Henri TOMASI : Complete piano solo works. CALLIOPE (www.bs-artist.com ). CAL2069. 2020. 2 CD. TT : 56’ 27 ; 30’ 58.

Les discophiles bénéficient actuellement de nombreuses Intégrales. Henri TOMASI (Marseille, 1904 - Paris, 1971) a accompli une carrière internationale de chef d’orchestre, a étudié au CNSM l’harmonie, la direction d’orchestre avec Vincent d’Indy, la composition avec Paul Vidal et Philippe Gaubert. Prix de Rome, il est aussi titulaire de nombreuses distinctions internationales.
Avec enthousiasme et ténacité, la pianiste franco-britannique Emilie Capulet, conférencière, docteur en musicologie et littérature, a réalisé en 2 disques et en première discographique cette intégrale de l’œuvre pour piano solo du compositeur quelque peu oublié, ne se rattachant à aucune école. Ses sources d’inspiration comprennent, par exemple, le folklore, la musique populaire, la collection de chants corses (réunis par son père Xavier Tomasi), dont il exploite le lyrisme, les racines méditerranéennes. Il s’intéresse aux musiques de scène et radiophoniques, à la chorégraphie, recherche les sonorités exotiques, favorise le déroulement narratif, avec un sens inné du drame et de la beauté mélodique.
Dans le CD 1 (en 27 plages), avec passion, sensibilité et une virtuosité à toute épreuve, Emilie Capulet confirme l’affirmation d’Henri TOMASI : « La musique qui ne vient pas du cœur n’est pas de la musique ». Le CD 2 est consacrée à sa Féerie laotienne composée en 1939. Une belle découverte en perspective.

Édith Weber
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Heitor VILLA-LOBOS : Œuvres pour piano. AZUR CLASSICAL (distribution SOCADISC). AZC 175. 2017. TT : 56’ 21.

Heitor VILLA-LOBOS, célèbre musicien brésilien (1887-1959), polyvalent, à la fois compositeur, violoncelliste et guitariste, pédagogue et ethnomusicologue, assez autodidacte, s’est intéressé au Cours de composition de Vincent d’Indy, aux chansons populaires brésiliennes, aux rythmes pratiqués par les Noirs, à la musique de salon venue d’Europe et aussi à l’âme indienne. Il a rayonné comme chef d’orchestre aux États Unis en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Son catalogue prolifique comporte des œuvres de musique de chambre, des opéras, poèmes symphoniques, 6 symphonies… pour un total d’environ 1000 opus, y compris un Guide pratique de pièces pour piano, chant et chœurs. C’est le mérite du CIAR (Festival International Albert Roussel) d’avoir convié Flavio Varani, pianiste virtuose, à interpréter des pages telles que Bachianas Brasileiras, Carnaval das Criancas Brasileiras (des enfants) ou encore des Danses africaines caractéristiques… Elles illustrent les goûts multiformes, l’inspiration féconde, le langage personnel, l’inventivité harmonique, l’alternance entre la mélancolie et la joie, plus importante que le drame.
Comme le résume Damien Top (CIAR) : « la tradition spirituelle occidentale rejoint l’émerveillement sensuel du Continent amérindien » (dernière de couverture). Disque absolument remarquable.

Édith Weber
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Sergei RACHMANINOV : Études-Tableaux. MUSO (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). MU 036. 2020. TT : 60’ 59.

S. RACHMANINOV, né à Semionovo (Russie) en 1873 et mort à Los Angeles en 1943, après ses études de piano et contrepoint au Conservatoire de Moscou, devenu un grand pianiste virtuose, s’est installé aux États-Unis. Il a composé ses 8 Études-Tableaux (op. 33) en 1910 et ses 9 Études-Tableaux (op. 39) en 1916-1917.
Ce contemporain de Maurice Ravel et Bela Bartok, resté attaché à la tonalité, peut être considéré comme le dernier compositeur romantique dans le sillage de Chopin. Il se distingue par sa grande inventivité mélodique très personnelle, son lyrisme douloureux et tourmenté reflétant sa personnalité introvertie (et nerveuse).
Alberto Ferro, pianiste italien né en 1996, titulaire de nombreuses distinctions internationales, s’identifie pleinement aux intentions émotionnelles de ces Études-Tableaux sans titres. Interprétation raffinée à l’aune des états d’âme du compositeur. Sensibilité et raffinement d’exception.
Édith Weber
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THE UNKNOWN DEBUSSY. Grand Piano, GP 822. Distribution (www.naxos.com ). 2020. TT : 84’ 48.

