J. S. BACH/(G.B.PERGOLESI) Tilge, Höchster, meine Sünden BWV 1083. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6119. TT : 53’ 46.

Lorsque deux compositeurs travaillent ensemble, le résultat doit être plutôt extraordinaire. C’est ce qui se passe avec la Messe des pêcheurs de Villerville que Gabriel Fauré (1845-1924) a composée en août 1881 avec son élève André Messager (1853-1929). Cette Messe brève : Kyrie (Messager), Gloria (Fauré), Sanctus (Fauré), O salutaris (Messager), Agnus Dei (Fauré), écrite pour chœur de femmes et ensemble de chambre avec flûte, hautbois, clarinette, violons I et II, violoncelle, contrebasse et orgue (Ulfert Smidt), est interprétée par le Chœur de filles de Hanovre et le Fauré-Ensemble, sous la direction de Gudrun Schröfel. La genèse de cette Messe est intéressante. En effet, les deux compositeurs, en vacances à Villerville (Calvados), souhaitaient qu’elle soit chantée par les dames du village et les jeunes filles en villégiature, au profit de l’association locale des pêcheurs. Le Kyrie, très suave, est une prière entrecoupée par les instruments qui se

Jakub Jan RYBA : Stabat Mater NIBIRU (www.nibiru-publishers.com ). CD 01622231. Distribution : CD DIFFUSION (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). TT : 58’ 39 (avec présentation tchèque, anglaise, allemande et française).

Remarquable personnalité dans l’histoire de la musique tchèque, Jakub Jan Ryba (1765-1815) est surtout connu par sa Messe tchèque de Noël. Toutefois, sa production religieuse qui n’est pas assez souvent interprétée est d’ailleurs restée inédite jusqu’à 2015 pour l’édition et 2016 pour ce premier enregistrement mondial.
Il a placé la Musique d’église au centre de ses préoccupations. En fait, comme le rappelle le texte d’accompagnement, il souhaitait introduire la langue tchèque dans la musique d’Église, tout en respectant le latin, langue liturgique traditionnelle. Il souhaitait composer des Messes, Graduels et Offertoires pour chaque dimanche et fête importante de l’Année liturgique, mais, malgré sa grande force créatrice et sa persévérance, n’a réalisé qu’un tiers du projet. Il voulait élever le niveau de la musique d’église dans son pays. En raison de sa fin tragique, il n’a pas récolté le succès qu’il aurait mérité. Dans un manuscrit en 5 volumes de 1300 pages, intitulé : Novae et liberae cogitationes, il propose quelques réflexions de caractère philosophique avec des remarques en latin, et un cycle de musique d’orgue (1798).

Frédéric CHOPIN : Mélodies polonaises (op. 74). HYBRID’MUSIC (www.hybridmusic.com ). H1839. 2017. TT : 37’ 36.

Mario Hacquard (baryton), après avoir été initié au chant grégorien à l’École César Franck, a été, au CNSM, successivement l’élève de Jacques Jansen et Gabriel Bacquier (art lyrique), Anna-Maria Bondi (bel canto), Rita Streich (Mozart), Elisabeht Grümmer (répertoire allemand) et Geneviève Joy-Dutilleux (musique de chambre). Il se produit en Europe, au Canada, en Israël, au Japon… et a enregistré de nombreux disques. Il est à la fois spécialiste de chant grégorien, d’Oratorio, de Lieder, de mélodies françaises et aussi d’Opéra. Pour cet enregistrement de Mélodies de Chopin, il a retenu l’adaptation française de Victor Wilder (1835-1892) connu par ses traductions d’opéras de Mozart et Wagner et des Lieder de Schumann. Avec son accompagnatrice Anna Zassimova, ils ont opté pour un piano Érard, instrument privilégié par le compositeur. Ce disque illustre l’ambiance musicale des Salons parisiens vers la fin du XIXe siècle, où ces œuvres étaient entendues. Les Mélodies polonaises ont été composées par Chopin entre 1828 et 1845 et éditées en 1855 (opus posthume n°74). Les thèmes sont très variés, en liaison avec l’actualité, par exemple la guerre de 1830 entre la Russie et la Pologne (Avant la bataille). Il traite aussi des sujets romantiques : l’amour (Pour toi

César CUI : Vingt Poèmes de Jean Richepin, op. 44 KLANGLOGO (www.klanglogo.de ). KL 1411. TT : 56’ 01.

