Voici encore une belle découverte, celle d’un ensemble à cordes talentueux, le trio constitué par Agnès Pika au violon, Blandine Leydier à l’alto et Armance Quéro au violoncelle, appartenant toutes trois à l’ensemble Des Equilibres. Découverte également d’un lieu sublime, le Couvent des Minimes, joyau du XVIe siècle, à Pourrières dans le Var où cet album fut enregistré et redonné dans son intégralité, à l’occasion des Soirées Musicales en mai dernier. Découverte enfin des trios à cordes de trois compositeurs, Jean Cras (1879-1932), Joseph Ermend Bonnal (1880-1944) et le plus célèbre Albert Roussel (1869-1937). Trois compositeurs ayant en commun d’être contemporains, mais surtout d’avoir exercé une double activité maritime et musicale expliquant ainsi le titre de cet album.

En ce début de XXe siècle, la musique française, dominée par les statures internationales de Debussy et Ravel, laisse peu de place aux autres compositeurs les confinant rapidement à un injuste oubli. Jean Cras mena essentiellement une brillante carrière militaire dans la marine où il devint vice amiral. Compositeur à ses heures perdues, il composa son trio à cordes en 1926. Ermend Bonnal est sans doute une figure musicale plus connue notamment par ses compositions inspirées du folklore basque ou

La harpiste française Sandrine Chatron, en compagnie de la violoncelliste Ophélie Gaillard et du ténor Michael Bennett, nous invite avec cet album original à une promenade pleine de charme à travers des œuvres de compositeurs britanniques du XXe siècle, dont certains bien connus comme Benjamin Britten, d’autres moins comme Bowen, Howells, Bantok, Scot, Goossens, Watkins, Williams, Berkeley, Rubbra, ayant tous en commun d’avoir étudié la composition dans des institutions britanniques et d’avoir composé pour harpe, avec accompagnement de violoncelle et voix. Un répertoire peu connu, choisi de façon intuitive et passionnée par Sandrine Chatron qui nous amène, tout au long de cette flânerie musicale, à découvrir toute la créativité et l’originalité de cette musique britannique puissante, raffinée, émouvante et colorée où se mêlent avec un bonheur tout particulier la sonorité de la harpe, le lyrisme du violoncelle et la chaleur de la voix. Un disque rare construit autour de la harpe, ce qui n’est pas si fréquent, réunissant des musiciens de grande qualité dans un programme particulièrement original. A ne pas manquer !

Voilà un disque qui ne nous convainc qu’à moitié tant la puissance, parfois éprouvante, du jeu de Philippe Guilhon-Herbert confère à son interprétation un aspect par trop monolithique où manquent souvent nuances et couleurs. Un programme conçu comme un itinéraire russe au travers d’œuvres de Tchaïkovski, Moussorgski ou encore Stravinski.
L’Ouverture-Fantaisie de Roméo et Juliette de Piotr Iliych Tchaïkovski est assurément la plage la plus réussie de ce CD, pleine de charme et de poésie. Dans une transcription de Philippe Guilhon-Herbert, elle témoigne, sans nul doute, de la capacité stupéfiante du pianiste français à reproduire les sonorités de l’orchestre, ainsi que de la variété de son jeu qui passe avec une facilité confondante de la romance à l’épopée. En revanche la lecture de l’Oiseau de feu d’Igor Stravinski semble moins convaincante.

Sa scansion rythmique très appuyée, la lourdeur du phrasé et le toucher étonnamment dur et peu nuancé finissent par lasser les oreilles les plus indulgentes. Critique qui

Le pianiste français Stéphane Blet nous propose, ici, un nouvel opus discographique consacré à trois compositeurs russes parmi les plus importants du répertoire pianistique. Un très beau disque tout en couleurs, nuances, expressivité, allant et virtuosité. Les Tableaux d’une exposition de Modest Moussorgski, œuvre incontournable du répertoire, sont joués ici avec beaucoup d’à propos. Une belle interprétation qui nous donne à « voir » la musique, par ses couleurs variées, ses nuances subtiles, son phrasé plein de relief et ses contrastes exaltés par un jeu virtuose et poétique se déployant tout au long de ce voyage imaginaire à travers les tableaux de Victor Hartmann.