Nicolas Horvath a minutieusement regroupé une intéressante sélection de pièces inconnues dont certaines en brouillon, exhumées par le musicologue anglais Robert Orledge. Sur un total de 8, les 6 Préludes oubliés, particulièrement développés, figurent, révélés en premier enregistrement mondial. Certaines ont été transcrites, d’autres complétées. Claude DEBUSSY (1862-1918) les a élaborées entre 1902 et 1917.
À remarquer, également en première mondiale : la participation du narrateur Florient Azoulay à la plage 10 : No-Ja-Li, Le Palais du silence, Ballet chinois (1914, complété en 2005 et 2014) et à la pl. 15 : Un jour affreux avec le diable dans le beffroi (The Devil in the Belfry d’Edgar Allan POE, 1902/3, transcription 2018) ; inspiré du même auteur : A Night in the House of Usher (Une nuit dans la Maison Usher, 1915-1917, transcription 2010) ; Le Roi Lear (entre 1904 et 1908, complété en 2004 et 2018).
Nicolas Horvath (né en 1977 à Monaco), Lauréat de l’Académie de Musique Prince Rainier III, puis, après un passage à l’École Normale (Paris), s’est spécialisé dans la composition électroacoustique et a remporté de nombreux Concours internationaux. Pour ce programme, il a retenu un piano Steinway modèle C (1926, donc de la même époque).
Cette belle réalisation illustre le problème des transcriptions, compléments et arrangements en vue de l’interprétation dont s’acquitte avec une grande maîtrise et une haute musicalité le pianiste talentueux. Une avancée de plus au service du compositeur contemporain notamment de Maurice Emmanuel (1862-1938) : DEBUSSY autrement.
Édith Weber
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Moritz MOSZKOWSKI (1854-1925) : Piano works. Etsuko Hirose. DANACORD (www.danacord.dk ). DACOCD 866. TT : 72’ 15.

Etsuko Hirose, pianiste et violoniste japonaise, tire de l’oubli Moritz MOSZKOWSKI (né à Breslau (Wroclaw) en 1854-mort à Paris en 1925), musicien allemand d’origine polonaise. Installé à Dresde en 1863 puis, 4 ans après, à Berlin, il y fait de brillantes études, admiré par Franz Liszt, entre autres, puis sera le professeur notamment de Wanda Landowska, Gaby Casadesus, Vlado Perlemuter… La pianiste réussit à recréer et à symboliser la « Belle Époque », avec un programme varié en 14 plages : arrangements (Barcarole des Contes d’Hoffmann ; Mort d’Iseult (Wagner), Valse (un chef-d’œuvre de poésie et de sensibilité), En automne… Un témoignage sonore (piano Bechstein, Église protestante St Marcel (à Paris) et une très juste réhabilitation et illustration de M. Moszkowski, de sa bravoure et de ses enjeux pianistiques.
Édith Weber
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Frédéric CHOPIN : Dernier Concert à Paris. SOUPIR ÉDITIONS. Distribution : Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). S226. 2013. 2 CD. TT : 53’ 25 ; 32’ 11.

Toujours à l’affût d’une démarche originale voire historique, le Label SOUPIR retrace le dernier concert de CHOPIN donné le 16 février 1848 à Paris. 5 musiciens très motivés par cette restitution, interprètent des pages de W. A. MOZART, C. BELLINI, G. MEYERBEER et, surtout, Fr. CHOPIN, dont des Nocturnes, Sonate, Études, Préludes, Mazurkas, Valse… Décidément, Yves Henry (piano Pleyel 1837), Gilles Henry (violon), Adrien Frasse-Sombet (violoncelle), Julie Fuchs (soprano) et Xavier Le Maréchal (ténor) ont le chic pour transporter les mélomanes actuels dans l’atmosphère légendaire d’un salon parisien de 1848.
Édith Weber
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Frédéric CHOPIN : Intégrale des Mazurkas (1825-1849). SOUPIR ÉDITIONS. Distribution : Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). S249. Coffret 3 CD. TT : 52’ 56 ; 52’ 56 ; 60’ 49.

