BEETHOVEN : Concerto n°5 « Emperor ». Cyprien Katsaris/Sir Neville Marriner. PIANO 21 (www.cyprienkatsaris.net ), P21 051-N. 2014. TT : 75’ 35.

Confrontation très constructive qui retiendra l’attention en cette commémoration beethovénienne : la version (originale) du Concerto n°5 dit L’Empereur [Napoléon Ier] grâce à Cyprien Katsaris accompagné par Sir Neville Marriner à la tête de l’Academy of St Martin in the Fields et surtout, en première mondiale, son arrangement pour piano solo, qui — même sans les sonorités de l’orchestre — va droit à l’essence même du célèbre Concerto parfois galvaudé. Une belle « leçon de fidélité », d’adaptation à l’actif de l’inégalable Cyprien Katsaris. Une émouvante plongée dans l’univers comme volontairement quelque peu assourdi, lointain du compositeur, dont la richesse de la vie musicale intérieure pallia toujours davantage la surdité progressive, à la frontière entre imagination et réalisation musicale. Incontournable pour les pianistes. Démarche au cœur du sensible.
Édith Weber
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André JOLIVET (1905-1974) : Complete Works for Flûte 1-2. Hélène Boulègue. NAXOS. 8.573885(2019)- 8.574079(2020). Distribution : Laurent Worms (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). TT : 68’ 29 ; 76’ 19.

Hélène Boulègue, née en 1990, formée au CNSM et à la Hochschule für Musik de Karlsruhe, titulaire de Prix internationaux, est déjà à 19 ans 2e Flûte à l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg. Dans la Collection « Laureate Series : Flute » du Label NAXOS, elle a signé l’Intégrale des œuvres pour flûte d’André JOLIVET (1905-1974), est accompagnée au piano par François Dumont, en parfaite connivence (CD 1). Les mélomanes apprécieront, entre autres, l’Incantation pour que l’image devienne symbole (1937, flûte alto) et les Cinq Incantations (1936, flûte solo) très élaborées ou encore le célèbre Chant de Linos (1944), pièce de concours CNSM avec mode inventé et mode dorien. Le CD 2 concerne, entre autres, la Suite en concert n°2 (1965) avec 4 percussions ; le Concerto pour flûte et orchestre à cordes (1949) avec notamment l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg. Le compositeur y favorise le lyrisme, la mélodie fluide, la bravoure frisant la virtuosité. D’une manière générale, André JOLIVET, disciple de Paul Le Flem et d’Edgar Varèse, exploite la résonance naturelle et les harmoniques, le dynamisme sonore, les rythmes irrationnels, le phénomène incantatoire et le lyrisme débouchant sur l’émotion.
Édith Weber
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DUSSAUT : Musique de chambre. Symphonie n°1 et 3 pièces. AZUR Classical (Laurent WORMS, attaché de presse : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). AZC123. TT : 73’ 57.

Robert DUSSAUT (Paris, 1896-Paris, 1969), formé au Conservatoire de Paris, sera Premier Grand Prix de Rome (1924) et enseignera au Conservatoire à partir de 1936. Il est aussi à l’aise dans les musiques de théâtre, pour orchestre, de chambre ou vocale. Le CD s’ouvre sur sa Symphonie n°1 pour cordes qui n’est autres que l’extension d’un Quatuor à cordes (Premier Grand Prix Jacques Durand de l’Académie des Beaux-Arts). Structurée en 4 mouvements contrastés : au poignant Preludio ed allegro succède le frémissant Intermezzo ; le 3e mouvement Cantabile, tout en délicatesse, cède la place au Finale le plus développé. L’œuvre est interprétée en 1967 par l’Orchestre de chambre de l’ORTF, sous la direction d’André Girard, que les discophiles auront plaisir à retrouver. Les œuvres suivantes sont enregistrées en première mondiale. Y prend une part active la pianiste Thérèse Dussaut, fille de Robert et Hélène Dussaut.
Hélène COVATTI-DUSSAUT (1910-2005), élève puis enseignante au CNSM, compositrice, est l’épouse de Robert DUSSAUT. Sa Sonate pour piano et violon (qui lui vaudra le Prix Halphen de Composition avec les félicitations d’Arthur Honegger) est tripartite : Allegro, Andante, Finale : Animato. Elle figure également avec Apollon, 4 pièces pour violon et piano
Le CD comprend encore, de Robert DUSSAUT, la version pour piano du Prélude d’Altanima et Deux pièces : Élégie et Printemps pour violon et piano (adaptation de deux mélodies éponymes). Agréable découverte de l’univers musical des Dussaut.
Édith Weber
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Paul PARAY : Œuvres pour cordes et piano. AZUR Classical. Distribution : CIAR (ciar.e-monsite.com ). AZC155. 2019. TT : 66’ 29.

