Noël baroque.

Les Musiciens de Saint-Julien, dir. François Lazarevitch & Maîtrise de Radio-France, dir. Sofi Jeannin. 1 CD Alpha-Classic.com : ALPHA 266. TT : 60’19.

Un disque de circonstance né d’une rencontre, celle des Musiciens de Saint-Julien et de la Maîtrise de Radio-France, et plus exactement d’un désir commun de Sofi Jeannin et de François Lazarevitch de donner corps à ces mélodies populaires, souvent issues du patois régional, célébrant Noël depuis les origines de la Chrétienté. Des mélodies chantées depuis toujours, revues à l’époque baroque par les plus grands compositeurs tels que Charpentier, Delalande, Balbastre, Dandrieu, Corette, ou Daquin. Un disque, résultant d’un laborieux et louable travail de recherche au niveau des sources, qui témoigne de plus d’une science confirmée dans l’écriture des adaptations à partir des « partitions » originales (mise en polyphonie notamment). Une belle prise de son très présente et une interprétation vocale et instrumentale qui ne le sont pas moins, voila une façon originale et très réussie de chanter Noël qui ravira petits et grands. nt de compétence que de ferveur. Il convie les mélomanes à un authentique pèlerinage aux sources de la musique de chambre romantique.

L’Arte del Madrigale

MONTEVERDI. DE WERT.LUZZASCHI. AGOSTINI. GESUALDO. GASTOLDI. DE RORE. MARENZIO. PICCININI. GONZAGA.L’Arte del Madrigale. Ensemble Voces Suaves. 1 CD Ambronay Editions. Collection Jeunes Ensembles : AMY306. TT : 60’.

Voici le premier disque de l’Ensemble Voces Suaves, un ensemble vocal suisse, fondé en 2012 par le baryton Tobias Wicky, qui se consacre essentiellement au répertoire de la Renaissance et du Baroque, tout particulièrement spécialisé dans l’interprétation de madrigaux dont nous est présenté ici un vaste florilège. Le madrigal polyphonique, une forme musicale ayant trouvé le lieu idéal de son accomplissement dans les cours de Ferrare et de Mantoue, une forme poético musicale qui progressivement donnera une place prédominante à l’expression des sentiments, véritable peinture sonore préludant à la naissance de l’opéra où se mêlent verbe et harmonie. Séduction mélodique, richesse harmonique sont ici magnifiées par la qualité de l’interprétation, par la lisibilité de la diction, par la pureté des timbres, par la souplesse de la ligne de chant et la fluidité de la prosodie. Une belle prise de son et un livret très didactique complètent ce très bel album. s

Abélard & Héloïse

BAYARD MUSIQUE. Distribution : HARMONIA MUNDI. CD 308 495. 2. TT : 60’ 35.

Pierre Abélard (1079-1142), philosophe, dialecticien et théologien, brillant maître en théologie à la Cathédrale de Paris, féru de scolastique, est aussi compositeur. Vers 1130, il a dédié son œuvre à une communauté de femmes et à leur Abbesse qui n’est autre que son épouse, Héloïse (v.1092-1164), nièce du chanoine Fulbert, élevée à l’Abbaye d’Argenteuil.
Katia Caré a le mérite d’avoir, « en hommage à maître Pierre », restitué et dirigé cette production discographique enregistrée en 2016, à l’Abbaye de Fontevraud, avec le concours de son Ensemble Ligeriana, de la Cappella Magdalena et d’instruments médiévaux restitués : vièle à arc, harpe, organistrum et jeu de cloches. Dans son texte de présentation, le médiéviste Guy Lobrichon fait remarquer que la poésie d’Abélard est rythmique ; qu’il s’efforce de « proposer une composition claire plutôt qu’éloquente, de faire comprendre le sens littéral et non les figures de rhétorique. Car, plus la parole est pure et moins ornée, plus directe elle apparaîtra, et ainsi, plus apte à être comprise par des esprits simples ». Il s’agit d’une musique pour Héloïse et ses moniales, avec un intérêt triple : rythmique, poétique,

Musique et Poésie...

Georges MIGOT : Musique et Poésie... Association des Amis de l’Œuvre et de la Pensée de Georges Migot (www.georgesmigot.info ). AOPGM1. TT : 67’ 19.