CHOPIN a composé sa première Mazurka à l’âge de 14 ans, sa dernière est restée inachevée. Il s’agit d’une danse polonaise paysanne à ¾ originaire de Mazovie, de caractère slave, rustique et populaire. Cette forme engendre une vaste panoplie émotionnelle : tendresse, rêve, douceur ou nostalgie et morosité, mais aussi désinvolture, selon son état d’esprit du moment. Ces quelques 60 pièces illustrent son parcours esthétique et psychologique dans la longue durée. Dans ses miniatures, son langage exploite des accords de septièmes non résolues, des sixtes napolitaines, le chromatisme descendant, des effets d’écho, des contrechants et des motifs spontanés ainsi que diverses variétés de contrepoints. Yves Henry a retenu le piano PLEYEL n°5612 de Croissy (1837) donc contemporain des œuvres, et l’auditeur se croirait dans un salon mondain romantique. Ses analyses précises et percutantes seront très appréciées des mélomanes (cf. texte, p. 6-39).
Né en 1959, ce disciple de Pierre Sancan au CNSM, puis d’Aldo Ciccolini, a remporté de nombreux prix internationaux. Sa technique pianistique éblouissante et sa grande sensibilité forcent l’admiration, de même sa faculté de diversifier l’atmosphère et de respecter les intentions du compositeur. Un modèle inégalable de ténacité , on ne pouvait imaginer un meilleur hommage à Chopin.
Édith Weber
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Michael Winkler plays Francisco TARREGA. SONY MUSIC (www.sonymusic.fr ). EOS 234200-15. 2019. TT : 55’ 49.

L’Espagnol Francisco de Asis TARREGA (né à Villareal, en 1852-mort à Barcelone, en 1909) a commencé la guitare à l’âge de 8 ans ainsi que le piano. Neuf ans plus tard, ayant acquis une guitare bien plus sonore du facteur espagnol Antonio de Torres, il décide de se consacrer à cet instrument. Son œuvre marque un important jalon dans la technique guitaristique. Fondateur de la nouvelle école, il compose des danses (Danza Mora, tango, mazurka, gavotte, valse). Sa pièce la plus célèbre : Recuerdos de la Alhambra imite à souhait une boîte à musique (destinée à son fils).
Le guitariste suisse Michael Winkler (né à Zurich en 1962) — qui a étudié à la Musikakdemie de Zurich et obtenu le Diplôme de soliste au Conservatoire de Berne —, frappé par les mélodies, les harmonisations, l’élégance et le charme de ces 24 pièces brèves, leur réserve un sort royal. À elle seule, la somptueuse restitution de Recuerdos de la Alhambra, où l’écrin arpégé enveloppe doucement la mélodie « mandolinée », emporte l’adhésion... Certains auditeurs seront peut-être un tantinet déroutés par les sonorités et la puissance de la guitare retenue, mais les enseignants et interprètes tireront profit de la leçon technique et esthétique. À la fois déroutant et séduisant.
Édith Weber
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RACHMANINOV-SHOSTAKOVICH-DENISOV. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0601. 2019. TT : 81’ 16.

Né en 1990, Victor Julien-Laferrière se perfectionne au violoncelle au CNSMDP auprès de Roland Pidoux et de Heinrich Schiff à l’Université de Vienne. Très sollicité au plan international, il est accompagné au piano par Jonas Vitaud (né en 1980) — élève entre autres Christian Ivaldi, détenteur de 4 Premier Prix et Lauréat de plusieurs concours, à la carrière internationale. Ils interprètent en premier lieu la Sonate pour violoncelle en mineur (op. 40) de Dmitri CHOSTAKOVICH (St-Petersbourg, 1906-Moscou, 1975) comportant 4 mouvements contrastants : Allegro non troppo, Allegro, un Largo extatique s’opposant à l’espiègle Allegro conclusif. La Sonate pour violoncelle en sol mineur (op. 19) de Sergei RACHMANINOV (Semionovo, 1873-Beverly Hills, 1943) a également retenu leur attention. Aussi quadripartite : Lento. Allegro moderatoAllegro scherzandoAndanteAllegro mosso, elle se présente comme une miniature de ses concertos de piano. Le plus récent des 3 compositeurs : Edison DENISOV (Tomsk, 1929-Paris, 1996, peu apprécié de l’Union des compositeurs soviétiques pour son avant-gardisme) figure avec ses Variations sur un thème de Schubert. Une plongée en profondeur dans l’âme russe par deux interprètes français de haut-vol.
Édith Weber
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Raul KOCZALSKI : Complete Songs 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0601. 2019. TT : 81’ 16.