Deux Sonates, l’une pour violon et piano, l’autre pour violoncelle et piano, constituent les pièces maîtresses de cette réalisation consacrée à la production pour cordes et piano de Paul PARAY (Tréport, 1886 - Monte-Carlo, 1979), musicien précoce, ayant suivi des cours de chant, piano, d’orgue, violoncelle, timbales, ami de Marcel Dupré, puis s’étant perfectionné au Conservatoire auprès de X. Leroux, G. Caussade et P. Vidal… Grand Prix de Rome (1911), il est pianiste accompagnateur et surtout, après guerre, chef d’orchestre (Colonne, notamment) et ardent défenseur de la musique française.
Sa Sonate pour violon et piano (1908), dédiée à Hélène Jourdan-Morhange, appartient à sa « période parisienne ». En 3 mouvements : Allegro moderato ; Allegretto amabile ; Molto vivo, elle fait montre d’une belle inventivité mélodique alliée à une solide maîtrise compositionnelle. Eliot Lawson (violoniste belge et luso-américain), diplômé des Conservatoires de Bruxelles et Rotterdam, et Diane Andersen (pianiste belge d’origine danoise) s’en acquittent brillamment.
Sa Sonate pour violoncelle et piano (1921), également tripartite, interprétée par Samuel Magill (violoncelliste, membre du Met Orchestra depuis 1991) et Diane Andersen qui font pleinement vibrer les cordes émotionnelles de cette musique pleine de charme.
Le CD prend fin avec la Romance faisant chaleureusement dialoguer les trois instruments (dans une adaptation d’Eduard Perrone), en premier enregistrement mondial. Musique attachante.


Édith Weber
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Louis AUBERT : Œuvres pour violon et piano. AZUR Classical. Distribution : CIAR (ciar.e-monsite.com ). AZC166. 2019. TT : 74’ 59.

Louis AUBERT (Paramé, 1877 - Paris, 1968), formé au Conservatoire de Paris, a été notamment l’élève de G. Fauré. Dans cette intégrale pour violon et piano du pianiste et compositeur presque oublié, 6 œuvres sont enregistrées en première mondiale, 2 pour piano seul et une est inédite. Il est possible de suivre l’évolution de l’écriture de Louis Aubert en écoutant les plages selon l’ordre chronologique des œuvres. De la grandiose Romance (op. 2, 1897, harmonisée alla Wagner) et du mélodieux Madrigal (op. 9 n°1, 1901 ?), en passant par Trois Esquisses (op. 7, 1900) et son chef-d’œuvre Sillages (op. 27, 1908-1912), le Caprice aux accents hongrois (1924), la Sonate en ré mineur (1926) — dédiée « à la mémoire de mon maître Gabriel Fauré » : Animé, Lent et très expressif ; Assez animé , toute de « passion et de lyrisme » (selon Stéphanie Moraly) —, le parcours du CD s’achève par la pièce douce et mélancolique Sur deux noms (1947, inédite). Stéphanie Moraly — violoniste concertiste née en 1980, musicologue (Thèse sur les Sonates françaises) et pédagogue — et Romain David — pianiste d’une grande curiosité, lauréat de nombreux concours internationaux — conjuguent leurs talents au service d’un musicien français très raffiné dont l’œuvre gagne à être plus largement diffusée.
Édith Weber
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Inception. SAINT-SAËNS – MOSS – MAKSYMIUK – WESOLOWSKI. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0471. 2019. TT : 73’ 44.

Sous le titre Inception (terme popularisé par le film éponyme, signifiant début, commencement), est regroupé un choix d’œuvres française et polonaises (à découvrir).
La Zoo-Suite de Piotr MOSS (né en 1949) — compositeur polonais naturalisé français, vivant à Paris, élève de Kr. Penderecki et Nadia Boulanger, diplômé de l’Académie de Katowice et de l’École Normale (Paris), toujours à l’affût de nouveaux paysages sonores — est structurée en 5 mouvements tour à tour luxuriant/exubérant, mystérieux, percutant, lyrique (avec allusion au Cygne du Carnaval des Animaux), drôlatique… très exigeants sur le plan technique.
L’œuvre Vers per archi de Jerzy MAKSYMIUK (né en1936) — formé à Varsovie, auteur de musiques de film, chef d’orchestre (Orchestre Philharmonique de Cracovie) — s’inspire d’un fait divers pendant la Seconde Guerre mondiale : une jeune scout arrêtée, torturée puis exécutée en 1944 par la Gestapo, n’ayant pas donné son réseau. Ombre et lumière planent sur cette musique très émouvante créée en 2014.
Le CD se termine avec deux œuvres d’Adam WESOLOWSKI, formé en piano, composition et théorie musicale à Katowice, membre de l’Union des Compositeurs Polonais, ayant organisé des festivals. Son généreux Silver Concerto en 4 mouvements très contrastés (dont l’époustouflant Presto), s’achève sur un Allegro con bravura particulièrement enlevé et dansant. L’Euphory Concerto pour euphonium et orchestre à cordes fait preuve de la même énergie vitale. Pour, si besoin était, rehausser encore la valeur de cette réalisation exceptionnelle, c’est une magistrale interprétation du Carnaval des Animaux de Camille SAINT-SAËNS (1835-1921) qui ouvre le bal… À déguster sans hésiter.
Édith Weber
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Jacques de LA PRESLE, Paul PARAY, Claude DELVINCOURT : Sonates de la Côte d’Albâtre.AZUR Classical AZC 164. Distribution : CIAR (ciar.e-monsite.com ). TT : 74’ 33.

