La relation artistique, fondée sur une mutuelle amitié, entre Pierre Boulez et Daniel Barenboim restera l'une des plus fructueuses de la fin du XX ème siècle et du début du XXI ème. Leur première rencontre se situe à Berlin en 1964, dans la toute nouvelle Philharmonie, alors que le jeune pianiste irsaélien interprète le 1er concerto de Bartók sous la direction du maitre français qui lui-même fait ses premiers pas à la direction d'orchestre. Depuis lors combien de projets en commun, par exemple lorsque Barenboim, alors directeur musical de l'Orchestre de Paris, passe commande à Boulez de « Notations pour orchestre », puis à Chicago, Salzbourg... Jusqu'à cette collaboration avec le West-Eastern Divan Orchestra, l'orchestre israélo-palestinien fondé par Barenboim et Edward Said, que le chef français dirigera à plusieurs reprises à partir de 2007.

Ultime hommage : la construction, à Berlin, de la « Pierre Boulez Saal », la salle modulable au cadre intime dont rêvait Boulez pour Paris, et inaugurée en mars dernier. Une salle en ellipse sur les plans de l'architecte Frank Gehry, située sur la Französischestrasse... à deux pas du Theater unter den Linden. Le présent album résume les

Grâce aux efforts de la Fondation Bru Zane, Fernand de La Tombelle (1854-1928) sort de l'ombre, du moins pour ce qui est de ses mélodies. Ce compositeur prolifique et atypique, ami de Théodore Dubois et de Camille Saint-Saëns, qui fut aussi poète, chroniqueur, photographe et peintre, s'est, entre autres, illustré dans le répertoire chambriste et a écrit de nombreuses mélodies tout au long de sa carrière, dont le cycle « Pages d'amour » en 1912. Si elles furent essentiellement chantées dans les salons musicaux de l'époque, dont celui de son épouse, femme de lettres, en son hôtel particulier à Paris et dans sa propriété à Fayrac en Périgord, elles n'en demeurent pas moins de parfaites illustrations d'un style musical romantique français tardif qui tient sa place parmi ses contemporains.

De La Tombelle se tint en effet à distance à la fois du wagnérisme envahissant ambiant et de la modernité assumée d'un Debussy, revendiquant farouchement son indépendance. Puisant chez Victor Hugo (« Hier au soir »), Lamartine (« Ischia »), Théophile Gautier (« Les Papillons », « Promenade nocturne ») ou encore Beaumarchais (« Couplets de Chérubin »), il s'adresse aussi à des auteurs de son époque, quelque peu oubliés aujourd'hui, tels La Boétie (« Sonnet ») ou André Theuriet (« Ballade »).

Le programme de ce disque, concocté par Gidon Kremer, est centré sur le Deuxième Trio élégiaque op. 9 de Rachmaninov (1894). Sous-titré « A la mémoire d'un grand artiste », l'œuvre est née de l'immense admiration du compositeur pour son aîné Tchaïkovski et de l'émotion intense causée par sa disparition en 1893. La partie de piano, traitée avec égards, est toujours mise en avant. Une grande tristesse baigne l'œuvre au fil de ses trois mouvements. Ainsi de la plainte abyssale qui ouvre le moderato, qui va crescendo, violon et violoncelle s'épanchant à l'unisson sur un lamento du piano. Rapidement vient une section plus animée, allegro vivace, où la ton de confession se fait plus tendu, conduisant à un flot virtuose. Mais la coda reviendra à un tempo plus serein, comme l'expression d'une douleur insondable exprimée aux deux cordes de nouveau à l'unisson.

