Ensemble Les Harpies. 1 CD Encelade : ECL 1502. TT : 63’.

Voici un disque passionnant nous proposant un voyage surprenant, entre Enfers et Paradis, dans le paysage musical européen autour de 1600. Un disque mêlant avec bonheur et pertinence des musiques sacrées, profanes et populaires glanées à travers l’Europe de la Renaissance, depuis les Iles britanniques jusqu’aux confins des Carpates. Une compilation d’œuvres rares et méconnues puisant dans l’important corpus regroupé autour de ce thème par l’ensemble les Witches, il y a quelques années, mais aussi un enregistrement bâti autour de l’orgue historique Renaissance de Saint-Savin en Lavedan dans les Hautes-Pyrénées (1557), joué ici par Freddy Eichelberger, dont la sonorité ample se marie merveilleusement avec les timbres du violon d’Odile Edouard, de la cornemuse de Mickaël Cozien, du

Louis-Nicolas CLÉRAMBAULT Ensemble Sébastien de Brossard, direction, orgue et clavecin : Fabien Armengaud. 1CD PARATY (www.paraty.fr ) : 516141. TT : 74’ 43.

Fabien Armengaud, fondateur de l’Ensemble Sébastien de Brossard, a judicieusement retenu des œuvres de Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749) à 3 voix d’hommes et symphonie. Ce contemporain de Jean-Philippe Rameau, fils de Dominique Clérambault — ayant fait partie des « 24 Violons du Roi » —, est né à Paris le 19 décembre 1676 et mort dans cette ville le 26 octobre 1749. Organiste et compositeur, élève d’André Raison auquel il a dédié son Livre d’orgue, il a écrit un livre d’orgue, des pièces de clavecin, des sonates et symphonies et obtenu le privilège de publier « toutes sortes de musique vocale et instrumentale ». Il a composé 5 recueils de Cantates avec ou sans symphonies (à partir de 1710) et 6 Livres de Motets, entre autres... Il a succédé à Guillaume-Gabriel Nivers, organiste de Saint-Sulpice. Ses Cantates associant à la fois le goût italien et le goût français ont connu un grand succès au Concert spirituel. On lui doit également 2 tomes de Chants et motets « à l’usage des Dames de la royale Maison de Saint-Cyr ». Ces Motets s’imposent par la plénitude de leur polyphonie, leur qualité séduisante dominée par un solide sens de l’expression et leur caractère très original et personnel.

1CD ÉVIDENCE CLASSICS (www.evidenceclassics.com) : EVCD029. TT : 68’ 22.

Comme son nom l’implique, l’Ensemble Le Baroque Nomade, dirigé par Jean-Christophe Frisch, propose un itinéraire musical baroque, européen et extra-européen, vocal (hébreu, espagnol, portugais) et instrumental. Sa haute qualité d’interprétation a déjà fait l’objet de critiques très élogieuses. Il est indispensable de souligner l’intérêt si diversifié et l’originalité de ce vaste programme.
Sur le plan institutionnel, il évoque musicalement les principales Fêtes juives de ROSH HASHANA (jour de l’an) — à travers HANOUKA (fête de la lumière avec les bougies), PURIM (de caractère gai, destinée à l’amusement), PESSAH (marquée par un grand repas, fête destinée aux enfants et reposant sur une accumulation d’énumérations, en usage dans tout le Bassin méditerranéen) — jusqu’au dernier jour de l’année HOSHA’ ANA.

  1CD GALLO (www.vdegallo.ch ) : CD1489. TT : 57’ 18.

