Michel Paul Guy de CHABANON : Trois Sonates dédiées à Madame de Villeblanche. Sonate n°17. Duo. RAINBOW CLASSICS (www.rainbowclassics.com ), 2017. RB 2017 4417-44. TT : 72’ 53.

Michel Paul Guy de Chabanon (1731-1792) est non seulement un homme de lettres, mais encore un mélomane, violoniste et compositeur accomplis. Le CD joint à la Revue ci-dessus illustre cet aspect complémentaire grâce au concours d’Elisa Barbessi (clavecin et pianoforte) et de Stephan Dudermel (violon). Ils ont sélectionné trois instruments historiques : Clavecin de Marco Brighenti (Parme), copie du clavecin Taskin (1765) ; Pianoforte réalisé par le facteur Jean Bascou, accordé au Tempérament de Jean Le Rond d’Alembert ; Violon de David Ayache (Montpellier), copie d’Amati, avec Archet de Michel Proulix (Montpellier) d’après John Dodd (v. 1780).

Données pour le plaisir dans des salons et mentionnées notamment dans le Mercure de France et l’Almanach musical, ses Sonates pour clavecin à deux claviers ou pianoforte avec parfois accompagnement de violon (et non l’inverse) ont été composées entre 1770 et 1785 : il y a donc une parfaite correspondance chronologique entre la musique et les instruments. M. P. G. de Chabanon y exploite la forme sonate au sens étymologique consistant à « sonner ». Elles sont structurées en deux mouvements contrastants (lent/vif) ou en trois (avec mouvement lent central). Les instrumentistes y trouveront des indications relatives à l’atmosphère (Gratioso, Amoroso) ou aux tempi (Sans lenteur, Un peu lent…). Pour clavecin seul, figurent les Sonates 1, 2 (la plus élaborée, faisant appel à la virtuosité) et 3 ; pour piano-forte et violon, la Sonate 17 qui se prête davantage aux épanchements préromantiques. Enfin, le Duo tripartite, bien enlevé dans l’Allegro ma poco, se fait plus intériorisé dans l’Adagio ; il se termine avec grâce dans l’Allegro molto. Les interprètes déploient tous leurs talents au service de cette musique d’agrément.

Lecture et audition s’enrichissent mutuellement ; l’aspect historique est complété par le contexte sonore. Ce disque démontre le talent et l’originalité de cet honnête homme de lettres, violoniste et compositeur : un vrai modèle de publication.
Édith Weber

Polyphonies françaises.Ensemble Léonor, direction : Marielle Cafafa. (www.ensembleleonor.fr ). 46’ 10.

Ce disque à l’initiative de Marielle Cafafa représente l’illustration sonore du programme ayant fait l’objet de son livre (cf. LI 118) : La chanson polyphonique française au temps de Debussy, Ravel et Poulenc (Paris, L’Harmattan, 2017).

Il convie les mélomanes, musicologues et littérairers à un vaste parcours poétique allant de Charles d’Orléans (1394-1465) à Guillaume Apollinaire (1880-1918) et Blaise Cendrars (1887-1961), en passant par Clément Marot (1496-1544) et Jean Antoine de Baïf (1532-1589) sur des thèmes de toujours : amour, vie, mort ; ou lyriques : mois de mai, hiver, neige. L’Ensemble Léonor (une vingtaine de chanteurs) bénéficie largement de la formation très complète de M. Cafafa, notamment en direction d’orchestre et de chœur, en piano, au chant lyrique acquise au CNSM, à la Haute École de Musique de Genève et à l’Université de Paris-Sorbonne où elle a obtenu son Doctorat en Musicologie. Ce premier enregistrement de l’Ensemble Léonor (qu’elle a fondé) fera date. Son apport avec des œuvres de compositeurs phares : Claude Debussy, Maurice Ravel Francis Poulenc, ainsi que Jean Langlais, Darius Milhaud… permet également d’apprécier à leur juste valeur des chansons de Raymond Bonheur, Jacques Chailley, Reynaldo Hahn, Paul Ladmirault : soit un total de 20 « polyphonies françaises » a cappella, composées entre 1900 et 1930, marquant un nouvel Âge d’or du genre.

L’Ensemble Léonor, dirigé tout en souplesse, réagit aux moindres inflexions gestuelles de son chef. Malgré un léger excès de réverbération dû à l’acoustique du lieu, il se distingue par sa volubilité (Yver, vous n’estes qu’un villain, Cl. Debussy), sa prononciation précise, sa dynamique (Nicolette, M. Ravel), l’émotion qu’il suscite (Pleurez avec moi, R. Hahn). Une somptueuse illustration du remarquable ouvrage de Marielle Cafafa.
Édith Weber

BEETHOVEN RARITIES.KLANGLOGO (www.rondeau.de ) KL 1521. 2018. 68’ 54.