Le « Quasi variazione », qui n'est pas sans rappeler le mouvement identique du Trio avec piano de Tchaïkovski, est basé sur un thème que Rachmaninov a emprunté à son poème symphonique « Le Rocher », et énoncé par le piano. Suivent huit variations, chacune traitée de manière originale dans des univers sonores très différents,

Serge Rachmaninov était un pianiste virtuose. Cela se ressent dans son écriture. Ses trois concertos pour piano agissent tel un aimant tant vis à vis des interprètes que du public. Il était immanquable que la fougueuse Khatia Buniatishvili se lance dans l'aventure. Là où on s'attendait à des débordements, il semble bien que la dame se soit assagie. Le Deuxième concerto op. 18 que Rachmaninov complète en 1901, après une longue crise dépressive, reste sans doute le plus joué et aimé du public. On en a aussi utilisé servilement bien des thèmes au cinéma et ailleurs, celui de l'adagio en particulier. C'est le prototype du grand concerto romantique finissant. Le premier mouvement découvre un monde onirique depuis ses sombres grands accords détachés du piano crescendo introduisant quelque tourbillon sonore, pour un concentré de tension dramatique et de lyrisme presque voluptueux.

À l'opulence orchestrale fait écho la virtuosité tellurique du clavier. Buniatishvili et Järvi jouent les changements de climat extrêmes et l'on perçoit une volonté commune de ne pas « faire trop virtuose ». De même la rêverie qu'est l'adagio sostenuto avec son thème mémorable initié à la flûte est justement hors de tout sentimentalisme. Si le

Le genre du piano à quatre mains émaille la production schubertienne depuis 1810, avec une première Fantaisie, jusqu'à 1828, année où vont éclore plusieurs pièces majeures. Jouer de la sorte – et Schubert lui-même y excellait - passait à l'époque pour une des meilleures manières de savourer le temps de la compagnie entre amis et plus encore la communion dans la musique. Andreas Staier et Alexander Melnikov se sont concentrés sur les pièces tardives. Et d'abord la Fantasie op. 103, D. 940 en fa mineur. Son thème initial inquiet, fragile, distille une infinie tristesse. Il reviendra en boucle au fil d'une pièce que caractérise son architecture libre : un seul et vaste mouvement divisé en quatre sections ; en fait, une sorte d'impromptu.

Ses climats différents traduisent le parcours d'un ''Wanderer'' solitaire et nostalgique. D'après ses amis, Schubert rend hommage à celle qui restera son « amour idéal », sa jeune élève la comtesse Caroline Esterhàzy. Le moment le plus étonnant reste la troisième partie, allegro vivace, sorte de scherzo engageant, plein de verve, et son trio marqué « con delicatezza », L'œuvre s'achève par un vaste développement fugué à l'ampleur presque orchestrale, jusqu'à ce silence qui précède le retour du thème d'une

Poursuivant l'exploration de territoires peu labourés, Les Vents Français abordent des pièces de Beethoven rarement jouées. Elle appartiennent aux années de jeunesse, partagées entre Bonn et Vienne, alors que le compositeur était influencé par la musique d'harmonie si en vogue à l'époque. Il bénéficiait des conseils de Joseph Haydn et était impressionné par la virtuosité de musiciens tels le clarinettiste Anton Stadler, le corniste Jan Vaclav Stich, dit Giovanni Punto, ou encore les hautboïstes Johann, Franz et Philipp Teimer. Le Trio WoO 37 pour piano, flûte et basson remonte à 1786 – Beethoven a seize ans -, mais publié op. posthume, voit le clavier mener la danse quoique l'écriture pour les deux bois soit habile, en particulier le joyeux babil de la flûte dans l'allegro initial. Au fil d'un adagio mélancolique, flûte et basson se partagent la mélodie tandis que le piano renforce ce dialogue original.