Ce CD illustre l’atmosphère autour de la Grande Guerre dans les villégiatures sur la Côte d’Albâtre (entre Dieppe et Fécamp), avec un trio de compositeurs contemporains Grand Prix de Rome et leur Sonate pour violon et piano respective.
Jacques (Guillaume de Sauville) de LA PRESLE (Versailles, 1888-Paris, 1969), élève au CNSM en harmonie, contrepoint et composition, organiste à Notre-Dame de Versailles (1910-1920), Grand Prix de Rome (1921), enseigne l’harmonie au Conservatoire (1937-1958). Après la guerre, il sera notamment inspecteur principal de l’enseignement musical.
Sa Sonate pour violon et piano (1913-14), dédiée à Léonie Lapié, tripartite : Lent-Assez animé ; Lent ; Animé spécule sur les contrastes.
Paul PARAY (Tréport, 1886 - Monte-Carlo, 1979), musicien précoce, a suivi des cours de chant, piano, d’orgue, violoncelle, timbales, ami de Marcel Dupré, puis se perfectionne au Conservatoire auprès de X. Leroux, G. Caussade et puis P. Vidal… Grand Prix de Rome (1911), il est pianiste accompagnateur et surtout, après guerre, chef d’orchestre (Colonne, notamment) et ardent défenseur de la musique française. Sa Sonate pour violon et piano (1908), dédiée à Hélène Jourdan-Morhange, appartient à sa « période parisienne ». Également en 3 mouvements : Allegro moderato ; Allegretto amabile ; Molto vivo, elle fait montre d’une belle inventivité mélodique alliée à une solide maîtrise compositionnelle.
Claude DELVINCOURT (né à Paris en 1888, mort à Ortebello (Italie) en 1954), élève de Léon Boëllmann, Henri Busser, Georges Caussade et Charles-Marie Widor. Grand Prix de Rome (1913), éborgné fin 1915 en Argonne, il sera organiste titulaire de l’Église St-Jacques, à Dieppe (1926). En 1941, directeur du Conservatoire de Paris, il y modernise les méthodes pédagogiques. Sa Sonate pour violon et piano (1919), dédiée à la pianiste Jeanne Zimmermann, spécule sur les contrastes d’atmosphère au cours des 3 parties : Largement-souple et sans lenteur ; Vif et gai. Le vaste mouvement conclusif suit tout un parcours émotionnel allant de Calme, mystérieux et lointain vers Animé, avec une impétuosité joyeuse.
Gautier Dooghe (violon) — violon solo de l’Orchestre symphonique de Douai-Région Hauts de France, professeur au CRR de Douai, membre du Trio Johanna — et Alain Raës (piano) — concertiste, professeur aux Conservatoires de Lille, Douai, Roubaix — ont conjugué leurs talents pour élaborer cette carte postale sonore à la fois sophistiquée et pleine de sève.
Édith Weber
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Jozef WIENIAWSKI : Complete Chamber Works 1 & 2. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0468-AP0469. 2020. 2 CD : TT : 80’ 19 ; 79’ 29.

Ce disque illustre l’évolution de la musique de chambre polonaise pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, encore dans la mouvance romantique mais avec un apport original et créatif.
Jozef WIENIAWSKI est né à Lublin (Pologne) en 1837 et mort à Bruxelles en 1912. Après ses études dans son pays natal, il a été, en 1847, élève, entre autres d’A.-Fr. Marmontel et Ch.-V. Alkan en piano et de F. Le Couppey en composition à Paris, ainsi que d’A. B. Marx en théorie musicale, à Berlin. Après une tournée de concerts en Europe, il rencontre à Paris notamment Gounod, Berlioz et Wagner. Napoléon III le considérera comme l’un de ses musiciens favoris. Il enseignera au Conservatoire de Moscou, puis s’installera à Bruxelles. Il affectionne les titres français : Grand Duo Polonais en mi mineur pour violon et piano (op. 5) — interprété par Iwona Kallinowska-Grohs (violon) et Barbara Pakura (piano) —, Pensée fugitive (op. 8) et cultive les formes classiques : Quatuor à cordes en la mineur (op. 32) et Sonate pour violoncelle en Mi Majeur (op. 26) interprétés respectivement par Szczepan Konczal (piano) et le Tono Quartet, en belle symbiose. Tous ces instrumentistes mettent leur dynamisme et leurs talents au service de la redécouverte du musicien cosmopolite si bien introduit dans les hautes sphères parisiennes.
Le CD 2 est consacré à 2 œuvres très amples : le Trio avec piano en Sol majeur (op. 40), en 4 mouvements : Allegro souple et charmant ; Andante molto cantabile très expressif ; Allegro con fuoco bouillonnant ; Allegro risoluto et non troppo presto aux accents héroïques puissamment servis par N. Frankiewicz (violon), L. Tudzierz (violoncelle) et Sz. Konczal (piano) ; la Sonate pour violon en Ré majeur (op. 24) également quadripartite, magistralement restituée par I. Kallinowska-Grohs et B. Pakura. La programmation s’achève sur l’Allegro de Sonate en sol mineur pour violon et piano (op. 2), page de jeunesse d’abord pleine de tension puis plus tendre, somptueusement rendu par le duo précédent.
Nouvelle démonstration de la valeur de l’école polonaise, hier et aujourd’hui.
Édith Weber
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Jozef WIENIAWSKI : Complete Chamber Works 1 & 2. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0468-AP0469. 2020. 2 CD : TT : 80’ 19 ; 79’ 29.

