Clarion Quartett : Breaking the Silence. KLANGLOGO (www.rondeau.de ), KL 1415. 2018. TT : 56’ 00.

« Rompre le silence » concernant, entre autres, E. Schulhoff, V. Ullmann, E. Korngold : tel est l’objectif du Clarion Quartett composé de Jennifer Orchard (violon 1), Marta Krechkovsky (violon 2), Tatjana Mead Chamis (alto) et Bronwyn Banerdt (violoncelle), membres de l’Orchestre Symphonique de Pittsburgh. Grâce à elles, des compositeurs mis à l’index, persécutés et victimes du régime nazi, sont remis à l’honneur, voire découverts.

Au programme de cette découverte posthume, figurent : 5 Pièces pour Quatuor à cordes d’Erik SCHULHOFF (1894-1942), s’intéressant au Dadaïsme, à l’Expressionnisme, au jazz…, pianiste et compositeur juif, interdit en Allemagne, capturé à Prague, puis interné à Wurzbourg (Bavière) où il meurt en 1942. Son œuvre était alors tombée dans l’oubli ; le Quatuor à cordes n°3 (op. 46) du compositeur et pianiste autrichien, Viktor ULLMANN (né en 1890, mort deux ans après ce dernier, en 1944, à Auschwitz, après avoir séjourné au camp de Theresienstadt), disciple d’Alexander von Zemlinsky ; le Quatuor à cordes n°3 (op. 34) d’Erich Wolfgang KORNGOLD (1897-1957), compositeur autrichien naturalisé américain, un des derniers représentants du Romantisme viennois, auteur du célèbre Opéra Die tote Stadt (1920), ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale. En conclusion, le Clarion Quartett interprète encore A Walk to Cesarea commençant par Eli, Eli (dans l’arrangement de Boris Pigovat) de David ZEHAWI (1910-1977). Ces musiciennes vaillantes et passionnées par un objectif si méritoire n’ont pas ménagé leurs efforts pour sortir de l’ombre des œuvres de ces 4 compositeurs. Post tenebras lux.
Édith Weber

Alberto HEMSI : Coplas Sefardies RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ), ROP 6155. 2018. TT : 73’ 37

Pour marquer le 120e anniversaire d’Alberto Hemsi (1898-1975), ardent défenseur de la tradition sépharade, le hazan (chantre) de la paroisse libérale juive (Hanovre) Assaf Levitin, basse baryton israëlien — accompagné par son compatriote, le pianiste Naaman Wagner, formé en Allemagne et en Italie —, a lancé une collection de chansons judéo-espagnoles en ladin, de transmission orale.

Le premier Volume propose 24 Coplas, sur des thèmes variés : mariage, femme, jolie fille, fiancé, fiancée, beauté (proches du Cantique des Cantiques)… mais aussi d’essence lyrique : rose, mûrier (n°12, très développé) ou encore le Roi de France… Le livret permettra de suivre ces pièces grâce à deux traductions en allemand et en anglais, et de mieux appréhender ces chants strophiques regroupés et restitués par A. Hemsi ayant si largement contribué à la relance et à la défense d’un demi-millénaire de traditions juives et à la diffusion de ces Coplas initialement monodiques dans la Péninsule ibérique et dont il a réalisé une version avec piano.

Marcin KOPCZYNSKI : Przymikam oczy ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), AP 0411. 2017. TT : 62’ 47.

Cette sélection de compositions vocales repose sur des textes polonais et latins pour soprano et piano, soprano et cordes ; baryton et cordes, baryton et orchestre, baryton et piano. Marcin Kopczynski (né en 1973), Docteur en composition et théorie musicale, titulaire de divers Prix internationaux, rappelle la genèse de ces chants dont l’op. 1, Lacrimosa, date de 1990. Par la suite, il a transcrit d’autres pages entre 2007 et 2010 et d’autres pièces profanes et religieuses. Parmi ces dernières, figurent : Felix namque es, sacra Virgo Maria (op. 71), lumineux, chanté avec effusion ; Omnipotens sempiterne Deus (op. 66) pièce plus expressive ; Tota formosa et suavis es (op. 50) ; Ars consolatrix (op. 43/2) pour baryton et piano et Dico ego opera mea Regi (op. 69), page plus développée pour soprano et cordes, ainsi que des poésies polonaises de l’écrivain, dramaturge et poète Leopold Staff (1878-1957), se rattachant au mouvement « Jeune Pologne ». Encore un compositeur polonais contemporain à découvrir grâce à des interprètes polonais, recrutés par Jan A. Jarnicki, directeur artistique du Label polonais ACTE PRÉALABLE, toujours soucieux de faire connaître les multiples facettes de la musique de son pays.
Édith Weber

Richard STRAUSS : Don Quixote & Cello Works. Ophélie Gaillard. APARTEMUSIC (www.apartemusic.com ). 2018. AP 174. TT : 79’ 24.