La pianiste américaine, Claire Huangci (née en 1990), qui s’est lancée très jeune dans une carrière internationale, est spécialiste de Fr. Chopin, P. Tchaikovski et S. Prokofiev. Accompagnée par le Brandenburgisches Staatsorchester (de Francfort), sous la baguette attentive de Howard Griffiths, elle participe à la révélation d’œuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827) rarement interprétées et provenant de différents stades de sa vie.

Tout d’abord, à l’âge de 20 ans : son Ritterballet (Ballet de Chevalier), représenté en 1791 au Château de Bonn pour le Carnaval, structuré en 15 brèves séquences groupant une marche et une danse allemandes, un chant allemand, des chants de chasse et de guerre (avec sonorités de cor), une chanson à boire, introduits par une Marche solennelle et se terminant sur une joyeuse Coda. Le maître de Bonn a aussi signé un document historique : Wellingtons Sieg (La Victoire de Wellington), op. 91, recréant la victoire des troupes du Duc de Wellington sur l’armée napoléonienne à Vitoria (Espagne), le 21 juin 1813. L’œuvre comprend deux parties : Schlacht (La Bataille) — genre souvent cultivé et particulièrement dramatique —, avec des citations patriotiques : Rule Britannia (marche) et Malbrough s’en va-t-en guerre ; la Siegessymphonie (Symphonie de la Victoire). Deux orchestres symbolisent les deux adversaires. Roulement crescendo de caisse claire, sonnerie au clairon campent le décor guerrier, puis cèdent la place à la marche anglaise ; idem côté français avec Malbrough. La confrontation des armées est ensuite figurée. La Victoire est proclamée joyeusement et très énergiquement. Le Concerto pour piano en Ré majeur (op. 61a) provient d’un célèbre concerto de violon qu’à la demande de Muzio Clementi (1752-1832) Beethoven a retravaillé pour piano. Il comprend 3 parties : Allegro ma non troppo (très développé), Larghetto (rêveur) contrastant avec le Rondo sur un thème très rythmé des plus beethovéniens. Les cadences mettent en valeur tout l’ambitus de l’instrument.

Au service de Beethoven, Claire Huangci s’impose par son énergie, sa virtuosité, son enthousiasme communicatif. En parfaite symbiose avec l’excellent chef anglais Howard Griffiths et l’Orchestre allemand expert, ils contribuent largement à faire découvrir des « raretés beethovéniennes » qui, si nécessaire, viennent confirmer la grâce et la puissance évocatrices de sa musique.
Édith Weber

Corinne KLOSKA : Sous le signe de Bach.SOUPIR Éditions (attaché de presse : Laurent Worms, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). S 246. 2018. 59’ 25.

« Sous le signe de BACH » : en fait tout un programme d’adaptations pour piano d’œuvres prévues pour un autre instrument et interprétées avec passion et émotion par Corinne Kloska, pianiste lauréate de plusieurs Concours internationaux.

Le Cantor de Leipzig est présent avec des transcriptions de Ferruccio Busoni (1866-1924), remarquable pianiste et habile arrangeur, par exemple de 3 Chorals à l’origine pour orgue : Nun komm, der Heiden Heiland (BWV 659), extrait des 18 Chorals de Leipzig, pour le temps de l’Avent d’après l’Hymne Veni Redemptor gentium (Saint Ambroise de Milan, v. 386), paraphrase allemande de Martin Luther (1524) ; Herr Gott, nun schleuss den Himmel auf (BWV 617), prière à l’approche de la mort et aspiration au repos éternel, sur le texte de Tobias Kiel et la mélodie de Michael Altenburg (1620) figurant dans le Cantional de Gotha (1646) ; Ich ruf’ zu dir, Herr Jesu Christ (BWV 639), invocation au Christ, sur le texte de Johann Agricola et la mélodie (Haguenau, v. 1525) parue dans le Recueil de Wittenberg (1529). Les mélomanes retrouveront ces mélodies bien connues interprétées au piano dans le respect de l’œuvre initiale. Il en est de même pour les fragments de la Partita n°2 en ré mineur (BWV 1041) conçue pour le violon.

Corinne Kloska propose encore, tout en retenue, la transcription de Franz Liszt (1811-1886) du Prélude et Fugue n°1 (BWV 543) provenant du Clavier bien tempéré et l’apaisante Paraphrase du Choral en Do# majeur par Alexander Siloti (1863-1945), pianiste russe, compositeur et chef d’orchestre. À noter que, selon le dernier état de la recherche, le Choral Bist du bei mir par Éliane Richepin (1910-1999) — pianiste titulaire de plusieurs premiers Prix du CNSM — n’est pas de J. S. Bach, mais de Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) récemment redécouvert en France.

