Leopold GODOWSKY : The Art of Transcription. Laurent Wagschal, piano. 1CD EVIDENCE. (www.actepréalable.com ) : Evdc026. TT : 75’48.

Leopold Godowsky (1870-1938), polonais naturalisé américain, « l’un des plus grands pianistes doté de moyens techniques stupéfiants », a dans les années 1920 fait l’objet d’un rayonnement international. Dans le sillage de Liszt, il a transcrit, paraphrasé ou adapté de nombreuses œuvres instrumentales ou vocales. Ce disque propose ses arrangements allant de pages célèbres de Bach, Schubert, Schumann, Chopin à Isaac Albeniz, en passant par Johann Strauss II ou Camille Saint-Saëns.
Le pianiste Laurent Wagschal — titulaire de plusieurs Prix internationaux, soliste de très nombreux orchestres — propose 19 arrangements parmi lesquels figurent la Sonate pour violon (BWV 1001) de J. S. Bach ayant tenté de nombreux transcripteurs, la Symphonie Metamorphosis de Johann Strauss II, ou encore le Cygne de

Jacques LENOT : Le Livre des Dédicaces. Jean-Christophe Revel, orgue. 1CD L’OISEAU PROPHÈTE. (www.jacqueslenot.net ) : 2016. TT : 72’ 30.

Jacques Lenot (né en 1945), compositeur autodidacte et indépendant, dans le sillage du sérialisme, a créé sa SARL « L’Oiseau Prophète » pour la diffusion de ses œuvres. Jean-Christophe Revel (orgue), concertiste enseignant, responsable du département de musique ancienne du CRR de Paris, a enregistré — à l’Orgue Waltrin-Callinet-Schwenkedel (entretenu par la Manufacture Peter Meier) de la Cathédrale Saint-Christophe de Belfort — XXV pièces de Jacques Lenot pour ses amis. Certaines se veulent un hommage à ses compositeurs favoris: Bach, Schumann ; plusieurs sont jouées avec et en la mémoire d’Anton Webern qui l’a stylistiquement beaucoup influencé. Il décrit la genèse du Livre et les circonstances, ainsi que ses motivations : « imiter la voix humaine », « jouer un grand jeu (sous forme de dialogue) à la manière de Nicolas de Grigny » et du Grand Siècle, ou encore « faire sonner la virtuosité ». Sa Pièce XXIII, pour la Communion,

laus Mertens,baryton-basse et récitant, Thomas Fritzsch, viole de gambe, Stefan Paass, luth baroque, Michael Schönheit, orgue. 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ) : ROP6124. TT : 80’56.

Voici une sélection de méditations en famille, à la maison pour différentes circonstances et dimanches de l’Année liturgique, faisant alterner des mots d’ordre (Dictum), chorals et airs, au sujet de Jésus, Dieu et Marie. Le présent disque est conforme à la finalité de Georg Philipp Telemann (1681-1767) qui, en l’année 1727, a lancé une stratégie consistant à transférer à la musique d’Église quelques succès du monde de l’Opéra. En 2016, Thomas Fritzsch, spécialiste du compositeur, a constitué neuf dévotions à pratiquer chez soi et destinées au plaisir de l’écoute. Elles concernent le 4e dimanche après l’Épiphanie, l’Épiphanie, le 2e dimanche après l’Épiphanie, puis la fête de la Visitation de Marie, le Nouvel An, mais également les 7e, 20e dimanches après la Trinité ainsi que le dimanche

Joseph HAYDN : Harmoniemesse, Hob. XXII.14. Symphonie N° 101 (Die Uhr). 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ) : ROP6124. TT : 81’ 17.

