Gabriel Fumet (né en 1937), flûtiste de réputation internationale, rend un hommage appuyé à deux de ses ancêtres : son grand-père Dynam Victor FUMET (1867-1949) et son père Raphaël FUMET (1898-1979). En tant que Président de l’Association Dynam-Victor Fumet, il a regroupé une intéressante sélection d’œuvres marquantes injustement tombées dans l’oubli, et — accompagné par Jean-Paul Imbert — il interprète le Lacrimosa pour flûte et orgue de son père. Judicieusement placé sous le signe de la Quintessence et de la Musique de l’âme, le programme de ce disque est éclectique et très révélateur. Les discophiles découvriront 9 œuvres respectivement pour orchestre, chœur, piano, orgue, quatuor pour bois, quatuor à cordes, piano et orgue.

Dynam Victor FUMET, né à Toulouse en 1867, est mort à Paris en 1949. Compositeur et organiste, il a été l’élève de César Franck et, de 1910 à sa disparition, organiste de l’Église Ste Anne de la Maison Blanche, à Paris. Ce remarquable improvisateur a composé entre autres des œuvres de musique de chambre, des pièces pour orgue, le

Canticum novum (1914), une Messe, l’Oratorio Sainte Geneviève et des mélodies. Sa vocation spirituelle est indéniable et ses compositions sont très intériorisées. Raphaël FUMET, fils de Dynam Victor, frère de l’écrivain Stanislas Fumet et père du flûtiste Gabriel Fumet, est né à Juilly en 1898 et mort à Angers en 1979. Il a travaillé la composition avec Vincent d’Indy, puis été maître de chapelle à Juilly, professeur d’harmonie et de piano au Conservatoire d’Angers. Indépendantes et éloignées du conformisme alors à la mode, ses œuvres ont été peu diffusées. C’est donc le grand mérite de son fils de les avoir tirées de l’oubli. Il a retenu des pages diversifiées de ses ancêtres et sélectionné, en Russie et en France, des interprètes particulièrement motivés : l’Orchestre du Palais de Tauride, le Chœur des Nouvelles Voix et le Nouveau Quatuor à cordes (tous trois de St-Pétersbourg) et la pianiste française d’origine japonaise Akiko Ebi, le pianiste russe Ienissei Ramic et les organistes français bien connus : Jean-Paul Imbert (St-Eustache, Paris) et Jean Galard (Cathédrale de Chartres), ainsi que des solistes (flûte, hautbois, clarinette, basson) de l’Orchestre National de France.

Le premier volet recrée des pages descriptives de Dynam Victor FUMET : Le Sabbat Rustique baignant dans la contemplation et le mysticisme ; Automne — extrait des Quatre Saisons (1930) —, par allusion à l’œuvre éponyme d’Antonio Vivaldi. Il y décrit les arbres en automne, le pinson, les rosiers, avec une leçon moralisante : « pour mériter la vie, il faut savoir mourir ». Le Rouet de la Vierge évoque « son rouet dans le cosmos où se meuvent ses myriades d’étoiles ». Enfin, Les Chariots d’Israël (1917) — d’après le récit vétérotestamentaire de l’Exode, chapitre 13 — concernant le cortège des Hébreux et la lourde marche de la caravane bien rendus par J.-P. Imbert à l’Orgue de St-Eustache. Le second volet propose d’abord, en création mondiale, une œuvre jamais interprétée du vivant de Raphaël FUMET : le premier mouvement du Quatuor pour bois (1958) — flûte, hautbois, clarinette et basson —, agreste et apaisant. Le premier mouvement : Allegretto du Quatuor à cordes en La majeur (1960), plus développé, est de caractère tour à tour espiègle, lyrique, toujours vivace. Le Lacrimosa, à l’origine pour alto et piano, est ici enregistré en sa version pour flûte et orgue (1958), un peu éthérée, avec des « harmonies extraordinaires » soulignées par Gabriel Fumet. Dans l’Improvisation sur un thème donné (1955) retrouvée récemment et reconstituée, Ienissei Ramic fait preuve d’un jeu éblouissant et précis assorti d’une grande musicalité. Quant à la redoutable Toccata (1930), magistralement enlevée par Jean Galard à l’Orgue de la Cathédrale de Chartres, Gabriel Fumet la caractérise ainsi : « Étincelante et incisive, cette chevauchée qui scande le O Filii et Filiae du dimanche de la Résurrection semble répondre à l’œuvre de son père Dynam, Les Chariots d’Israël, par des moyens différents. Il s’agit en effet d’un perpetuum mobile qui, compte tenu de son allure véloce, répond aux lois d’un genre populaire cher aux organistes ». On ne saurait imaginer meilleur hommage à la talentueuse dynastie Fumet. Édith Weber
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