Le finale, enchainé après une belle pirouette de la flûte, offre la première série de variations composées par Beethoven ; un thème clair ouvre la voie à sept variations mettant en valeur l'un ou l'autre des trois partenaires avant qu'ils ne s'unissent dans la dernière pour une fin en apothéose. Le Trio op. 87, de 1795, originellement pour

La pratique du concerto chez Telemann (1681-1767) s'avère d'une extrême richesse dans sa variété, procédant sans doute de bien des influences italiennes, de Corelli, de Torelli et bien sûr de Vivaldi, mais aussi des français dont il admirait la manière calquée sur la danse. Les œuvres enregistrées sur le présent disque se situent entre les années 1710 et 1720. Outre la diversité des instruments solistes choisis et leurs combinaisons pour le moins originales souvent, on est frappé par l'inventivité sans fin de la thématique. Il s'agit de pièces démonstratives pour les solistes réunis et visant à mêler des atmosphères différentes, comme l'intimisme lié à la musique de chambre et l'opulence de ce qui était destiné à des exécutions publiques, le cas échéant à l'extérieur même de toute salle de concert.

D'où la singularité de pièces dont l'effectif instrumental est distribué de manière différentiée selon les mouvements. Ainsi du concerto TWV 54:D3 pour trois trompettes, timbales, deux hautbois, cordes et basse continue qui démarre dans son « Intrada-Grave », sur les fanfares des trompettes et timbales, puis s'alanguit au fil d'un largo où se distinguent les hautbois. Il en va de même du concerto TWV 53:h1 pour deux flûtes et calchedon (sorte de luth), bâti sur le schéma quadripartite lent-vif-lent-vif, et

Philippe Jaroussky réalise un rêve : créer un mini opéra imaginaire centré sur l'histoire d'Orfeo, en empruntant à trois compositeurs qui l'ont célébrée, chacun dans leur œuvre éponyme, à des périodes différentes du Seicento : Claudio Monteverdi (Mantoue, 1607), Luigi Rossi (Paris, 1647) et Antonio Sartorio (Venise, 1672). «  Une cantate à deux voix et chœur, recentrée sur les seuls personnages d'Orphée et d'Eurydice », précise le chanteur. Pour un concentré dramatique de la trame bien connue, et alors que chacun des trois compositeurs, avec son style propre, met plus spécifiquement l'accent sur un moment différent de celle-ci. Les enchainements imaginés ici se révèlent particulièrement judicieux dramatiquement et musicalement.

On passe sans solution de continuité, mais dans le souci du déroulement de l'histoire bien connue d'Orphée, de l'un à l'autre au fil de solos, duos ou interventions du chœur. Surtout il est fascinant de constater l'évolution du langage musical et l'importance des changements stylistiques entre ces trois musiciens du XVII ème siècle italien : Monteverdi qui réalise à l'opéra une synthèse poético-dramatique parfaite à partir de la composante pastorale et apporte un faste instrumental jusqu'alors inconnu ; Rossi

Voici un disque qui présente nombre d’œuvres de musique de chambre, à l’exception du quatuor à cordes Ainsi la nuit, composées par Henri Dutilleux (1916-2013) tout au long de sa période créatrice étendue sur plus de soixante ans, de 1942 à 2010. Ne boudons pas notre plaisir à l’écoute de ces quelques œuvres de jeunesse, quatre pièces (Sarabande et cortège pour basson et piano, Sonatine pour flûte et piano, Sonate pour hautbois et piano, Choral, cadence et fugato pour trombone et piano) que le compositeur renia par la suite au point de demander qu’on les retirât de son catalogue car ne correspondant pas véritablement à « sa » musique. Des pièces de concours, certes, empreintes d’une indéniable fraicheur et interprétées ici par des musiciens prestigieux comme Nora Cismondi (hautbois), Emmanuel Curt (percussions), Alexis Descharmes (violoncelle), Mathieu Dupouy (clavecin), Fany Maselli (basson), Magali Mosnier (flûte), Jonathan Reith (trombone), Axel Salles (contrebasse) et Sébastien Vichard (piano).