Ce disque illustre l’évolution de la musique de chambre polonaise pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, encore dans la mouvance romantique mais avec un apport original et créatif.
Jozef WIENIAWSKI est né à Lublin (Pologne) en 1837 et mort à Bruxelles en 1912. Après ses études dans son pays natal, il a été, en 1847, élève, entre autres d’A.-Fr. Marmontel et Ch.-V. Alkan en piano et de F. Le Couppey en composition à Paris, ainsi que d’A. B. Marx en théorie musicale, à Berlin. Après une tournée de concerts en Europe, il rencontre à Paris notamment Gounod, Berlioz et Wagner. Napoléon III le considérera comme l’un de ses musiciens favoris. Il enseignera au Conservatoire de Moscou, puis s’installera à Bruxelles. Il affectionne les titres français : Grand Duo Polonais en mi mineur pour violon et piano (op. 5) — interprété par Iwona Kallinowska-Grohs (violon) et Barbara Pakura (piano) —, Pensée fugitive (op. 8) et cultive les formes classiques : Quatuor à cordes en la mineur (op. 32) et Sonate pour violoncelle en Mi Majeur (op. 26) interprétés respectivement par Szczepan Konczal (piano) et le Tono Quartet, en belle symbiose. Tous ces instrumentistes mettent leur dynamisme et leurs talents au service de la redécouverte du musicien cosmopolite si bien introduit dans les hautes sphères parisiennes.
Le CD 2 est consacré à 2 œuvres très amples : le Trio avec piano en Sol majeur (op. 40), en 4 mouvements : Allegro souple et charmant ; Andante molto cantabile très expressif ; Allegro con fuoco bouillonnant ; Allegro risoluto et non troppo presto aux accents héroïques puissamment servis par N. Frankiewicz (violon), L. Tudzierz (violoncelle) et Sz. Konczal (piano) ; la Sonate pour violon en Ré majeur (op. 24) également quadripartite, magistralement restituée par I. Kallinowska-Grohs et B. Pakura. La programmation s’achève sur l’Allegro de Sonate en sol mineur pour violon et piano (op. 2), page de jeunesse d’abord pleine de tension puis plus tendre, somptueusement rendu par le duo précédent.
Nouvelle démonstration de la valeur de l’école polonaise, hier et aujourd’hui.
Édith Weber
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SCHUBERT : Winterreise. Transcription pour baryton et quatuor à cordes par Gilone Gaubert. MUSO (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). mu 035. 2019. TT : 73’ 47.

L’interprétation du Voyage d’Hiver par Dietrich Fischer-Dieskau (1925-2012) restera gravée dans toutes les mémoires, toutefois la transcription de Gilone Gaubert (pour baryton et quatuor à cordes) enregistrée en 2018 retiendra l’attention des mélomanes à plus d’un titre : sur le plan de la couleur, du paysage sonore et du phrasé obtenu par les cordes. Le Quatuor Les Heures du jour comprend Gilone Gaubert et David Schivers (violons), Sophie Cerf (alto) et Emmanuel Jacques (violoncelle), formant — avec Alain Buet (baryton), élève du CNSMDP puis professeur à partir de 2007 — une merveilleuse équipe.
Ils misent sur l’authenticité en préconisant les instruments historiques en vogue à l’époque de Franz SCHUBERT (1797-1828), avec un diapason plus bas. Les poèmes de Wilhelm Müller (1794-1882) sélectionnés par le compositeur abordent des thèmes variés : la solitude (Einsamkeit) qui affecte l’étranger (Fremd) ; la nature (le tilleul/der Lindenbaum) ; le rêve du printemps (Frühlingstraum), l’hiver avec la neige/Ich such im Schnee ou les larmes gelées (gefror’ne Tränen) et le torrent (Wasserflut), mais aussi les corbeaux (Die Krähe), le repos du voyageur (Rast) ou encore la parhélie (Die Nebensonnen, faux soleils, illusion atmosphérique). Le joueur de vielle (Der Leiermann) qui tourne inlassablement la manivelle conclut avec grande retenue (bourdon à peine esquissé) ce cycle que Schubert affectionnait tout particulièrement. En lieu et place du piano, le quatuor se fonde en un seul instrument accompagnateur. Alain Buet soutient la comparaison avec son prestigieux aîné. Paradoxalement : dépaysement et pourtant authenticité (le processus de transcription étant courant au début du XIXe siècle).
Édith Weber
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VIVALDI : Jupiter. ALPHA (www.alpha-classics.com). ALPHA550. 2019. TT : 78’ 07.

Attention : démarche audacieuse ! Comme l’affirme Erik Orsenna dans son texte introductif : « la musique est la patrie du possible, ou si vous préférez de la liberté, du temps sublimé. Préparez-vous : Jupiter va vous tourner la tête. » À la manœuvre : le jeune chef Thomas Dunford s’est entouré de quelques musiciens réputés de sa génération pour, avec son ensemble Jupiter, faire la fête à Antonio, c’est-à-dire mettre leurs incroyables talents au service d’extraits particulièrement enivrants du répertoire du Prêtre roux et donner le tournis aux auditeurs qui n’en demandent pas mieux… Alternent tempi, humeurs, au travers des Airs (Juditha triumphans, L’Olimpiade, Giustino, Griselda ; Nisi Dominus) — dont l’interprétation par la mezzo-soprano franco-italienne Lea Desandre est éblouissante — et Concertos tripartites très contrastants (pour basson, violoncelle, luth) qui plongent les discophiles dans un bain de jouvence au cœur de l’océan vivaldien. Antidote à la morosité !
Édith Weber
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Adolphe BLANC : Œuvres pour alto et piano. Vol. 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0458. 2019. TT : 57’ 56.