Ophélie Gaillard — prestigieuse violoncelliste franco-helvétique, intrépide et d’un activisme débordant, titulaire des plus hautes distinctions internationales et discographiques — a signé autour de Richard STRAUSS (1864-1949) un programme éclectique et très raffiné pour violoncelle seul, violoncelle et piano (avec Vassilis Varvaresos), violoncelle et orchestre (Orchestre national symphonique tchèque, dir. Julien Masmondet) ou encore violoncelle, piano et mezzo-soprano (Béatrice Uria Monzon).

À découvrir immédiatement avec intérêt et admiration, entre autres, pour la sonorité et l’intériorité des mouvements lents (Andante de la Sonate en Fa majeur (op. 6), Andante cantabile de la Romance (op. 13) avec accompagnement d’orchestre) et pour les choix judicieux des tempi dans Don Quixote, Variations fantastiques sur un thème à caractère chevaleresque (op. 35).

G. F. HANDEL : Melodies in Mind. Suites & Trio Sonatas, Ensemble Amarillis. EVIDENCE CLASSICS (www.evidenceclassics.com ). EVCD 049. 2018. TT : 63’ 18.

De la « mélodie » avant toute chose : telle est la motivation de ce nouveau disque réalisé par le jeune et dynamique Ensemble Amarillis avec instruments historiques. Le programme placé sous le signe du lyrisme propose — autour de la forme Sonate en trio — des transcriptions qui, grâce à une instrumentation renouvelée, rendent un bel hommage à Handel (orthographe anglaise).

Héloïse Gaillard (flûtes à bec baroques et direction artistique) rappelle ainsi la genèse du « programme que nous avons choisi de concevoir autour du genre de la sonate en trio, est né d’une commande de la Philharmonie de Paris. À cette occasion, Bruno Reinhard — répondant à une commande du Musée de la musique — a reproduit une très belle flûte d’un facteur anglais contemporain de Haendel : Thomas Stanesby Junior. Cependant, l’opportunité donnée à Violaine [Cochard] par le Musée de la musique de jouer sur un remarquable Clavecin anglais Longman and Broderip nous a conduit à proposer en regard de ces Sonates en trio des pièces pour clavecin solo jouées seulement au clavecin ou instrumentées par nos soins pour notre formation. » Ces commentaires permettent aux auditeurs de mieux comprendre la démarche de cette réalisation si originale sur laquelle règne l’esprit de la mélodie, ne perdant jamais de vue le lyrisme.

Jean-Paul GASPARIAN. RACHMANINOV – SCRIABIN – PROKOFIEV. Evidence classics (http://evidenceclassics.com/) : EVCD048. 74’ 26.

Voici donc le premier disque en solo de Jean-Paul Gasparian, dont nous avons fait le portrait dans notre lettre 116 de juillet 2017. Ce CD comprend les Études-Tableaux op. 39 de Serge Rachmaninov, la Sonate pour piano n° 2 op. 19 et les Trois Études op. 65 d’Alexandre Scriabine, et la Sonate pour piano n°2 en ré mineur op. 14 de Serge Prokofiev. J.P. Gasparian nous offre de ces quatre œuvres une interprétation remarquable à tous égards. Pas un instant l’intérêt ne faiblit tant la lecture qui nous est proposée revêt une tranquille évidence. Ce qui frappe au premier abord, c’est la lisibilité du discours. Le pianiste excelle dans la différenciation des timbres qui permettent une distinction parfaite et une caractérisation des différents plans sonores. On pourra s’en rendre compte en particulier dès la deuxième Étude tableau : Lento assai. Mais cette lisibilité parfaite se retrouve tout au long de ce disque.

Artur CIMIRRO (né en 1982) : Piano Works 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), 2017. AP 0400. TT : 75’ 31.

Cet enregistrement en première mondiale est réalisé par Artur Cimirro, compositeur né en 1982, pianiste virtuose, également arrangeur et éditeur, spécialiste de la « technique de l’interprétation respectant le contexte historique sur les plans harmonique, contrapuntique et analytique, autrement dit herméneutique ». Comme il ressort des 13 œuvres de ce volume, il cultive les formes polonaises traditionnelles (cf. Chopin) : Nocturnes (op. 5, op. 26, op. 39) à différentes périodes de sa vie, Préludes, Scherzo (op. 10, n°2) avec un grand sens du rythme. À noter les pièces d’inspiration romantique (op. 12) : Barcarolle, Sérénade, Night Waltz ou encore d’inspiration hors des sentiers battus : 2 Eccentric Preludes ou On a « Carotenoid »… Il excelle dans les pages descriptives « à programme » : The Meridional Seasons (op. 30) — inspirées par les poèmes de sa femme Anita Cimirro —, affectant un qualificatif à chaque saison, à la manière de Tchaikovsky. Sa musique évoque la pluie, les feuilles colorées : The Three Saints (Les Trois Saints de glace, en juin), mais aussi les sentiments, tel que l’oubli. Il a composé récemment (en 2017) : Little Music Box to HADASSA (future fille d’un de ses amis), avec des inflexions correspondant à des notes de boîte à musique. Ce jeune musicien polonais déborde d’imagination. Volume 2 attendu avec curiosité.
Édith Weber

Zbigniew POPIELSKI (1935-2015), Jerzy MAKSYMIUK (né en 1936), Kazimierz SEROCKI (1922-1981). Poème Piano Duo. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP 0404. 2017. TT : 46’ 33.