Cette réalisation discographique réalisé par le duo formé de Jean Bermes (Baryton-Basse luxembourgeois) et Denis Ivanov (piano) a le mérite de présenter pour la première fois intégralement les Vingt Poèmes de Jean Richepin — poète lyrique français (1849-1928) — mis en musique par César Cui (1835-1918), compositeur et critique musical russe.
Son opus 44 comprend La Chanson des Gueux (qui le rendit célèbre), Les Caresses, Les Blasphèmes, La Mer. Les poèmes reposent sur des textes descriptifs (ciel, falaise, Oceano nox), concernent des personnages typiques (le Vieux, les Petiots, le Spadassin, le Hun, le Turc…), mais aussi des interrogations  (« Où vivre ? », « Te souviens-tu d’une étoile, du baiser ? »…). Il s’agit aussi d’une satire de la société de l’époque.

Martial CAILLEBOTTE : Messe solennelle de Pâques. HORTUS (www.editionshortus.com ). HORTUS 134. TT : 62’ 35.

Didier Maes, directeur du Label Hortus, présente, en première mondiale, l’enregistrement de la Messe solennelle de Pâques (version avec timbales) de Martial Caillebotte (1853-1910) qui, au Conservatoire de Paris a été, en piano, l’élève de François Marmontel et, en harmonie, de Théodore Dubois. Ses œuvres religieuses comptent notamment : L’Enfant prodigue (1883), épisode biblique, sur les paroles en prose d’Armand Silvestre ; le Psaume CXXXII : Ecce quam bonum (1887), pour soli, chœur et orchestre, dédicacé à son frère, l’Abbé Alfred Caillebotte. Il a également mis en musique des textes de Ronsard, d’Alfred de Musset, et composé cinq Airs de ballet pour piano (1887).
Créée le 5 avril 1896 en l’Église Notre-Dame-de-Lorette à Paris, sa Messe solennelle de Pâques a été redécouverte par Michel Piquemal, chef du Chœur Régional Vittoria d’Île-de-France depuis 1997 et du Chœur Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il a fait appel au concours de l’Orchestre Pasdeloup (violon solo : Arno Madoni), de Matthias Lecomte (organiste titulaire de l’Abbaye Notre-Dame de la Cambre) et de trois solistes : Mathilde Vérolles (soprano), Patrick Gayrat (ténor) et Éric Martin-Bonnet (basse).

Jean-Jacques WERNER : Notes prises à New York…FORGOTTEN RECORDS. (www.forgottenrecords.com ). Fr38W. TT : 72’ 32.

Jean-Jacques Werner (né en 1935), chef d’orchestre et compositeur prolifique, déborde d’imagination et d’inventivité. Pour son dernier disque, sous le label Forgotten Records, il a sélectionné dix poèmes du regretté Roger Asselineau, professeur à l’Université Paris-Sorbonne. Ces textes brefs évoquent d’abord New York, ville à trois dimensions, la 42e rue, la ville « entourée de vide », le blizzard, la neige, le vent, mais aussi des instructions « à suivre en cas de suicide » à l’Empire Building, sans oublier les papiers jonchant le sol, les gratte-ciel et le vide, la solitude et la peur : autant de remarquables descriptions, peintures des lieux et des sensations en un style de notre temps, très suggestif, interrogatif, un tantinet incisif mais lourd d’émotions et de sentiments si bien ressentis par les excellents interprètes : Anne Le Coutour (comédienne et chanteuse), accompagnée au piano avec énergie, détermination et précision par Christine Marchais-Sieffert (artiste soliste à Radio-France, professeur de piano au Conservatoire de Rouen et de déchiffrage à l’École Normale de Paris, concertiste).