L’Association des Amis de l’Œuvre et de la Pensée de Georges Migot vient de publier en 2016 un disque à l’occasion du 40e anniversaire de sa disparition. Né à Paris le 27 février 1891 et mort à Levallois le 5 janvier 1976, il est non seulement un compositeur, un peintre mais aussi un remarquable poète et un penseur pertinent.
Ce disque, proposant des œuvres inédites et jamais enregistrées, révèle en particulier ses talents poétiques avec des pages issues de La Retraite ardente (1951), entrecoupées d’extraits musicaux sélectionnés par la violoniste Claire Couic Le Chevalier, professeur de violon et concertiste. Elle est accompagnée au piano par Tokiko Hosoya, pianiste et chef de chant. Par ailleurs, la soprano Martine Midoux, également actrice, metteur en scène, pédagogue, prête son précieux concours (voix déclamée, voix chantée). Dans l’interprétation des poèmes De soie rose gainée, De la rose, D’un rêve, Printemps (1929), À tout instant, le violon et le piano sont discrètement associés à la voix, démontrant aussi, si besoin était, les talents poétiques de Georges Migot pour lequel la parole est déjà musique.

Musik für die Seele.

Johann Sebastian BACH : Musik für die Seele. KLANGART. BENNO (www.st-benno.de ). TT : 51’ 53.

Les amateurs de Jean Sébastien Bach — « commencement et fin de toute musique » (selon Max Reger) — apprécieront tout au long de l’année 12 reproductions de ses lieux d’activité (maison natale, Églises, instruments historiques, Monument…). En plus des excellentes photographies commentées et des témoignages biographiques, les mélomanes seront sensibles aux 12 extraits d’œuvres en fonction de l’Année liturgique, justifiant le titre : Musique pour l’âme, aux interprétations historiques (Albert Schweitzer, Pablo Casals, Yehudi Menuhin, les Thomanerchor de Leipzig et Kreuzchor de Dresde…) et, pour terminer, à un extrait de l’Oratorio de Noël. Réalisation originale. .

Célébration. 10 siècles de musique de Noël.

APARTÉ MUSIC (www.apartemusic.com ). AP144. TT : 47’ 11. DISTRIBUTION : HARMONIA MUNDI.

Cette Célébration instrumentale totalisant dix siècles de musique commence dans la joie et l’entrain avec Réjouissez-vous ! (anonyme attribué à Georg Friedrich Haendel) et se termine par l’insistante invitation : Écoutez le chant des anges (Felix Mendelssohn). Au fil des 18 plages, figurent des chants traditionnels : Nesciens mater virgo virum dans la version de Jean Mouton (v. 1459-1522) ; Adeste fideles ; Veni, Veni Emmanuel ; Angelus ad virginem, Douce nuit, sainte nuit/Stille Nacht, Heilige Nacht (Franz Gruber), Dans une étable obscure / Es ist ein Ros’ entsprungen et In dulci jubilo (Michael Praetorius) ainsi que, bien entendu, Jésus, que ma joie demeure (Johann Sebastian Bach) ou encore l’incontournable Minuit, Chrétiens (Adolphe Adam). À découvrir Là-bas dans une étable, quelque peu néoromantique, de James R. Murray (1841-1905) ainsi que In the Bleack Midwinter /Au beau milieu de l’hiver de Gustav Holst (1874-1934), de caractère mystérieux, puis pesant et répétitif.
Ces 18 Noëls populaires et traditionnels sont interprétés par l’Orchestre d’Auvergne (créé en 1981), de rayonnement local et international, dont le répertoire s’étend du XVIIIe siècle à nos jours. Son chef Craig Leon — compositeur américain, producteur et auteur de ces habiles arrangements pour orchestre — recrée l’atmosphère de joie, de calme et de paix propice à la célébration de Noël.

Now Sleeps the Crimson Petal.

Lieder und Motetten zur Advents- und Weihnachtszeit. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6134. TT : 46’ 52.

