François COUPERIN : Leçons de Ténèbres – Messe pour orgue (extraits).  Sandrine Carpentier, Clémence Lévy, sopranos. Pascal Vigneron, orgue. 1CD QUANTUM : QM7079. Diffusion (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). TT : 46’00 .

Au Grand Siècle, à la Cour de Louis XIV, les Leçons de Ténèbres marquent un moment important du temps liturgique de la Passion. François Couperin (1668-1733, dit Couperin le Grand) a composé neuf Leçons entre 1713 et 1717. Seules 3 ont été conservées et concernent le Mercredi de la Semaine Sainte.
La première Leçon reprend les Lamentations de Jérémie (dans l’Ancien Testament) : chapitre 1, versets 1 à 5, la lecture chantée est précédée de l’incipit : Ici commence la Lamentation du Prophète Jérémie. Chaque leçon, désignée par une lettre hébraïque, se termine par l’injonction à l’impératif : « Jérusalem, convertissez-vous au Seigneur notre Dieu ».

WISSMER, WERNER, LESUR : Quatre Poèmes de Charles Cros. Brigitte Balleys, mezzo-soprano, Daniel Spiegelberg, piano. Quatuor Florestan. La Follia (Orchestre de chambre d’Alsace), dir. J.-J. Werner. 1CD MARCAL Classics. UVM DISTRIBUTION (www.uvmdistribution.com): MA 170 101. TT : 61’25.

Cet enregistrement live réalisé en l’Église Saint-Thomas à Strasbourg (24 novembre 2015) associe trois compositeurs et professeurs qui, dans la seconde moitié du XXe siècle, ont tant contribué au renom de la Schola Cantorum de Paris.
Pierre Wissmer (1915-1992), franco-suisse, est né à Genève où il fait ses études. À partir de 1935, il s’installe à Paris, il s’y perfectionne auprès de Roger Ducasse et en contrepoint avec Daniel Lesur à la Schola Cantorum dont il sera le directeur (1962-1963). Son maître, Daniel-Lesur (1908-2002) l’a précédé à ce poste (1957-1962). Élève de Charles Tournemire, il assume également des fonctions d’organiste à Paris. Il a fait partie, avec, entre autres André Jolivet et Olivier Messiaen, du Groupe « Jeune France », en réaction contre le dodécaphonisme et le néoclassicisme.

René de BOISDEFFRE : Works for flute and piano. Robert Nalewajk, flûte, Joanna Lawrynowicz, piano. 1CD ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ) : AP0379. 2917. TT : 67’47.

Jan A. Jarnicki, l’entreprenant directeur artistique et producteur du Label polonais Acte Préalable, s’est donné pour objectif la promotion des compositeurs et interprètes de son pays et, à leur tour, ces artistes n’hésitent pas à faire connaître, en premier enregistrement mondial, des œuvres françaises peu connues. C’est le cas de cette nouvelle production consacrée à René de Boisdeffre (1838-1906), découvert en 2016 par J. Jarnicki qui a attiré l’attention sur sa Sonate pour violon et piano n°2 et des miniatures pour ces deux instruments (cf. LI, 108, nov. 2016). Ce second CD, appelé à un accueil aussi enthousiaste que le premier, reproduit des œuvres pour flûte et piano (occasionnellement flûte, piano et violon) dans la mouvance romantique.

Heinrich SCHWEIZER : Journey around the World. GALLO (www.vdegallo-music.com ; www.vdegallo.ch ).  2017: DVD1481 - CD1484. TT : 79’ 47.

Le Label GALLO invite ses fidèles admirateurs — par le biais de l’image et du son — à découvrir le compositeur suisse Heinrich Schweizer (né en 1943), diplômé du Conservatoire  et de la Haute École de Musique de Zurich, en tant que musicien d’orchestre et professeur de théorie musicale. Il est de surcroît un remarquable photographe attesté par son DVD qui convie les discophiles à un somptueux itinéraire photographique et sonore d’un demi-siècle à travers les cinq continents, donc « autour du monde » dans les pays où il a assisté à l’exécution publique de ses œuvres. Ses 700 photos, culturellement très diversifiées, concernent à la fois des paysages typiques, lieux magnifiques, portraits évocateurs, situations exceptionnelles. À noter la précision des prises de vue très présentes, le rendu des couleurs et des reliefs. Ce DVD est un hymne aux beautés de la terre.