L’excellent Chœur de chambre de la Frauenkirche à Dresde, des solistes renommés : Ina Siedlaczek (Soprano), Bettina Ranch (Alto), Tobias Hunger (Ténor), Tobias Berndt (Basse), avec le Reussisches Kammerchorchester, tous placés sous la direction de Matthias Grünert, Kantor de la Frauenkirche, proposent d’une part la Harmoniemesse, dernière composition achevée et, d’autre part, la Symphonie N° 101-Die Uhr (L’Horloge) de Joseph Haydn (1732-1809).
La Harmoniemesse, en Si b majeur, composée en 1802, dédiée à la Princesse Esterhazy, a été créée à Eisenstadt la même année. Le Kyrie se présente comme une insistante prière. Le Gloria plus développé, de caractère énergique, est suivi du Credo très affirmatif contrastant avec le Sanctus expressif et insistant, avec

Virgil Boutellis-Taft, violon, Guillaume Vincent, piano. 1CD ÉVIDENCE CLASSICS (www.evidenceclassics.com ): EVCD028. TT : 77’48.

Virgil Boutellis-Taft (violon) et Guillaume Vincent (piano) ont, à juste titre, intitulé ce disque Entre Orient & Occident. Il s’agit d’une Anthologie regroupant diverses identités orientales : arménienne, américaine d’origine iranienne, française d’origine perse, et occidentales : hongroise, tchèque et française. Certaines pages respirent ou réinventent le folklore. La couleur orientale émane notamment de Gdung (La Grue) de Vartabed Komitas (1869-1935) symbolisant l’exil et l’arrachement des Arméniens.
La musique française est représentée par le Poème d’Ernest Chausson (1855-1899), la Sonate pour violon et piano en sol mineur de Claude Debussy (1862-1918) — qui, lors de l’Exposition universelle de 1889, a découvert l’Extrême-Orient dont son langage musical s’est inspiré. Plus proches de nous, les Chants du Sud de Philippe Hersant (né en 1948) pour violon solo exploitent des chants du Bassin méditerranéen. À noter également l’œuvre de Tara Kamangar (américaine d’origine

Anna-Maria Hefele, soprano. Chœur de chambre I Vocalisti, dir. Hans Joachim Lustig. 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de) : ROP6123. TT : 73’09.

Le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION vient de publier, sous le titre de l’incipit du Psaume 98 : Cantate Domino canticum novum/Singet dem Herrn ein neues Lied (Chantez au Seigneur un cantique nouveau) une remarquable Anthologie de musique chorale moderne et d’œuvres de commande réalisée en premier enregistrement mondial par le Chœur de chambre I Vocalisti, et avec le concours d’Anna-Maria Hefele (soprano aiguë). Dirigés par Hans Joachim Lustig, ils exploitent de nouveaux mondes sonores et excellent dans des tessitures aiguës extrêmes comme, par exemple, le motet à 8 voix, sous le titre : Cantate Domino… d’Ugis Praulins (né en 1957), composé pour A.-M. Hefele ou encore le motet Singet dem Herrn… pour chœur de 4 à 6 voix et soprano solo datant de 2002 et dédié par Vic Nees (1936-2013) au Chœur de chambre, de même que celui à 12 voix de Thomas Hofmann (né en 1958) pour deux chœurs à 4 voix ; le

 Viva Voce. 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ) : ROP6135. TT : 64’24.

Sous le titre : Un bout de chemin…, l’A cappella Band (groupe vocal russe) VivaVoce, fondé en 1998, propose un itinéraire à travers les genres musicaux et les époques où se côtoient aussi bien des pièces de Johann Pachelbel, Robert Schumann, d’Anton Bruckner, que des œuvres contemporaines ou des Spirituals afro-américains et des chansons allant des Beatles aux tubes du hit-parade, sans oublier leurs propres compositions. Il s’agit surtout de « grandioses musiques de divertissement » revisitées par Viva Voce, comme par exemple : Ain’t no mountain high enough (N. Ashford, V. Simpson) ou encore Stein des Anstosses (Pierre d’achoppement) ; Wohin (Où) ; Komm gut heim (Rentre bien à la maison)… Selon leur affinité, les auditeurs apprécieront Du bist da (Tu es là) de J. Pachelbel

SALVE REGINA. Musik zum Lob der Maria. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6118. CD : TT : 64’ 07.