Trois miniatures d’Alexandre Scriabine leur font suite, œuvres de jeunesse imprégnées des influences de Chopin et Tchaïkovski, le Prélude opus 22 n° 3 tout en délicatesse, la très intériorisée et bouleversante Étude opus 2 n° 1 et la plus orchestrale Étude opus 8 n° 12 nécessitant plus d’ampleur et de véhémence dans le jeu. Les Moments musicaux opus 16 n° 3 & 4 de Rachmaninov allient, quant à eux, panache, lyrisme et nostalgie dans un mélange très romantique caractéristique du compositeur.

Voici la captation discographique de l'intégrale des symphonies de Mendelssohn donnée en février 2016 à la Philharmonie de Paris par le COE dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Comme la Lettre d'Information de l'Éducation musicale s'en était fait alors l'écho (cf. LI de mars et d'avril 2016), ces exécutions se signalent par leur spontanéité, leur joie de vivre, mais aussi leur côté charnel et dynamique, le souci de l'articulation et de la clarté des lignes comme du dramatisme que recèle cette musique. Elles sont servies par la somptueuse lecture d'un orchestre au mieux de sa forme : homogénéité d'une phalange d'exception que le mot routine n'effleure même pas, souplesse de jeu, lustré des cordes et précision des pizzicatos, fines couleurs des bois et des cuivres. On ajoutera l'art du cantabile que Nézet-Séguin met au service de « Mendelssohn l'aquarelliste » (Brigitte François-Sappey) et de sa subtile orchestration. La prise de son live est d'une parfaite immédiateté, offrant une excellente définition des divers plans et une agréable aération dans les tuttis.



Une revue de détail confirme ces impressions d'ensemble, comme relevé lors des concerts. On la reprendra selon la chronologie réelle. Car éternel perfectionniste, le

Le Concours International de chant de Mâcon (Airs d’opéras, Mélodies françaises) a lieu chaque année. Après avoir sollicité des pièces de compositeurs contemporains, il a le mérite de sélectionner et d’attirer l’attention sur les meilleurs chanteurs de moins de 35 ans. Les judicieuses photos illustrent d’ailleurs l’esprit de compétition et l’engagement des participants batailleurs, décidés, motivés et convaincus. L’enregistrement avec accompagnement de piano, a eu lieu à Vézelay (Cité de la Voix) ; celui avec orchestre, à Mâcon, en 2016.
Isabelle Aboulker (née en 1938) a fait ses études au CNSMP. Elle est accompagnatrice, chef de chant et professeur auprès de jeunes chanteurs au CNSM. Elle attache une attention particulière à la prosodie et se situe dans le sillage des Mélodies de Fauré, Debussy, Ravel et Poulenc.

Ce disque permet d’entendre 3 œuvres : NocturneAu marché de Saint-PaulHymne à la volupté. Les autres compositeurs (nés plutôt dans les années 1960 et 70) sont : Richard Dubugnon (Suisse né en 1968), avec 5 œuvres d’inspiration diverse dont Hacquoil (Le Marin), Ballade « En réagal, en arsenic rocher », Le ciel avait

L’alto est parfois un « parent pauvre » de la production discographique, pourtant il s’impose par ses sonorités expressives, graves et intériorisées. Au gré des titres des 9 œuvres pour un ou plusieurs altos, ce 7e disque bénéficie du concours de Marcin Murawski, Michalina Matias, Kamil Babka et du compositeur lui-même : Michael Kimber.
La Suite en style baroque pour 2 altos épouse la forme classique, avec des danses. D’abord bien enlevé, en dialogue à deux, le Prélude contraste avec l’Allemande assez allante dans laquelle les deux instruments sont à égalité ; la Courante traditionnelle est suivie de la Sarabande plus langoureuse. Les Gavottes I et II sont bondissantes avec effets d’écho, alors que les Menuets I et II sont plus mesurés. Dans la Gigue conclusive, les deux altistes déploient énergie et entrain.