Dans son Prélude, Choral et Fugue (pour piano), César Franck (1822-1890) se souvient de la structure tripartite de J. S. Bach et introduit un choral central. Cette œuvre de la maturité composée en 1884 et créée en janvier 1885, — quelque peu romantique avec un thème cyclique — exige une grande virtuosité, un sens solide de la construction et de la mise en valeur de plans sonores diversifiés. Au Piano 218 Fazioli convenant parfaitement à ce répertoire, Corinne Kloska use d’une large palette de couleurs et fait preuve d’une grande intelligence dans l’interprétation d’œuvres si variées. Elle a signé une convaincante illustration de l’art de la transcription et relancé des retrouvailles mélodiques très bienvenues.
Édith Weber

Franz SCHUBERT : Symphonies n°4 « Tragische » et n°7 « (Un)vollendete », Münchner Symphoniker, dir. Kevin John Edusei. SOLO MUSICA (www.muenchnersymphoniker.de ), 2017. SM 273. TT : 77’ 05.

La musique classique et romantique figure au centre des activités des Münchner Symphoniker. L’Orchestre, fondé en 1945 par Kurt Graunke, est dirigé depuis 2014/15 par Kevin John Edusei. Ce chef prometteur (né à Bielefeld en 1976) connaît un rayonnement international. Lauréat (2007) du Concours de direction de Lucerne, il est invité par de très nombreux orchestres en Allemagne, Angleterre et Autriche, entre autres.

La Symphonie n°4 « Tragique » en ut mineur (D 417) a été composée par Franz Schubert (1797-1828) à 19 ans, pendant une période pessimiste de sa vie, justifiant la tonalité d’ut mineur. Achevée en 1816, le compositeur l’a qualifiée ultérieurement de « tragique ». À noter une particularité dans l’orchestration comportant 4 cors, d’où l’importance accordée à la couleur. L’œuvre est structurée en 4 parties, spéculant sur les mouvements lents. 1. L’Adagio molto à 3/4 est de caractère solennel, recueilli et tendu, suivi de l’Allegro vivace plus dynamique et contrastant avec le deuxième mouvement : 2. L’Andante en La b majeur, à 2/4, qui traduit un lyrisme plus discret (avec deux cors en moins). 3. Le Menuetto-Allegro vivace, à nouveau en ut mineur, à 3/4, baigne dans la grâce. Enfin, 4. L’Allegro en ut mineur, à 2/2, plus développé et animé, de caractère plus lumineux, se termine sur trois accords énergiques.

La Symphonie n°7 « Inachevée » en si mineur (D 759) — initialement numérotée 8 — a été achevée par le chef suisse Mario Venzago, d’où la parenthèse dans le titre : (Un)vollendete. Fr. Schubert, qui l’a commencée en 1822, y insiste sur les mouvements plus rapides. Le premier : Allegro moderato, en si mineur, à 3/4, présente le thème bien connu aux violoncelles ; l’atmosphère se fait plaintive. Le deuxième : Andante con moto, en Mi majeur, à 3/8, comprend un premier thème énoncé aux violons et un second à la clarinette, puis au hautbois. Le thème initial revient aux vents en guise de coda. Le troisième : Scherzo avec 2 Trios et l’Allegro moderato — dont il existait une esquisse pour piano — a donc été complété. Le texte de présentation tient compte de la redécouverte de Christa Landon aux Archives du Wiener Männergesangverein.

Dans la Symphonie n°4, Kevin John Edusei respecte les intentions de Schubert relatives à la traduction musicale figuraliste de son état d’âme. Dans la Symphonie n°7, l’habile reconstitution par M. Venzago est magistralement servie par les Münchner Symphoniker, dirigés de main de maître.
Édith Weber

Laudazioni alla Vergine Maria (Mariengesang des Belcanto). RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ), 2018. ROP 6139. TT : 60’ 49.

Cette intéressante compilation de musiques mariales se situe dans le contexte esthétique du Bel Canto, autour de la fête de l’Assomption de Marie (le 15 août). Elle regroupe des versions de textes bien connus : les Salve Maria de Saverio Mercadante (1795-1870) et Claudio Conti (1836-1878) — chantés en traduction italienne — ; les Salve Regina de Maurizio G. Gianetti (1874-1886) et de Vincenzo Bellini (1807-1835) ; les Ave Maria de Ranieri Rillanova (1827-1915), de Giuseppe Nicolao (1825-1905) et de Charles G. St. Clair (1855-1875) — chantés en latin.