Olga Anikiej et Katarzyna Makal-Zmuda forment le « Poème Piano Duo ». Elles se produisent soit en duo, soit en solo et s’efforcent de promouvoir trois compositeurs polonais du XXe siècle. Elles proposent les Variations au sujet personnel (sic) pour deux pianos de Z. POPIELSKI (1935-2015), pédagogue et compositeur ayant cultivé pratiquement tous les genres (musiques vocale, instrumentale, religieuse et profane, y compris théâtre, marionnettes et film). Ses Variations comportent un bref thème puis 11 variations d’une grande inventivité exploitant tous les registres des deux pianos. Comme le signale le livret, ses Préludes datent de 1956 et se présentent à la manière d’une sonate en 4 parties, dans des tonalités différentes. L’atmosphère calme, mélancolique, nostalgique est bien exprimée par Katarzyna Makal-Zmuda, avec des réminiscences mélodiques très expressives dans la conclusion.

Zygmunt NOSKOWSKI (1846-1909) : Piano Works 4. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0415. 2018. TT : 74’ 34.

Un sympathique duo (4 mains) : Anna Mikolon et Anna Liszewenska, a réalisé le volume 4 des Œuvres pour piano du professeur, compositeur et organisateur polonais, Zygmunt Noskowski (1846-1909), injustement tombé dans l’oubli.

Elles révèlent, avec une rare connivence, en premier enregistrement mondial, trois œuvres : Cracoviana (1879), dédiée au Baron Alexander von Gerder, danses à 2/4 syncopées, mondaines exécutées lors de mariages ; Mazury (1890), danses masoviennes dédiées à sa Majesté Humbert Ier, Roi d’Italie ; Six Polonaises (1891), avec titre français Pièce de caractère tour à tour méditatif, élégiaque, consolant, mélancolique puis triomphal. Le compositeur fait preuve à la fois d’imagination et d’émotion, tout en puisant dans les racines polonaises. Voici une nouvelle révélation grâce à Jan A. Jarnicki et à ces deux remarquables pianistes animées par la même passion pour les richesses musicales de leur pays.
Édith Weber

Jerzy GABLENZ (1888-1937) : Piano and Chamber Works. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0412. 2018. TT : 67’ 56.

Jerzy Gablenz — né à Cracovie, le 23 janvier 1888, dans une famille de musiciens, disparu lors d’un tragique accident d’avion, le 11 novembre 1937 — a retenu l’attention de Jan A. Jarnicki qui, grâce à Tomaz Gablenz (son fils) a obtenu de nombreuses partitions. Encouragé par l’organiste et chanteur bien connu, Robert Kaczorowsky, il a associé à son projet éditorial ses pianistes attitrés : Anna Liszewska et Anna Mikolon, la flûtiste Katarzyna Czerwinska-Gosz, membre de l’Orchestre Philharmonique de Gdansk et l’hautboïste Marta Rozanska. Elles permettent de sortir de l’oubli 6 œuvres du compositeur.

Sa Sonate pour violoncelle et piano en Ré majeur (op. 15), de structure tripartite, exige virtuosité et bravoure dans sa conclusion. Elle est suivie de deux pièces brèves : Intermezzo à la Mazurka en la mineur pour piano (op. 2), de style déjà plus personnel et Canzona en sol mineur pour flûte et piano, page de jeunesse comme ses 4 Improvisations pour piano (op. 1) misant sur l’émotion. Selon l’esthétique du début du XXe siècle, Dans les Arabesques (1937) pour piano et hautbois qui dialoguent, il fait appel à des dissonances non résolues, au dodécaphonisme créant une certaine tension. Ses 5 Waltzer ont été composées à l’âge de 13 ans : une première mondiale de plus à l’actif d’ACTE PRÉALABLE.
Édith Weber

Blanche SELVA : Les enregistrements COLUMBIA 1929-30 (newly remastered). DISQUES FY & DU SOLSTICE (www.solstice-music.com ). 2 CD. SOCD 351 et 352. 2018. TT : 112’ 26.

Les discophiles et, en particulier, les pianistes seront ravis de pouvoir écouter à nouveau des enregistrements de Blanche Selva (1884-1942) parus chez Columbia en 1929 et 1930 (78 t/m) et récemment remasterisés grâce à l’heureuse initiative d’Yvette Carbou, directrice du Label FY & du Solstice. Après de minutieuses recherches à la Discothèque de Radio France, auprès de l’Association Blanche Selva et de son Président Guy Selva, elle a admirablement réussi à faire revivre cette grande pianiste de la première moitié du XXe siècle.

