Premier volet d'une intégrale à venir des sonates pour piano de Prokofiev, cet album propose les Deuxième, Sixième et Huitième sonates. Autrement dit un rapprochement entre l'audace de la première manière et la suprême maitrise de la maturité. La sonate N° 2 op. 14, de 1913, montre une apparente facilité d'inspiration comme à l'allegro introductif qui aligne pas moins de cinq thèmes, et affirme déjà une grande habileté dans leur savante combinaison qui frôle la dissonance. Le scherzo offre un rythme enjoué mais énergique et un piano percussif. Cœur de l'œuvre, l'andante, tout de lyrisme, au fil d'une longue mélodie mouvante, dispense des climats mystérieux, qu'on retrouvera plus tard dans bien d'autres compositions.

Le vivace final est un vrai tourbillon, avec ruptures de rythmes, et ce couple accélération et phénomène d'amplification, typique chez Prokofiev. Alexander Melnikov est chez lui dans ce discours serré et fait sien tout ce qu'il y a d'inattendu ici.
Après une longue interruption, de 1923 à 1940, Prokofiev revient au piano solo avec sa Sixième sonate, op. 82, la première de la trilogie des « sonates de guerre », et

Il est rare d'entendre des mélodies de Fauré interprétées par un ténor. Et par un ténor rompu à la musique baroque, peut-être plus encore. Le fait est que passé l'effet de surprise, ce disque invite à repenser la manière dont on conçoit la musique vocale de ce compositeur. Thibaut Lenaerts a conçu son programme en opérant dans l'immense corpus des mélodies de Fauré un choix original de pièces écrites entre 1861 et 1894, ce qui couvre la première partie de la longue période créatrice du musicien. Il mêle pièces connues et surtout pièces peu jouées. L'autre particularité est le choix de l'instrument d'accompagnement, un piano Erard de 1873, grand format, à la sonorité claire. On passera sur les mélodies comme « Au bord de l'eau », « Après un rêve », « Clair de lune », ou encore l'immanquable « Mandoline » et ses arabesques inouïes sur un piano sublime, exécutées avec tact.

Plus intéressantes dans le présent contexte sont les pièces du jeune Fauré qui fait appel à des poètes installés comme Hugo, Gautier, mais aussi à des auteurs plus discutables comme Jean Richepin ou Armand Silvestre. Le talent du musicien sait en transformer les platitudes littéraires. Ainsi de « Le Papillon et la Fleur », op. 1 (1861),

Voici un récital Schumann traité avant tout sur le mode de la confidence, au plus près de l'intime romantique. Matthias Goerne a réuni un bouquet de Lieder autour de deux cycles : les « Sechs Gedichte und Requiem » op. 90 et les « Gesänge » de l'opus 89. Desdits « Six Poèmes », écrits en 1850, sur des textes de Lenau, on perçoit d'emblée le caractère nocturne (« Meine Rose », Ensamkeit »), l'angoisse (« Der schwere Abend »/Triste soir), la romance tour à tour d'une apparemment insouciance et de la prédiction du temps qui passe (« Die Sennin »/La bergère). Partout observe-t-on une déclamation proche du chuchotement, tandis que la partie de piano n'est pas sans évoquer les « Nocturnes » de Chopin. Sans doute, pour des raisons de cohérence du propos, Goerne a-t-il choisi de ne pas donner le premier morceau, « Lied eines Schmiedes »/Chant du foregron, le seul à offrir un ton extraverti.

Le « Requiem » qui suit ce cycle est une élégie, un chant d'adieu (au poète Lenau qu'on avait cru mort, et qui, par un cruel hasard, disparaitra le jour même de la création du cycle). Les Cinq « Chants » de l'opus 89, sur les textes d'un poète plutôt mineur, Wilfried von der Neun, et dédiés à la cantatrice Jenny Lind, forment un cycle

