« Einsamkeit » Robert SCHUMANN : Sechs Gedichte und Requiem op. 90, Myrthen op. 25 (extraits), Gesänge op. 89. Matthias Goerne, baryton, Markus Hinterhäuser, piano. 1CD Harmonia Mundi : HMM 902243. TT.: 51'13.

Voici un récital Schumann traité avant tout sur le mode de la confidence, au plus près de l'intime romantique. Matthias Goerne a réuni un bouquet de Lieder autour de deux cycles : les « Sechs Gedichte und Requiem » op. 90 et les « Gesänge » de l'opus 89. Desdits « Six Poèmes », écrits en 1850, sur des textes de Lenau, on perçoit d'emblée le caractère nocturne (« Meine Rose », Ensamkeit »), l'angoisse (« Der schwere Abend »/Triste soir), la romance tour à tour d'une apparemment insouciance et de la prédiction du temps qui passe (« Die Sennin »/La bergère). Partout observe-t-on une déclamation proche du chuchotement, tandis que la partie de piano n'est pas sans évoquer les « Nocturnes » de Chopin. Sans doute, pour des raisons de cohérence du propos, Goerne a-t-il choisi de ne pas donner le premier morceau, « Lied eines Schmiedes »/Chant du foregron, le seul à offrir un ton extraverti.

Le « Requiem » qui suit ce cycle est une élégie, un chant d'adieu (au poète Lenau qu'on avait cru mort, et qui, par un cruel hasard, disparaitra le jour même de la création du cycle). Les Cinq « Chants » de l'opus 89, sur les textes d'un poète plutôt mineur, Wilfried von der Neun, et dédiés à la cantatrice Jenny Lind, forment un cycle intéressant à plus d'un titre : la déclamation vocale y suit, plus qu'ailleurs, le débit du parlé, et la partie de piano acquiert une résonance orchestrale. Goerne offre aussi trois Lieder sur des poèmes de Heine, tirés de « Myrthen » op. 25, de 1840, dont le célèbre « Die Lotosblume »/la Fleur de Lotus, et quelques pièces isolées comme : « Le solitaire » op. 83/3 (Eichendorff), « Der Himmel »/Le ciel op. 37/1 (Rückert), « Mein schöner Stern »/Ma belle étoile, du même poète, op. 101/4, sommet de poésie mélancolique, ou encore « Nachtlied » op. 96/1 (Goethe), contemporain des Scènes de Faust, dispensant une profondeur désespérée, sur un tempo extrêmement lent.
Au fil de ces pièces, Matthias Goerne observe un ton confident, usant d'une palette volontairement restreinte, souvent cantonné au registre piano, fuyant l'éclat au profit d'une intériorité vraie. Qui, à l'aune de son titre, tire sur la mélancolie de l'esseulé. Il retrouve le partenaire avec lequel il avait chanté, à Aix, Le Voyage d'hiver de Schubert, dans la mise en espace de William Kentridge, Markus Hinterhäuser. Celui qui est actuellement intendant du Festival de Salzbourg, partage avec lui le souci de la demi teinte et est le chantre d'une écriture pianistique qui dispense à satiété la délicate et abyssale modulation schumannienne.