Raul KOCZALSKI (1885-1948), considéré comme le « Mozart polonais », a rencontré un grand succès sur le plan international — mais guère dans son pays natal. Après s’être perfectionné en piano, vers 1903, il se consacre davantage à la composition, avant de revenir à une carrière européenne de concertiste. Le CD réserve une large part à ses 21 Solos et Duos (op. 121) en allemand magistralement servis par Katarzyna Dondalska (soprano fidèle au Label polonais) et Michal Janicki (baryton) accompagnés avec finesse par Michal Landowski (piano), suivis de 4 Chants romantique (op. 63). Le disque se termine gravement sur le cycle Chants des 4 Hafiz (personnes versées dans la connaissance du Coran).
Édith Weber
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Joachim KACZKOWSKI : Violin Concertos. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0470. 2019. TT : 70’ 45.

Tiré de l’oubli grâce à Jan A. Jarnicki, le compositeur et violoniste polonais Joachim KACZKOWSKI (1789-1829), actif à Varsovie, a connu une certaine notoriété en Autriche, Allemagne et Italie. Il est ici représenté par ses deux Concertos pour violon et orchestre. Interprété avec virtuosité par Agnieszka Marucha (après des études à Varsovie et Berlin, soliste, pédagogue, titulaire de nombreux Prix internationaux), accompagnée par l’Orchestre Symphonique Philharmonique Henryka Wieniaskiego de Lublin, sous la baguette experte de Wojciech Rodek, le premier, en la mineur (op. 8) comporte 3 mouvements : Moderato, Adagio et Polonoise, à mi-chemin entre MOZART et BEETHOVEN. Le second, en si mineur (op. 17), également tripartite : MaestosoRomance AdagioRondeau à la Mazure. Allegro, mérite aussi l’enthousiasme du Label. Une belle découverte.
Édith Weber
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BACH : 6 Suites pour violoncelle solo. SOLO MUSICA SM343. (www.solo-musica.de ). Distribution : Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). 2020. TT : 63’ 51.

Les Six Suites pour violoncelle solo (BWV 107-112) de Jean Sébastien BACH sont très connues entre autres grâce à la version déjà ancienne de Pablo Casals. Elles ont été enregistrées par Sergey Malov, violoniste et violiste russe, pour le tricentenaire de l’œuvre en 2019, avec un réel souci de vérité historique. Il a retenu un « violoncelle d’épaule » (da spalta), instrument en usage jusqu’au XVIIIe siècle, notamment chez J. S. Bach ; une restitution en a été présentée en 2014 à Londres.
Cette démarche pourrait surprendre les oreilles traditionnelles, car elle révèle une résonance particulière et inhabituelle, autrement dit un « autre paysage sonore », avec un caractère dansant et une certaine légèreté. Par rapport au violoncelle. La viola da spalta (ni alto, ni violoncelle), posée sur l’épaule droite, est maintenue avec une courroie. Chaque Suite commence, selon l’habitude, par un Prélude suivi de 5 brèves danses contrastées. Allemande (tempo modéré), Courante (gracieuse) Sarabande (méditative), Menuet (élégant) — ou, selon les Suites : Bourrée (virevoltante) ou Gavotte (tumultueuse) — et Gigue conclusive.
Voici une histoire inattendue du sort ultérieur de ces Suites restituées conformément à la pratique d’alors : ce n’est pas le moindre mérite à l’actif de Sergey Malov. Les comparatistes seront comblés.
Édith Weber
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Marcel COMINOTTO : Œuvres pour duos. AZUR Classical. Distribution : Centre International Albert Roussel (CIAR) (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). AZC146. TT : 68’ 17.