Samuel BARBER : The Lovers, 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de): ROP 6138. TT : 57’ 51.

Samuel Barber (1910-1981) et son contemporain Randall Thompson (1899-1984), son maître,  sont deux figures marquantes dans l’histoire de la musique américaine. Le premier, né en 1910 et mort à New York en 1981, n’est pas que le compositeur du célèbre Adagio pour cordes. Il a composé des pages vocales, des mélodies pour chant et piano, pour soprano et orchestre, ou pour chœur et orchestre. Son opus 43, The Lovers, est écrit pour baryton solo, chœur et orchestre. Il s’agit d’une œuvre de commande de la Banque Girard (de Philadelphie) qui souhaitait une transcription musicale des 20 Chansons d’amour et d’une chanson désespérée (Twenty Poems and a Song of Despair) de Pablo Neruda (1904-1972), poète, diplomate et homme politique chilien.

Otton Mieczyslaw ZUKOWSKI and his brothers : OPERA OMNIA RELIGIOSA 7 et 8. . 2CDs ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ): AP0391. TT : 58’ 58 ; AP0392 : TT : 68’ 25 (2017).

Voici un rare exemple d’une fratrie (fils d’organiste) dont 4 sur 8 sont des compositeurs. L’aîné, Otton Mieczyslaw Zukowski (1867-1942), a fait ses études à Lwow et vraisemblablement à Vienne. À partir de 1888, il enseigne dans diverses institutions, puis sera inspecteur national des Écoles polonaises ; il est également compositeur et pianiste. Jan (1870-1911), Docteur en théologie, a été professeur au Département de Théologie de l’Université de Lwow ; Stanislaw (1881-1935) aussi professeur de théologie et, à deux reprises, Doyen de l’Université ; Aleksander (1879-1911), compositeur. Leurs œuvres religieuses comportent des Messes pour chœur mixte ou solistes avec orgue, un recueil de chants religieux, des œuvres chorales dont ces deux disques donnent un aperçu éloquent.

ZATAR. Terra aria. 1CD VDE GALLO (www.vdegallo-music.com): CD 1470. TT : 53’16 .

Ce disque reprend le titre de la pièce Terra aria de Giovanni Sollima, compositeur et violoncelliste italien né à Palerme en 1962. Après avoir été initié par son père au violoncelle et à la composition, il fréquente le Conservatoire de Palerme, poursuit ses études à la Musikhochschule de Stuttgart auprès de Milko Kelemen et au Mozarteum de Salzbourg. Il a subi l’influence du jazz, du rock et des traditions ethniques du bassin méditerranéen. Sa musique se réclame du minimalisme, il fait aussi appel aux mélodies modales et aux structures répétitives.

Filidh RUADH : A Trip to Glenfinnan 1CD VDE GALLO  (www.vdegallo-music.com): 2016. GALLO CD-1471. TT : 74’15.

Ce disque réalisé par le trio de musiciens Filidh Ruadh (« Le barde roux ») comprenant la franco-britannique Isabelle Watson (chant, bodrhan — tambour irlandais —, sifflet), Christiane Rupp (chant, professeur de harpe celtique) et Nikita Pfister (professeur de tympanon et d’accordéons diatoniques, bodrhan, chef et fondateur du Loch Léman Ceilidh Band — orchestre de bal helvético-écossais) ainsi que trois invités.

Le programme propose une sélection de ballades gaéliques et d’airs traditionnels d’hier et d’aujourd’hui. Il s’agit d’un hommage aux bardes et poètes écossais ayant, dans leurs ballades, traduit la « beauté sauvage et évoqué  l’histoire mouvementée et émouvante de leur pays ».