L’œuvre la plus développée est la Sonate en duo en style classique pour 2 altos en 4 mouvements traditionnels : Allegro, Andante, Tempo di Menuetto, Rondo. Vivace. Des allusions à la Pologne se rencontrent dans le Monolog i Krakowiak de caractère rhapsodique. Ce disque comporte aussi des pièces brèves : Secundal, Harmonics, Winter Awakening ou encore 4 Canons pour 2 altos : Resolute, Sehr langsam, Con grazia et Lively : à noter la terminologie multilingue.

Ce titre, évocateur et douloureux, implique à la fois regrets et admiration. L’idée dominante est le jeune âge de compositeurs disparus trop tôt et qui s’étaient distingués par des œuvres prometteuses auxquelles la maladie et la mort ont mis fin brutalement, avant que ces poètes et compositeurs n’aient pu donner toute leur mesure. Il s’agit de Sabine Sicaud, avec ses poèmes visionnaires, interrompus à l’âge de 15 ans ; de Lili Boulanger — sœur de Nadia — disparue à 24 ans ; de Guillaume Lekeu, aux talents prometteurs, mort au même âge ; Gabriel Dupont, auteur des Heures dolentes si évocatrices et d’Antonio Fragoso, victime de la grippe. Le Label SOUPIR ÉDITIONS leur rend un vibrant et très émouvant hommage.


Le Disque 1 (paroles parfois précédées d’une courte introduction au piano) est consacré à 32 brefs poèmes de Sabine Sicaud (née en 1913) récités par Michèle Bernard. Les titres sont significatifs ; plusieurs concernent les Chemins de la dune, de l’ouest, de l’est, du nord, du sud, de l’amour des hauts plateaux, des arbres... Parmi d’autres thèmes significatifs, figurent les médecins, la douleur, la maladie, Un jour de fièvre… et Quand je serais guérie. D’autres textes concernent la solitude, la paix. Sont inscrites

À elle seule, la photo de couverture en dit long sur la complicité du chef et de la pianiste. Ils interprètent deux Concertos pour piano et orchestre de Mozart de Schumann.
Le Concerto pour piano et orchestre n°23 en La Majeur (KV488) de W. A. Mozart comporte deux mouvements rapides avec un mouvement central lent. Dans le premier : Allegro, il spécule sur un sujet vif et un sujet plus suave, avec des tonalités mineures. Il incombe au piano d’orner le premier, d’assurer, après la ritournelle orchestrale, des traits de soliste, puis de rappeler le thème initial. À noter la libre cadence conclusive qui termine le premier tutti assortie d’une brève coda. L’Adagio central est marqué par le balancement de rythmes de sicilienne ; à l’exposition du thème à découvert, répondent clarinette, flûte, basson et violons. Un nouveau thème passera, au piano, du mineur au majeur.

Suit un dialogue entre la pianiste et les vents avec pizzicati des cordes, qui aboutit au pianissimo. Dans l’Allegro assai, le piano énonce à découvert un thème vivace auquel

Selon Marcel Marnat, Joseph Haydn (1732-1809) souhaitait regrouper vingt cinq pièces (à partir de 1796) mais, en raison de son âge et de la difficulté à trouver des textes, il n’en mit que treize en musique. Elles sont publiées dans l’ordre alphabétique des titres et reflètent sa perception de la vie et son expérience de compositeur. Ces Trios et Quatuors vocaux, brefs et presque de caractère instrumental, ne sont pas des Lieder (mélodies) et reposent sur des poèmes de G. E.  Lessing (1729-1781), G. F. Gelert (1715-1769)…
Thibault Lam Quang — toujours à l’affût de programmes neufs et originaux — a judicieusement et dans une parfaite logique thématique regroupé ces treize pièces autour de trois centres d’intérêt : « La vie en société », « De l’amour » et « Face à Dieu ». 