Plusieurs méthodes avaient alors cours en France, celle de Marie Jaëll (1846-1925) qui, avec des moyens techniques diamétralement opposés, obtenait, à l’audition, une qualité sonore comparable à celle de Blanche Selva mais, à la vue, si différentes dans leurs gestiques respectives (cf. photo de sa main, technique du poignet et du poids, p. 13) ou encore les ouvrages de technique et de virtuosité (Isidor Philipp, Alfred Cortot…). Blanche Selva a consigné ce travail mental et corporel dans son Enseignement musical de la technique du piano (rédigé entre 1915 et 1925).

Michel Paul Guy de CHABANON : Trois Sonates dédiées à Madame de Villeblanche. Sonate n°17. Duo. RAINBOW CLASSICS (www.rainbowclassics.com ), 2017. RB 2017 4417-44. TT : 72’ 53.

Michel Paul Guy de Chabanon (1731-1792) est non seulement un homme de lettres, mais encore un mélomane, violoniste et compositeur accomplis. Le CD joint à la Revue ci-dessus illustre cet aspect complémentaire grâce au concours d’Elisa Barbessi (clavecin et pianoforte) et de Stephan Dudermel (violon). Ils ont sélectionné trois instruments historiques : Clavecin de Marco Brighenti (Parme), copie du clavecin Taskin (1765) ; Pianoforte réalisé par le facteur Jean Bascou, accordé au Tempérament de Jean Le Rond d’Alembert ; Violon de David Ayache (Montpellier), copie d’Amati, avec Archet de Michel Proulix (Montpellier) d’après John Dodd (v. 1780).

Données pour le plaisir dans des salons et mentionnées notamment dans le Mercure de France et l’Almanach musical, ses Sonates pour clavecin à deux claviers ou pianoforte avec parfois accompagnement de violon (et non l’inverse) ont été composées entre 1770 et 1785 : il y a donc une parfaite correspondance chronologique entre la musique et les instruments. M. P. G. de Chabanon y exploite la forme sonate au sens étymologique consistant à « sonner ». Elles sont structurées en deux mouvements contrastants (lent/vif) ou en trois (avec mouvement lent central). Les instrumentistes y trouveront des indications relatives à l’atmosphère (Gratioso, Amoroso) ou aux tempi (Sans lenteur, Un peu lent…). Pour clavecin seul, figurent les Sonates 1, 2 (la plus élaborée, faisant appel à la virtuosité) et 3 ; pour piano-forte et violon, la Sonate 17 qui se prête davantage aux épanchements préromantiques. Enfin, le Duo tripartite, bien enlevé dans l’Allegro ma poco, se fait plus intériorisé dans l’Adagio ; il se termine avec grâce dans l’Allegro molto. Les interprètes déploient tous leurs talents au service de cette musique d’agrément.

Lecture et audition s’enrichissent mutuellement ; l’aspect historique est complété par le contexte sonore. Ce disque démontre le talent et l’originalité de cet honnête homme de lettres, violoniste et compositeur : un vrai modèle de publication.
Édith Weber

Polyphonies françaises.Ensemble Léonor, direction : Marielle Cafafa. (www.ensembleleonor.fr ). 46’ 10.

Ce disque à l’initiative de Marielle Cafafa représente l’illustration sonore du programme ayant fait l’objet de son livre (cf. LI 118) : La chanson polyphonique française au temps de Debussy, Ravel et Poulenc (Paris, L’Harmattan, 2017).

Il convie les mélomanes, musicologues et littérairers à un vaste parcours poétique allant de Charles d’Orléans (1394-1465) à Guillaume Apollinaire (1880-1918) et Blaise Cendrars (1887-1961), en passant par Clément Marot (1496-1544) et Jean Antoine de Baïf (1532-1589) sur des thèmes de toujours : amour, vie, mort ; ou lyriques : mois de mai, hiver, neige. L’Ensemble Léonor (une vingtaine de chanteurs) bénéficie largement de la formation très complète de M. Cafafa, notamment en direction d’orchestre et de chœur, en piano, au chant lyrique acquise au CNSM, à la Haute École de Musique de Genève et à l’Université de Paris-Sorbonne où elle a obtenu son Doctorat en Musicologie. Ce premier enregistrement de l’Ensemble Léonor (qu’elle a fondé) fera date. Son apport avec des œuvres de compositeurs phares : Claude Debussy, Maurice Ravel Francis Poulenc, ainsi que Jean Langlais, Darius Milhaud… permet également d’apprécier à leur juste valeur des chansons de Raymond Bonheur, Jacques Chailley, Reynaldo Hahn, Paul Ladmirault : soit un total de 20 « polyphonies françaises » a cappella, composées entre 1900 et 1930, marquant un nouvel Âge d’or du genre.

L’Ensemble Léonor, dirigé tout en souplesse, réagit aux moindres inflexions gestuelles de son chef. Malgré un léger excès de réverbération dû à l’acoustique du lieu, il se distingue par sa volubilité (Yver, vous n’estes qu’un villain, Cl. Debussy), sa prononciation précise, sa dynamique (Nicolette, M. Ravel), l’émotion qu’il suscite (Pleurez avec moi, R. Hahn). Une somptueuse illustration du remarquable ouvrage de Marielle Cafafa.
Édith Weber

BEETHOVEN RARITIES.KLANGLOGO (www.rondeau.de ) KL 1521. 2018. 68’ 54.