Marie, qui occupe une très large place dans la vie religieuse, a tenté à la fois des peintres, et des sculpteurs, des auteurs et des compositeurs. Ce disque, du Label leipzicois RONDEAU, regroupe autour du thème « Salve Regina » 14 pièces d’Antonio Caldara en son honneur. Né vraisemblablement à Venise en 1670 et mort à Vienne en 1736, il est considéré comme l’un des plus grands compositeurs italiens de son temps. Après une carrière notamment en Italie (Mantoue), en 1716, il occupe le poste de vice-maître de chapelle à la Cour de Vienne, puis, en 1723, succédant à Johann Joseph Fux, de maître de chapelle. Son œuvre comportant des Opéras, 38 Oratorios, 20 Messes, de nombreux Motets… dans la tradition polychorale vénitienne, annonce le baroque tardif. Comme il se doit, le disque

RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6113. CD : TT : 54’ 45.

Le titre : Ultimum se réfère à la transition de la vie vers la mort, de la terre vers le paradis, avec 3 œuvres sur des paroles significatives : Sept textes pour la Passion, Responsoria Tenebrae, Le Paradis, mis en musique respectivement par Wolfgang Rihm (né en 1952), Pawell Lukaszewski (né en 1968) et Theo Brandmüller (1948-2012). Il s’agit de musiques a cappella selon l’esthétique contemporaine. Le Chœur de Chambre de Saarbrücken est dirigé par Georg Grün, remarquable pédagogue, théologien et chef au rayonnement international, ayant fait ses études au Conservatoire et à l’Université de Sarre et, en improvisation, auprès de l’organiste Jean-Pierre Leguay. Il maîtrise parfaitement tous les traquenards de la musique a cappella. Cet enregistrement s’impose par la qualité et la beauté de la polyphonie vocale, la plénitude de l’expression. Les Sept Textes pour la Passion sont destinés aux Jeudi et Vendredi Saints. Il s’agit d’une œuvre de

Émile Pierre RATEZ : Exhibition 2. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0366. TT : 62’ 24.

Faisant suite au disque Exhibition 1 (cf. Lettre d’information, juillet 2016), le présent CD est interprété par Ewa Murawska (flûte), Marcin Murawski (alto) et Hanna Holeksa (piano). En fait, le titre correspond au mot anglais : Exhibition, c’est-à-dire, en français : Exposition, comme, par exemple, les « Tableaux d’une Exposition ». Grâce à de minutieuses recherches d’archives, le directeur et producteur du Label polonais ACTE PRÉALABLE, Jan A. Jarnicki, contribue aussi à la diffusion du patrimoine français et notamment d’Émile Pierre Ratez, né le 5. 11. 1851 à Besançon et mort le 19. 05. 1939 à Lille. Cet élève de Jules Massenet a été, à la fois, compositeur, artiste à l’Opéra Comique, mais aussi pédagogue et directeur du Conservatoire de Lille.

(op. 8) – Trois thèmes variés – Fantaisie (op. 11) – Fantaisie (op. 9). ACTE PRÉALABLE. (www.actepréealable.com ). AP0360. TT : 77’ 20.

Le label varsovien ACTE PRÉALABLE, que dirige avec tant d’autorité Jan A. Jarnicki, a pour objectif de faire redécouvrir la musique polonaise. C’est le cas, entre autres du franco-polonais Auguste Frédéric Durand /August Fryderyk Duranowski, né à Varsovie vers 1770 et mort à Strasbourg en 1834, et d’apprécier des interprètes polonais : P. Wajrak (violon), A. Kieronska (violon), K. Stasiowska (alto), A. Podkoscielna-Cyz (violoncelle), E. Panocha (piano), ainsi que le Tarnowska Orkiestra Kameralna (fondé en 1991) et leur chef Piotr Wajrak.
En 1810, selon une revue de Varsovie, August Fryderyk Duranowski suscitait, « avec son talent, l’étonnement de son audience ». En effet, ce violoniste hors pair était très apprécié dans toute l’Europe. Sa musique faisait largement appel à la virtuosité, ce qui, en 1835, le rendit célèbre dans le Lexikon der Tonkünstler d’Ernst Ludwig Gerber ou encore dans la Biographie universelle… de François-Joseph Fétis, entre autres. Il a étudié le violon à Paris avec Giovanni Battista Viotti, a

Joanna BRUZDOWICZ : Lella – Oratorio profane. ACTE PRÉALABLE. (www.actepréealable.com ). AP0367. TT : 51’.