Il a fait appel à un pianiste très prometteur, Lauréat du Concours Long-Thibaud, de réputation internationale, chambriste expérimenté, Antoine de Grolée, qui soutient avec précision le Chœur de chambre les Temperamens Variations. Il se produit aussi en soliste avisé au piano Érard de 1899 (n°80031) et interprète avec finesse,

Le dynamique Label polonais vient de réaliser en premier enregistrement mondial l’Intégrale de l’œuvre pour piano de Tivadar (Théodore) Szántó (1877-1934), compositeur tombé dans l’oubli mais tout récemment redécouvert par Jan. A. Jarnicki, et grâce au pianiste Artur Cimirro. Né dans l’Empire austro-hongrois à Vienne en 1877, il a évolué dans la mouvance de musiciens français tels que Debussy, Ravel, Florent Schmitt, Isidore Philipp, entre autres, auxquels il dédie certaines de ses œuvres. Ses sources d’inspiration proviennent de thèmes hongrois populaires (1915), de mélodies japonaises, de la vie quotidienne des paysans magyars, de chants de travail. Il cultive la musique descriptive, l’élégie dramatique, les formes suivantes : lamentations, ballades, variations et final.


Tivadar Szántó a étudié le piano, la composition auprès de Ferruccio Busoni (1866-1924) auquel il a dédié son opus 1 : Études

Igor Stravinsky (1882-1971) termine son célèbre ballet Petrouchka en mai 1911, lors de son séjour à Rome ; le 13 juin suivant, Pierre Monteux le dirige à Paris au Théâtre du Châtelet. Cette réalisation permet de confronter la version originale pour orchestre et la version pour piano à 4 mains ; la première est interprétée par l’Orchestre symphonique de Bâle sous la direction de Dennis Russel Davies (qui est aussi pianiste), la seconde par D. R. Davies et Maki Namekawa en un duo soudé.


Cette œuvre d’art total (Gesamtkunstwerk) englobe la musique et la danse, l’image et le décor. Elle comprend 4 Tableaux avec les danses russes, de la Ballerine, des nounous, des personnages : Petrouchka, le Maure (comme dans la Commedia dell’arte avec protagonistes), les cochers, les palefreniers déguisés pendant la foire de la semaine grasse et lors du marché. Certains éléments des tableaux sont un tantinet plus longs dans la version pour piano à 4 mains, plus dépouillée que celle pour orchestre, très étoffée avec, en plus, harpe, piano et l’accordéon russe assurant un riche paysage sonore.
Voici un genre de collage et de montage technique pour évoquer le « chaos de la Fête de la semaine grasse » (précédant le jeûne du Carême), par le biais de mélodies et

Wladislaw Zelenski, né en 1837, mort en 1921, compositeur polonais très apprécié en Europe à son époque, est rapidement tombé dans l’oubli. Pour le plus grand plaisir des discophiles, le voilà relancé et réhabilité grâce aux inlassables efforts de Jan A. Jarnicki, directeur du Label ACTE PRÉALABLE qui — après des recherches à la Bibliothèque Nationale de Varsovie et après avoir acquis 11 Albums dont 9 autographes, ainsi que d’autres partitions —, a entrepris, selon les commentaires joints aux disques, une véritable « croisade » pour chercher des interprètes et un chœur polonais. Finalement, c’est le prêtre Robert Kazorowski (cf. p. 11, CD Sacred Choral Works) qui a réussi à trouver les artistes motivés.


