Peter-Lukas Graf (flûte), Thomas Wicky (violon) et Carlos Gil-Gonzalo (piano) font revivre des œuvres de Joseph LAUBER (1864-1952) de Suisse alémanique et de Henri GAGNEBIN (1886-1977), de Suisse romande. Ce disque démontre l’impact de deux cultures, l’influence de hauts-lieux de la musique : Lucerne, Neuchâtel, Genève, mais aussi de Munich, Leipzig et Paris, sans oublier la réaction contre Arnold Schoenberg (1874-1951) dont le style compliqué « étouffe toute émotion ».

Joseph LAUBER, né fin décembre 1864 près de Lucerne, est mort à Genève en 1952. Il a fait ses études au Conservatoire de Zurich en chant, harmonie, composition, histoire de la musique, orgue, piano et direction, puis, après une formation complémentaire en orgue auprès de Joseph Rheinberger, à Munich. Il exerce ses activités d’organiste notamment au Temple français du Locle. En 1892, il se perfectionne au Conservatoire National de Paris auprès de Louis Diémer et de composition avec Jules Massenet. Installé à Zurich, il est professeur de virtuosité au piano avant d’être nommé chef d’orchestre du Grand Théâtre de Genève ; il enseigne aussi la composition.

Son Catalogue comprend 320 œuvres musicales solidement ancrées dans la tradition et en marge de la « nouvelle musique », comme il ressort de sa Sonate en ré mineur

pour violon et piano (op. 4, n°1) datant de 1899 en 4 mouvements classiques : Allegro, Scherzo, Andante, Finale (Allegro) avec un dialogue serré entre les deux instruments, des rythmes subtils et une conclusion très animée et brillante. Ses Trois humoresques pour flûte (op. 52) s’imposant par leur concision et son Trio pour flûte, violon et piano, composé en 1936, de caractère lyrique, font preuve d’un langage harmonique personnel audacieux, y compris bitonal. Il est alors en pleine possession de ses moyens.

Henri GAGNEBIN, né à Liège en 1886, de parents suisses, mort à Genève en 1977, a étudié à Berlin et à Paris auprès de Louis Vierne (orgue) et de Vincent d’Indy (composition), puis à Genève. Après avoir enseigné l’histoire de la musique et l’orgue à Lausanne, il dirige le Conservatoire de Genève à partir de 1925. Tout en se rattachant au néoclassicisme et à l’impressionnisme, son Trio en Ré majeur pour flûte, violon et piano dépasse les limites de la tonalité et fait appel à de nouvelles couleurs sonores. Les trois interprètes — deux suisses et un espagnol — convient les mélomanes à un intéressant parcours « de la Suisse centrale à Genève », entre le XIXe et le XXe siècle, entre postromantisme et modernité.
Édith Weber
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