La pianiste américaine, Claire Huangci (née en 1990), qui s’est lancée très jeune dans une carrière internationale, est spécialiste de Fr. Chopin, P. Tchaikovski et S. Prokofiev. Accompagnée par le Brandenburgisches Staatsorchester (de Francfort), sous la baguette attentive de Howard Griffiths, elle participe à la révélation d’œuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827) rarement interprétées et provenant de différents stades de sa vie.

Tout d’abord, à l’âge de 20 ans : son Ritterballet (Ballet de Chevalier), représenté en 1791 au Château de Bonn pour le Carnaval, structuré en 15 brèves séquences groupant une marche et une danse allemandes, un chant allemand, des chants de chasse et de guerre (avec sonorités de cor), une chanson à boire, introduits par une Marche solennelle et se terminant sur une joyeuse Coda. Le maître de Bonn a aussi signé un document historique : Wellingtons Sieg (La Victoire de Wellington), op. 91, recréant la victoire des troupes du Duc de Wellington sur l’armée napoléonienne à Vitoria (Espagne), le 21 juin 1813. L’œuvre comprend deux parties : Schlacht (La Bataille) — genre souvent cultivé et particulièrement dramatique —, avec des citations patriotiques : Rule Britannia (marche) et Malbrough s’en va-t-en guerre ; la Siegessymphonie (Symphonie de la Victoire). Deux orchestres symbolisent les deux adversaires. Roulement crescendo de caisse claire, sonnerie au clairon campent le décor guerrier, puis cèdent la place à la marche anglaise ; idem côté français avec Malbrough. La confrontation des armées est ensuite figurée. La Victoire est proclamée joyeusement et très énergiquement. Le Concerto pour piano en Ré majeur (op. 61a) provient d’un célèbre concerto de violon qu’à la demande de Muzio Clementi (1752-1832) Beethoven a retravaillé pour piano. Il comprend 3 parties : Allegro ma non troppo (très développé), Larghetto (rêveur) contrastant avec le Rondo sur un thème très rythmé des plus beethovéniens. Les cadences mettent en valeur tout l’ambitus de l’instrument.

Au service de Beethoven, Claire Huangci s’impose par son énergie, sa virtuosité, son enthousiasme communicatif. En parfaite symbiose avec l’excellent chef anglais Howard Griffiths et l’Orchestre allemand expert, ils contribuent largement à faire découvrir des « raretés beethovéniennes » qui, si nécessaire, viennent confirmer la grâce et la puissance évocatrices de sa musique.
Édith Weber

Corinne KLOSKA : Sous le signe de Bach.SOUPIR Éditions (attaché de presse : Laurent Worms, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). S 246. 2018. 59’ 25.

« Sous le signe de BACH » : en fait tout un programme d’adaptations pour piano d’œuvres prévues pour un autre instrument et interprétées avec passion et émotion par Corinne Kloska, pianiste lauréate de plusieurs Concours internationaux.

Le Cantor de Leipzig est présent avec des transcriptions de Ferruccio Busoni (1866-1924), remarquable pianiste et habile arrangeur, par exemple de 3 Chorals à l’origine pour orgue : Nun komm, der Heiden Heiland (BWV 659), extrait des 18 Chorals de Leipzig, pour le temps de l’Avent d’après l’Hymne Veni Redemptor gentium (Saint Ambroise de Milan, v. 386), paraphrase allemande de Martin Luther (1524) ; Herr Gott, nun schleuss den Himmel auf (BWV 617), prière à l’approche de la mort et aspiration au repos éternel, sur le texte de Tobias Kiel et la mélodie de Michael Altenburg (1620) figurant dans le Cantional de Gotha (1646) ; Ich ruf’ zu dir, Herr Jesu Christ (BWV 639), invocation au Christ, sur le texte de Johann Agricola et la mélodie (Haguenau, v. 1525) parue dans le Recueil de Wittenberg (1529). Les mélomanes retrouveront ces mélodies bien connues interprétées au piano dans le respect de l’œuvre initiale. Il en est de même pour les fragments de la Partita n°2 en ré mineur (BWV 1041) conçue pour le violon.

Corinne Kloska propose encore, tout en retenue, la transcription de Franz Liszt (1811-1886) du Prélude et Fugue n°1 (BWV 543) provenant du Clavier bien tempéré et l’apaisante Paraphrase du Choral en Do# majeur par Alexander Siloti (1863-1945), pianiste russe, compositeur et chef d’orchestre. À noter que, selon le dernier état de la recherche, le Choral Bist du bei mir par Éliane Richepin (1910-1999) — pianiste titulaire de plusieurs premiers Prix du CNSM — n’est pas de J. S. Bach, mais de Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) récemment redécouvert en France.