Franz SCHUBERT : Symphony n°7 « Inachevée», Symphony n°8 « La Grande ».Wiener Symphoniker, dir. Philippe Jordan. 1CD (www.wienersymphoniker.at ). WS009. 2014. TT : 77’ 02.

Les Wiener Symphoniker (orchestre) occupent une place prépondérante dans la vie musicale viennoise et sont, depuis la fin du XIXe siècle, à l’origine de nombreuses créations (Anton Bruckner, Richard. Strauss, Arnold Schönberg). Ils ont été dirigés notamment par Bruno Walter, Richard Strauss, Wilhelm Furtwängler et, plus récemment, par Herbert von Karajan (1950-1960) et Wolfgang Sawallisch (1960-1970). Depuis 2014, leur chef est le suisse Philippe Jordan. En 1994, il est admis au Conservatoire de Zurich et obtient le diplôme de professeur de piano. Après avoir été maître de chapelle au Théâtre d’Ulm, il assiste Daniel Barenboïm à l’Opéra Unter den Linden de Berlin, puis s’impose sur le plan international.

 Christoph GRAUPNER/Antonio VIVALDI : Concerti for viola d’amors, guitar and viola. Donald Maurice, viole d’amour, Jane Curry, guitare, Marcin Murawski, alto. Orkiestra Ars Longa, dir. Eugeniusz Dabrowski. 1CD ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ) : AP373. 2016. CD : TT : 66’18.

Depuis un certain temps, les éditeurs de disques proposent une meilleure approche de timbres particuliers et de paysages sonores variés avec, parfois, des associations instrumentales insolites ou la présentation de toute une famille d’instruments (cf. notre recension du CD : No parking. Bruno Bonansea & Nicolas Nageotte (clarinettes), TRITON).
Le présent CD fait la part belle à la viola d’amore (seule), à la viola d’amore associée à la guitare et à l’alto. La viole d’amour, instrument en principe à 7 cordes frottées — dont 2 vibrant par sympathie — apparaissant vers le milieu du XVIIe siècle, sera ensuite privilégiée notamment par Jean Sébastien Bach. La guitare est un instrument à cordes pincées avec caisse de résonance. Enfin, l’alto est un instrument à cordes frottées plus grave que le violon.

 Georg Friedrich HANDEL : German Arias Fritz Spengler, contre ténor. Ensemble Contrapunctus 1CD KLANGLOGO (www.klanglogo.de) : KL1520. TT : 68’48.

Fritz Spengler, célèbre contreténor allemand, a regroupé 9 Airs très connus de Haendel, deux œuvres de Johann Heinrich Schmelzer (1623-1680), ainsi que 4 nouveaux Airs d’Adam Krieger (1634-1666). Il est soutenu par Christian Voss (violon baroque et viole d’amour) et l’Ensemble Contrapunctus. Cette réalisation du Label Kanglogo, à l’initiative de RONDEAU PRODUCTION, datant de 2017, donne un aperçu de l’esthétique de l’air baroque — religieux et profane — cultivé en Allemagne par Haendel et ses prédécesseurs.

« The BACH Recital ». Matthias Grünert, orgue. 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de) : ROP 6140. TT : 66’55.

L’organiste Matthias Grünert, souvent présenté dans la Lettre d’information, a eu l’excellente idée de reconstituer et d’interpréter le programme que J. S. Bach — chargé d’inspecter le nouvel Orgue Gottfried Silbermann (1683-1753) à la célèbre Frauenkirche de Dresde — y avait joué le 1er décembre 1736. Il s’agit donc d’un document historique (à partir de recherches d’archives), non plus interprété au nouvel orgue d’alors, mais à celui de la manufacture alsacienne Kern et Fils, après la reconstruction de l’édifice détruit lors de la Seconde Guerre mondiale.