S’y ajoutent des compositions plus tardives, non apocryphes celles-là, comme les Trois Strophes sur le nom de Sacher pour violoncelle solo et Les Citations, dyptique pour

Après le succès de son premier album (« Russian Impulse ») la jeune pianiste Fanny Azzuro nous présente, ici, son second opus discographique sous le titre un peu abscons « 1905 Impressions ». Un titre mystérieux sous lequel se cachent bien des merveilles et un programme d’une belle cohérence associant Ravel, Debussy et Albéniz pour des œuvres toutes contemporaines, datant de 1905, marquant un début de siècle riche en bouleversements artistiques, et notamment musicaux, où les compositeurs suggèrent un foisonnement d’images et de correspondances entre musique et peinture sans pour autant faire allégeance au pouvoir de la représentation (Impressionnisme).

Miroirs (Noctuelles, Oiseaux tristes, Une barque sur l’océan, Alborada del gracioso et La Vallée des cloches) de Maurice Ravel nous fait pénétrer sur le versant caché de la vraie médaille et nous donne à saisir l’insaisissable. Cinq pièces où Ravel déploie toute son originalité, expression de l’âme, peinture d’atmosphère faite de fluidité, de rêve, de tristesse, de balancement, mais aussi d’humour, de tragique ou de sérénité. Le premier livre d’Images de Claude Debussy (Reflets dans l’eau, Hommage à Rameau,

Un disque superbe du clarinettiste français Patrick Messina, associé au pianiste Fabrizio Chiovetta et pour quelques pièces à l’altiste Pierre Lenert. Un enregistrement qui reprend tous les incontournables du répertoire schumannien pour la clarinette (Drei Romanzen op. 94, Fantasiestücke op. 73, Marchenerzählungen op. 132) auxquels s’ajoutent des pièces moins connues comme les Drei Romanzen op. 22 composées par Clara et dédiées au violoniste Joseph Joachim, ainsi que trois pièces résultant de transcriptions à partir des Pièces à quatre mains pour petits et grands enfants (Trauer op. 86 n° 6 et Abenlied op. 85 n° 12) ou encore de Lied comme In der Nacht op. 74 n° 4. Un CD magnifique où la prouesse technique (rondeur de la sonorité, legato, souplesse de la ligne, complicité et équilibre) le dispute à la qualité superlative de l’interprétation capable de rendre toutes les facettes de la personnalité complexe de Robert Schumann.

Les Trois Romances de l’opus 94, datant de 1849, offertes en cadeau de Noël à Clara figurent les temps heureux dans un climat toutefois teinté de mélancolie, de candeur enfantine et d’élan romantique, ce clair obscur caractéristique à travers lequel semble filtrer une indicible inquiétude qu’on retrouvera par instants dans les

Comme le titre de cet album ne l’indique pas, le programme de cet enregistrement comprend en fait les deux quintettes pour clarinette et quatuor à cordes de Mozart (K. 581) et de Weber (Op. 34). Deux pièces majeures et incontournables du répertoire de tout clarinettiste. Pièces célèbres, certes, dont les versions de référence ne manquent pas, c’est dire le niveau d’excellence qu’un tel enregistrement présuppose…Pari audacieux mais pari parfaitement réussi pour le clarinettiste français Pierre Génisson associé pour l’occasion au Quartet 212 composé de solistes du Metropolitan Opera de New York. Si le premier album de Pierre Genisson en compagnie de David Bismuth au piano (« Made in France ») avait recueilli tous les suffrages dans le répertoire français (Debussy, Chausson, Saint-Saëns, Poulenc, Massenet), il ne fait pas de doute que celui-ci récoltera les mêmes louanges tant la profondeur et la finesse de l’interprétation le dispute à la virtuosité et à la facilité technique.

