. Sonates pour violon ou deux violons et basse continue de Giuseppe TORELLI, Francesco Antonio BONPORTI, Antonio CALDARA, Evaristo Felice DALL'ABACO, Antonio VIVALDI, Tomaso ALBINONI. Les Accents, violon et dir. Thibault Noally. 1CD Aparté: AP128. TT.: 68'38.

Ce programme se veut l'illustration de la sonate vénitienne, un phénomène quasi culturel qui, à l'orée du XVIII ème siècle, émerge dans la Sérénissime en proie à un débordement de fêtes, donc de musiques. C'est une sonate en trio constituée d'un ou deux violonistes et d'une basse continue pour un discours virtuose, spectaculaire parfois. Un autre aspect essentiel réside dans les influences réciproques entre musiciens : héritage des maîtres du siècle précédent comme Corelli et Tartini, imitation, voire hommage de l'un envers l'autre, emprunts des uns chez les autres - Vivaldi est le champion de cette manière de faire quoiqu'il en aura aussi été la victime. En fait, on assiste à un mélange des styles. Thibault Noally, qui mène désormais une carrière de soliste, à côté de ses fonctions de premier violon des Musiciens du Louvre de Marc Minkowski, et a fondé son propre ensemble, ''les Accents'', en 2014, nous fait découvrir bien des trésors et quelques « premières » au disque. Ainsi de la Sonate en mi mineur pour violon et basse continue de Torelli (1658-1709) qui étale une belle virtuosité au fil de ses deux mouvements alternant lent et vif. La Sonate en sol mineur op. 4 n° 12 d'Evaristo Felice Dall'Abaco (1675-1742), qui date de 1716, illustre le mélange des styles :

Johann Sebastian BACH : « Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust » BWV 170, « Ich habe genug » BWV 82. Georg Philipp TELEMANN : « Die stille Nacht », « Jesus liegt in letzten Zügen ». Philippe Jaroussky, contre ténor. Freiburger Barockorchester, violon et dir. Petra Müllejans. 1CD Warner Classics : 01902959253338. TT.: 74'57.

Avec ce CD, Philippe Jaroussky se risque pour la première fois en territoire allemand. Pari réussi, grâce au grand soin apporté pour la langue et le souci des intonations dans le récitatif. Le medium de la voix est beau avec des notes graves intéressantes et surtout une tenue de notes superbe, en particulier dans le bas medium. Comme on peut le constater dans les deux cantates de JS. Bach. Les cantates à une seule voix sont rares dans le répertoire du Cantor. « Ich habe genug » (Je suis comblé) BWV 82 est sans doute parmi les plus célèbres. Elle a connu de multiples versions dont la plus chantée est celle pour basse. La première aria introduit une atmosphère intimiste d'une grande tristesse de par le solo de hautbois obligato. La deuxième progresse sur un rythme de berceuse sur une ligne de chant d'une fascinante beauté, ce que Jaroussky traduit à la perfection. La troisième qui proclame « je me réjouis de ma mort », est d'une joie libératrice,

Wolfgang Amadé MOZART : « The Vienna Concert – 23 mars 1783 ». Jodie Devos, soprano, Sebastian Wienand, pianoforte. Millenium Orchestra, dir. Leonardo García Alarcón. 2 CDs Ricercar : R IC 361. TT.: 53'03+56'19.

Le programme de ces disques reprend celui du concert donné par Mozart à Vienne le 23 mars 1783. Ce qu'on appelait alors une « Académie ». C'est la première que le compositeur organise lui-même, et il a lieu en présence de l'Empereur, comme il l'indique dans une lettre à son père Leopold. Il se composait d'œuvres diverses comme la Symphonie Haffner – jouée au demeurant non dans sa continuité - un concerto pour clavier, diverses arias pour soprano notamment tirées de ses opéras Lucio Silla et Idomeneo, d'une fugue, etc... L'initiative de le reconstituer presque en intégralité est originale et son indéniable aspect historique et didactique sort des sentiers rebattus des versions discographiques monothématiques visant à présenter pour la énième fois des concertos ou des symphonies. Le chef argentin y démontre sa manière dans Mozart, nouveau territoire pour lui : musclée, architecturée et avec une énergie qui procède du sens du théâtre qu'on lui connait dans ses interprétations dans le domaine opératique baroque, comme récemment pour Eliogabalo de Cavalli. Cela est illustré par la symphonie KV 385 « Haffner » dont l'allegro con spirito déploie d'emblée une force presque tellurique dans ses premiers accords avec feu roulant des timbales bien détachées et très