Né à Genève le 2 novembre 1824, mort à Paris le 5 février 1891, Émile Bret (à ne pas confondre avec Julien Bret, cf. L’édition musicale : DSCH) a été, à 25 ans, l’organiste titulaire du Temple des Eaux Vives jusqu’en 1854. Installé à Paris, il retourne en Suisse pendant la Guerre de 1870, puis revient dans la Capitale où, à partir de 1872, il publie des pièces pour piano tout en s’intéressant à la Mélodie. Élaboré par Norberto Broggini, le texte de présentation propose la chronologie de ses œuvres et l’intégralité des poèmes chantés par Nathalie Constantin (soprano lyrico-léger, artiste polyvalente) si bien accompagnée au piano Érard (1880, donc d’époque) par Norberto Broggini, de réputation internationale, qui, en soliste, interprète brillamment la Romance sans paroles intitulée Le suprême adieu et Le Boléro pour piano datant de 1870.

 Quatuor de Genève. 1CD VDE GALLO. (www.vdegallo.ch) : GALLO CD-1463. TT : 79’ 36.

Cet enregistrement est entièrement « genevois », par le lieu (Studio Ernest Ansermet), par les interprètes (Quatuor de Genève) et par son programme réunissant 5 compositeurs du XXe siècle nés dans cette ville ou ayant des affinités avec elle.

Jean BINET (1893-1960) est né à Genève, où il est formé en éducation musicale par Otto Barblan et en rythmique par Jaques Dalcroze. Il réside à Paris, voyage aux Etats-Unis où il enseigne la rythmique à New York. En 1923, il revient en Europe, s’installe à Bruxelles. À Genève, il préside la Société SUISA (Droits d’auteurs). Il a, entre autres, subi l’influence de la musique française contemporaine. Son Quatuor en mi majeur (composé en 1929-1930 pour le Quatuor Pro Arte) comporte 3 mouvements : Vif et décidé ; Très lent ; Très animé, spéculant sur les contrastes rythmiques. Il précise ainsi l’atmosphère : « rude et marqué », puis « bien chanté ». L’œuvre s’impose par sa fantaisie, son lyrisme contenu et sa diversité rythmique.

 1CD VDE GALLO. (www.vdegallo.ch). GALLO CD-1478. TT : 57’ 59.

Cette œuvre en dialecte suisse alémanique de la Région de Soleure (Solothurn) a été créée le 18 mars 2016 en l’Église jésuite de cette ville, par son compositeur Urs Joseph Flury à la tête de la Zürcher Sing-Akademie fondée en 2011 et des Zürcher Symphoniker, avec le concours de Lilian Schneider Rohrer (soprano), Marie ; Patrick Oetterli (baryton), Jésus ; Christof Breitenmoser (ténor), Pierre ; Yves Brühwiller (basse), Pilate ; Marcel Fässler (ténor) et Chasper-Curo Mani (baryton), les deux larrons ; d’Ingrid Alexandre (mezzo-soprano), la servante.

 op. 48. Quatuor à cordes « Voces Intimae », op. 56. Orchestre d’Auvergne, dir. Roberto Forès Veses. 1 CD Aparté : AP 139. TT : 60’.

Un très beau disque nous proposant une intéressante mise en miroir de deux compositeurs ayant en commun une même sensibilité marquée par d’importants tourments de l’âme qu’ils exprimeront chacun dans des formes bien différentes. La Sérénade pour cordes de Tchaïkovski, composée en 1880, plutôt extravertie, comporte quatre mouvements. D’abord ample et pleine d’allant, puis dansante sur un rythme de valse, elle est centrée sur la mélancolique et rêveuse Élégie, qui constitue le cœur de l’œuvre, toute empreinte d’un lyrisme inquiet et passionné, avant de s’achever sur un final aux accents folkloriques. Bien différent le Quatuor

Schubert impromptus : Une intégrale. D. 899 et D. 935. Amandine Savary, piano. 1CD Muso : MU015.

