Franz SCHUBERT. Matteo Fossi, piano. 1 CD Hortus : HORTUS 141. TT : 76’14.

On sait que Schubert laissa de nombreuses œuvres inachevées (ou égarées) d’où le titre de ce nouvel enregistrement discographique du pianiste italien, Matteo Fossi, entièrement dévolu à Schubert, mettant en miroir des compositions denses et monumentales et des pièces plus fragmentées. La Wanderer-Fantaisie D760 est une fantaisie monumentale datant de 1822, contemporaine de la Symphonie n° 8 « inachevée », très exigeante techniquement elle comprend quatre mouvements enchainés et s’inspire du lied éponyme écrit en 1816. Célèbre par son rythme caractéristique simulant la marche du promeneur chère au Romantisme, elle résulte d’une commande d’un virtuose viennois, Emmanuel von Liebenberg de Zsittin. Fortement contrastée, très virtuose, elle inspira ultérieurement Liszt et Koechlin. Les Drei Klavierstücke op. posthume D946 furent réunies par Brahms après la mort du compositeur, sorte d’ultimes confidences, imprégnées de pureté mélodique, élégantes et délicates elles s’inscrivent dans la ligne des Impromptus. La Sonate « Reliquie » D840, fut surnommée Reliquie car le premier éditeur la présenta comme la dernière sonate de Schubert, alors qu’elle date, en fait, de 1825, quinzième des 21 sonates composées. Elle ne comprend que deux mouvements achevés, les deux derniers ne correspondant qu’à des ébauches. Enfin, composée à l’âge de vingt ans, la Sonate inachevée D571, rêveuse et hors du temps, ne comporte qu’un seul mouvement. Tout au long de cet enregistrement Matteo Fossi nous donne à entendre une interprétation remarquable contrastée et limpide nimbée d’une sombre clarté où la brillance du pianisme ne se départit jamais de cette ineffable mélancolie schubertienne.

Franz LISZT (1811-1886). Metanoia. Piano Works : Après une lecture du Dante. Ballades. Vallée d’Obermann. Consolations. Béatrice Berrut, piano. 1 CD Aparté : AP 137. TT : 73’20.

Après un premier disque « Lux Aeterna » consacré à Bach, voici le deuxième opus discographique de la pianiste suisse, Béatrice Berrut, tout entier consacré à Franz Liszt dont elle nous livre, ici, un florilège d’œuvres célèbres pour piano, regroupées sous le terme Metanoia, référence psychanalytique évoquant le parcours spirituel du compositeur hongrois, difficile chemin initiatique de l’ombre vers la lumière qui le conduira de la carrière de compositeur et pianiste virtuose à celle d’abbé. Un chemin où cohabitent les contraires, le Bien et le Mal, où la musique s’affirme comme consolation et la souffrance comme source d’inspiration créatrice…Un programme dense comprenant Après une lecture du Dante, fantasia quasi sonata, composée en 1849, intégrée au second volume des Années de pèlerinage (Italie. 1856) inspirée de la Divine Comédie, s’organisant autour de deux thèmes principaux où s’expriment les lamentations des âmes en Enfer et la joie du Paradis. Les Ballades n° 1 & 2, la première datant de 1845-1849 alors que Liszt venait de se séparer de Marie d’Agout, la seconde écrite en 1853.

Cyprien KATSARIS et Etsuko HIROSE, piano, Russian Ballet Transcriptions pour quatre mains et deux pianos Piano 21 P21 056 – N