Le Label polonais multiplie les premiers enregistrements mondiaux et s’attache à diffuser des œuvres de compositeurs polonais et étrangers injustement oubliés. Après les enregistrements récents de René de BOISDEFFRE (1838-1906), voici Adolphe BLANC (né à Manosque en 1828, mort à Paris en 1885). Après ses études (violon, composition, histoire de la musique) au Conservatoire de Paris, il a beaucoup écrit essentiellement pour la musique de chambre voire de salon, cultivant les formes classiques : sonate, sonatine, romances, duo, trio, quatuor, quintette, septuor, valse, barcarolle…, pages publiées chez Richault et Lemoine... Marcin Murawski — altiste, chef et enseignant, interprète attitré du Label Acte Préalable — propose ses arrangements de la Barcarolle (op. 11) ; de la Romance (op. 10) pour alto et piano ; de la Sonate (op. 12, n°1) tripartite (avec Scherzo central, au lieu d’un mouvement lent habituel) et de la Sonate (op. 13, n°2). Avec la pianiste géorgienne Nino Jvania — titulaire de nombreux Prix internationaux, dont la maîtrise technique et le grand pouvoir de concentration ont fait l’admiration unanime des critiques — ils s’adonnent à cette musique agréable et élégante, non dépourvue de virtuosité et nous replongent dans l’univers des salons parisiens. Révélation à ne pas manquer.


Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

 

Tassis Christoyannis, Jeff Cohen : Reynaldo Hahn - Complete Songs piano -2019 BZ2002

Voici un coffret qui n’a pas son pareil : au-delà des sempiternelles rééditions et des œuvres « du répertoire », il nous plonge dans l’inconnu sans pour autant nous perdre totalement ; il met en effet à notre disposition toutes les mélodies de Reynaldo Hahn, compositeur que nous connaissons peut-être, mais seulement par touches. La discographie le concernant est pourtant très riche (Cf. le site reynaldo-hahn.net pour nous en convaincre). Cette édition est réalisée par la Fondation du Palazetto Bru Zane qui nous enchante depuis des années par des parutions discographiques mettant à notre portée des œuvres jusque-là introuvables. La Fondation met cette fois à notre disposition l’intégrale des mélodies qui ont fait le succès de Reynaldo Hahn. Au-delà des œuvres les plus célèbres comme D’une prison, Seule, Infidélité, À Chloris, ou Sur l’eau… on peut découvrir les recueils des Études latines, des Chansons grises (dont L’heure exquise) ; tout cela s’accompagne d’autres chefs d’œuvre du genre : les recueils des Feuilles blessées, des Five Little Songs, trois étonnantes chansons de la « Dame aux camélias », les Rondels… Cent sept mélodies pour notre plus grand plaisir ! Le baryton Tassis Christoyannis, d’une voix généreuse et large, aborde cet immense corpus avec une subtilité qui épate. A chaque cycle, chaque recueil, il donne une couleur et une singularité qui leur confèrent une unité stylistique en évitant ainsi une lecture redondante et uniforme. Ce lourd défi est relevé également par une prononciation quasi parfaite, en français comme en vénitien et en anglais : un régal pour une compréhension directe et limpide de ces pièces si courtes qui ne souffrent pas l’à-peu-près. Jeff Cohen, accompagnateur qu’on ne présente plus, est au service du chanteur – cela se devine -; il applique une rigueur dans la lecture de la partition pour en faire briller les subtiles déclinaisons du jeu pianistique. Chacune des mélodies est un monde en soi, et ces deux artistes nous en font goûter toutes les particularités. Les quatre disques regroupent adroitement les différents volumes et recueils, ce qui en rend l’écoute globale très agréable. Un livret à la hauteur qui satisfait les plus exigeants. La discographie de la mélodie française au tournant du XXe se trouve enfin enrichi de ce corpus qui lui manquait cruellement. Merci donc à Bru Zane pour cette heureuse initiative que les spécialistes et tous les musiciens ne manqueront pas de saluer.
Émile Lyon
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Florent NAGEL : Livre pour piano. AZUR Classical. Distribution SOCADISC (Laurent WORMS, attaché de presse : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). AZC 158. 2017. CD : 55’ 03.

Paru dans la Collection du Festival International Albert Roussel, ce Livre pour piano aborde les formes traditionnelles : prélude et fugue, étude, invention, toccata, canon ; a recours à des techniques spécifiques : quartes, octaves, quintes ; glissements, et propose en annexe des Exercices pour les doigts. Il s’agit d’une synthèse avec, en plus, un Hommage à LIGETI et RAUTAVAARA (musicien finlandais), soit 17 œuvres au total, avec leurs dédicataires dont Nicolas BACRI.
Formé en piano par André Dumortier (1910-2004), en composition par Marcel Bitsch et Claude Ballif, Florent NAGEL (né en 1979) — auteur du conte musical Alice au pays des merveilles — a créé son Livre pour piano (publié aux Éditions Alphonse Leduc), le 12 novembre 2016, au CRR de Paris, dans le cadre des Concerts Cantus Formus. Il traite avec une grande aisance l’écriture contrapunctique, associée à une facture rythmique variée et ingénieuse. À relever le canon (pl. 14), très élaboré, avec des modulations très subtiles ; l’élan de la Fugue en ut (pl. 17) ; l’utilisation de toute l’étendue du clavier, la transparence de la Bagatelle (pl. 16) ; l’exploitation des intervalles de secondes mineures chromatiques et, par dessus tout, la recherche d’équilibre.
Comme l’observe si judicieusement Damien Top (livret, p. 7) : « à la fois logique, frénétique, séducteur ou impulsif, Florent NAGEL nous livre ici avec une confondante maîtrise ce qu’il considère comme le meilleur de son Art ».
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Anna KAVALEROVA : Thèmes & Variations. SCHUMANN-RACHMANINOV-KAPUSTIN. SOLO MUSICA (www.solo-musica.de). 2019. SM324. TT : 57’ 42.