Des impromptus de Schubert, il existe de multiples versions, de Arthur Schnabel à Wilhelm Kempff, de Alfred Brendel à Murray Perahia, sans oublier Edwin Fischer (le pionnier) et Radu Lupu.
Amandine Savary, une jeune pianiste normande de trente ans vient de signer sous le label Muso, un nouvel enregistrement des huit impromptus.
Ces impromptus, ainsi baptisés par l’éditeur viennois Tobias Haslinger, ne connurent le succès que lors d’une réédition plusieurs années après la mort de Schubert.
Ecrits après des vacances à Graz qui furent “de délicieux moments“, Schubert se sent libéré, il compose comme il rêve, il se laisse aller à l’aventure mélodique, déroule ses souvenirs comme un caprice qui le libère de la forme rigide de la sonate. Ces impromptus sonnent comme des lieder sans paroles, des pièces indépendantes presque conformes à la définition de l’impromptu : pièce de musique légère, faite sur le champ, sans préméditation.

 Astor PIAZZOLA : L’histoire du Tango ; Libertango – Francisco GONZALEZ : Danza de Los Amantes Efimeros – Béla BARTÓK : Danses roumaines – Marek PASIECZNY : Six Folk Melodies – Laurent BOUTROS : Amasia. Marie Fraschini, violon, Lionel Fraschini Guitare. 1 CD Classiquez-Chanteloup Musique. CLZ 003/1. TT. : 54’55 https://www.classiquez.com/

C’est le premier disque de ce jeune duo composé de Marie Fraschini, violoniste diplômée du CNSMDP et actuellement titulaire à l’orchestre régional de Cannes – PACA, et de Lionel Fraschini, guitariste, diplômé du Conservatoire Royal de Bruxelles. L’ambition de ce duo dont le nom n’a pas été choisi au hasard est de faire partager l’amour de la musique au plus grand nombre. Leur programmation comporte aussi bien un programme « classique » qu’un programme qu’ils nomment « hybride ». C’est ce dernier programme que nous trouvons sur ce disque, hybride parce qu’il s’agit de musiques inspirées du folklore, mais savantes dans le

J. S. BACH/(G.B.PERGOLESI) Tilge, Höchster, meine Sünden BWV 1083. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6119. TT : 53’ 46.

Lorsque deux compositeurs travaillent ensemble, le résultat doit être plutôt extraordinaire. C’est ce qui se passe avec la Messe des pêcheurs de Villerville que Gabriel Fauré (1845-1924) a composée en août 1881 avec son élève André Messager (1853-1929). Cette Messe brève : Kyrie (Messager), Gloria (Fauré), Sanctus (Fauré), O salutaris (Messager), Agnus Dei (Fauré), écrite pour chœur de femmes et ensemble de chambre avec flûte, hautbois, clarinette, violons I et II, violoncelle, contrebasse et orgue (Ulfert Smidt), est interprétée par le Chœur de filles de Hanovre et le Fauré-Ensemble, sous la direction de Gudrun Schröfel. La genèse de cette Messe est intéressante. En effet, les deux compositeurs, en vacances à Villerville (Calvados), souhaitaient qu’elle soit chantée par les dames du village et les jeunes filles en villégiature, au profit de l’association locale des pêcheurs. Le Kyrie, très suave, est une prière entrecoupée par les instruments qui se

Jakub Jan RYBA : Stabat Mater NIBIRU (www.nibiru-publishers.com ). CD 01622231. Distribution : CD DIFFUSION (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). TT : 58’ 39 (avec présentation tchèque, anglaise, allemande et française).

Remarquable personnalité dans l’histoire de la musique tchèque, Jakub Jan Ryba (1765-1815) est surtout connu par sa Messe tchèque de Noël. Toutefois, sa production religieuse qui n’est pas assez souvent interprétée est d’ailleurs restée inédite jusqu’à 2015 pour l’édition et 2016 pour ce premier enregistrement mondial.
Il a placé la Musique d’église au centre de ses préoccupations. En fait, comme le rappelle le texte d’accompagnement, il souhaitait introduire la langue tchèque dans la musique d’Église, tout en respectant le latin, langue liturgique traditionnelle. Il souhaitait composer des Messes, Graduels et Offertoires pour chaque dimanche et fête importante de l’Année liturgique, mais, malgré sa grande force créatrice et sa persévérance, n’a réalisé qu’un tiers du projet. Il voulait élever le niveau de la musique d’église dans son pays. En raison de sa fin tragique, il n’a pas récolté le succès qu’il aurait mérité. Dans un manuscrit en 5 volumes de 1300 pages, intitulé : Novae et liberae cogitationes, il propose quelques réflexions de caractère philosophique avec des remarques en latin, et un cycle de musique d’orgue (1798).