Le même Label s’attache à faire découvrir l’oratorio profane historique : Lella, texte : Christiane Schapira ; musique : Joanna Bruzdowicz, née à Varsovie en 1943, polonaise naturalisée française. Compositrice très originale, elle a réalisé de nombreuses productions audiovisuelles et cinématographiques, par exemple : ses 16 Tableaux d’une exposition Salvador Dali (cf. Lettre d’information, mars 2016). Cet oratorio a fait l’objet d’une création mondiale à Bastia, en 2011 et d’un enregistrement live au XVe Festival International de Musique en Catalogne, à Céret, sous la direction de la compositrice. Il est dédié à la mémoire de Danielle Casanova, héroïne corse (née en 1909) tragiquement disparue à Birkenau en 1943. Comme la librettiste Christiane Schapira le précise, le « livret a été écrit à partir de ma pièce éponyme Lella, Danielle Casanova, une vie, ce qui a demandé une mise à plat totale de la pièce pour une reconstruction destinée aux voix chantées… J’ai choisi d’alterner les parties chantées et récitatives pour introduire la Récitante que j’ai choisie d’identifier. » Il n’y a donc aucune fiction ; elle a collaboré avec J. Bruzdowicz « dont la sensibilité musicale et humaine s’approchait le plus de la gravité de mon texte ». L’oratorio se présente comme une page d’histoire relatant

Stefano GERVASONI : Le Pré. MUSIC EDITION WINTER & WINTER (www.winterandwinter.com ). W&W 910 238 -2. TT : 60’ 17.

Aldo Orvieto (piano), Saori Furukawa (violon) et Alvise Vidolin (musique électronique en direct) ont signé, en premier enregistrement mondial, cette découverte de Stefano Gervasoni (né en 1962). Le titre énigmatique, phonétique et significatif, nécessite quelques précisions. Il désigne tout d’abord le PRÉ (prairie), ensuite le PRÉ (préfixe) et le PRÉ-lude : soit un pré ou une prairie où jouent les enfants. En d’autres termes, selon le texte d’accompagnement, il s’agit de « l’état particulier dans lequel une chose n’existe pas tout à fait sous sa forme accomplie et adulte, l’enfance étant une prémonition d’une vie d’adulte avec ses aspects négatifs (ayant perdu la magie du rapport non rationnel avec les mots, l’innocence et la capacité à s’émerveiller face à la beauté) » et positifs (acquisition d’un rapport logique, rationnel, pragmatique avec la réalité) ». Ces longues considérations justifient la composition du programme avec des pièces pour enfants

. Sonates pour violon ou deux violons et basse continue de Giuseppe TORELLI, Francesco Antonio BONPORTI, Antonio CALDARA, Evaristo Felice DALL'ABACO, Antonio VIVALDI, Tomaso ALBINONI. Les Accents, violon et dir. Thibault Noally. 1CD Aparté: AP128. TT.: 68'38.

Ce programme se veut l'illustration de la sonate vénitienne, un phénomène quasi culturel qui, à l'orée du XVIII ème siècle, émerge dans la Sérénissime en proie à un débordement de fêtes, donc de musiques. C'est une sonate en trio constituée d'un ou deux violonistes et d'une basse continue pour un discours virtuose, spectaculaire parfois. Un autre aspect essentiel réside dans les influences réciproques entre musiciens : héritage des maîtres du siècle précédent comme Corelli et Tartini, imitation, voire hommage de l'un envers l'autre, emprunts des uns chez les autres - Vivaldi est le champion de cette manière de faire quoiqu'il en aura aussi été la victime. En fait, on assiste à un mélange des styles. Thibault Noally, qui mène désormais une carrière de soliste, à côté de ses fonctions de premier violon des Musiciens du Louvre de Marc Minkowski, et a fondé son propre ensemble, ''les Accents'', en 2014, nous fait découvrir bien des trésors et quelques « premières » au disque. Ainsi de la Sonate en mi mineur pour violon et basse continue de Torelli (1658-1709) qui étale une belle virtuosité au fil de ses deux mouvements alternant lent et vif. La Sonate en sol mineur op. 4 n° 12 d'Evaristo Felice Dall'Abaco (1675-1742), qui date de 1716, illustre le mélange des styles :