Wladislaw Zelenski (à ne pas confondre avec Jan Dismas Zelenka (1679-1745) admiré par J. S. Bach), né à Grodkowice, a commencé à l’âge de 9 ans ses études musicales, déjà décidé à devenir un musicien de métier. À Cracovie, il suit des cours de piano, violon, puis d’harmonie, de contrepoint, composition et d’orgue, ainsi que, par la suite, de philosophie à l’Université jaguelone, puis à Prague où il obtient son Doctorat. Au Conservatoire National de Paris, il est l’élève de Henri Reber, puis il

Ce triptyque associant Franz Liszt, Robert Schumann et Frédéric Chopin a été enregistré en direct, à la Salle Cortot (Paris) lors du Concert du 10 novembre 2016.
Véronique Bonnecaze, après ses études au Conservatoire de Bordeaux, puis avec Nadia Tagrine à paris, enfin au CNSMP dans la classe de Ventsislav Yankoff où il a obtenu un Premier Prix de piano et de musique de chambre, est lauréate de Concours internationaux. Elle se produit en France et dans de nombreux pays à l’étranger. Depuis 2010, elle enseigne le piano à l’École Normale de Musique de Paris et assure des masterclasses. Son texte de présentation propose des commentaires brefs mais pertinents. Son programme réunit des œuvres qu’elle « aime » et dans lesquelles elle « se sent à l’aise » selon ses propres termes.

Le premier volet concerne Franz Liszt avec Widmung (S. 566), première page du Cycle Myrthen (op. 25) de Schumann sur un poème de Friedrich Rückert. Après l’exposition du thème, il le traite en variations faisant appel à la virtuosité avec ornementation en arpèges. L’œuvre se termine par « une énonciation triomphale du même motif soutenu par de puissants accords ».

Ceci est le quatrième volume du « Stradella project », d'enregistrement des oratorios d'Alessandro Stradella (1639-1682), après entre autres, « Santa Edita » (cf. LI de juin 2016). « Santa Pelagia » est un oratorio en deux parties pour quatre voix et basse continue, composé aux alentours de 1677. Il appartient au genre du drame spirituel, basé sur l'allégorie de la vanité humaine, comme on en trouve dans plusieurs pièces de l'époque et jusque chez Haendel dans « Il trionfo del tempo e del disinganno ». Il conte l'histoire de Pélagie d'Antioche, figure de sainte très populaire dans l'Italie du Seicento : la femme prostituée qui se convertit et fut baptisée par Nonnus, l'évêque d'Édesse, puis après s'être rendue à Jérusalem, vécut en ermite dans une prison sur le Mont des Oliviers. L'auteur du livret est inconnu, mais pourrait être le prince romain Lelio Orsini, qui écrivit celui de « Santa Editta ».

On y découvre la pécheresse tiraillée entre attirances du Monde et admonestations de la Religion. Autrement dit entre les forces du Bien et du Mal. Grâce à l'aide d'un personnage raisonnable, ici l'évêque Nonnus, elle trouvera le chemin du repentir. Les plaisirs recherchés par la femme, peu à peu gagnée par le doute, font place à la

Premier volet d'une intégrale à venir des sonates pour piano de Prokofiev, cet album propose les Deuxième, Sixième et Huitième sonates. Autrement dit un rapprochement entre l'audace de la première manière et la suprême maitrise de la maturité. La sonate N° 2 op. 14, de 1913, montre une apparente facilité d'inspiration comme à l'allegro introductif qui aligne pas moins de cinq thèmes, et affirme déjà une grande habileté dans leur savante combinaison qui frôle la dissonance. Le scherzo offre un rythme enjoué mais énergique et un piano percussif. Cœur de l'œuvre, l'andante, tout de lyrisme, au fil d'une longue mélodie mouvante, dispense des climats mystérieux, qu'on retrouvera plus tard dans bien d'autres compositions.