Frédéric CHOPIN : Mélodies polonaises (op. 74). HYBRID’MUSIC (www.hybridmusic.com ). H1839. 2017. TT : 37’ 36.

Mario Hacquard (baryton), après avoir été initié au chant grégorien à l’École César Franck, a été, au CNSM, successivement l’élève de Jacques Jansen et Gabriel Bacquier (art lyrique), Anna-Maria Bondi (bel canto), Rita Streich (Mozart), Elisabeht Grümmer (répertoire allemand) et Geneviève Joy-Dutilleux (musique de chambre). Il se produit en Europe, au Canada, en Israël, au Japon… et a enregistré de nombreux disques. Il est à la fois spécialiste de chant grégorien, d’Oratorio, de Lieder, de mélodies françaises et aussi d’Opéra. Pour cet enregistrement de Mélodies de Chopin, il a retenu l’adaptation française de Victor Wilder (1835-1892) connu par ses traductions d’opéras de Mozart et Wagner et des Lieder de Schumann. Avec son accompagnatrice Anna Zassimova, ils ont opté pour un piano Érard, instrument privilégié par le compositeur. Ce disque illustre l’ambiance musicale des Salons parisiens vers la fin du XIXe siècle, où ces œuvres étaient entendues. Les Mélodies polonaises ont été composées par Chopin entre 1828 et 1845 et éditées en 1855 (opus posthume n°74). Les thèmes sont très variés, en liaison avec l’actualité, par exemple la guerre de 1830 entre la Russie et la Pologne (Avant la bataille). Il traite aussi des sujets romantiques : l’amour (Pour toi

César CUI : Vingt Poèmes de Jean Richepin, op. 44 KLANGLOGO (www.klanglogo.de ). KL 1411. TT : 56’ 01.

Cette réalisation discographique réalisé par le duo formé de Jean Bermes (Baryton-Basse luxembourgeois) et Denis Ivanov (piano) a le mérite de présenter pour la première fois intégralement les Vingt Poèmes de Jean Richepin — poète lyrique français (1849-1928) — mis en musique par César Cui (1835-1918), compositeur et critique musical russe.
Son opus 44 comprend La Chanson des Gueux (qui le rendit célèbre), Les Caresses, Les Blasphèmes, La Mer. Les poèmes reposent sur des textes descriptifs (ciel, falaise, Oceano nox), concernent des personnages typiques (le Vieux, les Petiots, le Spadassin, le Hun, le Turc…), mais aussi des interrogations  (« Où vivre ? », « Te souviens-tu d’une étoile, du baiser ? »…). Il s’agit aussi d’une satire de la société de l’époque.

Martial CAILLEBOTTE : Messe solennelle de Pâques. HORTUS (www.editionshortus.com ). HORTUS 134. TT : 62’ 35.

Didier Maes, directeur du Label Hortus, présente, en première mondiale, l’enregistrement de la Messe solennelle de Pâques (version avec timbales) de Martial Caillebotte (1853-1910) qui, au Conservatoire de Paris a été, en piano, l’élève de François Marmontel et, en harmonie, de Théodore Dubois. Ses œuvres religieuses comptent notamment : L’Enfant prodigue (1883), épisode biblique, sur les paroles en prose d’Armand Silvestre ; le Psaume CXXXII : Ecce quam bonum (1887), pour soli, chœur et orchestre, dédicacé à son frère, l’Abbé Alfred Caillebotte. Il a également mis en musique des textes de Ronsard, d’Alfred de Musset, et composé cinq Airs de ballet pour piano (1887).
Créée le 5 avril 1896 en l’Église Notre-Dame-de-Lorette à Paris, sa Messe solennelle de Pâques a été redécouverte par Michel Piquemal, chef du Chœur Régional Vittoria d’Île-de-France depuis 1997 et du Chœur Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il a fait appel au concours de l’Orchestre Pasdeloup (violon solo : Arno Madoni), de Matthias Lecomte (organiste titulaire de l’Abbaye Notre-Dame de la Cambre) et de trois solistes : Mathilde Vérolles (soprano), Patrick Gayrat (ténor) et Éric Martin-Bonnet (basse).