Dans son Prélude, Choral et Fugue (pour piano), César Franck (1822-1890) se souvient de la structure tripartite de J. S. Bach et introduit un choral central. Cette œuvre de la maturité composée en 1884 et créée en janvier 1885, — quelque peu romantique avec un thème cyclique — exige une grande virtuosité, un sens solide de la construction et de la mise en valeur de plans sonores diversifiés. Au Piano 218 Fazioli convenant parfaitement à ce répertoire, Corinne Kloska use d’une large palette de couleurs et fait preuve d’une grande intelligence dans l’interprétation d’œuvres si variées. Elle a signé une convaincante illustration de l’art de la transcription et relancé des retrouvailles mélodiques très bienvenues.
Édith Weber

Franz SCHUBERT : Symphonies n°4 « Tragische » et n°7 « (Un)vollendete », Münchner Symphoniker, dir. Kevin John Edusei. SOLO MUSICA (www.muenchnersymphoniker.de ), 2017. SM 273. TT : 77’ 05.

La musique classique et romantique figure au centre des activités des Münchner Symphoniker. L’Orchestre, fondé en 1945 par Kurt Graunke, est dirigé depuis 2014/15 par Kevin John Edusei. Ce chef prometteur (né à Bielefeld en 1976) connaît un rayonnement international. Lauréat (2007) du Concours de direction de Lucerne, il est invité par de très nombreux orchestres en Allemagne, Angleterre et Autriche, entre autres.

La Symphonie n°4 « Tragique » en ut mineur (D 417) a été composée par Franz Schubert (1797-1828) à 19 ans, pendant une période pessimiste de sa vie, justifiant la tonalité d’ut mineur. Achevée en 1816, le compositeur l’a qualifiée ultérieurement de « tragique ». À noter une particularité dans l’orchestration comportant 4 cors, d’où l’importance accordée à la couleur. L’œuvre est structurée en 4 parties, spéculant sur les mouvements lents. 1. L’Adagio molto à 3/4 est de caractère solennel, recueilli et tendu, suivi de l’Allegro vivace plus dynamique et contrastant avec le deuxième mouvement : 2. L’Andante en La b majeur, à 2/4, qui traduit un lyrisme plus discret (avec deux cors en moins). 3. Le Menuetto-Allegro vivace, à nouveau en ut mineur, à 3/4, baigne dans la grâce. Enfin, 4. L’Allegro en ut mineur, à 2/2, plus développé et animé, de caractère plus lumineux, se termine sur trois accords énergiques.

La Symphonie n°7 « Inachevée » en si mineur (D 759) — initialement numérotée 8 — a été achevée par le chef suisse Mario Venzago, d’où la parenthèse dans le titre : (Un)vollendete. Fr. Schubert, qui l’a commencée en 1822, y insiste sur les mouvements plus rapides. Le premier : Allegro moderato, en si mineur, à 3/4, présente le thème bien connu aux violoncelles ; l’atmosphère se fait plaintive. Le deuxième : Andante con moto, en Mi majeur, à 3/8, comprend un premier thème énoncé aux violons et un second à la clarinette, puis au hautbois. Le thème initial revient aux vents en guise de coda. Le troisième : Scherzo avec 2 Trios et l’Allegro moderato — dont il existait une esquisse pour piano — a donc été complété. Le texte de présentation tient compte de la redécouverte de Christa Landon aux Archives du Wiener Männergesangverein.

Dans la Symphonie n°4, Kevin John Edusei respecte les intentions de Schubert relatives à la traduction musicale figuraliste de son état d’âme. Dans la Symphonie n°7, l’habile reconstitution par M. Venzago est magistralement servie par les Münchner Symphoniker, dirigés de main de maître.
Édith Weber

Laudazioni alla Vergine Maria (Mariengesang des Belcanto). RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ), 2018. ROP 6139. TT : 60’ 49.

Cette intéressante compilation de musiques mariales se situe dans le contexte esthétique du Bel Canto, autour de la fête de l’Assomption de Marie (le 15 août). Elle regroupe des versions de textes bien connus : les Salve Maria de Saverio Mercadante (1795-1870) et Claudio Conti (1836-1878) — chantés en traduction italienne — ; les Salve Regina de Maurizio G. Gianetti (1874-1886) et de Vincenzo Bellini (1807-1835) ; les Ave Maria de Ranieri Rillanova (1827-1915), de Giuseppe Nicolao (1825-1905) et de Charles G. St. Clair (1855-1875) — chantés en latin.

Trois œuvres pour orgue : la Sinfonia 22 (op. 142) de Giovanni Battista Candotti (1809-1876), la Suonata per la consumazione de Vincenzo Petrali (1830-1889) et la Polonese d’Antonio Diana (1815-1876) sont interprétées en connaissance de cause par Angela Metzger. Elle a retenu l’Orgue de la Cathédrale Sainte Marie à Wurzen (Allemagne), instrument à 3 claviers, pédalier, électropneumatique, avec de nombreux accouplements, construit en 1932 par les Frères Jehmlich et restauré en 2016 par la Manufacture Reinhold.