Trois œuvres pour orgue : la Sinfonia 22 (op. 142) de Giovanni Battista Candotti (1809-1876), la Suonata per la consumazione de Vincenzo Petrali (1830-1889) et la Polonese d’Antonio Diana (1815-1876) sont interprétées en connaissance de cause par Angela Metzger. Elle a retenu l’Orgue de la Cathédrale Sainte Marie à Wurzen (Allemagne), instrument à 3 claviers, pédalier, électropneumatique, avec de nombreux accouplements, construit en 1932 par les Frères Jehmlich et restauré en 2016 par la Manufacture Reinhold.

L’ensemble L’armonia del Bel canto, comprenant Heidemarie Röttig (soprano à la voix juvénile et très juste) accompagnée avec discrétion par Angela Metzger (organiste de concert), s’est donné pour mission de révéler des œuvres religieuses inconnues se réclamant du Bel Canto, mettant l’accent sur l’extériorisation de la louange typique de la spiritualité du XIXe siècle en Italie. Mission accomplie.
Édith Weber

Catherine BRASLAVSKY : Collector. 10e Anniversaire JADE (www.jade-music.net ), 2018. CD 699 900-2. TT : 62’ 23.

Ce CD marque les dix ans de fructueuse collaboration entre Catherine Braslavsky et les éditions JADE au service de la musique religieuse. Comme elle l’affirme : « Le Label JADE est pour moi un espace où j’ai pu m’exprimer exactement comme je le souhaite dans le domaine qui est le mien et qui est aussi la spécialité de JADE. »

Ce Collector réunit 16 œuvres brèves d’inspiration sacrée, d’une part dans le cadre de la dévotion mariale O viridissima Virga, d’après Hildegard von Bingen (XIIe siècle), O frondens Virga (voix, doulcemer, grelots, cymbale) d’inspiration lyrique ; O Virgo splendens (chant de Pèlerins de Montserrat remontant au XIVe siècle) ; d’autre part, des textes liturgiques multiséculaires : Grand Kyrie chanté en grec — dont elle a composé la musique —, mais aussi de la prière juive du Kaddosh (Adonai Elohim Tsevaoth) en hébreu, devenu pour les chrétiens le Sanctus latin.

Certaines pièces ont été arrangées ou composées par la chanteuse ou encore par Joseph Rove. On ne pouvait imaginer meilleure synthèse de son engagement, de sa maîtrise compositionnelle, de son respect des musiques sacrées illustrant ses objectifs : « je souhaite simplement dédier mon chant aux sphères les plus hautes, c’est-à-dire spirituelles d’où viennent ce qu’il y a de plus universel et de meilleur en nous ». Un remarquable Collector de plus à l’actif des Éditions JADE et au service des enseignants.
Édith Weber

Raul KOCZALSKI : Piano Concertos 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), 2017. APO 501. TT : 58’ 38.

Le compositeur et pianiste polonais, Raul Koczalski (1885-1948), est né en 1885. Très jeune, il est considéré comme le « Mozart polonais ». Selon Maryla Renat, il connaît un grand succès dans le monde sauf dans son pays natal. Il se perfectionne en piano auprès d’Anton Rubinstein ; vers 1903, il se consacre davantage à la composition, puis revient à une carrière européenne de concertiste mais — interné au début de la Première Guerre mondiale et coupé du monde artistique — il composera des œuvres de musique de chambre. Le Label polonais ACTE PRÉALABLE lui a déjà consacré un premier CD (Chamber Works 1, APO 383, 2017).

Le présent CD comporte deux de ses Concertos pour piano interprétés par Joanna Lawrynowicz — de nos jours, l’une des plus éminentes pianistes polonaises. Elle est accompagnée par l’Orchestre Symphonique Philharmonique des Basse-Carpates, placé sous la direction du chef italien Massimiliano Caldi (né à Milan en 1967), spécialiste aussi bien de musique symphonique que d’Opéra ; il est soucieux de faire revivre la musique polonaise du XXe siècle. Cet Orchestre, fondé en 1955, est actuellement considéré comme l’un des plus dynamiques de Pologne ; il se produit également en Europe (Autriche, Belgique, Tchéquie, France, Espagne, Allemagne, Suède…) et compte de nombreux enregistrements discographiques à son actif. Le Concerto pour piano n°1 en si mineur (op. 79) de Raul Koczalski est structuré en 3 mouvements, selon l’esthétique classique : 1. Maestoso conférant un rôle important à la percussion et aux instruments à vent ; l’atmosphère s’y fait tour à tour majestueux, calme, lyrique (au piano) puis dramatique. Dans 2. l’Andante sostenuto rappelant les Nocturnes de Chopin, le piano rivalise avec l’orchestre. Enfin, le 3e mouvement : (à nouveau) Maestoso comporte des éléments mélodiques populaires.