 Ludwig van BEETHOVEN : Quatuors et Trios avec piano Milander Quartet. 1CD DIVOX ANTIQUA (www.divox.com) : CDX20704. 2013. TT : 70’40.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) s’est lancé très tôt dans la musique de chambre, notamment avec ses 3 Quatuors avec piano (WoO 36). Dans l’esprit du concerto de chambre, le piano est accompagné par un trio à cordes. Il s’agit d’œuvres précoces composées en 1785 et publiées post mortem en 1832 à Vienne. Ces Quatuors sont très différents des Trios de la maturité.
Le Milander Quartet comprend Milana Chernyavska (piano), Lisa Schatzmann (violon), Alexander Moshnenko (alto) et Beni Santora (violoncelle) — ou Rupert Buchner dans le 1er Quatuor de l’op. 36. Ils interprètent les 3 Quatuors avec piano (WO 36, 1785) respectivement en Do Majeur (n°3 — en fait chronologiquement le premier —), en Ré Majeur (n°2) et en Mi b Majeur (n°1), structurés selon la tradition (entre autres mozartienne) en 3 mouvements contrastés. Cette équipe devra résoudre le problème de l’équilibre entre les 4 instrumentistes et le rapport entre les cordes et le clavier, ce qui sera définitivement réalisé dans les Trios avec piano composés vers la fin de sa vie.

« Hommage à Boulez ». Dérive 2 pour 11 instruments. Dialogue de l'ombre double pour clarinette, pre-recorded tape & live electronics. Mémoriale pour flûte et 8 instruments. Le Marteau sans maître pour alto et six instruments. Anthèmes 2 pour violon et live electronics. Messagesquisse pour violoncelle solo et six violoncelles. Jussef Eisa, clarinette, IRCAM live electronics, Guy Eshed, flûte, Hilary Summers, contralto, Michael Barenboim, violon. West-Eastern Divan Orchestra, dir. Pierre Boulez (Le Marteau sans maître) et Daniel Barenboim. 2CDs DG : 479 7160. TT.: 74'02+68'25.

La relation artistique, fondée sur une mutuelle amitié, entre Pierre Boulez et Daniel Barenboim restera l'une des plus fructueuses de la fin du XX ème siècle et du début du XXI ème. Leur première rencontre se situe à Berlin en 1964, dans la toute nouvelle Philharmonie, alors que le jeune pianiste irsaélien interprète le 1er concerto de Bartók sous la direction du maitre français qui lui-même fait ses premiers pas à la direction d'orchestre. Depuis lors combien de projets en commun, par exemple lorsque Barenboim, alors directeur musical de l'Orchestre de Paris, passe commande à Boulez de « Notations pour orchestre », puis à Chicago, Salzbourg... Jusqu'à cette collaboration avec le West-Eastern Divan Orchestra, l'orchestre israélo-palestinien fondé par Barenboim et Edward Said, que le chef français dirigera à plusieurs reprises à partir de 2007.

Fernand de La TOMBELLE : Mélodies Tassis Christoyannis, baryton, Jeff Cohen piano. 1 CD Aparté : AP 148. TT.: 72'20.

Grâce aux efforts de la Fondation Bru Zane, Fernand de La Tombelle (1854-1928) sort de l'ombre, du moins pour ce qui est de ses mélodies. Ce compositeur prolifique et atypique, ami de Théodore Dubois et de Camille Saint-Saëns, qui fut aussi poète, chroniqueur, photographe et peintre, s'est, entre autres, illustré dans le répertoire chambriste et a écrit de nombreuses mélodies tout au long de sa carrière, dont le cycle « Pages d'amour » en 1912. Si elles furent essentiellement chantées dans les salons musicaux de l'époque, dont celui de son épouse, femme de lettres, en son hôtel particulier à Paris et dans sa propriété à Fayrac en Périgord, elles n'en demeurent pas moins de parfaites illustrations d'un style musical romantique français tardif qui tient sa place parmi ses contemporains.

« Preghiera ». Serge RACHMANINOV : Trio Élégiaque N°2 op. 9. Trio Élégiaque N°1. « Preghiera », arrangement Fritz Kreisler d'après l'adagio sostenuto du Concerto pour piano N°2. Gidon Kremer, violon, Daniil Trifonov, piano, Giedrè Dirvanauskaitè, violoncelle. 1CD DG : 479 6979. TT.: 66'48.