Wolfgang Amadé MOZART : Concertos pour violon et orchestre orchestre (intégrale) - N° 1 KV 207, N° 2 KV 211, N° 3 KV 216, N° 4 KV 218, N° 5, KV 219. Rondo pour violon et orchestre KV 269. Rondo pour violon et orchestre KV 373. Adagio KV 261. Isabelle Faust, violon. Il Giardino Armonico, dir. Giovanni Antonini. 2CDs Harmonia Mundi : HMC 902230.31. TT.:129'

Mozart était un violoniste, qui selon Leopold, n'était pas suffisamment conscient de sa valeur. En tant que Konzertmeister de l'orchestre de la résidence de Salzbourg, il se devait de jouer et de composer pour le service de l'archevêque d'alors, Hieronymus von Colloredo, surnommé par la famille Mozart ''le grand Muphti''. Ses œuvres concertantes pour l'instrument datent toutes du milieu des années 1770 et appartiennent au style dit galant. A part quelques pièces isolées, écrites pour le virtuose Brunetti qui lui succèdera comme Konzertmeister, il ne composera plus pour l'instrument, alors que la forme du concerto pour clavier se développera de manière significative. Le premier concerto KV 207, qui selon les dernières recherches, a été composé avant les quatre autres, date de 1773. Il se signale en particulier par son brillant finale presto. Dans le deuxième KV 211, on note une influence française, très perceptible dans l'andante conçu sur un thème d'ariette française. A partir du troisième KV 216 les choses changent et on mesure l'évolution du musicien sur une période relativement courte, en particulier dans le rôle dévolu à l'orchestre. L'allegro initial entrainant introduit ce côté théâtral dans le soutien orchestral qui distinguera bien des pièces futures. Comme au rondo

Felix MENDELSSOHN : Symphonies N°1 op. 11 & N°4 « italienne » op. 90. London Symphony Orchestra, dir. John Eliot Gardiner. 1CD LSOlive : LSO0769. TTT.: 62'11.

Poursuite de l'intégrale des symphonies de Mendelssohn par le maître Gardiner. La Première symphonie op.11, de 1824, qui vient immédiatement après la série des symphonies pour cordes, a été remaniée par le compositeur en 1829, peu satisfait du troisième mouvement Menuetto, qualifié « d'un ennui terrible » et de « monotone », et remplacé pour l'exécution de l'œuvre à Londres, cette même année, par un scherzo emprunté à son Octuor à cordes. La présente exécution propose les deux versions de ce troisième mouvement à la suite, ce qui est un peu trompeur. Il eût mieux valu mettre l'alternative en annexe. Quoi qu'il en soit, la vision de Gardiner est dans le droit fil de sa manière révélée dans ses deux disques Mendelssohn précédents : un allegro di molto jaillissant, « infectuous » comme l'on dit outre Manche, dont le traitement thématique est habilement ouvragé au fil d'un développement qui, s'il s'avère un peu redondant, maintient en haleine ;