Le Concerto pour piano n°2 en Sol majeur (op. 83) aurait été composé vers 1914 ; à cette époque, R. Koczalski en tant que pianiste était très apprécié en Europe. L’œuvre est tripartite : 1. Moderato de facture plus libre, apparenté à un allegro de sonate ; 2. Andante ; 3. Le finale Allegro energico, également proche d’un allegro de sonate, selon le texte de présentation, se réfère nettement au Concerto en si mineur de Tchaikovsky.

Voici, grâce à Jan A. Jarnicki et à son Label ACTE PRÉALABLE, une preuve de plus que la musique polonaise ne manque ni d’œuvres symphoniques concertantes, ni de pianistes de grande valeur. À découvrir.
Édith Weber

Philippe ENTREMONT, piano : Franz SCHUBERT : Sonate n°21 (D 960)... SOLO MUSICA (www.solo-musica.de ), 2018. SM 276. TT : 68’ 39.

Philippe Entremont (né à Reims en 1934) a donné son premier concert en 1953 au Carnegie Hall). À 84 ans, il compte à son actif plus de 6000 concerts et entreprend encore en janvier 2018 une tournée en Chine (Shangai, Pékin) : véritable marathon, comme d’ailleurs son aîné Daniel Wayenberg (né en 1929) qui se rend cette année à Tahiti.

En une version aboutie, Philippe Entremont propose son premier enregistrement de la redoutable Sonate n°21 en Si b majeur (D 960) de Franz Schubert (1797-1828), composée en septembre 1828 et publiée en 1839 : son « chant du cygne ». Il rappelle : « depuis plus d’un demi siècle, je pense à cette Sonate — une œuvre si considérable, si envoûtante et si difficile dans sa simplicité. Le désir de l’enregistrer m’est venu plus tard, beaucoup plus tard, vers 2009, et c’était encore trop tôt… ». L’œuvre est structurée en 4 mouvements : 1. Molto moderato, très élaboré et de caractère mystérieux ; 2. Andante sostenuto, déchirant, d’une grande profondeur, avec un accompagnement lancinant ; 3. Scherzo. Allegro vivace con delicatezza, traduisant une joie assez spontanée ; enfin 4. Allegro ma non troppo très développé, aux silences éloquents et avec une brève coda presto. Il a également enregistré la Fantaisie (D 940) en fa mineur, composée en mai 1828 (donc peu avant la disparition du maître, le 19 novembre), avec pour partenaire son élève au Conservatoire américain de Fontainebleau, le japonais Gen Tomuro. Ils s’imposent par leur toucher fin et délicat, leurs répliques précises et leurs tempi bien établis dans les 4 mouvements : Allegro molto moderato, Largo, Scherzo. Allegro vivace, Finale. Allegro molto moderato. Le disque se termine dans l’allégresse, aux accents de la Marche militaire n°1 (D 733) en Ré majeur, très entraînante.

Il s’agit vraiment d’une réalisation de la maturité, bénéficiant de la vaste expérience de Philippe Entremont dont nous avons pu suivre depuis tant d’années la brillante carrière internationale. Dans son texte de présentation, il conclut que Schubert est « tout simplement génial » : ce qui aussi le cas de cet enregistrement de l’infatigable pianiste.
Édith Weber

ARARAT. France-Arménie, un dialogue musical. Ensemble Canticum Novum, dir. Emmanuel Bardon. 1 CD Ambronay : AMY049. TT : 78’49.

Si Ararat évoque immédiatement le massif volcanique des hauts plateaux arméniens, symbole de toute une nation, ce deuxième opus discographique de l’ensemble Canticum Novum, après Aashenayi, sera, sans doute, pour le plus grand nombre une belle découverte puisqu’il propose un émouvant et éloquent dialogue entre deux cultures, française et arménienne, au travers de différentes courtes pièces lumineuses et aériennes explorant les liens entre musiques françaises et musiques traditionnelles d’Europe de l’Est et d’Orient. Un programme passionnant qui rappelle l’attachement de l’ensemble vocal et instrumental Cantotum Novum à l’interculturalité. Poèmes, ode liturgique, cantique, chansons populaires, danse de cour, romances judéo-espagnoles et chant d’exil sont, ici, particulièrement mises en valeur par les voix d’Emmanuel Bardon et Barbara Kusa superbement soutenus par un instrumentarium adapté aux sonorités surprenantes. Une réussite indiscutable !

« Retratos ». Juliette Salmona, violoncelle & Benjamin Valette, guitare. 1 CD Ad Vitam Records : AV 170315. TT : 50’52.