Le plus ancien Chœur de garçons suisse, à la St.Ursenkathedrale de Soleure, actuellement dirigé par Andreas Reize, propose un choix de Chants et Motets pour les temps de l’Avent et de Noël. Pour ces jeunes garçons qui mettent tout leur talent à cultiver ce temps liturgique, il s’agit d’une activité privilégiée et de l’un des plus beaux moments dans l’année.
La musique ancienne est représentée par Jubilate Deo de Giovanni Gabrieli (1557-1612), Beata es, virgo Maria de Ruggiero Giovanelli (1560-1628), In dulci jubilo et Es ist ein Ros’ entsprungen de Michael Praetorius (1571-1621) arrangé par l’anglais Paul Mealor (né en 1975). Les œuvres originales du XXe siècle ont pour titre, par exemple : Second Eve (Ave Maria) composé par le norvégien installé aux États-Unis Ola Gjeilo (né en 1978), harmonisé note contre note, mettant en valeur les voix claires et pures des garçons, ou encore Sweeter Still : A Holiday Carol de l’américain Eric William Barnum (né en 1979), avec contrastes de nuances et plans sonores bien définis. Les mélomanes reconnaîtront facilement les mélodies empruntées, par exemple : O du fröhliche, Stille Nacht par le suisse Ivo Antognini (né en 1963) et O Heiland, reiss die Himmel auf par son compatriote, l’organiste Hans Egg (né en 1957). Voici une sélection originale de chants de Noël à écouter, et un remarquable Chœur de garçons qui perpétue la tradition multiséculaire, à découvrir.

 LAUDES ORGANI

Matthias NEUMANN : LAUDES ORGANI. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6132. TT : 75’ 50.

Matthias Neumann, jeune organiste allemand né à Hambourg en 1984, a, en orgue, été l’élève du cantor Wolfgang Westphal et des professeurs Wolfgang Zerer et Roman Summereder. Depuis 2009, il est cantor à l’Église Saint-Marie d’Ohlsdorf-Fuhlsbüttel (près de Hambourg) et, depuis 2012, enseigne l’orgue à l’École spécialisée de musique protestante à Bayreuth et au Conservatoire de Hambourg. Son rayonnement est international.
Pour les 20 ans de la Manufacture d’orgue Bente, il a réalisé ce disque après de fructueuses recherches concernant les facteurs Philipp Furtwängler (1800-1867) et, au XXe siècle, Alfred Führer (1905-1974) qui, en Allemagne du Nord, ont construit plus de 80 instruments, dont certains ont été restaurés récemment par Bente et dont la conception sonore se réclame du baroque tardif, tout en annonçant le romantisme. En parfaite connaissance de cause, pour démontrer l’évolution de la facture, il a retenu les Orgues des Églises luthériennes Saint-Osdag à Mandelsloh, Sainte-Marie à Hambourg-Fuhlsbüttel et Saint-Martin à Göttingen-Geismar.

Das Werk für Männerchor

Max REGER : Das Werk für Männerchor/The Works for Men’s Choir. Vol. 1 RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6126. TT : 79’ 32.

L’année 2016 marquant le centenaire de la mort de Max Reger (1873-1916) a donné lieu à de nombreuses réalisations discographiques dont, en France, l’Intégrale de l’œuvre pour orgue, par Jean-Baptiste Dupont (HORTUS) (cf. Lettre d’information, n°85, novembre 2014).
Le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION s’est attaché à diffuser sa musique vocale. Le volume 1, pour chœur d’hommes, est interprété par l’Ensemble Vocapella Limburg fondé en 2012 par Tristan Meister (né en 1989). Après avoir fait partie du Chœur de garçons de la Cathédrale de Limbourg, puis étudié aux Conservatoires de Cologne et de Mannheim, il a — lors du Concours allemand de Chœurs à Weimar — obtenu en 2014 le Premier Prix. Il dirige de nombreux Chœurs de chambre en Allemagne et à l’étranger. Cette sélection comprend d’abord 9 chansons populaires sur des thèmes variés célébrant la nature, le départ, l’amour, la nostalgie, mais aussi la mort, de structure strophique, provenant de différentes régions d’Allemagne (Souabe, Essen-Darmstadt, Silésie entre autres). Ensuite, les Sept Chœurs

Max REGER (1873-1916)

RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6133. TT : 67’ 03.