Il n’est pas nécessaire de rappeler, ici, les liens familiaux unissant les deux compositeurs avec toutefois une génération de décalage, l’un appartenant à la fin de l’époque classique, l’autre au début du Romantisme. Deux compositions bien différentes, profonde, pure, lumineuse et intime pour Mozart, sans doute plus théâtrale, exubérante,

Un disque d’une particulière force expressive que cette Passio Secundum Johannem, probablement composée par Alessandro Scarlatti en 1685 à Naples, où le drame se joue tant par la voix (déclamation et le contraste des tessitures) que par le jeu des instruments entretenant le pathos. Pour cet enregistrement Leonardo García Alarcón a intercalé, avec pertinence entre les différents numéros de cette Passion, des Responsori per la Settimana Santa du même Scarlatti, sous forme de méditations du Chœur, dont l’analogie stylistique frappante avec la Passion, témoigne de la contemporanéité des deux œuvres. Un disque parfaitement maitrisé au plan musical, tant vocalement (Giuseppina Bridelli dans le rôle de l’Evangéliste, Salvo Vitale dans celui du Christ, ainsi que le Chœur de Namur sont, ici, remarquables) qu’instrumentalement. Une interprétation ardente et sobre, une belle prise de son et un livret didactique ajoutent au succès de cet album. Que demander de mieux ?

Un très bel album consacré en totalité à la musique de Girolamo Frescobaldi (1583-1643) dont le charme, la fraîcheur, l’élégance et la délicatesse sont ici exaltés par le jeu lumineux et virtuose de Yoann Moulin, qu’il s’agisse du clavecin italien Philippe Humeau de 2012, ou du virginal de Jean-François Brun, copie d’un instrument italien anonyme datant de 1626. Un programme cher à tous les clavecinistes comprenant Il primo (1615) et Il secondo (1627-1637) libro di Toccate ainsi que Recercari e Canzoni franzese (1615) qui permet de juger de toute la richesse et de toute la diversité des compositions du maître italien qui, célébré dans toute l’Italie comme maitre du clavier, fut notamment titulaire de l’orgue de la basilique Saint-Pierre de Rome. Pour son premier album solo Yoann Moulin réussit, ici, un coup de maitre. Un disque qui ravira, à n’en pas douter, tous les amateurs du genre.

< La jeune violoncelliste suisse Estelle Revaz, née en 1989, est passionnée par Jean Sébastien Bach, « père de la musique pour violoncelle seul ». Après ses études dans son pays natal, puis au CNSMD de Paris et à la Musikhochschule de Cologne, elle s’est rapidement imposée sur la scène internationale en Europe, Asie et Amérique du Sud. L’originalité de cet enregistrement consiste — selon le principe très en vogue actuellement de l’alternance entre tradition et modernité — à insérer entre chaque mouvement des Suites n°1 et 3 (pour violoncelle solo) de J. S. Bach, de brèves compositions de notre temps, par exemple de Berndt Alois Zimmermann (1918-1970), Heinz Holliger (né en 1939), Luciano Berio (1925-2003), György Ligeti (1923-2006), Pascal Dusapin (né en 1955)… et surtout, en première mondiale, le Cantus II de Xavier Dayer, né à Genève en 1972, titulaire de nombreux Prix, ayant composé pour de prestigieuses institutions en Suisse, Allemagne et France. La démarche illustre les nombreuses possibilités de coloris, timbres, paysages sonores ainsi que la profondeur expressive du violoncelle.

Sobriété et simplicité sont de mise dans l’interprétation des deux redoutables Suites pour violoncelle seul (BWV 1007 et 1009). À remarquer que, dans son Cantus II, un

Si cette réalisation brille par son originalité, elle a aussi le mérite de démontrer les possibilités sonores et les coloris de clarinettes de différentes tessitures ; elle résulte d’une étroite collaboration entre les deux instruments et neuf compositeurs contemporains qui n’ont pas ménagé leurs conseils. (Voir aussi recension du CD « Chamber Music for Piccolo Clarinets… » (chez VDE GALLO, cf. LI n°114). Le sous-titre : No parking semble être lié à la brève pièce de Bernard Cavanna (né en 1951), intitulée paradoxalement : Parking Schubert pour clarinette en si b et clarinette basse ; il précise qu’il s’agit d’« un parking imaginaire où sont convoqués à la fois l’urbanité et le classicisme.