Pour son premier enregistrement, la jeune pianiste russe Anna Kavalerova, formée à Moscou et en Israël, assumant une carrière internationale, s’attaque à Robert SCHUMANN, Sergei RACHMANINOV et fait découvrir Nikolaï KAPUSTIN (né en 1937 en Ukraine, à Gorlovka) arrangeur, interprète et compositeur russe, jazzman malgré lui (car il réfute l’improvisation non écrite).
Son disque, placé sous le signe Thèmes & Variations, s’ouvre sur les célèbres 16 Études symphoniques (op. 13) de Robert SCHUMANN, très élaborées, qu’elle enchaîne avec maîtrise et détermination. Suivent les Variations sur un thème de Corelli (op. 42) — véritable somme pianistique — composées en 1931 par Sergei RACHMANINOV. L’intérêt de ce redoutable programme est encore rehaussé par les Variations (op. 41) de Nikolaï KAPUSTIN, compositeur russe à découvrir, qui n’a rien à envier à George Gershwin (qui meurt l’année de sa naissance)… ; il préconise une structure relativement classique marquée par des accents aux rythmes de jazz et une certaine dose d’humour.
Tout au long de ces trois œuvres enregistrées en Israël, Anna Kavalerova met en valeur les sonorités si prenantes du Piano Steinway D ; elle y déploie sa technique brillante, sa maîtrise à toute épreuve et sa maturité émotionnelle. Une valeur déjà sûre.

Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

Cyprien KASTARIS, Sir Neville MARRINER Ludwig van BEETHOVEN : Concerto n°5... PIANO21 (www.cyprienkatsaris.net). 2019. P21/051-N. TT : 75’ 35.

Voici une intéressante confrontation : le Concerto n°5 « Emperor » (op. 73) de Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827) et — en premier enregistrement mondial — l’arrangement par Cyprien Katsaris pour piano solo (enregistré en 2013 sur un Grand Piano E-272 Steingraeber & Söhne). Elle s’ajoute aux nombreuses parutions prévues en 2020 pour le 250e anniversaire de la naissance du compositeur. La version originale pour piano et orchestre est placée sous la direction de Sir Neville Marriner (1924-2016) à la tête de l’Academy of St Martin in the Fields, orchestre prestigieux fondé en 1959. Cyprien Katsaris (né en 1951, pianiste lauréat de nombreuses distinctions internationales) — qui a beaucoup admiré l’enregistrement (vinyle) interprété par Vladimir Horowitz et le RCA Victor Symphony Orchestra dirigé par Fritz Reiner — rappelle qu’en tant que pianiste, il a « toujours ressenti une certaine frustration concernant le magnifique tutti introductif du premier mouvement, qui est l’apanage exclusif de l’orchestre », qu’il a déploré en conséquence « le fait de ne pas le retrouver dans le texte pianistique » et qu’il a « décidé de satisfaire un besoin (il est vrai, égoïste !), vieux de 55 ans, en effectuant cette transcription » (p. 13). Voici un défi visant à une autre approche de ce célèbre concerto permettant de revaloriser l’apport du pianiste.

Édith Weber
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Jean MULLER : MOZART Sonatas, Vol. 2. HÄNSSLER Classic (www.haensslerprofil.de). HC 19074. Distribution Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). TT : 68’ 28.

La mode est actuellement aux Intégrales (BACH, BUXTEHUDE, orgue ; HAYDN, piano. Voici W. A. MOZART par le pianiste Jean Muller, qui a sélectionné les Sonates K. 311, K. 282, K. 279 et K. 284.
La Sonate en majeur (K. 311), composée en 1777 à Mannheim, est tripartite : 1. Allegro con spirito avec des thèmes chantants passant d’une main à l’autre, un mouvement lent central Andante con espressivo et un Presto, genre de rondo plus original, annonçant quelque peu Schubert.
La Sonate en Mi b majeur (K. 282) a été composée pendant un voyage à Munich, à l’automne 1774. Elle comprend un Adagio sombre, faisant preuve d’ingéniosité ; les Menuetto I (Si b majeur) et II (Mi b majeur) ; l’Allegro final est très redevable à Joseph Haydn, avec des rythmes marqués, de nombreuses doubles croches.
La Sonate en Ut majeur (K. 279), écrite en 1774 à Salzbourg, comporte 3 mouvements : 1. Allegro, caractérisé par un motif avec basse d’Alberti et un grand mouvement descendant de la main gauche ; 2. Andante en Fa majeur, avec des arpèges modulants, des triolets assez mystérieux, 3. Allegro conclusif, un peu ironique, suivi d’un Fugato.
Enfin, la Sonate munichoise enmajeur (K. 284), datant de 1775, dédiée à son commanditaire : le Baron Thaddäus Wolfgang von Dürnitz, est plus exigeante. Elle est structurée en 3 mouvements : Allegro ; Rondeau en polonaise : Andante en La majeur avec 2 thèmes contrastants ; Thema con [12] variazioni nécessitant une grande maîtrise pianistique, avec basse d’Alberti en doubles croches, octaves brisées, arpèges, tierces…
Jean Muller, pianiste précoce, formé au Conservatoire de Luxembourg, puis par de nombreux maîtres à Bruxelles, titulaire de très nombreux Prix internationaux, a précédemment réalisé une Intégrale des Sonates de Beethoven. Professeur de piano dans le même Conservatoire, il se produit dans de nombreuses salles prestigieuses à travers le monde. Dans le 2e volume de cette Intégrale, le pianiste virtuose fait montre des mêmes qualités, conciliant dextérité la plus vive, musicalité la plus haute et une élégance des phrasés qui le font survoler ces pages du jeune Mozart avec grâce et recul. Époustouflant.
Édith Weber
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Patrick LOISELEUR : APORIE. TRITON (www.disques-triton.com ). TRIHORT 570. 2019. TT : 57’ 16.