Martin PALMERI : Misatango. Misa a Buenos Aires. HORTUS (www.editionshortus.com ). HORTUS 142. TT : 40’ 24.

Le titre peut paraître insolite, mais il implique bien toutes les parties de l’ordinaire de la Messe (du Kyrie jusqu’au Dona nobis pacem), toutefois affublées d’un rythme dansant et envoûtant. Bien de notre époque, cette œuvre associe chœur, orchestre, piano, mais aussi le bandonéon, si représentatif du tango. La Misatango (Messe à Buenos Aires), créée en 1996 à Cuba, a même été interprétée en 2013 au Vatican, en l’honneur du Pape François et de son pays natal et également en 2016 au Carnegie Hall de New York. Cet enregistrement en première mondiale démontre que la sensualité peut être associée à la spiritualité, comme le prouve Michel Piquemal à la tête du Chœur régional Vittoria d’Île-de-France créé en 1987, n’hésitant pas à interpréter aussi bien des pages baroques, romantiques allemandes, françaises des XIXe et XXe siècles. L’Orchestre Pasdeloup soutient efficacement les solistes : Sophie Hanne (soprano), Gilberto Pareyra (bandonéon), Thomas Tacquet (piano) et le chœur. La conception est peut-être inattendue, mais l’œuvre bénéficie d’un réel engouement en Europe et notamment en France.

JADE (www.jade-music.net ). CD 699 886-2. Coffret 2 CD. TT : 43’ 51 ;  40’ 58.

Sur le thème : Douces Nuits, le Label JADE, spécialiste des anthologies, a regroupé une sélection de berceuses (Wiegenlied, Lullaby, Cradle Song) en 13 langues différentes, provenant d’Allemagne, Angleterre, Belgique Estonie, Lituanie, Roumanie ou encore d’Israël, de Taiwan et d’Argentine. D’une manière générale, il s’agit de chants dont l’effet bénéfique sur les enfants est reconnu de longue date. Le programme est réalisé par Marc Michael de Smet et le Chœur de chambre belge Aquarius. Lors d’un entretien pour les disques Jade, il a précisé la genèse de son programme et défini son incontestable utilité car, lorsque son fils a cherché dans les magasins des disques, il n’a trouvé pour enfants que de la « musique commerciale ». Il a donc demandé à son père de réaliser un enregistrement avec des berceuses reposant sur des textes libres et devant durer entre 3 et 5 minutes. Il en a résulté une sélection inouie de berceuses contemporaines du monde.

Mauricio KAGEL (1931-2008). Les 8 pièces de la Rose des Vents Ensemble Aleph. 2 CDs Evidence Classics : EVCD 030. TT : 105’.

Des sonorités inouïes, des rythmes complexes, des associations de timbres surprenantes et un irrésistible charme pour cet enregistrement, en première mondiale sous sa forme intégrale, du cycle des 8 pièces de la Rose des Vents pour orchestre de salon, composé entre 1988 et 1994 par Mauricio Kagel, compositeur argentin d’origine russe. Également chef d’orchestre et metteur en scène, son œuvre questionne les rapports entre musique, verbe et dimension gestuelle, touchant différents domaines comme la musique symphonique, musique de chambre, musique vocale, pièces radiophoniques et cinéma. La Rose des Vents est un travail musical centré sur l’imaginaire lié aux points cardinaux. Autant de facettes différentes que d’ailleurs possibles dans cette exploration spatiale et musicale. Autant d’univers sonores et de lieux musicaux particuliers que de directions différentes (Osten, Süden, Nordosten, Nordwesten, Südosten, Südwesten, Westen, Norden). L’ensemble Aleph (Clarinette, violon, alto, violoncelle, contrebasse, piano, harmonium, percussions, flûte de pan, rhombe et guimbarde) sous la direction éclairée de Michel Pozmanter parvient à donner à ces huit pièces tout leur potentiel d’évocation, de rêve et de beauté. Un disque document à ne pas manquer.