Le titre fut cependant imaginé bien avant la composition de la pièce et il sera donc bien difficile d’y reconnaître quelques parpaings ou gruppetto ; il s’agit d’un continuum à deux voix qui s’inspire d’un fragment écrit pour orgue de barbarie et un motif emprunté à un concerto pour accordéon associé à un thème ethnique de Katerina Fotinaki (son étudiante), œuvre d’une grande complexité rythmique ». Sa brièveté contraste avec les 10 Duos de Philippe Hersant (né en 1948), dont six transcriptions de ses 8

Le Label Acte préalable privilégie la musique et les interprètes polonais et fait aussi connaître d’autres compositeurs, par exemple le norvégien Konrad Øhrn. Ce CD commence par les Dances reprenant la structure traditionnelle de la Suite, quelques Miniatures ou encore le Concerto pour 2 flûtes et cordes, interprété par T. Rostvik et K. Kasminska (flûtes), le CoOperate Orchestra, sous la direction d’Adam Domurat et le jeune ensemble d’élèves de l’Académie de Musique de Poznan, rompu à un vaste répertoire allant de la musique baroque à l’époque contemporaine (ensemble avec violons, altos, violoncelles et contrebasse). L’European Flute Ensemble regroupe des flûtes, flûtes alto et flûtes basse.


Konrad Øhrn, né le 22 janvier 1950, d’abord pianiste, a composé dès son jeune âge ; il a environ 200 œuvres et arrangements à son actif. Il précise qu’après avoir été tenté par le dodécaphonisme et le sérialisme, il a personnellement opté pour un plan tonal plus franc et la clarté des lignes mélodiques. Il souhaite que sa musique réconforte les auditeurs. Dances — a Suite in 7 movements, œuvre de commande, date de 2012. Son style est à la fois néoclassique et contemporain sur le plan

Cet hommage à Julien-François Zbinden, compositeur suisse, est réalisé grâce à des documents d’Archives de la Radio Télévision Suisse. Né à Rolle (Canton de Vaud) en 1917, d’abord pianiste de jazz, il étudie le contrepoint et l’orchestration avec René Gerber à Neuchâtel, Régisseur de la Radio de Suisse Romande, ensuite chef de service chargé des émissions musicales, puis directeur adjoint. Son esthétique est notamment marquée par l’influence d’Arthur Honegger et de Maurice Ravel. Ce 13e album illustre son activité de compositeur, recouvre des œuvres allant de 1948 à 2014 et évoque ses nombreux centres d’intérêt, ses compositions pour l’Ensemble Romand d’instrument de cuivre (ERIC), sa participation en tant que pianiste et compositeur (émissions de Jacques Rollan, à Lausanne), « un de ses amis les plus chers », ses affinités avec le jazz et notamment Cole Porter, ou encore la musique légère en général.


Le texte de présentation rédigé par Julien-François Zbinden, est complété par un apport photographique significatif, donnant un excellent aperçu visuel de son entourage artistique (interprètes, séances d’enregistrement) et de son 97e anniversaire (en 2014). Au fil des plages, les discophiles l’entendront en tant que pianiste, compositeur :

L’organiste française bien connue, Jeanne Demessieux (née à Montpellier en 1921-décédée à Paris en 1968) est aussi pianiste, improvisatrice, compositrice et remarquable pédagogue. Installée en 1932 à Paris, au Conservatoire, elle étudie le piano, l’écriture, la composition et l’orgue (Premier Prix en 1941) auprès des meilleurs maîtres. De 1962 à sa mort prématurée, elle est l’organiste titulaire de La Madeleine (Paris) et, de 1950 à 1952, professeur au Conservatoire de Nancy puis, de 1952 à 1968, au Conservatoire royal de Liège. Avec notamment Henriette Puig-Roget, Marie-Louise Girod-Parrot et Marie-Claire Alain, elle a été l’une des premières organistes professionnelles françaises.