Patrick Loiseleur, à la fois ingénieur de recherche, compositeur au rayonnement international et chroniqueur de radio, a collaboré avec Marie Olivon (piano), Sabine Revault d’Allones (soprano) et L’Oiseleur des Longchamps (baryton) pour réaliser ce CD. Le mot aporie évoque une « difficulté à résoudre un problème ». En fait, dans le cas présent, il s’agit d’un élément de sa vie privée « avec une conclusion tragico-comique », selon ses propres termes. À défaut de mots, d’amour et d’espoir : il reste toujours la musique. Une quinzaine de textes allant du XVIe siècle : Philippe Desportes (1546-1606) et Louise Labé (v. 1524-1566) jusqu’à Guillaume Apollinaire (1880-1918 — dont les 6 À la Santé évoquent la célèbre prison —) et Marguerite Yourcenar (1903-1987) ont été mis en musique.
Le langage de Patrick Loiseleur excède l’univers tonal en exploitant des accords de 5, 6 et 7 sons ; le musicien spécule sur la dialectique consonance/dissonance et joue de l’opposition entre tonalité et atonalité. Les 17 « stations » jalonnant son errance personnelle sont aussi saisissantes que déroutantes. Aporie appartient à cette production artistique déconcertante et difficilement catégorisable. Les émotions charriées par le duo vocal abondent, par défaut et excès d’une retenue conventionnelle ; l’auditeur est ballotté d’une référence à une autre. Entre-deux tragicomique que l’Oiseleur des Longchamps achève par Do-Ré-Mi-Fa-Sol-La-Si-Do, en voix de fausset… Pour le moins original.

Édith Weber
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Artur CIESLAK : Selected Works. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0456. 2019. TT : 59’ 23.

Artur CIESLAK (né en 1968 à Szrzecin) est un pianiste formé notamment à l’Académie Chopin de Varsovie, Docteur en composition de l’Université Chopin de cette ville. Ce disque réunit des pages pour piano seul (et pour la main gauche), violoncelle seul, violoncelle et piano et enfin trio (clarinette, violoncelle et piano). Dans son Choral Prélude pour piano (1999), le compositeur, d’emblée, use des résonances et des demi-tons, en un langage très personnel. À remarquer ses trois œuvres pour la main gauche : Grotesque (2008-9…, 4e version) où il met en valeur percussivité et accentuation ; Épigramme (2009), de la même veine, à l’écriture très allusive ; sa Sonate pour piano n°1 Post-Neo (2013, révisé 2014), exploitant les contrastes entre traits incisifs et longues tenues d’accords recherchés. Cadence pour violoncelle (2004) et Cellophony (2014, rév. 2017) démontrent sa connaissance intime de l’instrument et la pleine exploitation de ses capacités expressives. Au programme, figurent encore Understatements (Sous-estimations) pour violoncelle et piano (2006, rév. 2007) ainsi que le riche Trio pour clarinette, violoncelle et piano (2018, 1ère version). Pas moins de 3 pianistes : A. Lewicka-Capiga, M. Palkaj et D. Maciaszczyk ; 2 violoncellistes : N. Weslowska et Kl. Swidrow ; et 1 clarinettiste : B. Jakubowski se sont mis au service de cette musique qui interpellera les mélomanes.

Édith Weber
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Hommage à Patrick BOCHERENS. VDE GALLO (www.vdegallo.com ). CD 1573. 2019. TT : 47’ 07.