Deux instrumentistes talentueux forment ce duo de circonstance, musiciens bien connus de par leur activité chambriste respective, au sein du Quatuor à cordes Zaïde pour Juliette Salmona et au sein du Quatuor de guitares Éclisses pour Benjamin Valette. L’histoire de ce CD est celle d’une rencontre autour de l’œuvre de Radamès Gnattali (1906-1988) et tout particulièrement autour de sa Sonate pour guitare et violoncelle (1989) et de sa Suite Retratos (1956) dont l’album porte le nom. Un programme très varié comprenant également différentes transcriptions effectuées par les interprètes à partir du corpus de compositeurs brésiliens du 19e et 20e siècle (Ernesto de Nazareth, Francisco Mignone, Alberto Nepomuceno, ainsi que l’inévitable Heitor Villa-Lobos).
Un album très original par le choix des œuvres, souvent méconnues, mais aussi par le caractère inhabituel de l’instrumentarium utilisé, réunissant guitare et violoncelle, deux instruments à la tessiture pratiquement identique, autorisant un jeu de rôle aussi surprenant que jubilatoire. Un très bel enregistrement superbement interprété, haut en couleurs, empruntant à la musique savante et à la musique populaire brésilienne, porteur de joie, mais aussi d’une indicible nostalgie qui en font tout le charme Une belle découverte à ne pas manquer !

GRONDAHL. MARTIN. TOMASI. DAVID. Great Trombone Concertos. Jacques Mauger, trombone. Orchestre Symphonique Français, dir. Laurent Petitgirard. 1 CD Indésens : INDE079. TT : 56’45.

Inlassable défenseur des vents français, et notamment des cuivres, le label Indésens nous offre, ici, un enregistrement rare datant de 1994, reprenant quatre œuvres phares du répertoire du trombone, servies par les mains expertes de Jacques Mauger, ancien tromboniste solo de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris. Une présentation et une mise en lumière d’un instrument rarement utilisé comme soliste qui nous permet d’en apprécier toutes les facettes techniques et musicales, virtuosité, couleur flamboyante ou délicate, lyrisme puissant, legato et expressivité. Un programme s’appuyant sur le Concerto pour trombone et orchestre (1924) de Launy Grondahl (1886-1960) aux accents post romantiques, la Ballade pour trombone et orchestre (1940) de Frank Martin (1890-1974) plus moderne, aux inflexions plus jazzy et dodécaphoniques, le superbe Concerto pour trombone et orchestre (1956) d’Henri Tomasi (1901-1971) peut-être le plus réussi musicalement et, sans aucun doute, le plus attachant par sa ligne mélodique, son mystère et sa poésie et, enfin, seul concerto du XIXe siècle, le très romantique Concertino (1837) de Ferdinand David (1810-1873) composé à la demande de Mendelssohn pour le Gewandhaus de Leipzig et son tromboniste virtuose Karl Traugott. Un bel album, magnifiquement interprété.

Chants hébraïques et chants d’amour Sofia Falkovitch, mezzo-soprano et Cantor. Orchestre de chambre Les Illuminations, dir. Gabriel Bourgoin. 1 CD Calliope Records : CAL 1742. TT : 46’56.

Voici un disque dont la cohérence concernant le programme ne saute pas aux yeux, ni aux oreilles ! Cela d’autant que le livret accompagnant le CD est réduit à sa plus simple expression ne donnant pas les raisons, s’il y en a, amenant à mêler sur le même album, avec un bonheur tout relatif, chants hébraïques empruntés à la liturgie et tradition juives et nécessitant de ce simple fait des techniques propres au chant cantorial comme l’improvisation, et des chants d’amour convoquant respectivement Ravel, Rimski-Korsakov, Fauré ou encore Bizet ( ?) Deux mondes bien différents, heureusement traités avec une certaine réussite musicale, s’appuyant sur la voix chaude et la vocalité facile de Sofia Falkovitch, mezzo et cantor, ainsi que sur l’accompagnement très pertinent de l’orchestre Les Illuminations dirigé par Gabriel Bourgoin.

« Des cordes marines ». Trios à cordes de Jean CRAS, Joseph Ermend BONNAL, Albert ROUSSEL. Ensemble Des Equilibres. 1 CD ARION : ARN68836. TT

Voici encore une belle découverte, celle d’un ensemble à cordes talentueux, le trio constitué par Agnès Pika au violon, Blandine Leydier à l’alto et Armance Quéro au violoncelle, appartenant toutes trois à l’ensemble Des Equilibres. Découverte également d’un lieu sublime, le Couvent des Minimes, joyau du XVIe siècle, à Pourrières dans le Var où cet album fut enregistré et redonné dans son intégralité, à l’occasion des Soirées Musicales en mai dernier. Découverte enfin des trios à cordes de trois compositeurs, Jean Cras (1879-1932), Joseph Ermend Bonnal (1880-1944) et le plus célèbre Albert Roussel (1869-1937). Trois compositeurs ayant en commun d’être contemporains, mais surtout d’avoir exercé une double activité maritime et musicale expliquant ainsi le titre de cet album.