Tango actuel. Cuarteto Lunares. 1 CD Silvox/ Ruta Records : sil 357. TT : 47’59.

Pour leur premier enregistrement discographique, le Cuarteto Lunares (Aurélie Gallois, Carmela Delgado, Gersende Perini et Lucas Eubel Frontini), spécialiste du genre, nous livre sa vision très originale du Tango argentin actuel, une vision qui, sans renier ses racines traditionnelles, s’enrichit de multiples influences empruntées au jazz, au nuevo tango de Piazzolla ou encore au candombe. Utilisant un instrumentarium particulier et inhabituel (violon, violoncelle, contrebasse et bandonéon) chacune des douze compositions (compositeurs argentins des années 1970 et une création, Anthracite de Bastien David) suppose une savante réorchestration, effectuée avec un talent certain par Aurélie Gallois, permettant une mise en avant des différents timbres dans une communion musicale du meilleur effet. La belle prise de son magnifie encore ce disque plein de charme qui invite à la danse tout en préservant, par instants, une indicible et émouvante mélancolie. Un disque original, jubilatoire, où souffle un vent de liberté comme une invitation au voyage…

SIMON. DAUVERGNE. RAMEAU. BALBASTRE. GUIGNON. CARDONE. Olivier Beaumont, clavecin & Julien Chauvin, violon. 1CD Aparté : AP 138. TT : 52’21.

Laissons Olivier Beaumont et Julien Chauvin nous guider à Versailles dans les appartements de Mesdames les filles de Louis XV. Adélaïde fut une des huit filles de Louis XV et de Marie Leszcinska. Comme ses sœurs, grande consommatrice de musique, nombreux furent les compositeurs du XVIIIe siècle qui écrivirent pour elle. L’ensemble des œuvres présentées ici sont des premières mondiales au disque. L’enregistrement fut capté à Versailles dans le grand cabinet de Madame Victoire, autre fille de Louis XV, avec des instruments d’époque appartenant à la collection versaillaise, clavecin Blanchet 1746 et violon Gagliano 1741 dit « de Madame Adélaïde ». Une façon très authentique donc, rythmée par les sonneries de la pendule de Victoire, de retrouver les sonorités d’une époque vieille de plus de 250 ans… Authenticité sûrement et excellence indiscutable pour ce disque mariant merveilleusement les sonorités chaudes du violon aux accents acidulés du clavecin. Une anthologie de rares pépites (Premier Concert en la majeur et Maestoso de la Sonata IV en la mineur de Simon, Sonata XII de Dauvergne, Airs du Ballet et Ouverture de Castor et Pollux de Rameau, Aria Gratioso de la Sonate I en sol majeur de Balbastre, Variations à partir des Sauvages de Rameau, Sonata Sexta en fa majeur de Cardone) qui ravira tous les amateurs de cette musique du siècle des Lumières. Elégance, lyrisme, dynamisme, complicité, autant de qualificatifs pour ce beau disque. Une succession de pièces pour un voyage hors du temps comme autant de splendeurs oubliées…

DUTILLEUX / SZYMANOWSKI.  Maroussia Gentet, piano. 1 CD Passavant  Music : PAS 116238. TT : 63’52.

Henri Dutilleux consacra peu de pièces au piano solo. Sa Sonate fut la seule qu’il eut composée, en 1947, et les Préludes furent les dernières pièces écrites pour l’instrument entre 1973 et 1988. Près de quarante années pour juger de l’évolution du travail et de la pensée créatrice d’Henri Dutilleux (1916-2013). Nonobstant le fait que sa Sonate fut créée en 1948 par son épouse à qui l’œuvre est dédiée, pianiste émérite qui l’exporta partout de part le monde et qui en assura le succès, il n’est pas certain qu’Henri Dutilleux fut très attaché à cette pièce pourtant désormais célèbre et qu’il n’eut pas, par instant, la tentation de la retirer de son catalogue. Une composition aux accents debussystes qu’il considérait, sans renier le passé, comme une œuvre de transition, bien éloignée des partitions de la maturité dont les Préludes nous donnent exemple. Une sonate organisée en trois mouvements, très mélodique et un dernier mouvement en forme de choral suivi de quatre variations reprenant le parcours des quatre parties de la sonate classique. Les Préludes en forme de triptyque furent composés en 1973 pour D’ombre et de silence dédié à Arthur Rubinstein, en 1977 pour Sur le même accord dédié à Claude Helffer, et en 1988 pour Le jeu des contraires dédié à Eugène Istomin,