Johann Sebastian BACH : « Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust » BWV 170, « Ich habe genug » BWV 82. Georg Philipp TELEMANN : « Die stille Nacht », « Jesus liegt in letzten Zügen ». Philippe Jaroussky, contre ténor. Freiburger Barockorchester, violon et dir. Petra Müllejans. 1CD Warner Classics : 01902959253338. TT.: 74'57.

Avec ce CD, Philippe Jaroussky se risque pour la première fois en territoire allemand. Pari réussi, grâce au grand soin apporté pour la langue et le souci des intonations dans le récitatif. Le medium de la voix est beau avec des notes graves intéressantes et surtout une tenue de notes superbe, en particulier dans le bas medium. Comme on peut le constater dans les deux cantates de JS. Bach. Les cantates à une seule voix sont rares dans le répertoire du Cantor. « Ich habe genug » (Je suis comblé) BWV 82 est sans doute parmi les plus célèbres. Elle a connu de multiples versions dont la plus chantée est celle pour basse. La première aria introduit une atmosphère intimiste d'une grande tristesse de par le solo de hautbois obligato. La deuxième progresse sur un rythme de berceuse sur une ligne de chant d'une fascinante beauté, ce que Jaroussky traduit à la perfection. La troisième qui proclame « je me réjouis de ma mort », est d'une joie libératrice,

Wolfgang Amadé MOZART : « The Vienna Concert – 23 mars 1783 ». Jodie Devos, soprano, Sebastian Wienand, pianoforte. Millenium Orchestra, dir. Leonardo García Alarcón. 2 CDs Ricercar : R IC 361. TT.: 53'03+56'19.

Le programme de ces disques reprend celui du concert donné par Mozart à Vienne le 23 mars 1783. Ce qu'on appelait alors une « Académie ». C'est la première que le compositeur organise lui-même, et il a lieu en présence de l'Empereur, comme il l'indique dans une lettre à son père Leopold. Il se composait d'œuvres diverses comme la Symphonie Haffner – jouée au demeurant non dans sa continuité - un concerto pour clavier, diverses arias pour soprano notamment tirées de ses opéras Lucio Silla et Idomeneo, d'une fugue, etc... L'initiative de le reconstituer presque en intégralité est originale et son indéniable aspect historique et didactique sort des sentiers rebattus des versions discographiques monothématiques visant à présenter pour la énième fois des concertos ou des symphonies. Le chef argentin y démontre sa manière dans Mozart, nouveau territoire pour lui : musclée, architecturée et avec une énergie qui procède du sens du théâtre qu'on lui connait dans ses interprétations dans le domaine opératique baroque, comme récemment pour Eliogabalo de Cavalli. Cela est illustré par la symphonie KV 385 « Haffner » dont l'allegro con spirito déploie d'emblée une force presque tellurique dans ses premiers accords avec feu roulant des timbales bien détachées et très

Wolfgang Amadé MOZART : Concertos pour violon et orchestre orchestre (intégrale) - N° 1 KV 207, N° 2 KV 211, N° 3 KV 216, N° 4 KV 218, N° 5, KV 219. Rondo pour violon et orchestre KV 269. Rondo pour violon et orchestre KV 373. Adagio KV 261. Isabelle Faust, violon. Il Giardino Armonico, dir. Giovanni Antonini. 2CDs Harmonia Mundi : HMC 902230.31. TT.:129'

