Né à Belgrade en 1947, de nationalité américaine, ses parents étant installés aux États-Unis, dès l’âge de 9 ans, Eugen Indjic se produit en concerts avec orchestre ; il sera l’élève du pianiste américain d’origine russe, Alexandre Borowsky. En 1968, Arthur Rubinstein le qualifie de « pianiste de rang mondial, d’une rare perfection musicale et artistique ». Après ses études à l’Université de Harvard, il s’installe en France lors de son mariage avec Odile Rabaud et participe à de nombreux concerts avec des Orchestres prestigieux. Pour l’Année Chopin en 1999, il a enregistré intégralement son œuvre auquel, dès son enfance, il voue une grande admiration.

Ce disque reproduit la Sonate n°2 en Si b majeur (op. 35, 1839), appelée « Sonate funèbre » en raison de son caractère sombre et tragique ayant tenté de nombreux interprètes. Eugen Indjic restitue l’angoisse du premier mouvement et l’agitation, avec oppositions de nuances contrastant avec le Scherzo implacable. Il confère à la Marche son caractère lugubre, et le déchirant Finale (Presto non tanto) s’impose par son modernisme. Également en 4 mouvements, la 3e Sonate en si mineur (op. 58)

brille par son expression enthousiaste ; l’Allegro maestoso est joyeux, le Scherzo bien enlevé, le Largo très chantant avec des rythmes pointés et le Finale triomphal, l’ensemble est vivement ressenti par cet interprète hors pair. Pour le Nocturne n°13, en do mineur (op. 48, 1841), en 3 volets : Tragique, Plaintif, Désespérant, il a aussi su trouver les accents justes.

Loin des versions galvaudées frisant parfois un goût douteux, celles d’Eugen Indjic suscitent l'admiration et resteront longtemps une référence justifiant l’assertion de Vladimir Jankélévitch : « On ne saurait concevoir une musicalité plus complète et une perfection plus exquise, jointe à cette simplicité qui frappe tout le monde. »
Édith Weber
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