Martin PALMIERI.  Orchestre Pasdeloup & Chœur Vittoria d’Ile de France, dir. Michel Piquemal. Sophie Hanne, soprano. Gilberto Pereyra, bandonéon. Thomas Tacquet, piano. 1 CD Hortus : HORTUS 142. TT : 40’24.

Tango toujours, mais cette fois dans une mise en miroir insolite entre liturgie chrétienne et danse populaire où le tango sert de support à un étonnant syncrétisme entre profane et sacré, curieux médium entre sensualité et spiritualité. La Misatango fut créée il y a 20 ans, composée selon la même séquence que la messe en latin à laquelle se mêlent les harmonies et rythmes syncopés du Tango, associant à l’instrumentarium habituel (cordes) les accents surprenant du bandonéon et du piano. Cette Misatango serait la messe préférée du pape François, jésuite argentin, ancien archevêque de Buenos Aires, qui la fit donner à Rome en 2013, année de son accession au Pontificat, à l’occasion du Festival international de musique et d’art sacré, en l’église Saint Ignace de Loyola et rejouer tous les ans depuis, lors de ce même festival. Sans perdre en rien sa ferveur religieuse, la Misatango, par ses intonations populaires et vibrantes relève d’une accessibilité immédiate répondant au souhait du compositeur d’un décloisonnement méritoire. L’interprétation qui nous en est donnée, riche en couleurs, ne souffre aucun reproche tant vocalement qu’instrumentalement. Le Tango comme une prière… Un disque original, à écouter absolument.

Franz SCHUBERT. Matteo Fossi, piano. 1 CD Hortus : HORTUS 141. TT : 76’14.

On sait que Schubert laissa de nombreuses œuvres inachevées (ou égarées) d’où le titre de ce nouvel enregistrement discographique du pianiste italien, Matteo Fossi, entièrement dévolu à Schubert, mettant en miroir des compositions denses et monumentales et des pièces plus fragmentées. La Wanderer-Fantaisie D760 est une fantaisie monumentale datant de 1822, contemporaine de la Symphonie n° 8 « inachevée », très exigeante techniquement elle comprend quatre mouvements enchainés et s’inspire du lied éponyme écrit en 1816. Célèbre par son rythme caractéristique simulant la marche du promeneur chère au Romantisme, elle résulte d’une commande d’un virtuose viennois, Emmanuel von Liebenberg de Zsittin. Fortement contrastée, très virtuose, elle inspira ultérieurement Liszt et Koechlin. Les Drei Klavierstücke op. posthume D946 furent réunies par Brahms après la mort du compositeur, sorte d’ultimes confidences, imprégnées de pureté mélodique, élégantes et délicates elles s’inscrivent dans la ligne des Impromptus. La Sonate « Reliquie » D840, fut surnommée Reliquie car le premier éditeur la présenta comme la dernière sonate de Schubert, alors qu’elle date, en fait, de 1825, quinzième des 21 sonates composées. Elle ne comprend que deux mouvements achevés, les deux derniers ne correspondant qu’à des ébauches. Enfin, composée à l’âge de vingt ans, la Sonate inachevée D571, rêveuse et hors du temps, ne comporte qu’un seul mouvement. Tout au long de cet enregistrement Matteo Fossi nous donne à entendre une interprétation remarquable contrastée et limpide nimbée d’une sombre clarté où la brillance du pianisme ne se départit jamais de cette ineffable mélancolie schubertienne.