Zodiac Trio 1 CD BRG391

Ce disque extrêmement riche – une véritable mosaïque – emprunte à l'un de ses morceaux son titre général : Dreamtime, le Temps du rêve, qui fait référence à la mythologie aborigène. De fait, les cinq ouvrages réunis, bien que tous originaux, ont plusieurs points communs : quasiment le même instrumentarium (clarinette, violon, piano et parfois violoncelle) et donc une couleur homogène, mais surtout un certain climat envoûtant, que leur propos soit mélancolique, festif ou rêveur. Car Dreamtime, c'est finalement le temps d'avant l'Histoire et peut-être aussi l'espoir d'une humanité réconciliée avec elle-même… Unité de programmation également, puisqu’il s’agit d’un recueil cent pour cent américain : le Zodiac Trio, créé en 2006 à la Manhattan School of Music de New York, interprète des pièces de compositeurs états-uniens (et toutes enregistrées ici pour la première fois).
Le premier opus, de Richard Danielpour, s'intitule Lamentations et date de 2013. Il est dédié « aux femmes d'Iran, afin que leurs voix soient entendues ». Cette œuvre très écrite, peut-être la plus belle du disque, est un long thrène, un chant de deuil qui sollicite la voix grave et timbrée du violoncelle (Ariel Barnes). D'emblée, on est frappé par l'immense tristesse, la sobriété et la dignité qui caractérisent cette composition. Après une sorte de cluster au piano répété une fois et qui résonne comme un glas, s’avance très lentement un thème dépouillé. Chacune de ses trois phrases est répétée en écho, comme un chœur (violon et violoncelle) qui reprend la voix soliste (la clarinette, délicatement soutenue par les sons cristallins des cordes du piano pincées à l’unisson). La

 

Les Métaboles, Léo Warynski dir. 1 CD NoMadMusic NMM036

Tout commence par la découverte de la jolie pochette : une photo pleine page montrant, assis sur une banquette autour d'une petite table de diner chargée de jus de fruits et de pancakes, une jeune et belle femme en robe noire à pois blancs, léger sourire aux lèvres (l'une des chanteuses), et Léo Warynski, sérieux et bien peigné, tenant la carte et levant le doigt pour passer commande. Par son sujet, ses tons chauds et son traitement vintage, cette image nous transporte à la fois dans les univers so Frenchy de Claude Sautet ou de François Truffaut – La Nuit américaine, forcément ! – et so American d'Edward Hopper. L'originalité ne s'arrête pas là mais sous-tend toute la démarche du deuxième disque des Métaboles, ensemble créé en 2010. Ce recueil de dix œuvres pour chœur a cappella écrites par six compositeurs états-uniens a été conçu comme un nocturne, dans la mesure où l'écoute de cette musique contemplative est propice à l'état d'abandon confiant et heureux qui précède le sommeil.
De fait, les premières mesures de Whispers (2002) de Steven Stucky installent l'auditeur dans une rêverie. Rêverie attentive et curieuse, car ces « murmures » de crépuscule, ni apaisés ni révoltés, qui s'étalent en longues plages de notes tenues, n'ont rien de mièvre et fourmillent de détails. L'originalité de la pièce tient en effet à ceci qu'un ensemble important chante au premier plan la musique de Steven Stucky, sur un poème de Walt Whitman – « J'entends des chuchotements d'une mort céleste murmurés, / Bavardage labial de la nuit... » –, tandis que, derrière, comme en écho, un petit chœur entonne l'Ave Verum

Francesco Paolo TOSTI (1846-1916). « Entra ! ». Duo Amaranta : Marc Filograsso, ténor & Isabelle Poulain, piano. 1 CD AX2035. TT : 73’58.

Voici un bel album de mélodies italiennes dues au compositeur italien Francesco Paolo Tosti, considéré comme l’un des plus grands maitres de la musique de salon du XIXe siècle, auteur de plus de 500 mélodies. Un magnifique enregistrement célébrant, avec à propos, le centenaire de la disparition de ce musicien, pianiste, musicologue et pédagogue, un peu méconnu de grand public. Une interprétation superbe du ténor Marc Filograsso accompagné de la pianiste Isabelle Poulain, tous deux spécialistes de ce type de répertoire, ardents défenseurs de la musique de Tosti depuis de nombreuses années. Voici donc leur troisième disque, vingt romances de Francesco Paolo Tosti sur des textes de poètes célèbres, notamment Pagliara, Cimmino et Gabriele D’Annunzio dont le cycle Consolazione constitue la dernière œuvre, publiée à titre posthume. Un disque présentant de nombreux inédits, des mélodies typiquement italiennes, bien différentes du lied allemand ou de la mélodie française. Un florilège de romances laissant la primeur à la ligne mélodique, de vocalité relativement aisée, à la prosodie fluide, pleines de charme. Un disque particulièrement séduisant, à écouter absolument !