L’interprétation de duos exige à la fois une compétence réelle dans l’exploitation des timbres spécifiques et une belle connivence artistique. Marcel COMINOTTO, formé au Conservatoire de Liège, a obtenu, à l’âge de 15 ans, les premiers prix en harmonie, contrepoint, fugue puis de virtuosité. Son programme rassemble des duos pour les formations suivantes : 2 violoncelles, piano à 4 mains, violon et piano, 2 guitares. Pianiste de rayonnement international, depuis 1978, il enseigne l’instrument et l’écriture tonale et s’intéresse au matériau et à la sémantique dans une perspective historique.
Sa Storia pour deux violoncelles, dans laquelle « chacun apporte une qualité d’engagement et de précision, tant expressive que technique », est en fait « un voyage exceptionnel ». Anna-morphoses pour piano à 4 mains — œuvre composée pour le duo Jean Schils et Dominique Swinnen — tire son titre d’un « jeu de mots lié au prénom de leur petite fille ». Proche de la forme sonate, cette page frappe par sa complexité rythmique et contrapunctique, les couleurs harmoniques et les dissonances. La pièce Facéties, également à 4 mains et destinée à Pablo, petit frère « facétieux » d’Anna, entraîne les discophiles dans une valse enivrante. En réalité, ces 2 pièces forment un diptyque. Apollo, duo pour violon et piano, nécessite grande maîtrise technique et solide sens du rythme (le titre se rapporte à la course à la lune, vers 1960) : un mélange d’énergie et d’introspection. Démarche originale explosive autour de « big bang miniatures ». Six Préludes (brefs) pour 2 guitares (à 10 et à 8 cordes) rarement associées, exploitent des accords particuliers. Selon Marcel Cominotto, le 1er est un « mouvement perpétuel » ; le 2e plonge dans l’atmosphère d’une mélodie tzigane ; le 3e, est désinvolte puis mélancolique, avant de reprendre le ruissellement initial ; le 4e exploite des quartes répétées et des clusters ; le 5e se veut méditatif et intériorisé ; enfin le 6e est le « plus mécanique, puis tendu à base de tritons ». La conclusion ramène passionnément la sensation de mécanicité.
Les commentaires de M. Cominotto mettent en évidence son extrême inventivité et originalité compositionelles. Premier enregistrement mondial à ne pas manquer. Inouï et inégalable.

Édith Weber
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Anthony GIRARD : Œuvres pour violon. AZUR Classical (distribution : SOCADISC). AZC148. 2019. TT : 56’ 21. (Premier enregistrement mondial).

Anthony GIRARD (né en 1959 à New York, formé au CNSMDP — 5 Premiers Prix harmonie, contrepoint, analyse, orchestration et composition — et à la Sorbonne : DEA d’Histoire de la musique). Pensionnaire de la Casa Velasquez, lauréat de plusieurs Concours, a composé environ 150 œuvres et enseigne l’orchestration et l’analyse musicale au CRR de Paris et l’orchestration au CNSMDP depuis 2012.
La proximité artistique entre l’interprète : Jean-Luc Richardoz (violon) et le compositeur est palpable. Les Quatre Saisons (Printemps, Juillet l’espiègle, L’Automne en rêve, Vent de neige), 4 caprices pour violon (à la mémoire de Boris Pasternak) exigent une grande virtuosité en raison des doubles cordes, harmoniques doubles, pizzicati… Un autre Caprice : Partons, ô mon âme ! repose sur un poème de Walt Whitman (1819-1892), l’auteur des Leaves of Grass), et propage une oscillation lancinante. L’Étoile Aldébaran, pour 2 violons, est dédiée à Isabelle Flory et Nicolas Risler. Patricia Reibaud rejoint Jean-Luc Richardoz pour accomplir avec une grande sensibilité cette déambulation perpétuelle où l’amarre du temps s’enlève. Dans Lucky ways, 4 études pour violon, les violonistes chevronnés trouveront de quoi développer encore l’appropriation totale de leur instrument. L’écriture très personnelle d’Anthony GIRARD, quelque peu influencée par la musique médiévale, les musiques de l’Inde et le minimalisme, est marquée par une facture mélodique très soignée, une libre utilisation des consonances au service de profondes aspirations spirituelles.
Le discours violonistique, déployé au long du CD, plonge l’auditeur dans un état second, comme rapproché des intentions du compositeur et toujours plus à l’écoute des variations spirituelles subtiles. Expérience intime assurée.