Franz LISZT (1811-1886). Metanoia. Piano Works : Après une lecture du Dante. Ballades. Vallée d’Obermann. Consolations. Béatrice Berrut, piano. 1 CD Aparté : AP 137. TT : 73’20.

Après un premier disque « Lux Aeterna » consacré à Bach, voici le deuxième opus discographique de la pianiste suisse, Béatrice Berrut, tout entier consacré à Franz Liszt dont elle nous livre, ici, un florilège d’œuvres célèbres pour piano, regroupées sous le terme Metanoia, référence psychanalytique évoquant le parcours spirituel du compositeur hongrois, difficile chemin initiatique de l’ombre vers la lumière qui le conduira de la carrière de compositeur et pianiste virtuose à celle d’abbé. Un chemin où cohabitent les contraires, le Bien et le Mal, où la musique s’affirme comme consolation et la souffrance comme source d’inspiration créatrice…Un programme dense comprenant Après une lecture du Dante, fantasia quasi sonata, composée en 1849, intégrée au second volume des Années de pèlerinage (Italie. 1856) inspirée de la Divine Comédie, s’organisant autour de deux thèmes principaux où s’expriment les lamentations des âmes en Enfer et la joie du Paradis. Les Ballades n° 1 & 2, la première datant de 1845-1849 alors que Liszt venait de se séparer de Marie d’Agout, la seconde écrite en 1853.

Cyprien KATSARIS et Etsuko HIROSE, piano, Russian Ballet Transcriptions pour quatre mains et deux pianos Piano 21 P21 056 – N

Les transcriptions pour piano étaient courantes au XIXème siècle, c’était la seule façon de connaître les œuvres pour orchestre des compositeurs. Dans chaque famille de la bourgeoisie, élégante, cultivée et riche, les jeunes femmes apprenaient le piano. Les pianistes amateurs ou même professionnels, grâce à ces arrangements, pouvaient ainsi jouir pleinement des compositions orchestrales par le biais des quatre mains. Cette manière de faire connaître le répertoire continue encore aujourd’hui, de nombreux pianistes aimant jouer à quatre mains. Ici c’est Katsaris et la jeune et talentueuse pianiste Hirose qui proposent des extraits de ballets russes extrêmement connus.
« Les Danses Polovstiennes » de Borodine extraites du « Prince Igor » sont arrangées par l’américaine Ann Pope du duo de pianos Kantorski-Pope ; elle a réalisé de nombreux arrangements pour deux pianos. La suite de « Casse-Noisette » de Tchaikovski a été arrangée par Eduard Langer professeur à l’époque au Conservatoire de Moscou où il eut comme élève Antonia Miliukova la femme du compositeur. Il fit de nombreux arrangements d’œuvres de Tchaikovski.

Jean-Sébastien BACH : Das Wohltemperierte Klavier 1 – BWV 846-869. Urtext. Bärenreiter : BA 5191.

A quoi bon une nouvelle édition du Clavier bien tempéré, pourrait-on se dire ? Si celle-ci se distingue des autres, c’est d’abord parce qu’il s’agit d’un « Urtext » de la Nouvelle Edition de Bach. C’est aussi parce qu’une copieuse et intéressante préface reprend à la fois l’histoire de l’œuvre et l’histoire des sources aujourd’hui accessibles. C’est enfin parce que l’éditeur, Alfred Dürr, a réalisé une édition particulièrement claire et lisible du texte, débarrassée de tous les doigtés et de toutes les indications adventices. Les seules modifications à la graphie (et non pas au texte !) ont été faite dans un souci de plus grande lisibilité. Bref, c’est un vrai plaisir que de se ressourcer en jouant ces œuvres à partir d’une telle édition.