Le vivace final est un vrai tourbillon, avec ruptures de rythmes, et ce couple accélération et phénomène d'amplification, typique chez Prokofiev. Alexander Melnikov est chez lui dans ce discours serré et fait sien tout ce qu'il y a d'inattendu ici.
Après une longue interruption, de 1923 à 1940, Prokofiev revient au piano solo avec sa Sixième sonate, op. 82, la première de la trilogie des « sonates de guerre », et

Il est rare d'entendre des mélodies de Fauré interprétées par un ténor. Et par un ténor rompu à la musique baroque, peut-être plus encore. Le fait est que passé l'effet de surprise, ce disque invite à repenser la manière dont on conçoit la musique vocale de ce compositeur. Thibaut Lenaerts a conçu son programme en opérant dans l'immense corpus des mélodies de Fauré un choix original de pièces écrites entre 1861 et 1894, ce qui couvre la première partie de la longue période créatrice du musicien. Il mêle pièces connues et surtout pièces peu jouées. L'autre particularité est le choix de l'instrument d'accompagnement, un piano Erard de 1873, grand format, à la sonorité claire. On passera sur les mélodies comme « Au bord de l'eau », « Après un rêve », « Clair de lune », ou encore l'immanquable « Mandoline » et ses arabesques inouïes sur un piano sublime, exécutées avec tact.

Plus intéressantes dans le présent contexte sont les pièces du jeune Fauré qui fait appel à des poètes installés comme Hugo, Gautier, mais aussi à des auteurs plus discutables comme Jean Richepin ou Armand Silvestre. Le talent du musicien sait en transformer les platitudes littéraires. Ainsi de « Le Papillon et la Fleur », op. 1 (1861),

Voici un récital Schumann traité avant tout sur le mode de la confidence, au plus près de l'intime romantique. Matthias Goerne a réuni un bouquet de Lieder autour de deux cycles : les « Sechs Gedichte und Requiem » op. 90 et les « Gesänge » de l'opus 89. Desdits « Six Poèmes », écrits en 1850, sur des textes de Lenau, on perçoit d'emblée le caractère nocturne (« Meine Rose », Ensamkeit »), l'angoisse (« Der schwere Abend »/Triste soir), la romance tour à tour d'une apparemment insouciance et de la prédiction du temps qui passe (« Die Sennin »/La bergère). Partout observe-t-on une déclamation proche du chuchotement, tandis que la partie de piano n'est pas sans évoquer les « Nocturnes » de Chopin. Sans doute, pour des raisons de cohérence du propos, Goerne a-t-il choisi de ne pas donner le premier morceau, « Lied eines Schmiedes »/Chant du foregron, le seul à offrir un ton extraverti.

Le « Requiem » qui suit ce cycle est une élégie, un chant d'adieu (au poète Lenau qu'on avait cru mort, et qui, par un cruel hasard, disparaitra le jour même de la création du cycle). Les Cinq « Chants » de l'opus 89, sur les textes d'un poète plutôt mineur, Wilfried von der Neun, et dédiés à la cantatrice Jenny Lind, forment un cycle

Le compositeur d'origine lorraine Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) laisse un corpus important, notamment dans le domaine de la musique de chambre, spécialement d'œuvres pour la flûte traversière, son instrument favori. Cultivant le genre de la sonate en trio, inspirée de la « sonata di chiesa » (sonate d'église) et tout un art de la conversation musicale galante, en cette période de la Régence où l'on recherchait la nouveauté tout en favorisant une manière aisée et le pur plaisir de l'oreille. Sa facilité - pour ne pas dire sa prolixité - lui causa l'inimitié de bien de ses collègues qui se plaisaient, de manière piquante, à relever son caractère ingénieux et sa propension à se mettre en avant dans la bonne société : le « parfait honnête homme en son siècle » disait-on. Il n'empêche, sa plume pour fertile qu'elle fut, donna de beaux fruits. Comme en témoigne le présent programme qui offre un florilège de sonates et de trios.