Édith Weber
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Joanna BRUZDOWICZ : À la tombée du jour. ACTE PRÉALABLE (www.actepréalable.com ). AP0467. 2020. TT : 36’ 20.

Artiste fidèle du Label polonais ACTE PRÉALABLE, Joanna Bruzdowicz (née en 1943 à Varsovie) a étudié au Conservatoire de sa ville natale, puis à Paris, auprès de Nadia Boulanger, Pierre Schaeffer et d’Olivier Messiaen. Elle a soutenu en Sorbonne sa Thèse portant sur le thème « Mathématiques et logique dans la musique contemporaine ». Elle s’installera en Belgique, puis en France. Compositrice engagée, elle a été considérée comme dissidente dans le mouvement d’émancipation polonaise des années 1970. Son catalogue s’étend de l’opéra (La Colonie pénitentiaire, Les Femmes de Troyes, Les Portes du Paradis), à la musique symphonique et de chambre, en passant par des pièces pour enfants, la musique de film et de télévision.
Ce bref CD reproduit les versions française et polonaise du poème À la tombée du jour (2017) de Jean SOREL (1933-2019) — philosophe des monothéismes, diplomate —, mis en musique et traduit dans sa langue par la compositrice. Yves Daoudal-Soler est le narrateur pour la version française ; Catherine Dagois (contralto) et Edgar Teufel (claviers) du Duo Canticel, se partagent l’aspect musical. Dans la version polonaise : A schylku dnia, le narrateur est Jerzy Raziwilowicz, le chanteur est le baryton-basse Jaroslaw Brek, qu’accompagne au piano Tomasz Jocz.
La pièce débute par un long monologue dressant l’état d’esprit du vieillard au soir de sa vie, puis la musique prend le relais. La voix de contralto accentue le caractère dramatique, soutenue aux claviers numériques par l’accompagnateur attentif. En fait, la version polonaise nous semble mieux correspondre : l’accompagnement au piano du baryton-basse au timbre plus précis est du meilleur effet. Édith Weber
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François-Bernard MÂCHE : Pluie d’or. Musicatreize. EMPREINTE DIGITALE (www.musicatreize.org) ED 13257. 2019. TT : 53’ 53.

Pluie d’or : titre quelque peu étrange qui prend tout son sens après une indispensable lecture préalable de l’interview très ciblée et éclairante et des Propos recueillis par Maxime Kaprieljan. Il s’agit d’un retour en arrière sur la vie et l’œuvre de François-Bernard MÂCHE (né en 1935) grâce à l’ensemble Musicatreize, à géométrie variable, fondé en 1987 par Roland Hayrabedian.
Le compositeur a effectué un parcours polyvalent exceptionnel : prix de piano et harmonie (Conservatoire de Clermont), DES en archéologie grecque, Agrégation de Lettres (1958), Doctorat d’État en Esthétique, Prix de Philosophie de la musique (CNSMP). Il évolue dans le sillage de Pierre Schaeffer et d’Olivier Messiaen, et s’intéresse aussi aux films expérimentaux.
Fr.-B. MÂCHE exploite les données sensorielles, est obsédé par les références grecques (« papyrus égyptien rédigé en grec »,
cf. Invocations pour 6 voix et 2 percussionnistes). Il utilise l’aulos pour restituer la couleur sonore de la langue grecque, le tambourin pour opposer tons aigus et tons graves ; la prosodie quantitative de la langue grecque… Son objectif consiste à relier l’humain, la musique et l’univers, dépassant l’espace sonore et chronologique en associant Sappho de Mytilène (v.-630 ; v.-580) et Novalis (1772-1801), cf. p. 12 : Heol Dall (Soleil aveugle, en breton) pour 12 voix et 2 pianos.
Grâce, d’une part, à sa formation polyvalente et pluridisciplinaire, à son inlassable recherche expérimentale et à son inventivité et à sa curiosité hors normes et, d’autre part, au travail acharné du vaillant ensemble Musicatreize et de son chef R. Hayrabedian si motivé, les mélomanes découvriront les multiples facettes du génie de François-Bernard MÂCHE. Pluie d’or : titre riche en expérimentations, en associations philosophiques et littéraires, en sonorités opposées : une confrontation exceptionnelle. Édith Weber
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HARU Kara : Voyage dans nos états d’âmes à travers les saisons. TRIHORT 572. (www.disques-triton.com ). 2020. TT : 79’ 15.