M. A. CARPENTIER. H. DU MONT. F. COUPERIN. G. NIVERS. L. C. DAQUIN. Folies françoises. Pièces pour Orgue & Clavecins à 2, 3 et 4 mains. Michel & Yasuko Bouvard, orgue et clavecin. 1 CD HORTUS 133. TT : 63’24.

Un disque « de folie » dont le titre se veut un clin d’œil, à l’œuvre éponyme de François Couperin, mais également un premier disque en duo pour ces deux interprètes célébrant leurs 35 ans de mariage. Un disque original un peu iconoclaste qui mélange allègrement les genres puisqu’il nous donne à entendre un florilège de compositions variées, reflet de la musique du Grand Siècle. Un enregistrement qui s’ouvre par le majestueux, et peut être un peu grandiloquent, Prélude du Te Deum de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), suivi de plusieurs compositions de François Couperin (1668-1733) pour clavecins dont la fameuse Allemande du 9e Ordre et les célèbres Folies françoises ou Dominos reflétant le génie de Couperin dans l’expression musicale du portrait ou du caractère, ou

Gustav MAHLER (1860-1911). Symphonie n° 2 dite « Résurrection». Orchestre National de Lille & Chœur Philharmonique Tchèque de Brno, dir. Jean-Claude Casadesus. Olena Tokar, soprano. Hermine Haselböck, mezzo-soprano. 2 CDs Evidence Classics. TT : 84’.

Pour célébrer, à la fois, les quarante années passées à la tête de l’Orchestre National de Lille et le passage de témoin au jeune chef Alexandre Bloch, Jean-Claude Casadesus a choisi d’enregistrer pour le label Evidence Classics une de ses œuvres fétiches, la Symphonie n° 2 dite « Résurrection » de Gustav Mahler. Une œuvre monumentale, ô combien emblématique de cette passation de pouvoir qui se veut un changement dans la continuité, ce dont témoignait, à l’époque, le compositeur en disant « Je mourrai pour vivre… ». Une partition que le chef lillois connait sur le bout des doigts pour l’avoir donnée à de nombreuses reprises. Un choix judicieux et heureux tant la qualité de l’interprétation qui nous est, ici, donnée semble à la hauteur de l’évènement. On sait que le corpus des symphonies de Mahler forme un tout cohérent. Cette deuxième symphonie s’inscrit dans la continuité de la première symphonie puisqu’il s’agit du héros de Titan qu’on enterre pour assister ensuite à sa résurrection mais elle s’en distingue par une recherche du monumental marquée par l’introduction d’un chœur et de voix solistes. Composée très rapidement sous l’emprise d’une force « venue d’ailleurs » qui le soulève, Mahler se compare à un instrument de musique dont joueraient « l’esprit du monde, la source de toute existence ». Elle se compose de cinq mouvements, une « cérémonie funèbre » (Totenfeier), un andante moderato, un

JEVTIC. SHOSTAKOVITCH. Trumpet Concertos. Eric Aubier, trompette. 1 CD Indésens : INDE 089. TT : 78’05.

Le label Indésens et le trompettiste français Eric Aubier poursuivent leur inlassable quête en vue de faire connaitre au plus grand nombre le répertoire très étendu de la trompette. Voici donc, une réédition compilant le fameux Concerto n° 1 pour piano, trompette et cordes de Dimitri Shostakovitch (1906-1975) et des œuvres quasiment inconnues du compositeur franco-serbe contemporain Ivan Jetvic (°1947) dont les Concertos n° 1 et 2 pour trompette et orchestre, Thème & trois variations pour trompette et deux quintettes de cuivres et la Suite concertante pour trompette, piccolo et cordes « Que le jour est beau ». Admirateur fervent de son ainé russe et amoureux de la trompette, son œuvre, importante, est largement dédiée à cet instrument, symbolisant pour lui vision de la lumière

DEBUSSY (1862-1918). Four-Hand Piano Music (2). Prélude à l’Après-midi d’un faune. La Mer. Images. Jean-Pierre Armengaud & Olivier Chauzu, piano. 1 CD Naxos : 8.573463. TT : 69’20.