Mozart était un violoniste, qui selon Leopold, n'était pas suffisamment conscient de sa valeur. En tant que Konzertmeister de l'orchestre de la résidence de Salzbourg, il se devait de jouer et de composer pour le service de l'archevêque d'alors, Hieronymus von Colloredo, surnommé par la famille Mozart ''le grand Muphti''. Ses œuvres concertantes pour l'instrument datent toutes du milieu des années 1770 et appartiennent au style dit galant. A part quelques pièces isolées, écrites pour le virtuose Brunetti qui lui succèdera comme Konzertmeister, il ne composera plus pour l'instrument, alors que la forme du concerto pour clavier se développera de manière significative. Le premier concerto KV 207, qui selon les dernières recherches, a été composé avant les quatre autres, date de 1773. Il se signale en particulier par son brillant finale presto. Dans le deuxième KV 211, on note une influence française, très perceptible dans l'andante conçu sur un thème d'ariette française. A partir du troisième KV 216 les choses changent et on mesure l'évolution du musicien sur une période relativement courte, en particulier dans le rôle dévolu à l'orchestre. L'allegro initial entrainant introduit ce côté théâtral dans le soutien orchestral qui distinguera bien des pièces futures. Comme au rondo

Felix MENDELSSOHN : Symphonies N°1 op. 11 & N°4 « italienne » op. 90. London Symphony Orchestra, dir. John Eliot Gardiner. 1CD LSOlive : LSO0769. TTT.: 62'11.

Poursuite de l'intégrale des symphonies de Mendelssohn par le maître Gardiner. La Première symphonie op.11, de 1824, qui vient immédiatement après la série des symphonies pour cordes, a été remaniée par le compositeur en 1829, peu satisfait du troisième mouvement Menuetto, qualifié « d'un ennui terrible » et de « monotone », et remplacé pour l'exécution de l'œuvre à Londres, cette même année, par un scherzo emprunté à son Octuor à cordes. La présente exécution propose les deux versions de ce troisième mouvement à la suite, ce qui est un peu trompeur. Il eût mieux valu mettre l'alternative en annexe. Quoi qu'il en soit, la vision de Gardiner est dans le droit fil de sa manière révélée dans ses deux disques Mendelssohn précédents : un allegro di molto jaillissant, « infectuous » comme l'on dit outre Manche, dont le traitement thématique est habilement ouvragé au fil d'un développement qui, s'il s'avère un peu redondant, maintient en haleine ;

Zodiac Trio 1 CD BRG391

Ce disque extrêmement riche – une véritable mosaïque – emprunte à l'un de ses morceaux son titre général : Dreamtime, le Temps du rêve, qui fait référence à la mythologie aborigène. De fait, les cinq ouvrages réunis, bien que tous originaux, ont plusieurs points communs : quasiment le même instrumentarium (clarinette, violon, piano et parfois violoncelle) et donc une couleur homogène, mais surtout un certain climat envoûtant, que leur propos soit mélancolique, festif ou rêveur. Car Dreamtime, c'est finalement le temps d'avant l'Histoire et peut-être aussi l'espoir d'une humanité réconciliée avec elle-même… Unité de programmation également, puisqu’il s’agit d’un recueil cent pour cent américain : le Zodiac Trio, créé en 2006 à la Manhattan School of Music de New York, interprète des pièces de compositeurs états-uniens (et toutes enregistrées ici pour la première fois).
Le premier opus, de Richard Danielpour, s'intitule Lamentations et date de 2013. Il est dédié « aux femmes d'Iran, afin que leurs voix soient entendues ». Cette œuvre très écrite, peut-être la plus belle du disque, est un long thrène, un chant de deuil qui sollicite la voix grave et timbrée du violoncelle (Ariel Barnes). D'emblée, on est frappé par l'immense tristesse, la sobriété et la dignité qui caractérisent cette composition. Après une sorte de cluster au piano répété une fois et qui résonne comme un glas, s’avance très lentement un thème dépouillé. Chacune de ses trois phrases est répétée en écho, comme un chœur (violon et violoncelle) qui reprend la voix soliste (la clarinette, délicatement soutenue par les sons cristallins des cordes du piano pincées à l’unisson). La

 