Chaque changement de saison suscite un autre état d’âme, comme le démontrent le violoniste français Laurent Houque — formé à Paris et au Conservatoire de Mons — et la pianiste japonaise née en Californie, Misa Kakumoto — après sa formation en Angleterre et en Belgique. Ils apportent une démonstration de plus à la théorie de l’« Effet de vie » élaborée par Marc-Mathieu Münch. Dans cette perspective, ils ont retenu Winter Fairy (Fée de l’Hiver) de Serge PROKOFIEV, la Sonate n°5 Le Printemps de Ludwig van BEETHOVEN, Diptychon (op. 11) de Per NOGÄRD (né en 1932) évoquant un paysage nordique, étoilé, calme lors d’une nuit d’Été. Laurent HOUQUE (né en 1985) a intitulé sa pièce En Haut D’un(e) des Arbres (2018), inspirée par les bois dans les dunes, selon ses commentaires : « d’une explosion jaillit l’inattendu, le chant d’un oiseau dont le regard embrasse la forêt qui l’a vu naître, au milieu des dunes » (p. 7). L’auditeur peut « suivre le coucher de soleil dans la mer, derrière la ligne d’horizon… » ; la lune réfléchissant « la lumière que nous ne pouvons plus voir directement » et qui « devient la veilleuse de nos nuits ». Quant à l’Automne, il est traduit par les feuilles prenant des couleurs en forêt, dans la Sonate pour violon et piano n°2, en mi mineur de Gabriel FAURÉ, page de la maturité, tour à tour nonchalante, lumineuse puis fascinante. En guise de conclusion, ce duo hors pair fait découvrir La Poupée valsante du Hongrois Ede POLDINI (1869-1957), arrangée par Fritz KREISLER (1875-1962), qui pose un point d’orgue marquant sur ce récital original, à la fois descriptif, psychologique et introspectif, portant sur le cycle des Saisons et celui de la Vie. À entendre et à méditer. Édith Weber
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Paul PARAY : Œuvres pour cordes et piano. AZUR CLASSICAL. Collection du Festival International Albert Roussel (CIAR) (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). AZC155. TT : 77’ 06.

Paul PARAY (né au Tréport en 1886 et mort à Monte Carlo en 1978) a assumé une brillante carrière de chef d’orchestre dès 1920 — après avoir été prisonnier de guerre — pour le plus grand plaisir des mélomanes, mais ses activités de compositeur avaient cependant quelque peu été occultées. Ce disque vient à point nommé pour en dévoiler la notoriété que lui a valu le Grand Prix de Rome, après avoir été l’élève au Conservatoire de Paris de Xavier Leroux et Georges Caussade.
Cette réalisation discographique propose la Sonate pour violon et piano (1908), une Sonate tripartite pour violoncelle et piano et, en conclusion, une Romance pour violon, violoncelle et piano (adaptation). Sa recherche du raffinement est typique de l’École française ; il s’impose également par sa riche invention mélodique. Ces compositions, en premier enregistrement mondial réalisé par Eliot Lawson (violon), Samuel Magill (violoncelle) et Diane Anderson (piano), bénéficient d’une remarquable introduction par Damien Top. Une « corde de plus » à son arc… Révélation à ne pas manquer. Édith Weber
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Roselyne MARTEL : Reflets solaires. BONNAL, CHAUSSON, MASSENET. CALLIOPE (www.calliope-records.fr ). Distribution : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. CAL2074. 2020. TT : 57’ 05.

Arrière-petite-fille de (Joseph-)Ermend BONNAL (1880-1944), la soprano Roselyne Martel-Bonnal, au timbre généreux, propose un récital lyrique associant des compositeurs français de mélodies des XIXe et XXe siècle : Jules MASSENET (1842-1912) avec 3 chants — dont la poignante Élégie —, Ernest CHAUSSON (1855-1899) avec 2, Charles GOUNOD aussi avec 2 (dont Le Colibri, extrait de ses 7 Mélodies, op. 2), Cécile CHAMINADE, Hector BERLIOZ… (Joseph-)Ermend BONNAL (1880-1944) — le plus proche de nous — figure avec 5 chants : Sur le lac triste, Petit Poème (op. 19), Improvisation (op. 23), Bosphore et Chêne gaulois (arrangé par l’organiste et compositeur David Maw pour voix, violon, violoncelle et piano). Le violoniste Guillaume Latour, la violoncelliste Juliana Laska et la pianiste Flore Merlin se sont associés avec infiniment de sensibilité à ce noble projet filial.
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

 

Max REGER : String Trios. Il Furibondo. SOCADISC. Distribution : Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) SM323. 2017. TT : 50’ 54.