Les universitaires offrent à leurs collègues partant à la retraite des Mélanges (Birthday Offering, Festschrift) ; les musiciens réalisent un Hommage (post mortem) pour les compositeurs avec des extraits de leurs œuvres. Le Label VDE GALLO, toujours soucieux de promouvoir le patrimoine musical suisse en particulier, fait revivre la mémoire de Patrick BOCHERENS, né en 1957 et mort en 2013. Il a conjugué les activités de compositeur, d’enseignant, d’accordéoniste virtuose, également de guitariste, pianiste, théoricien, chef de chœur, doté de l’oreille absolue et d’une excellente mémoire.
70 choristes motivés et engagés appartenant au Chœur mixte de Carrouge (Canton de Vaud), fondé en 1950, placés sous la direction de Gérard Morier-Genoud et des instrumentistes triés sur le volet (piano, violons, flûte, percussion) donnent un éloquent aperçu de sa production. Ses sources d’inspiration procèdent de la musique populaire : française (Noël provençal ; Chant des Cigales ; La Révolution française…) et suisse (Mon pays de Fribourg) ; ou encore d’un état d’esprit (« Être ou paraître »). Les 19 plages comportent des pièces brèves et originales, extraites du Chant des Cigales ; La Vie de château ; La Vieille ; La Ballade imaginaire. À noter : Partir, suivre un nouveau chemin et changer d’horizon pour l’inconnu… (plage 7) qui fait dialoguer voix féminines et masculines.
Son affirmation : « La création musicale est exigeante, mais ce qui compte c’est de rester authentique » est valable pour cette personnalité suisse hors du commun, prématurément disparue. Grâce à cet émouvant hommage, son « œuvre » le suivra.
Édith Weber
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Philippe HERSANT : 34 Duos. TRIHORT (www.disques-triton.com ). TRIHORT 566. 2019. TT : 69’ 26.

Né le 21 juin 1948 à Rome, Philippe HERSANT a étudié la composition au CNSM avec André Jolivet. Il a séjourné à la Casa Velasquez, puis à la Villa Médicis et a été résident au CRR de Boulogne-Billancourt. Il est titulaire de 9 Grands Prix et de nombreuses autres distinctions. Il a composé plus de 150 œuvres pour des formations très variées. Ce disque révèle 34 Duos pour violon et violoncelle, piano à 4 mains, 2 violes de gambe, alto et basson, violoncelle et accordéon, 2 violoncelles, clarinette et piano, avec le concours d’interprètes très motivés. Dans ces œuvres, il jongle habilement avec les timbres et les sonorités. Il en résulte un paysage timbrique particulièrement original et exceptionnel, dont la révélation revient au Label TRITON.
À remarquer, en première mondiale, les 11 Haïkus, pages brèves sur le thème de l’évanescence ou de caractère descriptif (libellule, rossignol, automne, hiver) ou encore lyrique (amour, rêve). La pièce la plus ancienne : L’oiseau de la nasse : Un oiseau crie/Le bruit de l’eau noircit/Autour de la nasse, est dédiée à Henri Dutilleux (1916-2013). Philippe HERSANT convie les mélomanes à la Taïga sibérienne, au Japon : La Souris et le Koto (cithare japonaise d’origine chinoise permettant de modifier la hauteur des sons), notamment à Kyoto. Il exploite des sons multiphoniques, des trémolos entre grave et aigu, un folklore imaginaire.
Révélation de morceaux rares et mise en valeur des talents multiples de Philippe HERSANT. Inouï et époustouflant.

Édith Weber

Lucien DUROSOIR (1878-1955) : Dejanira. CASCAVELLE. VEL 1568. (www.vdegallo.com ). 2019. TT : 57’ 12.

Pendant la Première Guerre Mondiale, la musique n’était absente ni dans les tranchées, ni à l’arrière au repos. Il ressort de sa correspondance que Lucien DUROSOIR avait sollicité l’envoi de partitions pour les Poilus et même constitué un quatuor avec Henri Lemoine (2d violon), André Caplet (alto) et Maurice Maréchal (violoncelle). Né à Boulogne-sur-Seine en 1878 et mort à Bélus en 1955, dès son jeune âge, il pratique le violon et, à 19 ans, figure parmi les premiers violons de l’Orchestre Colonne. Compositeur, il privilégiera les instruments à cordes et déploiera une grande activité créatrice entre 1927 et 1937.
Le titre Dejanira se réfère aux Trachiniennes de Sophocle (-495;-406). Il s’en inspire en 1923 pour son Étude symphonique, spéculant sur les différents timbres de l’orchestre symphonique. Grâce, brio, allégresse mais aussi éclat et mystère alternent dans cette Étude qui a valeur de légende. Elle est interprétée par le Taurida International Orchestra sous la baguette énergique de Mikhail Golikov, alors que l’Adagio pour cordes (1921), page très expressive, mélancolique, avec chromatismes, ostinato au violoncelle et un lento plaintif, est rendu avec sensibilité par les Salzburg Chamber Soloists.
Pour son Poème pour violon et alto avec accompagnement d’orchestre (datant de 1920), au langage harmonique si luxuriant, L. DUROSOIR s’inspire du Centaure de Maurice de Guérin (1810-1839). Sa Suite pour flûte et petit orchestre, dernière œuvre pour orchestre (1931), se présente comme une synthèse esthétique. L’apport des cordes est plus modeste qu’à l’accoutumée, et il fait appel à la virtuosité de la flûte soliste (Varvara Vorobeva) surtout dans l’aigu. L’œuvre, d’une grande richesse d’écriture, est structurée en 4 mouvements : Prologue impressionniste ; Divertissement très découpé, dans lequel alternent tendre jubilation et discours plus affirmatif ; Chant Élégiaque où bois et cuivres se compénètrent en une élégante et profuse nostalgie ; enfin, le bref Épilogue redonne la primeur à la flûte qui finit par dompter l’agressivité de l’orchestre.
Dans le livret quadrilingue — ce qui est rare — (français, anglais, allemand et russe), Georgie Durosoir propose une présentation circonstanciée de ce musicien représentatif de l’école orchestrale française du début du XXe siècle, dont l’œuvre attachante mérite amplement d’être plus largement diffusée.

Édith Weber
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