Les transcriptions pour piano étaient courantes au XIXème siècle, c’était la seule façon de connaître les œuvres pour orchestre des compositeurs. Dans chaque famille de la bourgeoisie, élégante, cultivée et riche, les jeunes femmes apprenaient le piano. Les pianistes amateurs ou même professionnels, grâce à ces arrangements, pouvaient ainsi jouir pleinement des compositions orchestrales par le biais des quatre mains. Cette manière de faire connaître le répertoire continue encore aujourd’hui, de nombreux pianistes aimant jouer à quatre mains. Ici c’est Katsaris et la jeune et talentueuse pianiste Hirose qui proposent des extraits de ballets russes extrêmement connus.
« Les Danses Polovstiennes » de Borodine extraites du « Prince Igor » sont arrangées par l’américaine Ann Pope du duo de pianos Kantorski-Pope ; elle a réalisé de nombreux arrangements pour deux pianos. La suite de « Casse-Noisette » de Tchaikovski a été arrangée par Eduard Langer professeur à l’époque au Conservatoire de Moscou où il eut comme élève Antonia Miliukova la femme du compositeur. Il fit de nombreux arrangements d’œuvres de Tchaikovski.

Jean-Sébastien BACH : Das Wohltemperierte Klavier 1 – BWV 846-869. Urtext. Bärenreiter : BA 5191.

A quoi bon une nouvelle édition du Clavier bien tempéré, pourrait-on se dire ? Si celle-ci se distingue des autres, c’est d’abord parce qu’il s’agit d’un « Urtext » de la Nouvelle Edition de Bach. C’est aussi parce qu’une copieuse et intéressante préface reprend à la fois l’histoire de l’œuvre et l’histoire des sources aujourd’hui accessibles. C’est enfin parce que l’éditeur, Alfred Dürr, a réalisé une édition particulièrement claire et lisible du texte, débarrassée de tous les doigtés et de toutes les indications adventices. Les seules modifications à la graphie (et non pas au texte !) ont été faite dans un souci de plus grande lisibilité. Bref, c’est un vrai plaisir que de se ressourcer en jouant ces œuvres à partir d’une telle édition.

Charles BORDES (1863-1909). Mélodies
Mélodies (Vol. 1) & Œuvres pour piano. Sophie Marin-Degor. Jean-Sébastien Bou. François-René Duchâble, piano. 1 CD Timpani : 1C1196. TT : 68’47.Charles BORDES (1863-1909). Mélodies (Vol. 2). Sophie Marin-Degor. Géraldine Chauvet. Eric Huchet. Nicolas Cavallier. François-René Duchâble, piano. 1 CD Timpani : 1C1208. TT : 63’24.

 Voici deux enregistrements, réédités à l’occasion des « Journées Charles Bordes » célébrant comme chaque année depuis 2009 le compositeur tourangeau, enregistrements rares qui constitueront pour beaucoup une découverte. Compositeur et pédagogue français, élève de Marmontel et de César Franck, organiste à l’église Saint-Gervais de Paris, fondateur avec Vincent d’Indy de la Schola Cantorum de Paris en 1896, « sorte de franciscain laïque, ivre de beauté et de musique, égaré dans un siècle ingrat…. » Charles Bordes fut très précocement attiré par la mélodie, mélodie savante, mais également mélodie populaire française, basque notamment. Un ensemble de mélodies composées entre 1884 et 1903 auxquelles il confia volontiers l’expression de son moi intime. Ces deux disques permettront aux amateurs de musique française de découvrir ou de redécouvrir ce personnage atypique reconnu comme une figure majeure de la vie musicale nationale de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Christmas Trumpet.

BACH. PURCELL. HAENDEL. BIZET. MENDELSSOHN. SCHUBERT. GOUNOD. FRANCK. TRADITIONNALS & SPIRITUALS. The Christmas Trumpet. Benoit d’Hau, trompette. Vincent Rigot & Pierre Cambourian, orgue. 1 CD Indésens : INDE081. TT : 67’38.

Voici un album de circonstance, s’adressant délibérément à un large public, regroupant des mélodies connues de tous, dans le simple but hédoniste de célébrer Noël. Benoit d’Hau, directeur du label Indésens et inlassable défenseur des vents français passe cette fois de l’autre coté du quatrième mur pour faire valoir tout son talent de trompettiste dans ces « standards » fameux et incontournables de la période de Noël (Te Deum, Ave Maria, Que ma joie demeure Douce nuit, Mon beau sapin, Vive le vent, Il est né le divin enfant, Jingle bells et bien d’autres encore….).. Un disque festif et jubilatoire tout entier animé par l’esprit de Noël mêlant dans un syncrétisme, particulièrement de bon aloi en ces temps troublés, mélodie et spiritualité, sacré et profane, joie et ferveur. Au-delà du message éminemment louable, Benoit d’Hau entouré de Vincent Rigot et Pierre Cambourian à l’orgue, nous livre ici une superbe interprétation en tout point fidèle à la réputation d’excellence de son maitre Eric Aubier. Incontournable et éternel !