Charles BORDES (1863-1909). Mélodies
Mélodies (Vol. 1) & Œuvres pour piano. Sophie Marin-Degor. Jean-Sébastien Bou. François-René Duchâble, piano. 1 CD Timpani : 1C1196. TT : 68’47.Charles BORDES (1863-1909). Mélodies (Vol. 2). Sophie Marin-Degor. Géraldine Chauvet. Eric Huchet. Nicolas Cavallier. François-René Duchâble, piano. 1 CD Timpani : 1C1208. TT : 63’24.

 Voici deux enregistrements, réédités à l’occasion des « Journées Charles Bordes » célébrant comme chaque année depuis 2009 le compositeur tourangeau, enregistrements rares qui constitueront pour beaucoup une découverte. Compositeur et pédagogue français, élève de Marmontel et de César Franck, organiste à l’église Saint-Gervais de Paris, fondateur avec Vincent d’Indy de la Schola Cantorum de Paris en 1896, « sorte de franciscain laïque, ivre de beauté et de musique, égaré dans un siècle ingrat…. » Charles Bordes fut très précocement attiré par la mélodie, mélodie savante, mais également mélodie populaire française, basque notamment. Un ensemble de mélodies composées entre 1884 et 1903 auxquelles il confia volontiers l’expression de son moi intime. Ces deux disques permettront aux amateurs de musique française de découvrir ou de redécouvrir ce personnage atypique reconnu comme une figure majeure de la vie musicale nationale de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Christmas Trumpet.

BACH. PURCELL. HAENDEL. BIZET. MENDELSSOHN. SCHUBERT. GOUNOD. FRANCK. TRADITIONNALS & SPIRITUALS. The Christmas Trumpet. Benoit d’Hau, trompette. Vincent Rigot & Pierre Cambourian, orgue. 1 CD Indésens : INDE081. TT : 67’38.

Voici un album de circonstance, s’adressant délibérément à un large public, regroupant des mélodies connues de tous, dans le simple but hédoniste de célébrer Noël. Benoit d’Hau, directeur du label Indésens et inlassable défenseur des vents français passe cette fois de l’autre coté du quatrième mur pour faire valoir tout son talent de trompettiste dans ces « standards » fameux et incontournables de la période de Noël (Te Deum, Ave Maria, Que ma joie demeure Douce nuit, Mon beau sapin, Vive le vent, Il est né le divin enfant, Jingle bells et bien d’autres encore….).. Un disque festif et jubilatoire tout entier animé par l’esprit de Noël mêlant dans un syncrétisme, particulièrement de bon aloi en ces temps troublés, mélodie et spiritualité, sacré et profane, joie et ferveur. Au-delà du message éminemment louable, Benoit d’Hau entouré de Vincent Rigot et Pierre Cambourian à l’orgue, nous livre ici une superbe interprétation en tout point fidèle à la réputation d’excellence de son maitre Eric Aubier. Incontournable et éternel !

FARINELLI. Un portrait.

Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset. Ann Hallenberg, mezzo-soprano. 1 CD Aparté : AP 117 TT : 69’

Après le film éponyme datant de 1994 qui lui apporta une notoriété mondiale en enregistrant, avec son ensemble, la bande son, Christophe Rousset retrouve le fameux castrat pour ce disque anniversaire célébrant le 25e anniversaire des Talens Lyriques dont il fut, en 1991, le fondateur. Si la voix de Farinelli dans le film résultait d’un mixage entre les timbres de Derek Lee Ragin contre-ténor et d’Ewa Malas-Godlewska, soprano, c’est cette fois la mezzo-soprano Ann Hallenberg qui prête sa magnifique voix, au timbre ambigu et fruité, à Carlo Broschi dit Farinelli (1705-1782). L’idée de ce feu d’artifice vocal, capté en « live » lors d’un concert à Bergen était de panacher des airs emblématiques du film avec d’autres œuvres chantées par Farinelli, permettant ainsi d’évoquer les deux visages différents du castrat, tantôt flamboyant et virtuose, tantôt plus introverti et mélancolique. Un très beau florilège d’airs empruntés à différents opéras de Riccardo Broschi (Artaserse, Idaps) Geminiano Giacomelli (Adriano in Siria) Nicola Porpora (Semiramide reconosciuta, Prolifem) Leonardo Leo (Catone in Utica) Georg Friedrich Haendel (Alcina, Rinaldo) et Johann Adolf Hasse (Ouverture de Cleofide). Voila un disque qui ravira un large public tant l’interprétation y parait superlative tant vocalement qu’instrumentalement. Les Talens Lyriques et Christophe Rousset y confirment leur excellence dans ce répertoire et Ann Hallenberg y déploie, tout du long, sa superbe voix où rien ne manque, puissance, rondeur du timbre sans aucun vibrato, souplesse de la ligne, facilité vocale confondante et étendue impressionnante de la tessiture. Un très beau disque pour un bel anniversaire !

