Anna Zassimova, pianiste de concert, pur produit de l’école russe, a — dès l’âge de 6 ans — commencé le piano à l’École Gnessin, puis à cette Académie d’élite auprès du maître moscovite Vladimir Tropp, ensuite à l’École Supérieure de Musique de Karlsruhe avec Michael Uhde et Markus Stange. Tout en sillonnant la Russie, les Etats-Unis, la Chine et participant à de nombreux Festivals internationaux, elle enseigne à la Musikhochschule de Karlsruhe. Musicologue et musicienne dans l’âme, il lui tient à cœur de révéler les compositeurs russes de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, dont les œuvres baignent dans le Romantisme tardif. À aucun moment, elle ne verse dans la sentimentalité débordante mais privilégie l’expressivité et l’émotion contenue.

Le programme — concernant la Sonate n°3 en fa # mineur d’Alexander SCRIABINE (1872-1915), de facture classique en 4 mouvements, la Valse de Vladimir REBIKOV (1866-1920) et Deux Préludes d’Anatoly LJADOW (1855-1914), compositeurs connus — permet de découvrir en premiers enregistrements mondiaux : Rêverie, Contraste

et Paysage, extraits des Quatre morceaux (op. 6) de Georges CATOIRE (1861-1926) — proche du courant impressionniste — et 2 brèves Méditations de son fils, Peter CATOIRE (1895-1979), dont les ancêtres, Catoire de Bioncourt, ont quitté la France lors de la Révolution et sont devenus citoyens russes. Figurent également l’Élégie de Wassily KALINNIKOV (1866-1900) dont Anna Zassimova traduit à merveille avec une grande transparence, le calme, puis l’énergie ; l’Étude sur le Carré magique sonore (op. 40) d’Ivan WYSCHNEGRADSKI (1893-1979), russe installé à Paris après la Révolution dans son pays, compositeur d’avant-garde et pionnier de la musique microtonale, dans le prolongement du dernier SCRIABINE.

Le titre de cette réalisation discographique est emprunté à l’œuvre éponyme publiée en 2018 : la Sonata Reminiscenza (op. 38, n°1) de Nikolaj MEDTNER — né en 1880 à Moscou, pianiste et compositeur ayant quitté la Russie pour s’établir aux Etats-Unis, puis en France et finalement à Londres où il meurt en 1951. Dans ses magistrales interprétations, Anna Zassimova s’impose par son toucher délicat, sa finesse de jeu, son sens aigu du phrasé et des nuances. Exceptionnel..
Édith Weber
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