Le compositeur d'origine lorraine Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) laisse un corpus important, notamment dans le domaine de la musique de chambre, spécialement d'œuvres pour la flûte traversière, son instrument favori. Cultivant le genre de la sonate en trio, inspirée de la « sonata di chiesa » (sonate d'église) et tout un art de la conversation musicale galante, en cette période de la Régence où l'on recherchait la nouveauté tout en favorisant une manière aisée et le pur plaisir de l'oreille. Sa facilité - pour ne pas dire sa prolixité - lui causa l'inimitié de bien de ses collègues qui se plaisaient, de manière piquante, à relever son caractère ingénieux et sa propension à se mettre en avant dans la bonne société : le « parfait honnête homme en son siècle » disait-on. Il n'empêche, sa plume pour fertile qu'elle fut, donna de beaux fruits. Comme en témoigne le présent programme qui offre un florilège de sonates et de trios.

Les sonates pour flûte, violon et continuo de l'opus 41 sont, pour deux de celles jouées ici (les sonates IV et II), en cinq mouvements, incluant des danses françaises, Sarabande et Menuet, ou une Gavotte pour ce qui est de la sonate II, clôturant de manière décidée une pièce qui avait débuté par un ''Grave'' expressif. Dans la sonate

Cet album richement documenté luxueusement présenté ambitionne de célébrer la naissance de l'opéra en focalisant sur ce qui a précédé la création de l'Orfeo de Monteverdi à Mantoue en 1607. Et ainsi retracer la tradition des ''intermedii'' au Seicento, ou divertissements insérés au milieu de pièces de théâtre et bénéficiant d'une présentation visuelle fastueuse. Musicalement, ils offraient un mélange de formes populaires comme la chanson, et savantes, tel que l'art du madrigal. Cette tradition a été instaurée dans les cours princières italiennes, en particulier celle de Florence durant la dynastie des Medicis, pour célébrer les grands événements dynastiques, mariages, naissances...

Elle connaitra son apogée en 1589 à l'occasion du mariage de Ferdinand de Médicis avec Christine de Lorraine, nièce du Roi de France.
Pour ce faire, Raphaël Pichon a conçu une fresque imaginaire en quatre parties, constituée de quatre ''intermedii'' créés de toutes pièces à partir de musiques essentiellement vocales de divers compositeurs de l'époque, et selon un canevas dramaturgique enchâssant deux mini drames, « La fable d'Apollon » et « Les larmes

Voici un disque qui constituera pour beaucoup une belle découverte. Découverte d’abord du compositeur Marc Mellits, né en 1966, comptant parmi les plus joués aux États-Unis. Miniaturiste par la taille de ses compositions, minimaliste et post minimaliste par son style mêlant musique répétitive et accents rock. Découverte aussi de sa musique si particulière et notamment de ses Quatuors n° 3, 4, 5 remarquablement interprétés, ici, par les membres du Quatuor Debussy (Christophe Collette et Marc Vieillefon aux violons, Vincent Deprecq à l’alto et Cédric Conchon au violoncelle). Un Quatuor qu’on ne présente plus tant sa musicalité et sa cohésion font aujourd’hui référence. Un disque qui commence par une histoire humaine, l’histoire d’une rencontre entre compositeur et exécutants datant de 2012 au festival « Cordes en ballade » en Ardèche.

La suite donnée à cette rencontre et la complicité qui en découla n’étonneront personne tant le Quatuor Debussy représente, de toute évidence, l’interprète idéal par son éclectisme et par sa soif de nouvelles expériences. Un enregistrement, en première mondiale, effectué dans la crypte de Lagorce en 2016 comprenant le Quatuor n°

Une superbe découverte que cet album regroupant vingt trois mélodies (sur une centaine composées) de Fernand de La Tombelle (1854-1928), compositeur quelque peu oublié de nos jours dont l’œuvre vocale se trouve ici exhumée grâce aux recherches incessantes du centre de musique romantique française du Palazetto Bru Zane. Aujourd’hui inconnu même des amateurs férus de raretés, Fernand de La Tombelle fut pourtant un organiste virtuose, un pédagogue reconnu, fondateur de la Schola Cantorum et un compositeur raffiné. Raffinement dont ces mélodies, enregistrées en première mondiale, portent témoignage (du moins pour l’essentiel d’entre elles…).