Les Métaboles, Léo Warynski dir. 1 CD NoMadMusic NMM036

Tout commence par la découverte de la jolie pochette : une photo pleine page montrant, assis sur une banquette autour d'une petite table de diner chargée de jus de fruits et de pancakes, une jeune et belle femme en robe noire à pois blancs, léger sourire aux lèvres (l'une des chanteuses), et Léo Warynski, sérieux et bien peigné, tenant la carte et levant le doigt pour passer commande. Par son sujet, ses tons chauds et son traitement vintage, cette image nous transporte à la fois dans les univers so Frenchy de Claude Sautet ou de François Truffaut – La Nuit américaine, forcément ! – et so American d'Edward Hopper. L'originalité ne s'arrête pas là mais sous-tend toute la démarche du deuxième disque des Métaboles, ensemble créé en 2010. Ce recueil de dix œuvres pour chœur a cappella écrites par six compositeurs états-uniens a été conçu comme un nocturne, dans la mesure où l'écoute de cette musique contemplative est propice à l'état d'abandon confiant et heureux qui précède le sommeil.
De fait, les premières mesures de Whispers (2002) de Steven Stucky installent l'auditeur dans une rêverie. Rêverie attentive et curieuse, car ces « murmures » de crépuscule, ni apaisés ni révoltés, qui s'étalent en longues plages de notes tenues, n'ont rien de mièvre et fourmillent de détails. L'originalité de la pièce tient en effet à ceci qu'un ensemble important chante au premier plan la musique de Steven Stucky, sur un poème de Walt Whitman – « J'entends des chuchotements d'une mort céleste murmurés, / Bavardage labial de la nuit... » –, tandis que, derrière, comme en écho, un petit chœur entonne l'Ave Verum

Francesco Paolo TOSTI (1846-1916). « Entra ! ». Duo Amaranta : Marc Filograsso, ténor & Isabelle Poulain, piano. 1 CD AX2035. TT : 73’58.

Voici un bel album de mélodies italiennes dues au compositeur italien Francesco Paolo Tosti, considéré comme l’un des plus grands maitres de la musique de salon du XIXe siècle, auteur de plus de 500 mélodies. Un magnifique enregistrement célébrant, avec à propos, le centenaire de la disparition de ce musicien, pianiste, musicologue et pédagogue, un peu méconnu de grand public. Une interprétation superbe du ténor Marc Filograsso accompagné de la pianiste Isabelle Poulain, tous deux spécialistes de ce type de répertoire, ardents défenseurs de la musique de Tosti depuis de nombreuses années. Voici donc leur troisième disque, vingt romances de Francesco Paolo Tosti sur des textes de poètes célèbres, notamment Pagliara, Cimmino et Gabriele D’Annunzio dont le cycle Consolazione constitue la dernière œuvre, publiée à titre posthume. Un disque présentant de nombreux inédits, des mélodies typiquement italiennes, bien différentes du lied allemand ou de la mélodie française. Un florilège de romances laissant la primeur à la ligne mélodique, de vocalité relativement aisée, à la prosodie fluide, pleines de charme. Un disque particulièrement séduisant, à écouter absolument !

M. A. CARPENTIER. H. DU MONT. F. COUPERIN. G. NIVERS. L. C. DAQUIN. Folies françoises. Pièces pour Orgue & Clavecins à 2, 3 et 4 mains. Michel & Yasuko Bouvard, orgue et clavecin. 1 CD HORTUS 133. TT : 63’24.

Un disque « de folie » dont le titre se veut un clin d’œil, à l’œuvre éponyme de François Couperin, mais également un premier disque en duo pour ces deux interprètes célébrant leurs 35 ans de mariage. Un disque original un peu iconoclaste qui mélange allègrement les genres puisqu’il nous donne à entendre un florilège de compositions variées, reflet de la musique du Grand Siècle. Un enregistrement qui s’ouvre par le majestueux, et peut être un peu grandiloquent, Prélude du Te Deum de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), suivi de plusieurs compositions de François Couperin (1668-1733) pour clavecins dont la fameuse Allemande du 9e Ordre et les célèbres Folies françoises ou Dominos reflétant le génie de Couperin dans l’expression musicale du portrait ou du caractère, ou