L’ensemble L’armonia del Bel canto, comprenant Heidemarie Röttig (soprano à la voix juvénile et très juste) accompagnée avec discrétion par Angela Metzger (organiste de concert), s’est donné pour mission de révéler des œuvres religieuses inconnues se réclamant du Bel Canto, mettant l’accent sur l’extériorisation de la louange typique de la spiritualité du XIXe siècle en Italie. Mission accomplie.
Édith Weber

Catherine BRASLAVSKY : Collector. 10e Anniversaire JADE (www.jade-music.net ), 2018. CD 699 900-2. TT : 62’ 23.

Ce CD marque les dix ans de fructueuse collaboration entre Catherine Braslavsky et les éditions JADE au service de la musique religieuse. Comme elle l’affirme : « Le Label JADE est pour moi un espace où j’ai pu m’exprimer exactement comme je le souhaite dans le domaine qui est le mien et qui est aussi la spécialité de JADE. »

Ce Collector réunit 16 œuvres brèves d’inspiration sacrée, d’une part dans le cadre de la dévotion mariale O viridissima Virga, d’après Hildegard von Bingen (XIIe siècle), O frondens Virga (voix, doulcemer, grelots, cymbale) d’inspiration lyrique ; O Virgo splendens (chant de Pèlerins de Montserrat remontant au XIVe siècle) ; d’autre part, des textes liturgiques multiséculaires : Grand Kyrie chanté en grec — dont elle a composé la musique —, mais aussi de la prière juive du Kaddosh (Adonai Elohim Tsevaoth) en hébreu, devenu pour les chrétiens le Sanctus latin.

Certaines pièces ont été arrangées ou composées par la chanteuse ou encore par Joseph Rove. On ne pouvait imaginer meilleure synthèse de son engagement, de sa maîtrise compositionnelle, de son respect des musiques sacrées illustrant ses objectifs : « je souhaite simplement dédier mon chant aux sphères les plus hautes, c’est-à-dire spirituelles d’où viennent ce qu’il y a de plus universel et de meilleur en nous ». Un remarquable Collector de plus à l’actif des Éditions JADE et au service des enseignants.
Édith Weber

Raul KOCZALSKI : Piano Concertos 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), 2017. APO 501. TT : 58’ 38.

Le compositeur et pianiste polonais, Raul Koczalski (1885-1948), est né en 1885. Très jeune, il est considéré comme le « Mozart polonais ». Selon Maryla Renat, il connaît un grand succès dans le monde sauf dans son pays natal. Il se perfectionne en piano auprès d’Anton Rubinstein ; vers 1903, il se consacre davantage à la composition, puis revient à une carrière européenne de concertiste mais — interné au début de la Première Guerre mondiale et coupé du monde artistique — il composera des œuvres de musique de chambre. Le Label polonais ACTE PRÉALABLE lui a déjà consacré un premier CD (Chamber Works 1, APO 383, 2017).

Le présent CD comporte deux de ses Concertos pour piano interprétés par Joanna Lawrynowicz — de nos jours, l’une des plus éminentes pianistes polonaises. Elle est accompagnée par l’Orchestre Symphonique Philharmonique des Basse-Carpates, placé sous la direction du chef italien Massimiliano Caldi (né à Milan en 1967), spécialiste aussi bien de musique symphonique que d’Opéra ; il est soucieux de faire revivre la musique polonaise du XXe siècle. Cet Orchestre, fondé en 1955, est actuellement considéré comme l’un des plus dynamiques de Pologne ; il se produit également en Europe (Autriche, Belgique, Tchéquie, France, Espagne, Allemagne, Suède…) et compte de nombreux enregistrements discographiques à son actif. Le Concerto pour piano n°1 en si mineur (op. 79) de Raul Koczalski est structuré en 3 mouvements, selon l’esthétique classique : 1. Maestoso conférant un rôle important à la percussion et aux instruments à vent ; l’atmosphère s’y fait tour à tour majestueux, calme, lyrique (au piano) puis dramatique. Dans 2. l’Andante sostenuto rappelant les Nocturnes de Chopin, le piano rivalise avec l’orchestre. Enfin, le 3e mouvement : (à nouveau) Maestoso comporte des éléments mélodiques populaires.

Le Concerto pour piano n°2 en Sol majeur (op. 83) aurait été composé vers 1914 ; à cette époque, R. Koczalski en tant que pianiste était très apprécié en Europe. L’œuvre est tripartite : 1. Moderato de facture plus libre, apparenté à un allegro de sonate ; 2. Andante ; 3. Le finale Allegro energico, également proche d’un allegro de sonate, selon le texte de présentation, se réfère nettement au Concerto en si mineur de Tchaikovsky.

Voici, grâce à Jan A. Jarnicki et à son Label ACTE PRÉALABLE, une preuve de plus que la musique polonaise ne manque ni d’œuvres symphoniques concertantes, ni de pianistes de grande valeur. À découvrir.
Édith Weber

Philippe ENTREMONT, piano : Franz SCHUBERT : Sonate n°21 (D 960)... SOLO MUSICA (www.solo-musica.de ), 2018. SM 276. TT : 68’ 39.