Le programme présente ses œuvres pour orgue les plus marquantes : CD 1 : Sept Méditations sur le Saint-Esprit (op. 6, 1947) ; Douze Chorals-Préludes sur des thèmes grégoriens (op. 8, 1950) ; CD 2 : Triptyque (op. 7, 1948) ; Prélude et Fugue dans le mode lydien (op. 13, 1962) ; Six Études (op. 5, 1946) ; Te Deum (op. 11, 1959) et Répons pour le temps de Pâques (1962-3). Elles ont été interprétées par Pierre Labric (né également en 1921) à l’Orgue Aristide Cavaillé-Coll (1890) de l’Abbatiale Saint-

L’attention de nos lecteurs à propos d’Astor Piazzolla (1921-1992), musicien argentin très populaire, a été attirée dans la LI n°114 (mai 2017, cf. Astor PIAZZOLLA : La musique de Buenos Aires). Ses études musicales étant terminées à Paris, il retourne dans son pays d’origine. En 1958, après un séjour aux États-Unis, il revient en Argentine. L’écrivain Alberto Rodriguez Munoz lui ayant demandé une musique pour accompagner sa pièce de théâtre Le tango de l’ange — relatant l’histoire d’un ange qui est apparu dans un immeuble de Buenos Aires pour purifier l’âme de ses habitants —, il compose alors une Introduccion al Angel que toutefois il n’intégrera pas dans sa Trilogie de l’ange.

L’œuvre définitive comprend donc Milonga del Angel, dans la mouvance du tango avec emprunts de rythmes plus légers : il s’agit de l’une des plus jolies mélodies de caractère sentimental d’Astor Piazzolla. Pour évoquer l’ange attaqué qui se défend lors d’un combat, avant de mourir, le deuxième volet de ce triptyque : Muerte del Angel est de caractère descriptif, toujours en mouvement. Il ajoutera, en 1965, Resurreccion del Angel, troisième volet d’atmosphère d’abord langoureuse, puis joyeuse et

(Haut-Rhin – France). 1CD. CLZ005. Classiquez – Chanteloup Musique. https://www.chanteloup-musique.org/nosdisques/ collection-classique/ TT : 78’13

Ce disque est essentiellement consacré à deux instruments et, ce qui n’est pas si fréquent, à deux instruments récents du facteur Richard Dott, de Sélestat. Comme l’explique Richard Dott dans l’excellente notice jointe à cet enregistrement, c’est une grande chance pour un facteur d’orgue de se voir confier la réalisation d’un instrument nouveau. Alors, deux… En 1991, un incendie détruit l’orgue de 1728 de l’abbatiale Saint Pierre et Paul d’Ottmarsheim. C’est à Richard Dott qu’on fait appel pour construire un nouvel instrument, réalisé en 2000. (http://decouverte.orgue.free.fr/orgues/ottmarsh.htm). Sollicité d’en construire un

Ballet en un acte et trois parties. Ensemble Aedes. Marion Ralincourt, flûte. Les Siècles, dir. François-Xavier Roth. 1CD Harmonia Mundi : HMM 905280. TT.: 55'03.

Voici une nouvelle version du célèbre ballet de Ravel, qui possède bien des atouts. A commencer par le fait d'être interprété par un orchestre jouant sur instruments anciens. François-Xavier Roth s'en explique par la volonté de retrouver la sonorité de l'époque de la création - en 1912 au Théâtre du Châtelet, sous la direction de Pierre Monteux - et la manière pour l'orchestre de ''sonner'' comme alors. La « symphonie chorégraphique » conçue par Ravel, en rupture avec le ballet à argument que lui proposait Diaghilev, en acquiert un chatoiement exceptionnel. Par la palette sonore d'abord eu égard à l'usage de cordes en boyau