« Rêves inachevés ». Poèmes et pièces pour piano. Michèle Bernard, récitante, Joao Paulo Santos, piano. 2CDs SOUPIR ÉDITIONS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) : S 237. Distribution SOCADISC. 2017. TT.:  76’55 + 58’06.

Ce titre, évocateur et douloureux, implique à la fois regrets et admiration. L’idée dominante est le jeune âge de compositeurs disparus trop tôt et qui s’étaient distingués par des œuvres prometteuses auxquelles la maladie et la mort ont mis fin brutalement, avant que ces poètes et compositeurs n’aient pu donner toute leur mesure. Il s’agit de Sabine Sicaud, avec ses poèmes visionnaires, interrompus à l’âge de 15 ans ; de Lili Boulanger — sœur de Nadia — disparue à 24 ans ; de Guillaume Lekeu, aux talents prometteurs, mort au même âge ; Gabriel Dupont, auteur des Heures dolentes si évocatrices et d’Antonio Fragoso, victime de la grippe. Le Label SOUPIR ÉDITIONS leur rend un vibrant et très émouvant hommage.


Le Disque 1 (paroles parfois précédées d’une courte introduction au piano) est consacré à 32 brefs poèmes de Sabine Sicaud (née en 1913) récités par Michèle Bernard. Les titres sont significatifs ; plusieurs concernent les Chemins de la dune, de l’ouest, de l’est, du nord, du sud, de l’amour des hauts plateaux, des arbres... Parmi d’autres thèmes significatifs, figurent les médecins, la douleur, la maladie, Un jour de fièvre… et Quand je serais guérie. D’autres textes concernent la solitude, la paix. Sont inscrites en filigranes des atmosphères et préoccupations d’une jeune fille disparue à l’âge de 15 ans. Avec sa diction dramatique et réaliste, Michèle Bernard est totalement immergée dans le quotidien de Sabine Sicaud et ses états d’âme qu’elle fait revivre intensément.
Le Disque 2 propose 16 pièces pour piano. Antonio Fragoso (1897-1918) est représenté par 4 pièces classiques : Preludio, Berceuse, Dança, Nocturno. Les thèmes de la maladie et de la mort, du souvenir et de l’aspiration au calme sont vivement ressentis par Gabriel Dupont (né en 1878-1914), élève d’André Gédalge, Jules Massenet, Alexandre Guilmant et Charles-Maris Widor. Guillaume Lekeu (1870-1894), si prometteur, met toute son âme dans ses Chansonnettes sans paroles et sa Valse oubliée. Enfin, Lili Boulanger (1893-1918), née dans une famille de musiciens, a bénéficié à domicile de l’enseignement de G. Caussade (fugue et contrepoint) ; à 6 ans, elle déchiffrait déjà des partitions avant même de savoir lire correctement. Gabriel Fauré lui donne ses premières leçons de piano ; elle pratique également le violon, le violoncelle, la harpe et l’orgue. En 1912, elle se présente au Prix de Rome, toutefois sa maladie l’oblige à se retirer de cette compétition ; en 1913, elle est la première femme à remporter le Premier Grand Prix. Au début de la Grande Guerre, elle met en musique 3 Psaumes et, en 1918, avant de mourir à 24 ans, elle dicte encore à sa sœur Nadia sa dernière œuvre : Pie Jesu. Sa musique, influencée par son destin tragique, est marquée par l’inspiration biblique ou mystique.
Le pianiste Joao Paulo Santos (né à Lisbonne en 1959) — élève d’Aldo Ciccolini, est aussi chef d’orchestre et chef des Chœurs de l’Opéra de cette ville — défend la cause de ces compositeurs ainsi rendus accessibles à la postérité. À signaler les remarquables photos accompagnant le livret. Cette réalisation, à la fois originale, autobiographique, avec ses accents si profondément humains, est un témoignage extrêmement poignant, source d’intenses émotions.