FARINELLI. Un portrait.

Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset. Ann Hallenberg, mezzo-soprano. 1 CD Aparté : AP 117 TT : 69’

Après le film éponyme datant de 1994 qui lui apporta une notoriété mondiale en enregistrant, avec son ensemble, la bande son, Christophe Rousset retrouve le fameux castrat pour ce disque anniversaire célébrant le 25e anniversaire des Talens Lyriques dont il fut, en 1991, le fondateur. Si la voix de Farinelli dans le film résultait d’un mixage entre les timbres de Derek Lee Ragin contre-ténor et d’Ewa Malas-Godlewska, soprano, c’est cette fois la mezzo-soprano Ann Hallenberg qui prête sa magnifique voix, au timbre ambigu et fruité, à Carlo Broschi dit Farinelli (1705-1782). L’idée de ce feu d’artifice vocal, capté en « live » lors d’un concert à Bergen était de panacher des airs emblématiques du film avec d’autres œuvres chantées par Farinelli, permettant ainsi d’évoquer les deux visages différents du castrat, tantôt flamboyant et virtuose, tantôt plus introverti et mélancolique. Un très beau florilège d’airs empruntés à différents opéras de Riccardo Broschi (Artaserse, Idaps) Geminiano Giacomelli (Adriano in Siria) Nicola Porpora (Semiramide reconosciuta, Prolifem) Leonardo Leo (Catone in Utica) Georg Friedrich Haendel (Alcina, Rinaldo) et Johann Adolf Hasse (Ouverture de Cleofide). Voila un disque qui ravira un large public tant l’interprétation y parait superlative tant vocalement qu’instrumentalement. Les Talens Lyriques et Christophe Rousset y confirment leur excellence dans ce répertoire et Ann Hallenberg y déploie, tout du long, sa superbe voix où rien ne manque, puissance, rondeur du timbre sans aucun vibrato, souplesse de la ligne, facilité vocale confondante et étendue impressionnante de la tessiture. Un très beau disque pour un bel anniversaire !

Fantaisie.

BACH. HAYDN. MOZART. SCHUMANN. CHOPIN. SCRIABINE.Fantaisie. Gaspard Dehaene, piano. 1 CD 1001 Notes : 1001NOTES09. TT : 71’53.

Un premier enregistrement discographique du jeune pianiste Gaspard Dehaene centré autour de la Fantaisie, une forme musicale utilisée par tous les compositeurs convoqués sur ce disque, de Bach à Scriabine, comme une sorte de forme libre autorisant toutes les audaces, guidée essentiellement par l’imagination de l’auteur loin de toute contrainte formelle, donnant, également, à l’interprète une grande liberté d’interprétation. Magnifique occasion pour Gaspard Dehaene de faire montre de tout son savoir faire dans la lecture de ces œuvres si différentes…La célèbre Fantaisie chromatique et fugue BWV 903 de Bach, la rieuse Fantaisie Hob XVII 4 de Haydn, la douloureuse Fantaisie K 397 de Mozart, la grandiose Fantaisie op 17 de Schumann, la mal aimée Fantaisie-impromptu op 66 de Chopin et la passionnée Fantaisie op 28 de Scriabine. Un vaste programme nous emmenant de l’époque baroque au seuil de la modernité en passant par l’âge classique et la période romantique, tout un panel de couleur parfaitement rendues par Gaspard Dehaene dont le jeu pianistique protéiforme parvient à nous convaincre de bout en bout. Un jeu où la virtuosité est toute entière au service de la musique, empreint de sincérité et d’émotion. Un jeune pianiste à suivre…

Piano Sonatas D 845 & D 958

Franz SCHUBERT Piano Sonatas D 845 & D 958. Louis Schwizgebel, piano. 1 CD Aparté : AP 133. TT : 70’.

