L’œuvre d’orgue de Max REGER (1873-1916) n’était guère enseignée en France, sauf au Conservatoire municipal de Strasbourg par le professeur Charles Muller dans les années 1950. En fait, le contrepoint très poussé semblait avoir découragé les organistes mais, grâce à Jean-Baptiste Dupont, né en 1979, organiste de la Cathédrale de Bordeaux, une brillante Intégrale discographique est en cours de réalisation (cf. LI nos 59 et 85). Elle a atteint le Volume 5 avec les CD n°7 et 8.

Trois instruments contemporains de Max REGER — correspondant donc à la configuration sonore pour laquelle il a pensé ses œuvres —, de manufactures allemandes, ont été retenus : à la Marienkirche de Landau dans le Palatinat, l’Orgue Steinmeyer (1927) restauration Seiffert (2012) ; à la Stadtkirche de Pössneck en Thuringe, l’Orgue Kreutzbach (1896) restaurations Jehmlich (1926) et Eule (2014) ; et, à la Pauluskirche d’Ulm, l’Orgue Link (1910) restauration Gaida (2014), imposant et complexe (cf. livret, p. 28-29) avec de très nombreuses possibilités de registrations.


Dans sa programmation, J.-B. Dupont suit le parcours esthétique du compositeur. Avec la Première Sonate en fa # mineur (op. 33), composée à Weiden en 1899, il s’éloigne du néoclassicisme pour adopter le langage postromantique. La Deuxième Sonate en ré min (op. 60, Munich, 1901), rompant avec la forme traditionnelle, s’articule en 3 mouvements : Improvisation,très développée, exigeant une belle virtuosité, Invocation (au Christ), grave et très expressif ; Introduction et Fugue faisant appel à une grande maîtrise technique. Selon J.-B. Dupont (p. 3), « cette œuvre majeure, très souvent interprétée, marque « une évolution de son langage jusqu’ici plutôt postromantique… vers l’expressionnisme allemand avec un soupçon d’impressionnisme dans l’Introduction et Fugue ». Outre ces Sonates, les discophiles découvriront encore 16 Préludes de chorals faciles (op. 67, Cahier 3) sur des mélodies luthériennes bien connues, par exemple Vater unser im Himmelreich (paraphrase allemande du Notre Père par M. Luther ; le choral dit « du veilleur » : Wachet auf, ruft uns die Stimme ; des chants pour le temps liturgique de l’Avent et de Noël : Vom Himmel hoch da komm ich her, Wie schön leuchtet der Morgenstern… ; autant de miniatures d’exécution aisée (leicht ausführbar) mais de registrations adéquates et diversifiées difficiles à élaborer… Le second CD propose encore 5 Préludes et Fugues faciles à interpréter (op. 56, Cahiers 1 et 2) que Max REGER considérait comme « assez réussis ».

Sur les 15 CD prévus pour l’Intégrale — aboutissement de 10 ans de recherches et de réflexion menées avec une persévérance exemplaire par Jean-Baptiste Dupont —, l’incontestable réussite des disques 7 et 8 ne se dément pas. Alla bravura.
Édith Weber
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