Jean-Jacques WERNER : Notes prises à New York…FORGOTTEN RECORDS. (www.forgottenrecords.com ). Fr38W. TT : 72’ 32.

Jean-Jacques Werner (né en 1935), chef d’orchestre et compositeur prolifique, déborde d’imagination et d’inventivité. Pour son dernier disque, sous le label Forgotten Records, il a sélectionné dix poèmes du regretté Roger Asselineau, professeur à l’Université Paris-Sorbonne. Ces textes brefs évoquent d’abord New York, ville à trois dimensions, la 42e rue, la ville « entourée de vide », le blizzard, la neige, le vent, mais aussi des instructions « à suivre en cas de suicide » à l’Empire Building, sans oublier les papiers jonchant le sol, les gratte-ciel et le vide, la solitude et la peur : autant de remarquables descriptions, peintures des lieux et des sensations en un style de notre temps, très suggestif, interrogatif, un tantinet incisif mais lourd d’émotions et de sentiments si bien ressentis par les excellents interprètes : Anne Le Coutour (comédienne et chanteuse), accompagnée au piano avec énergie, détermination et précision par Christine Marchais-Sieffert (artiste soliste à Radio-France, professeur de piano au Conservatoire de Rouen et de déchiffrage à l’École Normale de Paris, concertiste).

Martin PALMERI : Misatango. Misa a Buenos Aires. HORTUS (www.editionshortus.com ). HORTUS 142. TT : 40’ 24.

Le titre peut paraître insolite, mais il implique bien toutes les parties de l’ordinaire de la Messe (du Kyrie jusqu’au Dona nobis pacem), toutefois affublées d’un rythme dansant et envoûtant. Bien de notre époque, cette œuvre associe chœur, orchestre, piano, mais aussi le bandonéon, si représentatif du tango. La Misatango (Messe à Buenos Aires), créée en 1996 à Cuba, a même été interprétée en 2013 au Vatican, en l’honneur du Pape François et de son pays natal et également en 2016 au Carnegie Hall de New York. Cet enregistrement en première mondiale démontre que la sensualité peut être associée à la spiritualité, comme le prouve Michel Piquemal à la tête du Chœur régional Vittoria d’Île-de-France créé en 1987, n’hésitant pas à interpréter aussi bien des pages baroques, romantiques allemandes, françaises des XIXe et XXe siècles. L’Orchestre Pasdeloup soutient efficacement les solistes : Sophie Hanne (soprano), Gilberto Pareyra (bandonéon), Thomas Tacquet (piano) et le chœur. La conception est peut-être inattendue, mais l’œuvre bénéficie d’un réel engouement en Europe et notamment en France.

JADE (www.jade-music.net ). CD 699 886-2. Coffret 2 CD. TT : 43’ 51 ;  40’ 58.

Sur le thème : Douces Nuits, le Label JADE, spécialiste des anthologies, a regroupé une sélection de berceuses (Wiegenlied, Lullaby, Cradle Song) en 13 langues différentes, provenant d’Allemagne, Angleterre, Belgique Estonie, Lituanie, Roumanie ou encore d’Israël, de Taiwan et d’Argentine. D’une manière générale, il s’agit de chants dont l’effet bénéfique sur les enfants est reconnu de longue date. Le programme est réalisé par Marc Michael de Smet et le Chœur de chambre belge Aquarius. Lors d’un entretien pour les disques Jade, il a précisé la genèse de son programme et défini son incontestable utilité car, lorsque son fils a cherché dans les magasins des disques, il n’a trouvé pour enfants que de la « musique commerciale ». Il a donc demandé à son père de réaliser un enregistrement avec des berceuses reposant sur des textes libres et devant durer entre 3 et 5 minutes. Il en a résulté une sélection inouie de berceuses contemporaines du monde.