« A British Promenade ». Sandrine Chatron, harpe. Ophélie Gaillard, violoncelle. Michael Bennett, ténor. 1 CD Aparté : AP 140. TT : 78’26.

La harpiste française Sandrine Chatron, en compagnie de la violoncelliste Ophélie Gaillard et du ténor Michael Bennett, nous invite avec cet album original à une promenade pleine de charme à travers des œuvres de compositeurs britanniques du XXe siècle, dont certains bien connus comme Benjamin Britten, d’autres moins comme Bowen, Howells, Bantok, Scot, Goossens, Watkins, Williams, Berkeley, Rubbra, ayant tous en commun d’avoir étudié la composition dans des institutions britanniques et d’avoir composé pour harpe, avec accompagnement de violoncelle et voix. Un répertoire peu connu, choisi de façon intuitive et passionnée par Sandrine Chatron qui nous amène, tout au long de cette flânerie musicale, à découvrir toute la créativité et l’originalité de cette musique britannique puissante, raffinée, émouvante et colorée où se mêlent avec un bonheur tout particulier la sonorité de la harpe, le lyrisme du violoncelle et la chaleur de la voix. Un disque rare construit autour de la harpe, ce qui n’est pas si fréquent, réunissant des musiciens de grande qualité dans un programme particulièrement original. A ne pas manquer !

TCHAIKOVSKI. MOUSSORGSKY. STRAVINSKY. Romeo & Juliet. Pictures At An Exhibition. Firebird. Philippe Guilhon-Herbert, piano. 1 CD Indésens- Calliope : CAL 1632. TT : 62’02.

Voilà un disque qui ne nous convainc qu’à moitié tant la puissance, parfois éprouvante, du jeu de Philippe Guilhon-Herbert confère à son interprétation un aspect par trop monolithique où manquent souvent nuances et couleurs. Un programme conçu comme un itinéraire russe au travers d’œuvres de Tchaïkovski, Moussorgski ou encore Stravinski.
L’Ouverture-Fantaisie de Roméo et Juliette de Piotr Iliych Tchaïkovski est assurément la plage la plus réussie de ce CD, pleine de charme et de poésie. Dans une transcription de Philippe Guilhon-Herbert, elle témoigne, sans nul doute, de la capacité stupéfiante du pianiste français à reproduire les sonorités de l’orchestre, ainsi que de la variété de son jeu qui passe avec une facilité confondante de la romance à l’épopée. En revanche la lecture de l’Oiseau de feu d’Igor Stravinski semble moins convaincante.

« Trésors du piano russe ». RACHMANINOV. MOUSSORGSKY. SCRIABINE. Stéphane Blet, piano. 1 CD Indésens-Calliope : CAL 1631. TT : 56’06.

Le pianiste français Stéphane Blet nous propose, ici, un nouvel opus discographique consacré à trois compositeurs russes parmi les plus importants du répertoire pianistique. Un très beau disque tout en couleurs, nuances, expressivité, allant et virtuosité. Les Tableaux d’une exposition de Modest Moussorgski, œuvre incontournable du répertoire, sont joués ici avec beaucoup d’à propos. Une belle interprétation qui nous donne à « voir » la musique, par ses couleurs variées, ses nuances subtiles, son phrasé plein de relief et ses contrastes exaltés par un jeu virtuose et poétique se déployant tout au long de ce voyage imaginaire à travers les tableaux de Victor Hartmann.

Felix MENDELSSOHN : Symphonies 1 – 5. Karina Gauvin, Regula Mühlemann, Daniele Behle. RIAS Kammerchor. Chamber Orchestra of Europe, dir. Yannick Nézet-Séguin. 3CDs DG : 479 7337. TT.: 73'01+66'57+60'12. : 54’ 46.

Voici la captation discographique de l'intégrale des symphonies de Mendelssohn donnée en février 2016 à la Philharmonie de Paris par le COE dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Comme la Lettre d'Information de l'Éducation musicale s'en était fait alors l'écho (cf. LI de mars et d'avril 2016), ces exécutions se signalent par leur spontanéité, leur joie de vivre, mais aussi leur côté charnel et dynamique, le souci de l'articulation et de la clarté des lignes comme du dramatisme que recèle cette musique. Elles sont servies par la somptueuse lecture d'un orchestre au mieux de sa forme : homogénéité d'une phalange d'exception que le mot routine n'effleure même pas, souplesse de jeu, lustré des cordes et précision des pizzicatos, fines couleurs des bois et des cuivres. On ajoutera l'art du cantabile que Nézet-Séguin met au service de « Mendelssohn l'aquarelliste » (Brigitte François-Sappey) et de sa subtile orchestration. La prise de son live est d'une parfaite immédiateté, offrant une excellente définition des divers plans et une agréable aération dans les tuttis.

