L’intérêt pour Théodore DUBOIS (1837-1924), surtout connu par son célèbre Traité d’harmonie théorique et pratique (1921), a été relancé par Helga Schauerte avec son édition des œuvres d’orgue (Baerenreiter) et son disque Théodore Dubois : Œuvres d’orgue (SYRIUS). Quant à son œuvre pour piano, depuis si longtemps tombée dans l’oubli, elle a enfin en 2018 fait l’objet de 3 CD du label ACTE PRÉALABLE, à l’initiative d’Artur Cimirro (né en 1982), pianiste brésilien virtuose qui — après avoir fréquenté l’Académie de Budapest et enregistré de nombreux disques — s’est imposé notamment par sa vaste palette expressive, son jeu transparent, son toucher délicat et sa remarquable précision d’attaque. Il se joue de tous les traquenards et s’amuse de toutes les exigences pédagogiques.



Le disque 1, réunit Douze Études de concert (dans 11 tonalités) dédiées à des professeurs du Conservatoire de Paris. Chacune bénéficie d’une atmosphère spécifique. Le programme se termine avec des pièces brèves : Scherzo et choral (op. 18), Rêverie-prélude (op. 12) selon le rythme de la saltarelle et enfin : Scherzo (op. 10) dédié à son maître, Antoine-François Marmontel.

Le disque 2 comporte, entre autres, 6 Poèmes sylvestres, de caractère descriptif (allée, myrtilles, mousses, sources enchantées et danses rustiques…), mélange d’impressionnisme et de romantisme et ses Heures (c’est-à-dire le cycle allant de midi à minuit : midi, heures triste, héroïque, joyeuse, rêvée et minuit). Le Thème varié aux 9 variations, dédié à son disciple Édouard Risler (1873-1929), est en fait une pièce de concert exigeant une parfaite maîtrise du clavier.

Le disque 3 comprend la Sonate en la mineur, en 3 mouvements. Elle commence par un Allegro moderato con fuoco contrastant avec l’Andante quasi adagio, et se termine sur un Largo suivi d’un Allegro focoso comme dans l’introduction. Le pianiste réussit merveilleusement à opposer ces différentes atmosphères : exubérance et expressivité. Son interprétation des 6 Poèmes Virgiliens d’après les Bucoliques de Virgile retiendra aussi l’attention.

En premier enregistrement mondial, la musique pour piano de Théodore DUBOIS est donc enfin sortie de l’oubli : grâce à l’heureuse initiative de Jan A. Jarnicki, directeur d’un Label polonais et à Artur Cimirro, pianiste brésilien. « La patrie » sera-t-elle « reconnaissante » aux multiples facettes de l’auteur du traité d’harmonie ?
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2018