Fantaisie.

BACH. HAYDN. MOZART. SCHUMANN. CHOPIN. SCRIABINE.Fantaisie. Gaspard Dehaene, piano. 1 CD 1001 Notes : 1001NOTES09. TT : 71’53.

Un premier enregistrement discographique du jeune pianiste Gaspard Dehaene centré autour de la Fantaisie, une forme musicale utilisée par tous les compositeurs convoqués sur ce disque, de Bach à Scriabine, comme une sorte de forme libre autorisant toutes les audaces, guidée essentiellement par l’imagination de l’auteur loin de toute contrainte formelle, donnant, également, à l’interprète une grande liberté d’interprétation. Magnifique occasion pour Gaspard Dehaene de faire montre de tout son savoir faire dans la lecture de ces œuvres si différentes…La célèbre Fantaisie chromatique et fugue BWV 903 de Bach, la rieuse Fantaisie Hob XVII 4 de Haydn, la douloureuse Fantaisie K 397 de Mozart, la grandiose Fantaisie op 17 de Schumann, la mal aimée Fantaisie-impromptu op 66 de Chopin et la passionnée Fantaisie op 28 de Scriabine. Un vaste programme nous emmenant de l’époque baroque au seuil de la modernité en passant par l’âge classique et la période romantique, tout un panel de couleur parfaitement rendues par Gaspard Dehaene dont le jeu pianistique protéiforme parvient à nous convaincre de bout en bout. Un jeu où la virtuosité est toute entière au service de la musique, empreint de sincérité et d’émotion. Un jeune pianiste à suivre…

Piano Sonatas D 845 & D 958

Franz SCHUBERT Piano Sonatas D 845 & D 958. Louis Schwizgebel, piano. 1 CD Aparté : AP 133. TT : 70’.

Ce dernier opus discographique du jeune pianiste Louis Schwizgebel est entièrement dédié à Franz Schubert (1797-1828) avec deux Sonates, n°16, en la mineur D 845 et n° 19, en do mineur D 958, dont les enregistrements de référence ne manquent pas…Passage obligé sans doute, mais épreuve périlleuse tant les comparaisons s’imposent d’emblée. La Sonate n° 16 fut composée en 1825, considérée comme la première sonate de la maturité, à l’inverse, la Sonate n° 19 fait partie des trois dernières sonates, composée quelques mois seulement avant la mort du compositeur en 1828, une trilogie que d’aucuns ont pu comparer aux trois dernières symphonies de Mozart ou aux trois dernières sonates de Beethoven (Excusez du peu !) c’est dire l’importance de l’enjeu. Deux climats différents, la première de caractère sombre et mélancolique, plus élégiaque, inquiète, que réellement tragique, la seconde, plus agitée, passionnée et sans doute plus ambitieuse réussissant à dépasser l’influence beethovénienne en y intégrant un lyrisme, une expression du « Je » toute personnelle à Schubert, sorte de consolation où pointent, dans l’écriture, d’audacieuses inventions harmoniques. L’interprétation de Louis Schwizgebel témoigne, une fois de plus, d’un pianisme exceptionnel où la forme séduit immédiatement par sa puissance, sa clarté, sa fluidité mais où le fond manque, peut être, un peu de cette noirceur schubertienne, de cette zone d’ombre qui fait les plus grandes interprétations…