Max REGER (1873-1916) est à l’honneur dans la production discographique. Après l’intégrale de ses œuvres pour orgue qui ont assuré sa réputation, voici 2 Trios à cordes (violon, alto, violoncelle) : n°1 (op. 77 b, en la mineur et n°2 (op. 141 b) en ré mineur, par l’intrépide ensemble Il Furibondo, fondé en 2011, exploitant des instruments historiques. En fait, Giuseppe Tartini (1692-1770) a jadis utilisé furibondo pour qualifier le jeu du violoniste Francesco Geminiani, ce qui n’est pas un mince mérite pour Liana Rosa (violon), Gianni de Rosa (alto) et Marcello Scandelli (violoncelle). Les précisions des divers mouvements justifient à elles seules cette exigence « furibonde » : Sostenuto – Allegro agitato ; Larghetto ; Scherzo vivace contrastant avec Allegro con moto. Un mélange de rigueur néoclassique, d’esprit baroque, de tendresse romantique. Totale adéquation entre le titre de ce Trio et les exigences de sensibilité d’un Max REGER si estimé par Hans von Bülow.


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René de BOISDEFFRE : Works for Clarinet or Cello and Piano. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0464. 2020. TT : 63’ 55.

René de BOISDEFFRE bénéficie depuis plusieurs années de la volonté d’exhumation de son œuvre injustement oubliée. Dès 2016, la production pour violon, flûte et alto de R. de BOISDEFFRE était relancée par le Label polonais ; en 2018, sa musique chorale. Cette année, c’est de nouveau la musique de chambre qui retient son attention avec des duos pour clarinette ou violoncelle et piano. Né à Vesoul en 1838 et mort à Vézelise (Lorraine) en 1906, René de BOISDEFFRE a étudié la musique auprès de Charles Wagner et la composition avec Auguste Barbereau. Il obtient le Prix Chartier en 1883. Son esthétique néoromantique s’inscrit dans la mouvance de Charles Gounod, Édouard Lalo et Camille Saint-Saëns... En premier enregistrement mondial, Anna Mikolon (piano), Andrzej Wojciechowski (clarinette) et Anne Sawicka (violoncelle) s’associent au gré des opus : que ce soit dans l’imposante Sonate pour clarinette et piano (op. 12) quadripartite — arrangée par Romuald Twardowoski —, dans les deux jeux de Trois Pièces pour clarinette et piano (op. 20 et op. 40) ou dans La Prière ou encore La Berceuse, pages plus intériorisées, pour violoncelle et piano (op. 26 n°2 et op. 34), les musiciens restituent à merveille cette écriture chatoyante mettant en valeur le dialogue instrumental. Ce CD attachant s’achève avec la Suite Orientale (op. 42) où l’inspiration s’exotise. Une réussite.
Édith Weber
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Robert SCHUMANN : Symphonies nos 2 & 4. PHI (www.outhere-music.com ). LPH 032. 2019. TT : 64’ 47.

Les Symphonies de Robert SCHUMANN (1810-1856) servent d’une certaine manière de « baromètre » de ses états d’âme psychiques, bref de confession troublante. Il était, en effet, atteint de dépression et de mélancolie à partir de 1820, avait tenté de se suicider et été placé dans un asile en 1854. Il était cyclothimique, souvent abattu et souffrait d’insomnies, d’hallucinations et de vertiges qui ont profondément imprégné ses Symphonies II en Do Majeur (op.61, composée en 1845-1846) et IV en ré mineur (op.120, commencée dès 1841, dans la foulée de la Première), enregistrées avec passion et ferveur par Philippe Herreweghe et l’Orchestre Symphonique d’Anvers. Une belle révélation de plus à son brillant actif.
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