Le programme de ce disque, concocté par Gidon Kremer, est centré sur le Deuxième Trio élégiaque op. 9 de Rachmaninov (1894). Sous-titré « A la mémoire d'un grand artiste », l'œuvre est née de l'immense admiration du compositeur pour son aîné Tchaïkovski et de l'émotion intense causée par sa disparition en 1893. La partie de piano, traitée avec égards, est toujours mise en avant. Une grande tristesse baigne l'œuvre au fil de ses trois mouvements. Ainsi de la plainte abyssale qui ouvre le moderato, qui va crescendo, violon et violoncelle s'épanchant à l'unisson sur un lamento du piano. Rapidement vient une section plus animée, allegro vivace, où la ton de confession se fait plus tendu, conduisant à un flot virtuose. Mais la coda reviendra à un tempo plus serein, comme l'expression d'une douleur insondable exprimée aux deux cordes de nouveau à l'unisson.

Serge RACHMANINOV : Concertos pour piano et orchestre No 2 op. 18 et N° 3 op. 30 Khatia Buniatishvili, piano. Orchestre Philharmonique Tchèque, dir. Paavo Järvi. 1CD Sony classical : TT.: 70'19

Serge Rachmaninov était un pianiste virtuose. Cela se ressent dans son écriture. Ses trois concertos pour piano agissent tel un aimant tant vis à vis des interprètes que du public. Il était immanquable que la fougueuse Khatia Buniatishvili se lance dans l'aventure. Là où on s'attendait à des débordements, il semble bien que la dame se soit assagie. Le Deuxième concerto op. 18 que Rachmaninov complète en 1901, après une longue crise dépressive, reste sans doute le plus joué et aimé du public. On en a aussi utilisé servilement bien des thèmes au cinéma et ailleurs, celui de l'adagio en particulier. C'est le prototype du grand concerto romantique finissant. Le premier mouvement découvre un monde onirique depuis ses sombres grands accords détachés du piano crescendo introduisant quelque tourbillon sonore, pour un concentré de tension dramatique et de lyrisme presque voluptueux.

Franz SCHUBERT : Fantaisie en fa mineur D. 940 et autres pièces pour piano à quatre mains. Andreas Staier & Alexander Melnikov, piano. 1CD Harmonia Mundi : HMM 902227. TT.: 73'.

Le genre du piano à quatre mains émaille la production schubertienne depuis 1810, avec une première Fantaisie, jusqu'à 1828, année où vont éclore plusieurs pièces majeures. Jouer de la sorte – et Schubert lui-même y excellait - passait à l'époque pour une des meilleures manières de savourer le temps de la compagnie entre amis et plus encore la communion dans la musique. Andreas Staier et Alexander Melnikov se sont concentrés sur les pièces tardives. Et d'abord la Fantasie op. 103, D. 940 en fa mineur. Son thème initial inquiet, fragile, distille une infinie tristesse. Il reviendra en boucle au fil d'une pièce que caractérise son architecture libre : un seul et vaste mouvement divisé en quatre sections ; en fait, une sorte d'impromptu.

« Les Vents Français interprètent BEETHOVEN » : Trio op. 87 pour hautbois, clarinette et basson. Trio WoO 37 pour piano et basson. Variations sur ''Là ci darem la mano'', WoO 28. Sonate pour piano et cor op. 17. Duo pour clarinette et basson, WoO 27 N°3 Emmanuel Pahud, flûte, François Leleux, hautbois, Paul Meyer, clarinette, Radovan Vlatković cor, Gilbert Audin, basson. Éric Le Sage, piano. 1CD Warner : 0190295919566. TT.: 79'43.