La sortie d’un nouvel opus discographique de Jean-Pierre Armengaud est toujours un gage de qualité pianistique et une assurance d’originalité dans le choix du programme. Ce dernier enregistrement, faisant suite au Four-Hand Piano Music (1) paru en 2013, ne fait pas exception à la règle. Si le premier opus présentait des œuvres parfois peu connues de Debussy (Petite Suite, Marche écossaise, Epigraphes antiques, et Première Suite d’orchestre) celui là, en revanche, présente des œuvres célèbres pour orchestre. Cette fois encore, associé à son comparse Olivier Chauzu, il nous propose des transcriptions pour piano à quatre mains. Transcriptions d’œuvres orchestrales, à la fois l’Autre et le Même, le plaisir et l’originalité de l’écoute sont toujours au rendez vous. La transcription du Prélude à l’Après-midi d’un faune (1894) fut réalisée par Maurice Ravel en 1910 à la demande de l’éditeur Fromont. L’arrangement pour piano à quatre mains de La Mer fut

BRAHMS. BERG. Piano Works. Vincent Larderet, piano. 1 CD Ars Produktion : ARS 38 217. TT : 65’24.

Pour son dernier opus discographique le pianiste français Vincent Larderet a choisi de mettre en miroir, avec une certaine pertinence, Brahms (1833-1897) et Berg (1885-1935). Confrontation un peu surprenante au premier abord et pourtant…Comme pour ses précédents disques, souvent salués par la critique et le public, voilà un programme qui fait sens puisqu’il nous donne à entendre trois œuvres (Klaviersonate n° 3, op. 5. & Intermezzi, op. 117 de Johannes Brahms associés à la Klaviersonate, op. 1 d’Alban Berg) dans le souhait évident de donner corps à une certaine forme de tradition et de transition. Tradition et transition car les deux compositeurs s’inscrivent, à l’évidence, dans une filiation austro-germanique où Brahms représente l’accomplissement de l’époque romantique, tandis que Berg nous montre une porte qui s’ouvrira bientôt sur un autre monde, celui de la Musique Nouvelle de la Seconde Ecole de Vienne, dont témoigneront ses

NOVA EUROPA. Mélodies d’un monde en mutation. Ensemble Seconda Prat!ca, dir. Nuno Atalaia & Jonatan Alvarado. 1 CD Ambronay Editions : AMY 307. TT : 60’.

Pour un coup d’essai, voici un coup de maitre ! Pour son premier album (7e de la Collection Jeunes Ensembles du label Ambronay) le jeune ensemble Seconda Prat!ca nous donne à entendre ce remarquable enregistrement d’un monde en mutation. Sachant que la foi se transmet plus facilement et de façon plus durable par la musique et l’art que par les armes, portées par les jésuites chargés d’évangéliser les colonies d’Amérique du Sud, voici un recueil de musiques métissées mêlant, dans un savant syncrétisme, polyphonies sacrées et musiques amérindiennes. Ainsi naquit un baroque musical colonial permettant l’éclosion de chefs

MOZART. Concerto pour flûte et harpe. K. 299. Concerto pour flûte n° 1. K. 313. Andante K. 315. Orchestre de Chambre de Paris, dir & flûte. Philippe Bernold. Emmanuel Ceysson, harpe. 1 CD Aparte : AP 115. TT : 55’41.

 

Voici un bel album où la musique avoue immédiatement ses intentions hédonistes, tout y est clair, cantabile, pimpant voire galant, enlevé et dynamique pour un plaisir immédiat facilement accessible. Ces œuvres furent toutes composées entre Mannheim et Paris, répondant à des commandes d’amateurs éclairés, entrant dans le cadre de la musique de salon. Le Concerto pour flûte et harpe date de 1778, habile, brillant, virtuose, son originalité tient à son instrumentarium associant les timbres de la flute et de la harpe dans un constant dialogue avec l’orchestre. Le Concerto pour flûte n° 1 date de la même époque, permettant au soliste de faire montre d’une virtuosité étourdissante et au compositeur de son exceptionnel savoir faire, si l’on en doutait encore… L’Andante K. 315, contemporain des deux œuvres précédentes procède de la même veine, associant quant à lui, poésie et mélancolie du plus bel effet. L’interprétation de Philippe Bernold est sans aucun doute éblouissante, rejointe dans l’excellence par le jeu brillant d’Emmanuel Ceysson. Sa direction semble parfois un peu raide et les tempi choisis un peu rapides. Malgré ces quelques réserves, voici répétons le un bel album qui possède les défauts de ses qualités, à savoir peut être un peu trop de clarté et pas assez de mystère…