Des mélodies de salon, de prosodie relativement aisée, s’adressant aux amateurs éclairés et aux professionnels du chant, volontiers théâtrales, s’appuyant sur des textes de La Boétie, Beaumarchais, Lamartine, Gautier ou encore Hugo, ainsi que sur des œuvres de poètes moins connus qui eurent leur heure de gloire à la fin du XIXe siècle (Theuriet, Barbier, Brachet, Montverdun…). Un très beau corpus évoquant l’amour (romantisme oblige), le folklore populaire, la foi en Dieu, ou encore la Grande Guerre, dont Tassis Christoyannis et Jeff Cohen nous donnent un admirable aperçu par la perfection de la diction, par la facilité et la souplesse du chant, par l’expressivité de

Le pianiste prodige Alexandre Kantorow reprend dans ce dernier album discographique l’ensemble du programme donné en récital l’an passé (2016) à l’auditorium de la Fondation Vuitton. Des œuvres de compositeurs russes qui permettent au jeune pianiste de 20 ans de faire montre de son pianisme ébouriffant. Un album qui met bien sûr en avant une virtuosité exceptionnelle mais également un jeu d’une extrême variété et d’une stupéfiante richesse en couleurs et nuances, digne des plus grands. La Sonate pour piano n°1 op. 28 de Rachmaninov ouvre l’album.

Composée en 1907, elle est inspirée du Faust de Goethe et se construit autour de trois portraits, le premier mouvement de structure complexe rend compte des atermoiements de Faust, le second dresse le portrait de Marguerite, tendre et poétique, contrastant avec le troisième épique, effréné, diabolique répondant au personnage de Méphisto. L’Oiseau de feu de Stravinsky, dans la transcription de Guido Agosti, confirme des moyens exceptionnels, le piano s’y déploie dans tous ses états, de la confidence murmurée de la Berceuse aux ruissellements torrentiels et aux développements symphoniques du Final. Méditation et Passé lointain sont extraits des 18

Complices depuis de nombreuses années, le baryton allemand et le pianiste français se retrouvent encore une fois autour de Schubert, après leurs enregistrements des lieder de Wolf, Brahms et Schumann, pour ce superbe enregistrement du Schwanengesang (Chant du cygne) de Franz Schubert. Stephan Genz, spécialiste reconnu du Lied et Michel Dalberto, dernier pianiste vivant à avoir enregistré l’intégrale des œuvres pour piano de Schubert, font tout l’intérêt de cet album. Après le Winterreise, c’est aujourd’hui le Schwanengesang qui a les honneurs du disque. Un faux cycle, ensemble de quatorze Lieder mystérieux et variés réunis artificiellement par un éditeur après la mort du compositeur, caractérisé par leur hétérogénéité, parfois légers, hallucinés ou dramatiques, mettant à nu les différentes facettes de la personnalité complexe de Schubert, sur des textes de Rellstab, de Heine et de Seidl, tous réunis par une même «  poétisation » poignante apportée par la musique, tantôt mélancolique, lyrique, joyeuse ou encore théâtralisée du compositeur viennois.

Quatorze Lieder comme autant d’illustrations de la fameuse « Sehnsucht », terme difficilement traduisible en français, qui constitue le cœur de Lied. La souplesse de la

Après le succès unanimement reconnu de ses quatre premiers albums consacrés aux sonates de Domenico Scarlatti, Pierre Hantaï nous propose, aujourd’hui, le 5e opus discographique de ce libre parcours mené au travers des 555 sonates du compositeur italien, loin de tout projet d’intégrale. Seize sonates librement choisies constituent le programme de ce superbe CD. Tout a déjà été dit à propos des interprétations magistrales de Pierre Hantaï, maitre incontesté du clavecin : feu d’artifice sonore, virtuosité époustouflante, rigueur du jeu, puissance expressive, respect du texte où liberté, poésie, fougue et fluidité alternent et se mélangent dans un univers chaotique et organisé, domaine de tous les possibles, de toutes les audaces, réceptacle de toutes les influences (Celle de Rameau notamment).