« Mélodies françaises ». Anaïs Constans, soprano, Marina Viotti, mezzo-soprano, Jérémie Schütz, ténor, Matthieu Gardon, baryton. Agnès Graziano, piano. Orchestre du Concours International de chant de Mâcon, dir. Éric Geneste. 1 CD TRITON (www.disques-triton.com) : TRI 331207. TT : 65’14.

Le Concours International de chant de Mâcon (Airs d’opéras, Mélodies françaises) a lieu chaque année. Après avoir sollicité des pièces de compositeurs contemporains, il a le mérite de sélectionner et d’attirer l’attention sur les meilleurs chanteurs de moins de 35 ans. Les judicieuses photos illustrent d’ailleurs l’esprit de compétition et l’engagement des participants batailleurs, décidés, motivés et convaincus. L’enregistrement avec accompagnement de piano, a eu lieu à Vézelay (Cité de la Voix) ; celui avec orchestre, à Mâcon, en 2016.
Isabelle Aboulker (née en 1938) a fait ses études au CNSMP. Elle est accompagnatrice, chef de chant et professeur auprès de jeunes chanteurs au CNSM. Elle attache une attention particulière à la prosodie et se situe dans le sillage des Mélodies de Fauré, Debussy, Ravel et Poulenc.

Michael KIMBER : Music for viola 7.  Marcin Murawski, Michalina Matias, Kamil Babka, Michael Kimber. Alto. 1CD ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com) : AP0393. 2017. TT: 62’ 12.

L’alto est parfois un « parent pauvre » de la production discographique, pourtant il s’impose par ses sonorités expressives, graves et intériorisées. Au gré des titres des 9 œuvres pour un ou plusieurs altos, ce 7e disque bénéficie du concours de Marcin Murawski, Michalina Matias, Kamil Babka et du compositeur lui-même : Michael Kimber.
La Suite en style baroque pour 2 altos épouse la forme classique, avec des danses. D’abord bien enlevé, en dialogue à deux, le Prélude contraste avec l’Allemande assez allante dans laquelle les deux instruments sont à égalité ; la Courante traditionnelle est suivie de la Sarabande plus langoureuse. Les Gavottes I et II sont bondissantes avec effets d’écho, alors que les Menuets I et II sont plus mesurés. Dans la Gigue conclusive, les deux altistes déploient énergie et entrain.

« Rêves inachevés ». Poèmes et pièces pour piano. Michèle Bernard, récitante, Joao Paulo Santos, piano. 2CDs SOUPIR ÉDITIONS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) : S 237. Distribution SOCADISC. 2017. TT.:  76’55 + 58’06.

Ce titre, évocateur et douloureux, implique à la fois regrets et admiration. L’idée dominante est le jeune âge de compositeurs disparus trop tôt et qui s’étaient distingués par des œuvres prometteuses auxquelles la maladie et la mort ont mis fin brutalement, avant que ces poètes et compositeurs n’aient pu donner toute leur mesure. Il s’agit de Sabine Sicaud, avec ses poèmes visionnaires, interrompus à l’âge de 15 ans ; de Lili Boulanger — sœur de Nadia — disparue à 24 ans ; de Guillaume Lekeu, aux talents prometteurs, mort au même âge ; Gabriel Dupont, auteur des Heures dolentes si évocatrices et d’Antonio Fragoso, victime de la grippe. Le Label SOUPIR ÉDITIONS leur rend un vibrant et très émouvant hommage.

W A. MOZART : Concerto pour piano K 488.Robert SCHUMANN : Concerto pour piano. Margarita Höhenrieder, piano,Wiener Symphoniker, dir. Fabio Luisi. 1CD SOLO MUSICA (www.solo-musica.de) : SM189. Distribution Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). TT : 75’ 01.

À elle seule, la photo de couverture en dit long sur la complicité du chef et de la pianiste. Ils interprètent deux Concertos pour piano et orchestre de Mozart de Schumann.
Le Concerto pour piano et orchestre n°23 en La Majeur (KV488) de W. A. Mozart comporte deux mouvements rapides avec un mouvement central lent. Dans le premier : Allegro, il spécule sur un sujet vif et un sujet plus suave, avec des tonalités mineures. Il incombe au piano d’orner le premier, d’assurer, après la ritournelle orchestrale, des traits de soliste, puis de rappeler le thème initial. À noter la libre cadence conclusive qui termine le premier tutti assortie d’une brève coda. L’Adagio central est marqué par le balancement de rythmes de sicilienne ; à l’exposition du thème à découvert, répondent clarinette, flûte, basson et violons. Un nouveau thème passera, au piano, du mineur au majeur.