 

 

On n’est jamais si bien servi que par soi même, Cyprien Katsaris a crée son propre label, Piano 21, sous lequel il enregistre toutes ses musiques.
Avec “Les Affinités Electives“ célèbre roman de Goethe, Cyprien Katsaris donne le la, il va marier les époques, les styles, les genres et les compositeurs.
Cyprien Katsaris est un grand transcripteur et un grand improvisateur, aussi la moitié des morceaux sont des arrangements ou des compositions improvisées par Katsaris lui même “d’après“ tel ou tel compositeur.
Exceptés les deux premiers morceaux composés par Beethoven et Mendelssohn sur des poèmes de Goethe et qui donnent donc au CD son titre, Cyprien Katsaris use de ses propres affinités pour composer un programme qui court du XVII ème siècle à nos jours. Chaque élément et son pendant évoquent des images, soit par leur titre soit par leur contenu, comme des bandes annonces de films de cinéma faites pour glorifier l’œuvre d’un créateur. Ce sont des morceaux courts, brillants, choisis par goût mais aussi pour mieux mettre en valeur le jeu et l’inspiration du pianiste qui n’en manque pas. Un jeu qui rappelle la fougue de Cziffra, les froides envolées d’Horowitz mais aussi la rigueur sensuelle de Kempf lorsqu’il interprète Beethoven.

Œuvres de WA. MOZART, Maurice RAVEL, Mily BALAKIREV, Serge PROKOFIEV. Orchestre National de Belgique, dir. Georges Octors. 1CD Muso : MU-013 TT. : 60'20.

« Queen Elisabeth Competition - Frank Braley, piano 1991  ». Œuvres de WA. MOZART, Franz LISZT, Serge RACHMANINOV, L. van BEETHOVEN. Orchestre National de Belgique, dir. Ronald Zollman. 1CD Muso : MU-014. TT.: 71'40.


« La mémoire des concours »

Les éditions Muso ressuscitent les concours de la Reine Élisabeth de Belgique donnés en 1978 et en 1991 et gagnés respectivement par Abdel Rahman El Bacha et Franck Braley. Treize années entre les deux et le temps ne s’entend pas. Même perfectionnisme et même respect des partitions. Dans les deux CD, une sonate de Mozart, la n°17 en si bémol K 570 par Rahman El Bacha, et la n° 12 en fa majeur K 332 par Franck Braley. Ce dernier nous donne à entendre une sonate aérienne, jouée à la française, sans fioritures, les accords sont nets, tranchés et le tempo juste pour laisser une place aux nuances, même si parfois dans l’adagio, la pédale cherche à prolonger la mesure.

Œuvres de Johannes BRAHMS, Serge PROKOFIEV, György LIGETI, Ivan BOUMANS. Jean Muller piano. 1CD Soupir Éditions : S242.

Avec ce CD intitulé Reflets et symétries, Jean Muller nous emmène de Brahms à Ivan Boumans en passant par Ligeti et en concluant par Prokoviev. La sonate n°1 de Brahms est l’une des ses premières œuvres. Bien que certains trouvent qu’il tâtonne encore un peu, il affirme déjà ses préoccupations futures, grandeur symphonique, incursions dans la chanson populaire et dès le premier mouvement, influence de l’Hammerklavier de Beethoven, le Maître. Jean Muller en parfait analyste de la partition, restitue les intentions du compositeur et donne chair et matière à cette sonate qui pourrait sembler un peu immature si elle était jouée sans la fougue et le lyrisme que lui insufflent le pianiste. Le grand Brahms est déjà là. La symétrie du titre du CD est aussi clairvoyance de Jean Muller qui fait se refléter dans le Brahms, la sonate n°6 op 82 de Prokofiev. Une sonate qui démarre en trombe. C’est une sonate de guerre. Prokofiev ne voulait pas être