Ce dernier opus discographique du jeune pianiste Louis Schwizgebel est entièrement dédié à Franz Schubert (1797-1828) avec deux Sonates, n°16, en la mineur D 845 et n° 19, en do mineur D 958, dont les enregistrements de référence ne manquent pas…Passage obligé sans doute, mais épreuve périlleuse tant les comparaisons s’imposent d’emblée. La Sonate n° 16 fut composée en 1825, considérée comme la première sonate de la maturité, à l’inverse, la Sonate n° 19 fait partie des trois dernières sonates, composée quelques mois seulement avant la mort du compositeur en 1828, une trilogie que d’aucuns ont pu comparer aux trois dernières symphonies de Mozart ou aux trois dernières sonates de Beethoven (Excusez du peu !) c’est dire l’importance de l’enjeu. Deux climats différents, la première de caractère sombre et mélancolique, plus élégiaque, inquiète, que réellement tragique, la seconde, plus agitée, passionnée et sans doute plus ambitieuse réussissant à dépasser l’influence beethovénienne en y intégrant un lyrisme, une expression du « Je » toute personnelle à Schubert, sorte de consolation où pointent, dans l’écriture, d’audacieuses inventions harmoniques. L’interprétation de Louis Schwizgebel témoigne, une fois de plus, d’un pianisme exceptionnel où la forme séduit immédiatement par sa puissance, sa clarté, sa fluidité mais où le fond manque, peut être, un peu de cette noirceur schubertienne, de cette zone d’ombre qui fait les plus grandes interprétations…

Noël baroque.

Les Musiciens de Saint-Julien, dir. François Lazarevitch & Maîtrise de Radio-France, dir. Sofi Jeannin. 1 CD Alpha-Classic.com : ALPHA 266. TT : 60’19.

Un disque de circonstance né d’une rencontre, celle des Musiciens de Saint-Julien et de la Maîtrise de Radio-France, et plus exactement d’un désir commun de Sofi Jeannin et de François Lazarevitch de donner corps à ces mélodies populaires, souvent issues du patois régional, célébrant Noël depuis les origines de la Chrétienté. Des mélodies chantées depuis toujours, revues à l’époque baroque par les plus grands compositeurs tels que Charpentier, Delalande, Balbastre, Dandrieu, Corette, ou Daquin. Un disque, résultant d’un laborieux et louable travail de recherche au niveau des sources, qui témoigne de plus d’une science confirmée dans l’écriture des adaptations à partir des « partitions » originales (mise en polyphonie notamment). Une belle prise de son très présente et une interprétation vocale et instrumentale qui ne le sont pas moins, voila une façon originale et très réussie de chanter Noël qui ravira petits et grands. nt de compétence que de ferveur. Il convie les mélomanes à un authentique pèlerinage aux sources de la musique de chambre romantique.

L’Arte del Madrigale

MONTEVERDI. DE WERT.LUZZASCHI. AGOSTINI. GESUALDO. GASTOLDI. DE RORE. MARENZIO. PICCININI. GONZAGA.L’Arte del Madrigale. Ensemble Voces Suaves. 1 CD Ambronay Editions. Collection Jeunes Ensembles : AMY306. TT : 60’.