Plus qu’une fastidieuse analyse des différentes sonates présentées ici (K. 551, 474, 475, 252, 253, 547, 87, 28, 211, 401, 388, 277, 124, 157, 238, et 205), il suffit de se laisser porter par le flux envoûtant de cette musique qui vous soulève, vous enivre, vous transporte dans un univers où tout n’est que danse, exotisme et théâtralité. Un superbe album qui n’a rien à envier aux quatre précédents. Indispensable évidemment !

Sur le plan auditif, ce conte chinois de Jean Froidevaux (né en 1933) — pianiste, vibraphoniste, organiste et arrangeur — pourrait être une gageure : comment associer piano et clavecin ? et pourtant, ils fusionnent à merveille dans cette histoire en 10 épisodes. Elle concerne un peintre chinois dont la main est paralysée à la suite d’un rêve où il aperçoit son âme sœur, Zhu-Ai ; il la cherche sans succès au marché, au Palais du Gouverneur, au Cabaret de la Lanterne rouge…, elle apparaît près de la source… S’ensuivent les noces, la mort de Zhu-Ai, le revirement de Cheng Bo…, les retrouvailles.


Sous cette trame narrative se greffe une atmosphère musicale bien « chinoise » : thème musical pentatonique (touches noires du piano, blanches du clavecin). Les épisodes narratifs sont encadrés en musique par une Ouverture festive introduite par un coup de gong chinois. Le récit évoque ensuite « Les retrouvailles », puis « La maison vide ». Après un léger coup de triangle qui « signale la disparition du couple dans des sphères invisibles…, le Yin et le Yang ont fusionné dans le Tao ».
Le langage musical (avec une thématique adéquate et, dans le livret, citations des thèmes de chaque partie) et même la couleur des illustrations suggèrent la Chine. Pour

Ce disque a été diffusé lors de l’Exposition : Amazonie. Le Chamane et la pensée de la forêt (Musée d’Ethnographie de Genève, du 20.05.2016 au 8.01.2017). Comme le constatent Mathias Lévy et Bernd Brabec de Mon : « Le rapport qu’un individu entretient avec l’univers qui l’entoure et la manière d’organiser son expérience du monde sont liés à la perception qu’il s’en fait. Pour les populations amérindiennes d’Amazonie qui ont développé une acuité remarquable de leur environnement naturel, c’est avant tout par l’ouïe et dans le son que la mise en relation entre soi et le reste du monde s’établira… ».


Cette réalisation discographique démontre l’importance de la perception auditive. 24 haut-parleurs étaient répartis pendant l’exposition. Le montage groupe des sources enregistrées in situ : environnement, bruits, d’animaux et des hommes, musiques associées aux divers rituels… En fins connaisseurs, les deux ethnologues et anthropologues ont réalisé 13 pièces relatives aux activités quotidiennes : chasse, pêche, déforestation, mais aussi cérémonies initiatiques, guérisons, préparation à la guerre…

Le mot latin luctus (en polonais zalosc) signifie douleur, chagrin et deuil et — par extension pour le présent disque et en fonction du programme — les réactions et la tristesse de Marie au pied de la croix lors de la crucifixion de Jésus, son attitude face à la mort ainsi que l’intense prière du Requiem. Deux interprètes polonaises Dorota Calek (soprano) et Marietta Kruzel-Sosnowska (orgue) mettent leur talent et leur sensibilité au service de cinq compositeurs polonais et d’une musique baignant dans l’intériorité.
Le livret propose aux mélomanes les textes latins et polonais (adaptation de Gertruda Miezszkovna et Gerard Kilroy).

