Sortie en octobre 2018 comme le CD consacré à Franz LISZT (cf. supra), cette réalisation du pianiste argentin Nelson Goerner démontre combien il a assimilé l’âme slave enrobée de mélancolie et de tristesse exprimée par Sergei RACHMANINOV (1873-1943) qui « note sur le papier la musique intérieure qu’il entend aussi naturellement que possible ».

Le disque 1 propose le Concerto n°3 en ré mineur (op. 30) créé à New York en 1909, exigeant une maîtrise technique de très haut niveau. Accompagné par l’Orchestre Symphonique de la BBC, sous la baguette précise de Vassily Sinaiski, Nelson Goerner réserve un sort royal à cette œuvre monumentale. Suivent 3 Préludes dont le 12e en sol # mineur souvent interprété bénéficie d’une facture mélodique aux accents orientaux, évoluant comme une plainte et se terminant perdando. À retenir l’Étude pour la main gauche en Lab majeur de Felix BLUMENFELD (1863-1930), pianiste russe, chef d’orchestre, accompagnateur, professeur aux Conservatoires de Saint-Pétersbourg et de Moscou : véritable prouesse technique.



Le disque 2 propose la Sonate pour piano n°2 en si b mineur (op. 36) structurée en 3 mouvements, d’esthétique romantique, faisant alterner passion, désespoir, lyrisme aboutissant au calme et à la douceur. S. RACHMANINOV spécule sur les retards, les dissonances et accords martelés. Les 9 Études-Tableaux (op. 39), datant de 1916-17, ont été créées par le compositeur. La première, moins sentimentale, fait appel à un grand mécanisme digital alors que les autres forcent sur l’expression mais aussi la vélocité ou encore l’angoisse dans les 6e et 7e, avec un langage harmonique en avance sur son époque. La 9e, un tantinet orientalisante, est un morceau de bravoure dont Nelson Goerner se tire avec une incroyable aisance. Ce panorama est complété par deux transcriptions du Scherzo « Le songe d’une nuit d’été (lilas, marguerites) » de Felix MENDELSSOHN.

Excellente ouverture sur l’univers musical de Sergei RACHMANINOV sous toutes ses facettes.
Édith Weber
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