Mauricio KAGEL (1931-2008). Les 8 pièces de la Rose des Vents Ensemble Aleph. 2 CDs Evidence Classics : EVCD 030. TT : 105’.

Des sonorités inouïes, des rythmes complexes, des associations de timbres surprenantes et un irrésistible charme pour cet enregistrement, en première mondiale sous sa forme intégrale, du cycle des 8 pièces de la Rose des Vents pour orchestre de salon, composé entre 1988 et 1994 par Mauricio Kagel, compositeur argentin d’origine russe. Également chef d’orchestre et metteur en scène, son œuvre questionne les rapports entre musique, verbe et dimension gestuelle, touchant différents domaines comme la musique symphonique, musique de chambre, musique vocale, pièces radiophoniques et cinéma. La Rose des Vents est un travail musical centré sur l’imaginaire lié aux points cardinaux. Autant de facettes différentes que d’ailleurs possibles dans cette exploration spatiale et musicale. Autant d’univers sonores et de lieux musicaux particuliers que de directions différentes (Osten, Süden, Nordosten, Nordwesten, Südosten, Südwesten, Westen, Norden). L’ensemble Aleph (Clarinette, violon, alto, violoncelle, contrebasse, piano, harmonium, percussions, flûte de pan, rhombe et guimbarde) sous la direction éclairée de Michel Pozmanter parvient à donner à ces huit pièces tout leur potentiel d’évocation, de rêve et de beauté. Un disque document à ne pas manquer.

Tango actuel. Cuarteto Lunares. 1 CD Silvox/ Ruta Records : sil 357. TT : 47’59.

Pour leur premier enregistrement discographique, le Cuarteto Lunares (Aurélie Gallois, Carmela Delgado, Gersende Perini et Lucas Eubel Frontini), spécialiste du genre, nous livre sa vision très originale du Tango argentin actuel, une vision qui, sans renier ses racines traditionnelles, s’enrichit de multiples influences empruntées au jazz, au nuevo tango de Piazzolla ou encore au candombe. Utilisant un instrumentarium particulier et inhabituel (violon, violoncelle, contrebasse et bandonéon) chacune des douze compositions (compositeurs argentins des années 1970 et une création, Anthracite de Bastien David) suppose une savante réorchestration, effectuée avec un talent certain par Aurélie Gallois, permettant une mise en avant des différents timbres dans une communion musicale du meilleur effet. La belle prise de son magnifie encore ce disque plein de charme qui invite à la danse tout en préservant, par instants, une indicible et émouvante mélancolie. Un disque original, jubilatoire, où souffle un vent de liberté comme une invitation au voyage…

SIMON. DAUVERGNE. RAMEAU. BALBASTRE. GUIGNON. CARDONE. Olivier Beaumont, clavecin & Julien Chauvin, violon. 1CD Aparté : AP 138. TT : 52’21.

