre œuvres phares du répertoire du trombone, servies par les mains expertes de Jacques Mauger, ancien tromboniste solo de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris. Une présentation et une mise en lumière d’un instrument rarement utilisé comme soliste qui nous permet d’en apprécier toutes les facettes techniques et musicales, virtuosité, couleur flamboyante ou délicate, lyrisme puissant, legato et expressivité. Un programme s’appuyant sur le Concerto pour trombone et orchestre (1924) de Launy Grondahl (1886-1960) aux accents post romantiques, la Ballade pour trombone et orchestre (1940) de Frank Martin (1890-1974) plus moderne, aux inflexions plus jazzy et dodécaphoniques, le superbe Concerto pour trombone et orchestre (1956) d’Henri Tomasi (1901-1971) peut-être le plus réussi musicalement et, sans aucun doute, le plus attachant par sa ligne mélodique, son mystère et sa poésie et, enfin, seul concerto du XIXe siècle, le très romantique Concertino (1837) de Ferdinand David (1810-1873) composé à la demande de Mendelssohn pour le Gewandhaus de Leipzig et son tromboniste virtuose Karl Traugott. Un bel album, magnifiquement interprété.

Voici un disque dont la cohérence concernant le programme ne saute pas aux yeux, ni aux oreilles ! Cela d’autant que le livret accompagnant le CD est réduit à sa plus simple expression ne donnant pas les raisons, s’il y en a, amenant à mêler sur le même album, avec un bonheur tout relatif, chants hébraïques empruntés à la liturgie et tradition juives et nécessitant de ce simple fait des techniques propres au chant cantorial comme l’improvisation, et des chants d’amour convoquant respectivement Ravel, Rimski-Korsakov, Fauré ou encore Bizet ( ?) Deux mondes bien différents, heureusement traités avec une certaine réussite musicale, s’appuyant sur la voix chaude et la vocalité facile de Sofia Falkovitch, mezzo et cantor, ainsi que sur l’accompagnement très pertinent de l’orchestre Les Illuminations dirigé par Gabriel Bourgoin.

Et pourtant, malgré les critiques qu’il génère, cet enregistrement ne manque pas d’intérêt car Sofia Falkovitch a acquis dans ce domaine si particulier une maitrise reconnue, s’attelant à défendre, de par le monde, ce répertoire de musique juive unique en son genre où les versets sont typiquement chantés et improvisés a cappella. Plus de réserves concernant les chants d’amour voyant se succéder l’Habanera et la Séguedille empruntées à la Carmen de Bizet dont on se demande ce qu’ils viennent

Voici encore une belle découverte, celle d’un ensemble à cordes talentueux, le trio constitué par Agnès Pika au violon, Blandine Leydier à l’alto et Armance Quéro au violoncelle, appartenant toutes trois à l’ensemble Des Equilibres. Découverte également d’un lieu sublime, le Couvent des Minimes, joyau du XVIe siècle, à Pourrières dans le Var où cet album fut enregistré et redonné dans son intégralité, à l’occasion des Soirées Musicales en mai dernier. Découverte enfin des trios à cordes de trois compositeurs, Jean Cras (1879-1932), Joseph Ermend Bonnal (1880-1944) et le plus célèbre Albert Roussel (1869-1937). Trois compositeurs ayant en commun d’être contemporains, mais surtout d’avoir exercé une double activité maritime et musicale expliquant ainsi le titre de cet album.

En ce début de XXe siècle, la musique française, dominée par les statures internationales de Debussy et Ravel, laisse peu de place aux autres compositeurs les confinant rapidement à un injuste oubli. Jean Cras mena essentiellement une brillante carrière militaire dans la marine où il devint vice amiral. Compositeur à ses heures perdues, il composa son trio à cordes en 1926. Ermend Bonnal est sans doute une figure musicale plus connue notamment par ses compositions inspirées du folklore basque ou

La harpiste française Sandrine Chatron, en compagnie de la violoncelliste Ophélie Gaillard et du ténor Michael Bennett, nous invite avec cet album original à une promenade pleine de charme à travers des œuvres de compositeurs britanniques du XXe siècle, dont certains bien connus comme Benjamin Britten, d’autres moins comme Bowen, Howells, Bantok, Scot, Goossens, Watkins, Williams, Berkeley, Rubbra, ayant tous en commun d’avoir étudié la composition dans des institutions britanniques et d’avoir composé pour harpe, avec accompagnement de violoncelle et voix. Un répertoire peu connu, choisi de façon intuitive et passionnée par Sandrine Chatron qui nous amène, tout au long de cette flânerie musicale, à découvrir toute la créativité et l’originalité de cette musique britannique puissante, raffinée, émouvante et colorée où se mêlent avec un bonheur tout particulier la sonorité de la harpe, le lyrisme du violoncelle et la chaleur de la voix. Un disque rare construit autour de la harpe, ce qui n’est pas si fréquent, réunissant des musiciens de grande qualité dans un programme particulièrement original. A ne pas manquer !

Voilà un disque qui ne nous convainc qu’à moitié tant la puissance, parfois éprouvante, du jeu de Philippe Guilhon-Herbert confère à son interprétation un aspect par trop monolithique où manquent souvent nuances et couleurs. Un programme conçu comme un itinéraire russe au travers d’œuvres de Tchaïkovski, Moussorgski ou encore Stravinski.
L’Ouverture-Fantaisie de Roméo et Juliette de Piotr Iliych Tchaïkovski est assurément la plage la plus réussie de ce CD, pleine de charme et de poésie. Dans une transcription de Philippe Guilhon-Herbert, elle témoigne, sans nul doute, de la capacité stupéfiante du pianiste français à reproduire les sonorités de l’orchestre, ainsi que de la variété de son jeu qui passe avec une facilité confondante de la romance à l’épopée. En revanche la lecture de l’Oiseau de feu d’Igor Stravinski semble moins convaincante.

Sa scansion rythmique très appuyée, la lourdeur du phrasé et le toucher étonnamment dur et peu nuancé finissent par lasser les oreilles les plus indulgentes. Critique qui