Philippe Entremont (né à Reims en 1934) a donné son premier concert en 1953 au Carnegie Hall). À 84 ans, il compte à son actif plus de 6000 concerts et entreprend encore en janvier 2018 une tournée en Chine (Shangai, Pékin) : véritable marathon, comme d’ailleurs son aîné Daniel Wayenberg (né en 1929) qui se rend cette année à Tahiti.

En une version aboutie, Philippe Entremont propose son premier enregistrement de la redoutable Sonate n°21 en Si b majeur (D 960) de Franz Schubert (1797-1828), composée en septembre 1828 et publiée en 1839 : son « chant du cygne ». Il rappelle : « depuis plus d’un demi siècle, je pense à cette Sonate — une œuvre si considérable, si envoûtante et si difficile dans sa simplicité. Le désir de l’enregistrer m’est venu plus tard, beaucoup plus tard, vers 2009, et c’était encore trop tôt… ». L’œuvre est structurée en 4 mouvements : 1. Molto moderato, très élaboré et de caractère mystérieux ; 2. Andante sostenuto, déchirant, d’une grande profondeur, avec un accompagnement lancinant ; 3. Scherzo. Allegro vivace con delicatezza, traduisant une joie assez spontanée ; enfin 4. Allegro ma non troppo très développé, aux silences éloquents et avec une brève coda presto. Il a également enregistré la Fantaisie (D 940) en fa mineur, composée en mai 1828 (donc peu avant la disparition du maître, le 19 novembre), avec pour partenaire son élève au Conservatoire américain de Fontainebleau, le japonais Gen Tomuro. Ils s’imposent par leur toucher fin et délicat, leurs répliques précises et leurs tempi bien établis dans les 4 mouvements : Allegro molto moderato, Largo, Scherzo. Allegro vivace, Finale. Allegro molto moderato. Le disque se termine dans l’allégresse, aux accents de la Marche militaire n°1 (D 733) en Ré majeur, très entraînante.

Il s’agit vraiment d’une réalisation de la maturité, bénéficiant de la vaste expérience de Philippe Entremont dont nous avons pu suivre depuis tant d’années la brillante carrière internationale. Dans son texte de présentation, il conclut que Schubert est « tout simplement génial » : ce qui aussi le cas de cet enregistrement de l’infatigable pianiste.
Édith Weber

ARARAT. France-Arménie, un dialogue musical. Ensemble Canticum Novum, dir. Emmanuel Bardon. 1 CD Ambronay : AMY049. TT : 78’49.

Si Ararat évoque immédiatement le massif volcanique des hauts plateaux arméniens, symbole de toute une nation, ce deuxième opus discographique de l’ensemble Canticum Novum, après Aashenayi, sera, sans doute, pour le plus grand nombre une belle découverte puisqu’il propose un émouvant et éloquent dialogue entre deux cultures, française et arménienne, au travers de différentes courtes pièces lumineuses et aériennes explorant les liens entre musiques françaises et musiques traditionnelles d’Europe de l’Est et d’Orient. Un programme passionnant qui rappelle l’attachement de l’ensemble vocal et instrumental Cantotum Novum à l’interculturalité. Poèmes, ode liturgique, cantique, chansons populaires, danse de cour, romances judéo-espagnoles et chant d’exil sont, ici, particulièrement mises en valeur par les voix d’Emmanuel Bardon et Barbara Kusa superbement soutenus par un instrumentarium adapté aux sonorités surprenantes. Une réussite indiscutable !

« Retratos ». Juliette Salmona, violoncelle & Benjamin Valette, guitare. 1 CD Ad Vitam Records : AV 170315. TT : 50’52.

Deux instrumentistes talentueux forment ce duo de circonstance, musiciens bien connus de par leur activité chambriste respective, au sein du Quatuor à cordes Zaïde pour Juliette Salmona et au sein du Quatuor de guitares Éclisses pour Benjamin Valette. L’histoire de ce CD est celle d’une rencontre autour de l’œuvre de Radamès Gnattali (1906-1988) et tout particulièrement autour de sa Sonate pour guitare et violoncelle (1989) et de sa Suite Retratos (1956) dont l’album porte le nom. Un programme très varié comprenant également différentes transcriptions effectuées par les interprètes à partir du corpus de compositeurs brésiliens du 19e et 20e siècle (Ernesto de Nazareth, Francisco Mignone, Alberto Nepomuceno, ainsi que l’inévitable Heitor Villa-Lobos).
Un album très original par le choix des œuvres, souvent méconnues, mais aussi par le caractère inhabituel de l’instrumentarium utilisé, réunissant guitare et violoncelle, deux instruments à la tessiture pratiquement identique, autorisant un jeu de rôle aussi surprenant que jubilatoire. Un très bel enregistrement superbement interprété, haut en couleurs, empruntant à la musique savante et à la musique populaire brésilienne, porteur de joie, mais aussi d’une indicible nostalgie qui en font tout le charme Une belle découverte à ne pas manquer !