Ils évoquent, au fil des plages, une émouvante Oraison pour les vivants et les morts de Romuald Twardowski (né en 1930) ; une insistante prière Memorare, o piissima Virgo Maria d’après Saint Bernard de Clairvaux (début XIIe s.), suivie d’une autre prière (très exigeante sur le plan vocal) : Convertere me Domine ad te de Marcin Tadeuz Lukaszewski (né en 1972) ; l’impresionnant Psaume 130, plus développé : De profundis clamavi ad te, Domine — évoluant des profondeurs sur des longs accords tenus, se

< Depuis un certain temps, les Éditions JADE soutiennent l’évolution de l’Ensemble Harmonie géorgienne et de son chef Nana Peradze. Née en Géorgie, pendant la difficile période communiste, elle a réussi à y créer  des chœurs dans les Églises et Monastères et à former des enfants et adolescents au chant choral et a été chef de chœur dans plusieurs Églises. En 1999, elle s’installe à Paris, étudie au CNSM puis y dirige le Chœur de la Cathédrale serbe. En 2006, elle crée l’ensemble bien connu Harmonie géorgienne groupant des amateurs et chanteurs professionnels géorgiens, russes et serbes. Ils donnent de nombreux concerts en France et à Belgrade, et enregistrent pour le Label JADE qui soutient aussi fidèlement l’itinéraire de Divna Ljubojevic et son Chœur Melodi.


Leur objectif consiste à faire connaître les chants liturgiques orthodoxes se réclamant de diverses traditions : byzantine, géorgienne, russe et slavonne. Cette compilation présente 17 pièces illustrant différentes formes liturgiques orthodoxes : tropaire (du grec troparion, signifiant « mode, ton »), à l’origine  courte prière chantée après chaque verset de Psaumes ou autres textes vétérotestamentaires ; kondakion, sorte de prédication solennelle de caractère récitatif après la lecture de

Ce Volume 6 est réalisé par Rainer Schmidt (violon Guadagnini, 1779) et Saiko Sasaki-Schmidt (piano Steinway). Lui a fait ses études à Hanovre et à Cincinnati ; elle, à Tokyo, puis au Brésil et à Boston. Formés auprès des meilleurs maîtres, ils se produisent en duo et en solo.
Ils proposent un programme en trois parties avec la deuxième Sonate en La Majeur pour pianoforte et violon (op. 100) de Johannes Brahms (1833-1897), très largement diffusée depuis sa création en 1886 ; la Sonate n°2 en Si b Majeur pour piano et violon (1893) de son élève, Gustav Uwe Jenner (1865-1920), quelque peu influencé par J. Brahms ; enfin, 3 Fantaisies (Phantasiestücke) op. 43 (1848) de Carl Reinecke (1824-1910), compositeur prolifique qui connaît actuellement un regain d’intérêt.

À remarquer une certaine parenté sémantique et mélodique entre ces trois Fantaisies baignant dans le romantisme, tout en étant en voie de le dépasser au profit de l’esthétique de la fin du XIXe siècle. On y sent, tour à tour, l’empreinte de F. Mendelssohn, dans l’Andante ; celle de Robert Schumann dans l’Allegro molto agitato, alors que la 3e : Jahrmarkt-Szene : Molto vivace est plus personnelle.

Cette Anthologie est compilée par Éric Lebrun en 2017 pour le Label CHANTELOUP Musique. Elle est réalisée par Isabelle FREMAU (soprano) — Premier Prix de chant de la Ville de Paris, spécialiste de la mélodie française, fondatrice de l’Ensemble Passacaille et « chantre » professionnelle de Paris » — et Marie-Ange LEURENT à l’Orgue de la Cathédrale Notre-Dame de Créteil, accompagnatrice et soliste. Élève de Gaston Litaize, Premier Prix d’Orgue dans la classe de Michel Chapuis, est titulaire du Grand Orgue de Notre-Dame de Lorette à Paris ; elle enseigne notamment l’orgue et, à l’Université Paris-Sorbonne, l’écriture musicale.
Le programme de 23 pièces brèves est centré autour de 4 idées : Paix sur la terre (Et in terra pax), la paix, prière pour la paix et Agnus Dei. Le dénominateur commun est donc la paix (Pax en latin, Frieden en allemand et Peace en anglais, Paz en portugais, Shalom en hébreu).