Les sonates pour flûte, violon et continuo de l'opus 41 sont, pour deux de celles jouées ici (les sonates IV et II), en cinq mouvements, incluant des danses françaises, Sarabande et Menuet, ou une Gavotte pour ce qui est de la sonate II, clôturant de manière décidée une pièce qui avait débuté par un ''Grave'' expressif. Dans la sonate

Cet album richement documenté luxueusement présenté ambitionne de célébrer la naissance de l'opéra en focalisant sur ce qui a précédé la création de l'Orfeo de Monteverdi à Mantoue en 1607. Et ainsi retracer la tradition des ''intermedii'' au Seicento, ou divertissements insérés au milieu de pièces de théâtre et bénéficiant d'une présentation visuelle fastueuse. Musicalement, ils offraient un mélange de formes populaires comme la chanson, et savantes, tel que l'art du madrigal. Cette tradition a été instaurée dans les cours princières italiennes, en particulier celle de Florence durant la dynastie des Medicis, pour célébrer les grands événements dynastiques, mariages, naissances...

Elle connaitra son apogée en 1589 à l'occasion du mariage de Ferdinand de Médicis avec Christine de Lorraine, nièce du Roi de France.
Pour ce faire, Raphaël Pichon a conçu une fresque imaginaire en quatre parties, constituée de quatre ''intermedii'' créés de toutes pièces à partir de musiques essentiellement vocales de divers compositeurs de l'époque, et selon un canevas dramaturgique enchâssant deux mini drames, « La fable d'Apollon » et « Les larmes

Voici un disque qui constituera pour beaucoup une belle découverte. Découverte d’abord du compositeur Marc Mellits, né en 1966, comptant parmi les plus joués aux États-Unis. Miniaturiste par la taille de ses compositions, minimaliste et post minimaliste par son style mêlant musique répétitive et accents rock. Découverte aussi de sa musique si particulière et notamment de ses Quatuors n° 3, 4, 5 remarquablement interprétés, ici, par les membres du Quatuor Debussy (Christophe Collette et Marc Vieillefon aux violons, Vincent Deprecq à l’alto et Cédric Conchon au violoncelle). Un Quatuor qu’on ne présente plus tant sa musicalité et sa cohésion font aujourd’hui référence. Un disque qui commence par une histoire humaine, l’histoire d’une rencontre entre compositeur et exécutants datant de 2012 au festival « Cordes en ballade » en Ardèche.

La suite donnée à cette rencontre et la complicité qui en découla n’étonneront personne tant le Quatuor Debussy représente, de toute évidence, l’interprète idéal par son éclectisme et par sa soif de nouvelles expériences. Un enregistrement, en première mondiale, effectué dans la crypte de Lagorce en 2016 comprenant le Quatuor n°

Une superbe découverte que cet album regroupant vingt trois mélodies (sur une centaine composées) de Fernand de La Tombelle (1854-1928), compositeur quelque peu oublié de nos jours dont l’œuvre vocale se trouve ici exhumée grâce aux recherches incessantes du centre de musique romantique française du Palazetto Bru Zane. Aujourd’hui inconnu même des amateurs férus de raretés, Fernand de La Tombelle fut pourtant un organiste virtuose, un pédagogue reconnu, fondateur de la Schola Cantorum et un compositeur raffiné. Raffinement dont ces mélodies, enregistrées en première mondiale, portent témoignage (du moins pour l’essentiel d’entre elles…).

Des mélodies de salon, de prosodie relativement aisée, s’adressant aux amateurs éclairés et aux professionnels du chant, volontiers théâtrales, s’appuyant sur des textes de La Boétie, Beaumarchais, Lamartine, Gautier ou encore Hugo, ainsi que sur des œuvres de poètes moins connus qui eurent leur heure de gloire à la fin du XIXe siècle (Theuriet, Barbier, Brachet, Montverdun…). Un très beau corpus évoquant l’amour (romantisme oblige), le folklore populaire, la foi en Dieu, ou encore la Grande Guerre, dont Tassis Christoyannis et Jeff Cohen nous donnent un admirable aperçu par la perfection de la diction, par la facilité et la souplesse du chant, par l’expressivité de