Avec ce CD enregistré récemment à Paris, Ilya Rashkovskiy nous fait voyager dans sa Russie natale de Moussorgski à Tchaïkovski, jusqu’à Rachmaninov. Avec cette musique à programme, il faut compter sur l’imagination fertile de l’auditeur pour découvrir les images des Tableaux d’une Exposition, courtes pièces suffisamment évocatrices pour que l’on puisse se passer de leur titre et qui nous emmènent de Kiev à Limoges. C’est le lot de cette musique de ne pas laisser voir mais de suggérer et il faut au pianiste un double talent : celui de transcrire fidèlement les visions du compositeur et celui d’interpréter (comme Freud le faisait des rêves) l’imaginaire du même compositeur. Ilya Rashkoskiy se lance à corps perdu dans cette tâche avec un rare brio et la virtuosité époustouflante propre à la tradition de l’école russe. Dès l’introduction, le thème de La promenade, en revenant périodiquement, soit en majeur soit en mineur selon les lieux, nous guide tout au long de l’exposition et permet au pianiste de ciseler d’emblée le sentiment de l’épisode qu’il annonce. Les effets sonores et surréels des Gnomes qui passaient jadis pour des maladresses (alors que Moussorgsky était un fantastique improvisateur) se cristallisent en une espèce de performance acrobatique qui sied à merveille à

Barbara Kusa, soprano, Eduardo Egüez, vihueliste. 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de) : ROP6136. TT : 53’12.

Barbara Kusa (soprano) s’impose d’emblée par sa voix limpide et lumineuse. Née en Argentine, elle a fait ses études à Buenos Aires, et s’est perfectionnée en musique ancienne auprès d’Alex de Valera, puis à Wurzbourg avec Renata Parussel. Elle a aussi participé à de nombreux stages et enseigne le chant au Conservatoire d’Arcueil. Elle est accompagnée par le guitariste et vihueliste argentin, Eduardo Egüez, qui enseigne en Amérique latine, en Europe et au Japon. Leur programme comporte 29 pièces vocales et instrumentales de musiciens espagnols, tels que Luis de Narvaez (1500-1555), Luis de Milan (v.1500-v.1561), Alonso Mudarra (v. 1510-1580), Esteban Daça (v. 1537-v. 1596), José Martinez de Arce (v. 1660-v.1721), Tomas de Torrejon y Velasco (1644-1728). Certaines sont conservées dans les archives de Bibliothèques, Monastères et Abbayes, par exemple, la pièce introductive : Vaya de fiesta (Allez festoyer) de Juan Manuel De

Johann Sebastian BACH : H moll Messe BWV 232. Chœur de l’Opéra de Stetin. Orchestre de Chambre du Marais, dir. Pascal Vigneron. 2CD QUANTUM (www.rondeau.de) : QM7081. TT : 49’01+44’39. . TT : 53’12.

Cette version est enregistrée par un plateau international : un chef et un orchestre de chambre français ; des choristes polonais appartenant au Chœur de l’Opéra de Stetin ; des solistes français : Sandrine Carpentier, Anne Maugard, Christophe Einhorn et Christophe Gautier, tous dirigés par Pascal Vigneron (né en 1963), trompettiste, organiste, chef d’orchestre, directeur artistique du Festival Bach de Toul, à la tête de son Orchestre de Chambre du Marais, ayant de nombreux enregistrements à son actif.

Felix MENDELSSOHN : Trios avec piano. Trio Pilgrim 1CD TRITON (www.disques-triton.com) : TRI 331206. TT : 66’ 08 + DVD.

Les œuvres d’orgue de Felix Mendelssohn (1809-1847) et ses Oratorios sont bien connus du grand public, et le Label TRITON a raison d’attirer l’attention sur son œuvre de musique de chambre, dont le premier Trio non publié remonte à 1820. Son deuxième Trio (op. 49), en ré mineur, a été composé en 1839, et celui en do mineur (op. 66) est, comme le rappelle Delphine Bardin, « la dernière grande œuvre de musique de chambre avec piano », elle date de 1845. Ces œuvres sont interprétées par le Trio Pilgrim bien connu, avec au piano : Delphine Bardin, au violon : Arno Madoni, et au violoncelle : Maryse Castello.