Ullrich Böhme (l’organiste bien connu de l’Église Saint-Thomas à Leipzig), à l’Orgue Sauer (1889, restauré en 1988) — comportant 3 claviers et pédale avec des jeux très variés, par exemple : Grande cymbale (4 rangs), Harmonia aetheria (3 rangs), Cor de chamois, Trombone contra et des possibilités de nuances : mf, f, p grâce à la restauration de la Manufacture Christian Scheffler —, rend un bel hommage à Max Reger (1873-1916) avec, en introduction, sa Fantaisie sur Ein feste Burg ist unser Gott (op. 27) et, en conclusion, la magistrale Fantaisie et Fugue sur B-A-C-H (op. 46, 1900) exigeant une très haute technicité. Il révèle notamment des Chorals (spirituels) pour orgue dans lesquels Max Reger fait appel à la traduction figuraliste des images et des idées du texte, et respecte la conduite linéaire du contrepoint. Dans sa Trauerode (Ode funèbre) — extraite des 7 Pièces op. 145, d’inspiration patriotique, dédiée aux morts de la Grande Guerre —, Max Reger spécule d’abord sur le grave, avec une mélodie douloureuse et lente, des registrations très élaborées ; la conclusion avec le Choral Was Gott tut, das ist wohl getan — mélodie de Severus Gastorius (1681) et texte de Samuel Rodigast (1649-1708) — est particulièrement méditative et intériorisée.

Une légende du piano

Yvonne LEFÉBURE : Une légende du piano. SOLSTICE (www.solstice-music.com ). SOCD321/44. 1 coffret 24 CD. — 69 €.

À l’initiative de François et Yvette Carbou, les Éditions SOLSTICE ont rendu un très émouvant et vibrant hommage à la grande pianiste Yvonne Lefébure (1898-1986) à l’occasion des trente ans de sa disparition. Comme le rappelle Yvette Carbou : « Au fil des décennies, nous avons eu à cœur d’honorer fidèlement la mémoire de celle qui n’avait pas hésité à accorder sa confiance aux deux débutants que nous étions à l’aube des années 70 ». Elle a eu le grand mérite de collecter patiemment tous les enregistrements — autres que ceux réalisés pour FY-SOLSTICE —, à l’étranger et à l’Institut National de l’Audiovisuel.
Rappelons qu’Yvonne Lefébure, née en 1898, admise au Conservatoire de Paris à l’âge de 9 ans, a été l’élève d’Alfred Cortot en piano et de Charles-Marie Widor en fugue. Elle y a obtenu, déjà à l’âge de 14 ans, un Premier Prix de piano. Elle rappelle qu’elle a aussi étudié l’orchestration, l’harmonie, le contrepoint et suivi des cours de direction d’orchestre… Elle a côtoyé les grands compositeurs de son temps : Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Paul Dukas…, collaboré avec des chefs célèbres : Wilhelm Furtwängler, Fernand Oubradous, Ernest Ansermet, Paul Paray…, mais aussi avec le Quatuor Wegh…

Alice au Pays des Merveilles

Florent NAGEL : Alice au Pays des Merveilles. AZUR CLASSICAL (www.azurclassical.com ). Distribution : SOCADISC. AZC 147. TT : 77’ 57.

Le titre : Alice au pays des merveilles (en fait : Les Aventures d’Alice au pays des merveilles) évoque le roman de Lutwidge Dodgson, alias Lewis Carroll, Alice in Wonderland, datant de 1865 et traduit en français quatre ans après. D’abord destinée aux adultes, cette histoire très populaire, sollicitant l’imaginaire mais aussi le réel, a été adaptée pour les enfants anglais. Comme Florent Nagel le précise : « C’est au spectateur de construire ce qu’il va penser. Alice au pays des merveilles est une occasion unique de faire soi-même la conquête du sens. De retarder l’analyse. Dans une démarche originale et inhabituelle. L’acceptation de jouer le jeu».

Cantates da camera della Biblioteca Casanatense di Roma

Carlo Francesco CESARINI : Cantates da camera della Biblioteca Casanatense di Roma, pour soprano et basse continue. Francesco D'Orazio, Lathika Vithanage, violons, Rebeca Ferri, violoncelle, Pietro Prosser, théorbe. L'Astrée, gruppo cameristico dell'Accademia Montis Regalis, Giorgio Tabacco, clavecin & dir. 1CD Aparté : AP136. TT.: 70'.