Voici le premier disque de l’Ensemble Voces Suaves, un ensemble vocal suisse, fondé en 2012 par le baryton Tobias Wicky, qui se consacre essentiellement au répertoire de la Renaissance et du Baroque, tout particulièrement spécialisé dans l’interprétation de madrigaux dont nous est présenté ici un vaste florilège. Le madrigal polyphonique, une forme musicale ayant trouvé le lieu idéal de son accomplissement dans les cours de Ferrare et de Mantoue, une forme poético musicale qui progressivement donnera une place prédominante à l’expression des sentiments, véritable peinture sonore préludant à la naissance de l’opéra où se mêlent verbe et harmonie. Séduction mélodique, richesse harmonique sont ici magnifiées par la qualité de l’interprétation, par la lisibilité de la diction, par la pureté des timbres, par la souplesse de la ligne de chant et la fluidité de la prosodie. Une belle prise de son et un livret très didactique complètent ce très bel album. s

Abélard & Héloïse

BAYARD MUSIQUE. Distribution : HARMONIA MUNDI. CD 308 495. 2. TT : 60’ 35.

Pierre Abélard (1079-1142), philosophe, dialecticien et théologien, brillant maître en théologie à la Cathédrale de Paris, féru de scolastique, est aussi compositeur. Vers 1130, il a dédié son œuvre à une communauté de femmes et à leur Abbesse qui n’est autre que son épouse, Héloïse (v.1092-1164), nièce du chanoine Fulbert, élevée à l’Abbaye d’Argenteuil.
Katia Caré a le mérite d’avoir, « en hommage à maître Pierre », restitué et dirigé cette production discographique enregistrée en 2016, à l’Abbaye de Fontevraud, avec le concours de son Ensemble Ligeriana, de la Cappella Magdalena et d’instruments médiévaux restitués : vièle à arc, harpe, organistrum et jeu de cloches. Dans son texte de présentation, le médiéviste Guy Lobrichon fait remarquer que la poésie d’Abélard est rythmique ; qu’il s’efforce de « proposer une composition claire plutôt qu’éloquente, de faire comprendre le sens littéral et non les figures de rhétorique. Car, plus la parole est pure et moins ornée, plus directe elle apparaîtra, et ainsi, plus apte à être comprise par des esprits simples ». Il s’agit d’une musique pour Héloïse et ses moniales, avec un intérêt triple : rythmique, poétique,

Musique et Poésie...

Georges MIGOT : Musique et Poésie... Association des Amis de l’Œuvre et de la Pensée de Georges Migot (www.georgesmigot.info ). AOPGM1. TT : 67’ 19.

L’Association des Amis de l’Œuvre et de la Pensée de Georges Migot vient de publier en 2016 un disque à l’occasion du 40e anniversaire de sa disparition. Né à Paris le 27 février 1891 et mort à Levallois le 5 janvier 1976, il est non seulement un compositeur, un peintre mais aussi un remarquable poète et un penseur pertinent.
Ce disque, proposant des œuvres inédites et jamais enregistrées, révèle en particulier ses talents poétiques avec des pages issues de La Retraite ardente (1951), entrecoupées d’extraits musicaux sélectionnés par la violoniste Claire Couic Le Chevalier, professeur de violon et concertiste. Elle est accompagnée au piano par Tokiko Hosoya, pianiste et chef de chant. Par ailleurs, la soprano Martine Midoux, également actrice, metteur en scène, pédagogue, prête son précieux concours (voix déclamée, voix chantée). Dans l’interprétation des poèmes De soie rose gainée, De la rose, D’un rêve, Printemps (1929), À tout instant, le violon et le piano sont discrètement associés à la voix, démontrant aussi, si besoin était, les talents poétiques de Georges Migot pour lequel la parole est déjà musique.

Musik für die Seele.

Johann Sebastian BACH : Musik für die Seele. KLANGART. BENNO (www.st-benno.de ). TT : 51’ 53.

Les amateurs de Jean Sébastien Bach — « commencement et fin de toute musique » (selon Max Reger) — apprécieront tout au long de l’année 12 reproductions de ses lieux d’activité (maison natale, Églises, instruments historiques, Monument…). En plus des excellentes photographies commentées et des témoignages biographiques, les mélomanes seront sensibles aux 12 extraits d’œuvres en fonction de l’Année liturgique, justifiant le titre : Musique pour l’âme, aux interprétations historiques (Albert Schweitzer, Pablo Casals, Yehudi Menuhin, les Thomanerchor de Leipzig et Kreuzchor de Dresde…) et, pour terminer, à un extrait de l’Oratorio de Noël. Réalisation originale. .