Isabelle Fremau vit intensément les textes et s’impose par sa justesse et sa maîtrise de l’aigu. Elle est soutenue avec discrétion et musicalité par Marie-Ange Leurent avec laquelle elle forme une merveilleuse équipe. En soliste, à l’Orgue de la Cathédrale Notre-Dame de Créteil, en parfaite connaissance des styles, elle interprète : trois Et in

Au Grand Siècle, à la Cour de Louis XIV, les Leçons de Ténèbres marquent un moment important du temps liturgique de la Passion. François Couperin (1668-1733, dit Couperin le Grand) a composé neuf Leçons entre 1713 et 1717. Seules 3 ont été conservées et concernent le Mercredi de la Semaine Sainte.
La première Leçon reprend les Lamentations de Jérémie (dans l’Ancien Testament) : chapitre 1, versets 1 à 5, la lecture chantée est précédée de l’incipit : Ici commence la Lamentation du Prophète Jérémie. Chaque leçon, désignée par une lettre hébraïque, se termine par l’injonction à l’impératif : « Jérusalem, convertissez-vous au Seigneur notre Dieu ».

Dans la première Leçon, Jérémie se lamente : la ville est abandonnée et détruite, les rues pleurent leur solitude et les ennemis sont devenus ses maîtres. La deuxième Leçon se poursuit au chapitre 1, versets 6 à 9. La fille de Sion a perdu toute sa beauté car Jérusalem a commis de grands péchés et son ennemi est insolent. La troisième Leçon (à 2 voix) repose sur les versets 10 à 14 et déplore que le peuple gémisse et cherche du pain. Puis le texte le plus poignant (souvent traité par les

Cet enregistrement live réalisé en l’Église Saint-Thomas à Strasbourg (24 novembre 2015) associe trois compositeurs et professeurs qui, dans la seconde moitié du XXe siècle, ont tant contribué au renom de la Schola Cantorum de Paris.
Pierre Wissmer (1915-1992), franco-suisse, est né à Genève où il fait ses études. À partir de 1935, il s’installe à Paris, il s’y perfectionne auprès de Roger Ducasse et en contrepoint avec Daniel Lesur à la Schola Cantorum dont il sera le directeur (1962-1963). Son maître, Daniel-Lesur (1908-2002) l’a précédé à ce poste (1957-1962). Élève de Charles Tournemire, il assume également des fonctions d’organiste à Paris. Il a fait partie, avec, entre autres André Jolivet et Olivier Messiaen, du Groupe « Jeune France », en réaction contre le dodécaphonisme et le néoclassicisme.

Il a également été Inspecteur général de la Musique au Ministère des Affaires culturelles. Enfin, Jean-Jacques Werner (né à Strasbourg en 1935), chef et compositeur, élève de Fritz Münch au Conservatoire de Strasbourg, puis de Pierre Wissmer et Daniel-Lesur à la Schola, a été jusqu’à sa retraite directeur du Conservatoire de Fresnes et

Jan A. Jarnicki, l’entreprenant directeur artistique et producteur du Label polonais Acte Préalable, s’est donné pour objectif la promotion des compositeurs et interprètes de son pays et, à leur tour, ces artistes n’hésitent pas à faire connaître, en premier enregistrement mondial, des œuvres françaises peu connues. C’est le cas de cette nouvelle production consacrée à René de Boisdeffre (1838-1906), découvert en 2016 par J. Jarnicki qui a attiré l’attention sur sa Sonate pour violon et piano n°2 et des miniatures pour ces deux instruments (cf. LI, 108, nov. 2016). Ce second CD, appelé à un accueil aussi enthousiaste que le premier, reproduit des œuvres pour flûte et piano (occasionnellement flûte, piano et violon) dans la mouvance romantique.