Pour cette première au disque, le label Aparté a choisi de puiser dans le vaste corpus de cantates dites de chambre composées par Carlo Francesco Cesarini, appelé aussi Carlo del Violino (ca.1666-1741), et dénichées par l'ensemble L'Astrée dans les cartons de la société italienne Éditrice de Musicologie de Rome, les manuscrits étant conservés à la Biblioteca Casanatense. Ce musicien fort réputé du baroque italien et actif dans la capitale italienne au début du XVIII ème dut son ascension au cardinal Benedetto Pamphili, mécène éclairé qui ''poussa'' aussi de nombreux autres compositeurs comme Alessandro Stradella ou Alessandro Scarlatti, et même Haendel durant son séjour transalpin. Cesarini occupera diverses fonctions dans les grandes institutions et églises de Rome comme celle du Gesù. Les cantates écrites pour le cardinal Pamphili y étaient régulièrement données, voire représentées, alors que le genre de l'opéra était alors proscrit. Elles appartiennent au genre arcadio-pastoral, évoquant les thèmes de la souffrance causée par un amour non réciproque, la jalousie ou la trahison chez la personne aimée. Elles sont conçues pour un accompagnement de la basse continue, sur un modèle en six parties,

Sinfonia pour deux violons et basse continue

Carl Philipp Emanuel BACH : Sinfonia pour deux violons et basse continue. Sonate en trio pour deux violons et basse continue. Sonatina. Arias de cantates. Rupert Charlesworth, ténor. Cfé Zimmermann. 1CD Alpha : Alpha 257. TT.: 63'59.

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), le deuxième fils de Jean Sébastien, passe pour un musicien qui a rénové profondément le paysage musical de son temps. Il est en musique le meilleur représentant de ce qu'on a appelé l'Empfindsamkeit, mouvement qui se traduit par une plus grande liberté de la forme, des audaces dans l'harmonie et le rythme, ou encore la recherche d'effets aptes à émouvoir ; toutes choses en opposition avec l'austérité de la période précédente, celle du Cantor en particulier. C'est le triomphe de la sensibilité sur le rationalisme. Le programme de ce disque focalise sur des œuvres, certes pas des plus connues, mais illustrant parfaitement cet art de la fantaisie caractéristique de ce musicien qui écrivit aussi bien pour le clavier que pour la musique de chambre ou l'art vocal. A ce dernier domaine appartient la cantate de chambre Der Frühling (le Printemps), de 1770, pour ténor et cordes, qui dévoile une écriture simple mais non dénuée d'originalité. En regard, les airs pour ténor, pièces de jeunesse sans prétention, laissent déjà présager une sûre maitrise. La cantate Fürsten sind am Lebensziele (Les grands, au terme de leur vie), de 1785, comme la cantate Selma, de 1776, témoignent de la dernière manière du musicien, la première proche du Lied, la seconde plus dramatique. Dans le répertoire instrumental, la Sinfonia pour deux violons et basse continue, des années 1750, livre trois

Suite pour flûte à bec, cordes et continuo

Georg Philipp TELEMANN : Suite pour flûte à bec, cordes et continuo, TWV 55:A2. Concerto pour flûte à bec , cordes et continuo, TWV 51:C1. Sonate pour deux chalumeaux, violon et continuo, TWV 43:F2. Concerto da camera pour flûte à bec, deux violons et continuo TWV 43:G3. Tindaro Capuano, alto chalumeau, Enrico Onofri, violon. Il Giardino Armonico, Giovanni Antonini, flûte à bec & direction. 1CD Alpha : Alpha 245 TT. :74'09.

En prélude à l'année Telemann - 2017 marque le 250ème anniversaire de la mort du compositeur -, voici un CD donnant une vue intéressante de l'éclectisme d'un compositeur allemand qui se plaisait à célébrer aussi bien le style italien que la manière française et, musicien aussi accompli que complet, vouait à la flûte à bec une tendresse toute particulière. Ainsi de la Suite TWV 55 pour petite flûte, cordes et continuo : passée une ouverture dans le style français, Telemann illustre diverses danses dans la tradition de Rameau et de Couperin, où la flûte à bec tresse de bien jolies et savantes arabesques. Dont cet « Air à l'italien », sur le schéma lent-vif-lent, ou « Réjouissance », marqué ''vite'', morceau peu résistible où là encore l'instrument soliste apporte un zest de fraîcheur. On y trouve aussi deux Menuets et deux Passepieds et la pièce finit par une Polonaise qui ne l'est pas tant que cela. Le Concerto pour flûte à bec et cordes TWV 51 offre quatre mouvements : un allegretto qui projette le soliste dans le

La harpe reine. Musique à la cour de Marie-Antoinette

Baptiste KRUMPHOLTZ : concerto pour harpe et orchestre N° 5 op. 7. Johann David HERMANN : concerto pour harpe et orchestre N° 1 op. 9. Joseph HAYDN : symphonie N° 85 « La Reine ». Christoph Willibald GLUCK : Danses des esprits bienheureux (transcription pour harpe). Xavier de Maistre, harpe. Les Arts Florissants, dir. William Christie. 1CD Harmonia Mundi : HAF 8902276. TT.: 70'09.