Célébration. 10 siècles de musique de Noël.

APARTÉ MUSIC (www.apartemusic.com ). AP144. TT : 47’ 11. DISTRIBUTION : HARMONIA MUNDI.

Cette Célébration instrumentale totalisant dix siècles de musique commence dans la joie et l’entrain avec Réjouissez-vous ! (anonyme attribué à Georg Friedrich Haendel) et se termine par l’insistante invitation : Écoutez le chant des anges (Felix Mendelssohn). Au fil des 18 plages, figurent des chants traditionnels : Nesciens mater virgo virum dans la version de Jean Mouton (v. 1459-1522) ; Adeste fideles ; Veni, Veni Emmanuel ; Angelus ad virginem, Douce nuit, sainte nuit/Stille Nacht, Heilige Nacht (Franz Gruber), Dans une étable obscure / Es ist ein Ros’ entsprungen et In dulci jubilo (Michael Praetorius) ainsi que, bien entendu, Jésus, que ma joie demeure (Johann Sebastian Bach) ou encore l’incontournable Minuit, Chrétiens (Adolphe Adam). À découvrir Là-bas dans une étable, quelque peu néoromantique, de James R. Murray (1841-1905) ainsi que In the Bleack Midwinter /Au beau milieu de l’hiver de Gustav Holst (1874-1934), de caractère mystérieux, puis pesant et répétitif.
Ces 18 Noëls populaires et traditionnels sont interprétés par l’Orchestre d’Auvergne (créé en 1981), de rayonnement local et international, dont le répertoire s’étend du XVIIIe siècle à nos jours. Son chef Craig Leon — compositeur américain, producteur et auteur de ces habiles arrangements pour orchestre — recrée l’atmosphère de joie, de calme et de paix propice à la célébration de Noël.

Now Sleeps the Crimson Petal.

Lieder und Motetten zur Advents- und Weihnachtszeit. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6134. TT : 46’ 52.

Le plus ancien Chœur de garçons suisse, à la St.Ursenkathedrale de Soleure, actuellement dirigé par Andreas Reize, propose un choix de Chants et Motets pour les temps de l’Avent et de Noël. Pour ces jeunes garçons qui mettent tout leur talent à cultiver ce temps liturgique, il s’agit d’une activité privilégiée et de l’un des plus beaux moments dans l’année.
La musique ancienne est représentée par Jubilate Deo de Giovanni Gabrieli (1557-1612), Beata es, virgo Maria de Ruggiero Giovanelli (1560-1628), In dulci jubilo et Es ist ein Ros’ entsprungen de Michael Praetorius (1571-1621) arrangé par l’anglais Paul Mealor (né en 1975). Les œuvres originales du XXe siècle ont pour titre, par exemple : Second Eve (Ave Maria) composé par le norvégien installé aux États-Unis Ola Gjeilo (né en 1978), harmonisé note contre note, mettant en valeur les voix claires et pures des garçons, ou encore Sweeter Still : A Holiday Carol de l’américain Eric William Barnum (né en 1979), avec contrastes de nuances et plans sonores bien définis. Les mélomanes reconnaîtront facilement les mélodies empruntées, par exemple : O du fröhliche, Stille Nacht par le suisse Ivo Antognini (né en 1963) et O Heiland, reiss die Himmel auf par son compatriote, l’organiste Hans Egg (né en 1957). Voici une sélection originale de chants de Noël à écouter, et un remarquable Chœur de garçons qui perpétue la tradition multiséculaire, à découvrir.

 LAUDES ORGANI

Matthias NEUMANN : LAUDES ORGANI. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6132. TT : 75’ 50.