Laissons Olivier Beaumont et Julien Chauvin nous guider à Versailles dans les appartements de Mesdames les filles de Louis XV. Adélaïde fut une des huit filles de Louis XV et de Marie Leszcinska. Comme ses sœurs, grande consommatrice de musique, nombreux furent les compositeurs du XVIIIe siècle qui écrivirent pour elle. L’ensemble des œuvres présentées ici sont des premières mondiales au disque. L’enregistrement fut capté à Versailles dans le grand cabinet de Madame Victoire, autre fille de Louis XV, avec des instruments d’époque appartenant à la collection versaillaise, clavecin Blanchet 1746 et violon Gagliano 1741 dit « de Madame Adélaïde ». Une façon très authentique donc, rythmée par les sonneries de la pendule de Victoire, de retrouver les sonorités d’une époque vieille de plus de 250 ans… Authenticité sûrement et excellence indiscutable pour ce disque mariant merveilleusement les sonorités chaudes du violon aux accents acidulés du clavecin. Une anthologie de rares pépites (Premier Concert en la majeur et Maestoso de la Sonata IV en la mineur de Simon, Sonata XII de Dauvergne, Airs du Ballet et Ouverture de Castor et Pollux de Rameau, Aria Gratioso de la Sonate I en sol majeur de Balbastre, Variations à partir des Sauvages de Rameau, Sonata Sexta en fa majeur de Cardone) qui ravira tous les amateurs de cette musique du siècle des Lumières. Elégance, lyrisme, dynamisme, complicité, autant de qualificatifs pour ce beau disque. Une succession de pièces pour un voyage hors du temps comme autant de splendeurs oubliées…

DUTILLEUX / SZYMANOWSKI.  Maroussia Gentet, piano. 1 CD Passavant  Music : PAS 116238. TT : 63’52.

Henri Dutilleux consacra peu de pièces au piano solo. Sa Sonate fut la seule qu’il eut composée, en 1947, et les Préludes furent les dernières pièces écrites pour l’instrument entre 1973 et 1988. Près de quarante années pour juger de l’évolution du travail et de la pensée créatrice d’Henri Dutilleux (1916-2013). Nonobstant le fait que sa Sonate fut créée en 1948 par son épouse à qui l’œuvre est dédiée, pianiste émérite qui l’exporta partout de part le monde et qui en assura le succès, il n’est pas certain qu’Henri Dutilleux fut très attaché à cette pièce pourtant désormais célèbre et qu’il n’eut pas, par instant, la tentation de la retirer de son catalogue. Une composition aux accents debussystes qu’il considérait, sans renier le passé, comme une œuvre de transition, bien éloignée des partitions de la maturité dont les Préludes nous donnent exemple. Une sonate organisée en trois mouvements, très mélodique et un dernier mouvement en forme de choral suivi de quatre variations reprenant le parcours des quatre parties de la sonate classique. Les Préludes en forme de triptyque furent composés en 1973 pour D’ombre et de silence dédié à Arthur Rubinstein, en 1977 pour Sur le même accord dédié à Claude Helffer, et en 1988 pour Le jeu des contraires dédié à Eugène Istomin,

Martin PALMIERI.  Orchestre Pasdeloup & Chœur Vittoria d’Ile de France, dir. Michel Piquemal. Sophie Hanne, soprano. Gilberto Pereyra, bandonéon. Thomas Tacquet, piano. 1 CD Hortus : HORTUS 142. TT : 40’24.

Tango toujours, mais cette fois dans une mise en miroir insolite entre liturgie chrétienne et danse populaire où le tango sert de support à un étonnant syncrétisme entre profane et sacré, curieux médium entre sensualité et spiritualité. La Misatango fut créée il y a 20 ans, composée selon la même séquence que la messe en latin à laquelle se mêlent les harmonies et rythmes syncopés du Tango, associant à l’instrumentarium habituel (cordes) les accents surprenant du bandonéon et du piano. Cette Misatango serait la messe préférée du pape François, jésuite argentin, ancien archevêque de Buenos Aires, qui la fit donner à Rome en 2013, année de son accession au Pontificat, à l’occasion du Festival international de musique et d’art sacré, en l’église Saint Ignace de Loyola et rejouer tous les ans depuis, lors de ce même festival. Sans perdre en rien sa ferveur religieuse, la Misatango, par ses intonations populaires et vibrantes relève d’une accessibilité immédiate répondant au souhait du compositeur d’un décloisonnement méritoire. L’interprétation qui nous en est donnée, riche en couleurs, ne souffre aucun reproche tant vocalement qu’instrumentalement. Le Tango comme une prière… Un disque original, à écouter absolument.