La harpe connut une incroyable vogue en France dans la deuxième partie du XVIII ème siècle, surtout durant le règne de Louis XVI sous l'influence de la reine Marie- Antoinette dont on dit qu'elle en apporta une dans ses bagages lors de son arrivée à Versailles en 1770. Elle appréciait cet instrument dont elle jouait. La harpe à pédale avait droit de cité, pas seulement à la cour et dans les salons mais aussi au Concert Spirituel et le répertoire s'appropria vite le goût français. On dénombrait alors sur la place de Paris quelques 200 boutiques vendant cet instrument. Xavier de Maistre a voulu à travers le programme de ce disque célébrer cet incontestable âge d'or. En honorant deux compositeurs méconnus qui pourtant marquèrent le répertoire. Le harpiste d'origine tchèque Jean-Baptiste Krumpholtz

Franco Fagioli, contre-ténor

Gioachino ROSSINI : Arias extraites de Demetrio e Polibio, Matilde di Shabran, Adelaide di Borgogna, Semiramide, Eduardo e Cristina, Tancredi. Franco Fagioli, contre-ténor. Armonia Atenea Choir. Armonia Atenea, dir. George Petrou. 1CD DG 4795681. TT.: 75'21.

Voici encore un CD original, car les arias de Rossini qu'il contient sont interprétées par une contre-ténor. Hommage aux castrats ? Pas nécessairement car à l'époque ceux-ci étaient en voie de disparition. Si Rossini était fasciné par la voix de Gianbattista Velluti, le dernier castrat, il conçut plusieurs rôles masculins ou ''primo uomo'' de ses opera seria pour des voix de femmes, mezzo-soprano. C'est ce que Franco Fagioli a choisi d'illustrer pour en restituer la « miraculeuse agilité ». Ainsi du rôle titre de Tancredi, du rôle de Siveno de Demetrio e Polibio, d'Arsace de Semiramide, ou encore du roi Ottone de Adelaide di Borgogna. La boucle est ainsi bouclée, puisque ces rôles retrouvent leur détenteur masculin. Et cette sélection est fort attractive. Car le timbre de Fagioli, qui s'approche peut-être de celui du castrat, est chaud, étoffé dans le médium avec des notes graves capiteuses, rivalisant avec le registre de contralto féminin. On le constate dans les roucoulades avec cor obligato de « A perché, perché la morte » tirée de Matilde di Shabran (Rome, 1821), une œuvre qu'on redécouvre ces temps. Les vocalises sont somptueuses comme celles qui ornent la partie d'Arsace (Sémiramide, Venise 18213), naguère défendue à

Danses hongroises

Johannes BRAHMS : Danses hongroises nos 2, 4, 8 & 11. 16 Valses op. 39. Franz SCHUBERT : Divertissement à la hongroise D. 818.Hervé Billaut, Guillaume Coppola, piano à quatre mains. 1CD Eloquentia : EL 1652. TT.: 62'30.

« Wiener Rhapsodie » (Rapsodie viennoise) proclame le titre de ce CD consacré à la musique pour piano à quatre mains. Le disque s'ouvre par quatre Danses hongroises de Brahms que les présents interprètes ont choisi pour leur diversité : esprit de la czardas dans la 2 ème, ivresse de la danse avec sa pointe de mélancolie dans la N° 4 dont la difficulté technique est marquée, folle agilité de la huitième, marquée presto, et atmosphère de nostalgie tzigane de la N° 11. Les 16 Valses op. 39 forment un corpus original et inattendu chez un musicien réputé austère, du moins à ce stade de sa carrière compositionnelle (1857-1866). Ce que leur auteur appelait « seize innocentes petites valses en forme schubertienne », est un recueil de courtes pièces bipartites et sans introduction ni coda : deux thèmes

Verismo

Airs extraits de Adriana Lecouvreur, de CILEA, Andrea Chénier de Umberto GIORDANO, La Wally de Alfonso CATALANI, Mefistofele de Arrigo BOITO, Pagliacci de Ruggiero LEONCAVALLO, La Gioconda de Amilcare PONCHIELLI, Tosca, Turandot, Madama Butterfly, Manon Lescaut de Giacomo PUCCINI. Anna Netrebko, soprano. Avec Yusif Eyvazov, ténor. Orchestra dell'Accademia Nazionale di Santa Cecilia, dir. Antonio Pappano. 1CD DG : 479 5013. TT.: 68'55.