Poursuivant l'exploration de territoires peu labourés, Les Vents Français abordent des pièces de Beethoven rarement jouées. Elle appartiennent aux années de jeunesse, partagées entre Bonn et Vienne, alors que le compositeur était influencé par la musique d'harmonie si en vogue à l'époque. Il bénéficiait des conseils de Joseph Haydn et était impressionné par la virtuosité de musiciens tels le clarinettiste Anton Stadler, le corniste Jan Vaclav Stich, dit Giovanni Punto, ou encore les hautboïstes Johann, Franz et Philipp Teimer. Le Trio WoO 37 pour piano, flûte et basson remonte à 1786 – Beethoven a seize ans -, mais publié op. posthume, voit le clavier mener la danse quoique l'écriture pour les deux bois soit habile, en particulier le joyeux babil de la flûte dans l'allegro initial. Au fil d'un adagio mélancolique, flûte et basson se partagent la mélodie tandis que le piano renforce ce dialogue original.

Georg Philipp TELEMANN : Concerti per molti instrumenti Akademie für Alte Musik Berlin. 1CD Harmonia Mundi : HMM 90 2261. TT.: 72'20.

La pratique du concerto chez Telemann (1681-1767) s'avère d'une extrême richesse dans sa variété, procédant sans doute de bien des influences italiennes, de Corelli, de Torelli et bien sûr de Vivaldi, mais aussi des français dont il admirait la manière calquée sur la danse. Les œuvres enregistrées sur le présent disque se situent entre les années 1710 et 1720. Outre la diversité des instruments solistes choisis et leurs combinaisons pour le moins originales souvent, on est frappé par l'inventivité sans fin de la thématique. Il s'agit de pièces démonstratives pour les solistes réunis et visant à mêler des atmosphères différentes, comme l'intimisme lié à la musique de chambre et l'opulence de ce qui était destiné à des exécutions publiques, le cas échéant à l'extérieur même de toute salle de concert.

« La Storia di Orfeo » Claudio MONTEVERDI, Luigi ROSSI. Antonio SARTORIO. Philippe Jaroussky, contre ténor, Emöke Barath, soprano. Coro della Radiotelevisione svizzera. I Barocchisti, dir. Diago Fasolis. 1CD Erato : 0190295851903. TT.: 64'09.

Philippe Jaroussky réalise un rêve : créer un mini opéra imaginaire centré sur l'histoire d'Orfeo, en empruntant à trois compositeurs qui l'ont célébrée, chacun dans leur œuvre éponyme, à des périodes différentes du Seicento : Claudio Monteverdi (Mantoue, 1607), Luigi Rossi (Paris, 1647) et Antonio Sartorio (Venise, 1672). «  Une cantate à deux voix et chœur, recentrée sur les seuls personnages d'Orphée et d'Eurydice », précise le chanteur. Pour un concentré dramatique de la trame bien connue, et alors que chacun des trois compositeurs, avec son style propre, met plus spécifiquement l'accent sur un moment différent de celle-ci. Les enchainements imaginés ici se révèlent particulièrement judicieux dramatiquement et musicalement.

Henri DUTILLEUX. Musique de chambre. 1 CD Label-Hérisson : LH115. TT : 54’09.

Voici un disque qui présente nombre d’œuvres de musique de chambre, à l’exception du quatuor à cordes Ainsi la nuit, composées par Henri Dutilleux (1916-2013) tout au long de sa période créatrice étendue sur plus de soixante ans, de 1942 à 2010. Ne boudons pas notre plaisir à l’écoute de ces quelques œuvres de jeunesse, quatre pièces (Sarabande et cortège pour basson et piano, Sonatine pour flûte et piano, Sonate pour hautbois et piano, Choral, cadence et fugato pour trombone et piano) que le compositeur renia par la suite au point de demander qu’on les retirât de son catalogue car ne correspondant pas véritablement à « sa » musique. Des pièces de concours, certes, empreintes d’une indéniable fraicheur et interprétées ici par des musiciens prestigieux comme Nora Cismondi (hautbois), Emmanuel Curt (percussions), Alexis Descharmes (violoncelle), Mathieu Dupouy (clavecin), Fany Maselli (basson), Magali Mosnier (flûte), Jonathan Reith (trombone), Axel Salles (contrebasse) et Sébastien Vichard (piano).