Gabriel FAURÉ : Mélodies. Thibaut Lenaerts, ténor, Philippe Riga, piano. 1CD Muso : MU-017. TT.: 53'10.

Il est rare d'entendre des mélodies de Fauré interprétées par un ténor. Et par un ténor rompu à la musique baroque, peut-être plus encore. Le fait est que passé l'effet de surprise, ce disque invite à repenser la manière dont on conçoit la musique vocale de ce compositeur. Thibaut Lenaerts a conçu son programme en opérant dans l'immense corpus des mélodies de Fauré un choix original de pièces écrites entre 1861 et 1894, ce qui couvre la première partie de la longue période créatrice du musicien. Il mêle pièces connues et surtout pièces peu jouées. L'autre particularité est le choix de l'instrument d'accompagnement, un piano Erard de 1873, grand format, à la sonorité claire. On passera sur les mélodies comme « Au bord de l'eau », « Après un rêve », « Clair de lune », ou encore l'immanquable « Mandoline » et ses arabesques inouïes sur un piano sublime, exécutées avec tact.

Plus intéressantes dans le présent contexte sont les pièces du jeune Fauré qui fait appel à des poètes installés comme Hugo, Gautier, mais aussi à des auteurs plus discutables comme Jean Richepin ou Armand Silvestre. Le talent du musicien sait en transformer les platitudes littéraires. Ainsi de « Le Papillon et la Fleur », op. 1 (1861), d'une légèreté inédite sous une telle plume. Mais « Tristesse d'Olympio » (1865) annonce « Tristesse » de 1873. « Le secret » op. 23/3 développe quelque hiératisme, au contraire des « Roses d'Ispahan » op. 39/4 où tout est sensualité sur un doux palpitement du piano. « Fleur jetée » op. 39/2 impose des trépidations au clavier et « Au cimetière » op. 51/2 offre des accents préfigurant le Requiem quoique la dernière strophe soit déclamatoire. « Prison » et « Soir », op. 83 annoncent une voie nouvelle, plus libérée en la forme.
Au fil de ces pièces, on admire le timbre éclatant, ensoleillé de Lenaert et son souci de diction expressive, qui n'est pas sans rappeler la manière d'un Jean-Paul Fouchécourt, et la belle quinte sonore - presque trop par instant (« Fleur jetée ») - et son contraste fait de suprêmes pianissimos ! Le piano de Philippe Riga est net, sans fioriture et la sonorité du Erard épouse volontiers celle de la voix de ténor. Deux pièces solos émaillent le récital : le 3 ème Nocturne op. 33, de 1883, et la 4 ème Barcarolle op. 44, de 1886, conçues l'une et l'autre en triptyque, qui se voient gratifiées ici d'un jeu vigoureux et très pédalé.