René de Boisdeffre  est né à Vesoul en 1838 et mort à Vézelise (Lorraine) en 1906). Il a fréquente le Conservatoire de Paris, a été conseillé par Camille Saint-Saëns et faisait partie de la Société Nationale de Musique en 1871. Ses œuvres dénotent l’influence à la fois de Felix Mendelssohn et Charles Gounod. Il privilégie la musique de chambre dans l’esprit du XIXe siècle traduisant la mélancolie. Il cultive les formes traditionnelles. Sa Sonate pour piano et flûte (op. 50) est structurée en 4 mouvements

Le Label GALLO invite ses fidèles admirateurs — par le biais de l’image et du son — à découvrir le compositeur suisse Heinrich Schweizer (né en 1943), diplômé du Conservatoire  et de la Haute École de Musique de Zurich, en tant que musicien d’orchestre et professeur de théorie musicale. Il est de surcroît un remarquable photographe attesté par son DVD qui convie les discophiles à un somptueux itinéraire photographique et sonore d’un demi-siècle à travers les cinq continents, donc « autour du monde » dans les pays où il a assisté à l’exécution publique de ses œuvres. Ses 700 photos, culturellement très diversifiées, concernent à la fois des paysages typiques, lieux magnifiques, portraits évocateurs, situations exceptionnelles. À noter la précision des prises de vue très présentes, le rendu des couleurs et des reliefs. Ce DVD est un hymne aux beautés de la terre.


Comme le rappelle Nick Rowland, « finalement, le but principal devrait être, selon les propres mots du compositeur, de créer, toujours si possible, un bon divertissement et de susciter la joie d’écouter, notamment en appréciant les cultures et sonorités extra-européennes ». Heinrich Schweizer et sa famille vivent alternativement en Suisse ou

Samuel Barber (1910-1981) et son contemporain Randall Thompson (1899-1984), son maître,  sont deux figures marquantes dans l’histoire de la musique américaine. Le premier, né en 1910 et mort à New York en 1981, n’est pas que le compositeur du célèbre Adagio pour cordes. Il a composé des pages vocales, des mélodies pour chant et piano, pour soprano et orchestre, ou pour chœur et orchestre. Son opus 43, The Lovers, est écrit pour baryton solo, chœur et orchestre. Il s’agit d’une œuvre de commande de la Banque Girard (de Philadelphie) qui souhaitait une transcription musicale des 20 Chansons d’amour et d’une chanson désespérée (Twenty Poems and a Song of Despair) de Pablo Neruda (1904-1972), poète, diplomate et homme politique chilien.

Après le Prelude, l’œuvre concerne de nombreux sujets parmi lesquels : le corps d’une femme, une petite fille brune, une berceuse (Close Your Eyes), la profonde tristesse : « Tonight, I can write the saddest lines… », jusqu’à la conclusion : Cemetery of Kisses (Cimetière de baisers) évoquant la destinée et le départ. Il s’agit d’une musique descriptive enrobée de désirs, associant également des passages lyriques (chaleur de l’été, crépuscule perdu…). Composée en pleine dépression après la

Voici un rare exemple d’une fratrie (fils d’organiste) dont 4 sur 8 sont des compositeurs. L’aîné, Otton Mieczyslaw Zukowski (1867-1942), a fait ses études à Lwow et vraisemblablement à Vienne. À partir de 1888, il enseigne dans diverses institutions, puis sera inspecteur national des Écoles polonaises ; il est également compositeur et pianiste. Jan (1870-1911), Docteur en théologie, a été professeur au Département de Théologie de l’Université de Lwow ; Stanislaw (1881-1935) aussi professeur de théologie et, à deux reprises, Doyen de l’Université ; Aleksander (1879-1911), compositeur. Leurs œuvres religieuses comportent des Messes pour chœur mixte ou solistes avec orgue, un recueil de chants religieux, des œuvres chorales dont ces deux disques donnent un aperçu éloquent.



La musique religieuse d’Otton Mieczyslaw Zukowski et de ses frères est respectivement consacrée à Marie, Mère de Dieu tant vénérée en Pologne, à la Vierge bénie, à sa louange, ainsi qu’aux antiennes Ave Maria et Salve Regina et à la fête de l’Assomption (Vol. 7) ;  à la Mère du Perpétuel Secours, mais aussi aux Sacrements à l’honneur du Christ-Roi (vol. 8). Parmi les textes en latin, figurent Adoro te, devote, la Missa in Honorem immaculatae Conceptionis Beatae Mariae Virginis. Les paroles presque toutes en