Nikolaus Harnoncourt dirige Schubert à Graz, juillet 1988 (enregistrement inédit)

Nikolaus Harnoncourt avait le don d'exaspérer ceux qui pensaient que la musique du début du romantisme allait dans une certaine direction — celle qui correspondait à ce qu'ils avaient entendu toute leur vie au concert. Ils connaissaient le chemin d'une symphonie de Schubert, pouvaient anticiper chaque tempo et sentir, comme une couverture confortable, l'équilibre dans le phrasé et entre les instruments. Malheureusement pour eux, mais heureusement pour Schubert, cela n'intéressait pas Harnoncourt le moins du monde. Avec le Chamber Orchestra of Europe, il entreprit de tout examiner sous un jour nouveau. Pour faire une analogie, si la plupart des chefs d'orchestre sont des conservateurs de musée qui accrochent les tableaux dans des endroits familiers et à l'occasion en exhume des réserves, lui était un restaurateur : il enlevait des décennies de crasse et de vernis pour arriver aux coups de pinceaux d'origine et utilisait le rayonnement infrarouge pour inspecter, sous la version achevée, les ébauches de l'artiste et ses premières idées.Une fois son travail de restauration terminé, la symphonie apparaissait comme une lumineuse surprise : dépourvue de sa familiarité, déconcertante, certes pas du goût de tout le monde, mais impropre à écouter d’une oreille distraite en musique de fond
Simon Mundy
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