Matthias Neumann, jeune organiste allemand né à Hambourg en 1984, a, en orgue, été l’élève du cantor Wolfgang Westphal et des professeurs Wolfgang Zerer et Roman Summereder. Depuis 2009, il est cantor à l’Église Saint-Marie d’Ohlsdorf-Fuhlsbüttel (près de Hambourg) et, depuis 2012, enseigne l’orgue à l’École spécialisée de musique protestante à Bayreuth et au Conservatoire de Hambourg. Son rayonnement est international.
Pour les 20 ans de la Manufacture d’orgue Bente, il a réalisé ce disque après de fructueuses recherches concernant les facteurs Philipp Furtwängler (1800-1867) et, au XXe siècle, Alfred Führer (1905-1974) qui, en Allemagne du Nord, ont construit plus de 80 instruments, dont certains ont été restaurés récemment par Bente et dont la conception sonore se réclame du baroque tardif, tout en annonçant le romantisme. En parfaite connaissance de cause, pour démontrer l’évolution de la facture, il a retenu les Orgues des Églises luthériennes Saint-Osdag à Mandelsloh, Sainte-Marie à Hambourg-Fuhlsbüttel et Saint-Martin à Göttingen-Geismar.

Das Werk für Männerchor

Max REGER : Das Werk für Männerchor/The Works for Men’s Choir. Vol. 1 RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6126. TT : 79’ 32.

L’année 2016 marquant le centenaire de la mort de Max Reger (1873-1916) a donné lieu à de nombreuses réalisations discographiques dont, en France, l’Intégrale de l’œuvre pour orgue, par Jean-Baptiste Dupont (HORTUS) (cf. Lettre d’information, n°85, novembre 2014).
Le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION s’est attaché à diffuser sa musique vocale. Le volume 1, pour chœur d’hommes, est interprété par l’Ensemble Vocapella Limburg fondé en 2012 par Tristan Meister (né en 1989). Après avoir fait partie du Chœur de garçons de la Cathédrale de Limbourg, puis étudié aux Conservatoires de Cologne et de Mannheim, il a — lors du Concours allemand de Chœurs à Weimar — obtenu en 2014 le Premier Prix. Il dirige de nombreux Chœurs de chambre en Allemagne et à l’étranger. Cette sélection comprend d’abord 9 chansons populaires sur des thèmes variés célébrant la nature, le départ, l’amour, la nostalgie, mais aussi la mort, de structure strophique, provenant de différentes régions d’Allemagne (Souabe, Essen-Darmstadt, Silésie entre autres). Ensuite, les Sept Chœurs

Max REGER (1873-1916)

RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6133. TT : 67’ 03.

Ullrich Böhme (l’organiste bien connu de l’Église Saint-Thomas à Leipzig), à l’Orgue Sauer (1889, restauré en 1988) — comportant 3 claviers et pédale avec des jeux très variés, par exemple : Grande cymbale (4 rangs), Harmonia aetheria (3 rangs), Cor de chamois, Trombone contra et des possibilités de nuances : mf, f, p grâce à la restauration de la Manufacture Christian Scheffler —, rend un bel hommage à Max Reger (1873-1916) avec, en introduction, sa Fantaisie sur Ein feste Burg ist unser Gott (op. 27) et, en conclusion, la magistrale Fantaisie et Fugue sur B-A-C-H (op. 46, 1900) exigeant une très haute technicité. Il révèle notamment des Chorals (spirituels) pour orgue dans lesquels Max Reger fait appel à la traduction figuraliste des images et des idées du texte, et respecte la conduite linéaire du contrepoint. Dans sa Trauerode (Ode funèbre) — extraite des 7 Pièces op. 145, d’inspiration patriotique, dédiée aux morts de la Grande Guerre —, Max Reger spécule d’abord sur le grave, avec une mélodie douloureuse et lente, des registrations très élaborées ; la conclusion avec le Choral Was Gott tut, das ist wohl getan — mélodie de Severus Gastorius (1681) et texte de Samuel Rodigast (1649-1708) — est particulièrement méditative et intériorisée.

Une légende du piano

Yvonne LEFÉBURE : Une légende du piano. SOLSTICE (www.solstice-music.com ). SOCD321/44. 1 coffret 24 CD. — 69 €.