Le titre du CD annonce une acception très extensive du terme de vérisme. En effet, si on a pu dire (Gérard Denizeau : « la discrète grandeur du vérisme », in NL de 12/ 2014) que le vérisme se déclinait comme « une pièce en quatre actes » que sont Cavalleria rusticana, Pagliacci, Andrea Chénier et Adriana Lecouveur, savoir une période comprise entre 1890 et 1902, Ponchielli et Catalani y sont à la marge. Et surtout Puccini qui, à quelques exceptions près, marque plus sa connivence avec ce mouvement qu'une franche adhésion car « sa musique dépasse le cadre strict de la nouvelle esthétique ». Quoi qu'il en soit, tous ces musiciens, au fil des œuvres représentées ici, se rejoignent en termes d'incandescence vocale pour donner du style vériste un panorama compréhensif et cette anthologie bien ficelée ravira

STRAVINSKY : Concerto pour violon

Igor STRAVINSKY : Concerto pour violon. Transcriptions pour violon et piano : Chanson russe. Danse russe. Divertimento. Suite italienne. Berceuse. Tango. Liana Gourdjia, violon, Katia Skanavi, piano. Deutsche Radio Philharmonie, dir. Zsolt Nagy. 1CD Audite : 97.697. TT.: 77'24.

A l'origine réticent à l'idée d'écrire un concerto de violon, Igor Stravinsky en fut persuadé par le directeur de la maison d'édition Schott qui lui conseilla de le composer pour le violoniste Samuel Dushkin. Un intense travail devait unir les deux hommes qui créeront l'œuvre en 1931 à Berlin. Elle appartient à la manière néo classique du maître et flatte plus l'univers de la musique de chambre, en raison notamment de la clarté de la texture orchestrale, que la grande virtuosité habituellement associée aux grands concertos romantiques. Encore que les difficultés techniques y abondent et mettent au jour une audace certaine. Tel par exemple que le large et étonnant accord initial qui réapparaît au début de chacun des trois autres mouvements. La référence à JS. Bach qu'infèrent les titres des divers mouvements :

de Nicolas RIMSKI-KORSAKOV, Alexandre GLAZOUNOV, Piotr TCHAIKOVSKI, Serge RACHMANINOV, Serge PROKOFIEV, Anton ARENSKY, Rodion SCHEDRIN. Ivan Karizna, violoncelle, Eliane Reyes, piano. 1CD SOUPIR ÉDITIONS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) : S240. TT : 61’ 03.

Ce duo propose un panorama d’œuvres de musiques russes (fin XIXe s.-début XXI s.) originales ou transcrites pour violoncelle et piano. Il est composé d’Ivan Karizna, biélorusse (violoncelle) et d’Eliane Reyes, belge (au Piano Fazioli F 272). Le Prix André Boisseaux 2015 leur a été décerné pour faciliter l’édition de ce premier disque enregistré en 2016, qui est une réussite du genre. Ce répertoire romantique est notamment illustré par la redoutable Sonate en sol mineur (op. 19) de Sergei Rachmaninov (1873-1943) dans laquelle la pianiste, élève notamment du Conservatoire Royal de Bruxelles, du Mozarteum de Salzbourg et du

Antonin DVOŘÁK : La Sorcière de midi – Polednice -The Noon Witch. Vincent Figuri, récitant. Orchestre Philharmonique Tchèque, dir.: Jiri Belohlavek, 1CD SALAMANDRE (www.salamandre-productions.com ): Salamandre 601. 2015. TT : 71’ 10.

Ce Conte musical tchèque, ayant donné lieu au poème symphonique La Sorcière de Midi, est d’abord introduit par Vincent Figuri (Récitant) qui en souligne la genèse : « Lorsque l’Opéra de Paris me proposa de présenter La Sorcière de Midi à un jeune public, j’eus envie de raconter l’histoire en prise directe avec la musique. Je n’avais aucunement l’intention de forcer l’œuvre : il n’y a rien de pire que de vouloir faire rentrer à tout prix un texte sur une musique qui ne l’accepte pas » et il ajoute : « je suis agréablement surpris de constater que Dvořák suivait pas à pas l’histoire, à tel point que certains passages semblaient faits pour accueillir le récit. »