À l’initiative de François et Yvette Carbou, les Éditions SOLSTICE ont rendu un très émouvant et vibrant hommage à la grande pianiste Yvonne Lefébure (1898-1986) à l’occasion des trente ans de sa disparition. Comme le rappelle Yvette Carbou : « Au fil des décennies, nous avons eu à cœur d’honorer fidèlement la mémoire de celle qui n’avait pas hésité à accorder sa confiance aux deux débutants que nous étions à l’aube des années 70 ». Elle a eu le grand mérite de collecter patiemment tous les enregistrements — autres que ceux réalisés pour FY-SOLSTICE —, à l’étranger et à l’Institut National de l’Audiovisuel.
Rappelons qu’Yvonne Lefébure, née en 1898, admise au Conservatoire de Paris à l’âge de 9 ans, a été l’élève d’Alfred Cortot en piano et de Charles-Marie Widor en fugue. Elle y a obtenu, déjà à l’âge de 14 ans, un Premier Prix de piano. Elle rappelle qu’elle a aussi étudié l’orchestration, l’harmonie, le contrepoint et suivi des cours de direction d’orchestre… Elle a côtoyé les grands compositeurs de son temps : Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Paul Dukas…, collaboré avec des chefs célèbres : Wilhelm Furtwängler, Fernand Oubradous, Ernest Ansermet, Paul Paray…, mais aussi avec le Quatuor Wegh…

Alice au Pays des Merveilles

Florent NAGEL : Alice au Pays des Merveilles. AZUR CLASSICAL (www.azurclassical.com ). Distribution : SOCADISC. AZC 147. TT : 77’ 57.

Le titre : Alice au pays des merveilles (en fait : Les Aventures d’Alice au pays des merveilles) évoque le roman de Lutwidge Dodgson, alias Lewis Carroll, Alice in Wonderland, datant de 1865 et traduit en français quatre ans après. D’abord destinée aux adultes, cette histoire très populaire, sollicitant l’imaginaire mais aussi le réel, a été adaptée pour les enfants anglais. Comme Florent Nagel le précise : « C’est au spectateur de construire ce qu’il va penser. Alice au pays des merveilles est une occasion unique de faire soi-même la conquête du sens. De retarder l’analyse. Dans une démarche originale et inhabituelle. L’acceptation de jouer le jeu».

Cantates da camera della Biblioteca Casanatense di Roma

Carlo Francesco CESARINI : Cantates da camera della Biblioteca Casanatense di Roma, pour soprano et basse continue. Francesco D'Orazio, Lathika Vithanage, violons, Rebeca Ferri, violoncelle, Pietro Prosser, théorbe. L'Astrée, gruppo cameristico dell'Accademia Montis Regalis, Giorgio Tabacco, clavecin & dir. 1CD Aparté : AP136. TT.: 70'.

Pour cette première au disque, le label Aparté a choisi de puiser dans le vaste corpus de cantates dites de chambre composées par Carlo Francesco Cesarini, appelé aussi Carlo del Violino (ca.1666-1741), et dénichées par l'ensemble L'Astrée dans les cartons de la société italienne Éditrice de Musicologie de Rome, les manuscrits étant conservés à la Biblioteca Casanatense. Ce musicien fort réputé du baroque italien et actif dans la capitale italienne au début du XVIII ème dut son ascension au cardinal Benedetto Pamphili, mécène éclairé qui ''poussa'' aussi de nombreux autres compositeurs comme Alessandro Stradella ou Alessandro Scarlatti, et même Haendel durant son séjour transalpin. Cesarini occupera diverses fonctions dans les grandes institutions et églises de Rome comme celle du Gesù. Les cantates écrites pour le cardinal Pamphili y étaient régulièrement données, voire représentées, alors que le genre de l'opéra était alors proscrit. Elles appartiennent au genre arcadio-pastoral, évoquant les thèmes de la souffrance causée par un amour non réciproque, la jalousie ou la trahison chez la personne aimée. Elles sont conçues pour un accompagnement de la basse continue, sur un modèle en six parties,