Nikolaus Harnoncourt dirige Schubert à Graz, juillet 1988 (enregistrement inédit)

Nikolaus Harnoncourt avait le don d'exaspérer ceux qui pensaient que la musique du début du romantisme allait dans une certaine direction — celle qui correspondait à ce qu'ils avaient entendu toute leur vie au concert. Ils connaissaient le chemin d'une symphonie de Schubert, pouvaient anticiper chaque tempo et sentir, comme une couverture confortable, l'équilibre dans le phrasé et entre les instruments. Malheureusement pour eux, mais heureusement pour Schubert, cela n'intéressait pas Harnoncourt le moins du monde. Avec le Chamber Orchestra of Europe, il entreprit de tout examiner sous un jour nouveau. Pour faire une analogie, si la plupart des chefs d'orchestre sont des conservateurs de musée qui accrochent les tableaux dans des endroits familiers et à l'occasion en exhume des réserves, lui était un restaurateur : il enlevait des décennies de crasse et de vernis pour arriver aux coups de pinceaux d'origine et utilisait le rayonnement infrarouge pour inspecter, sous la version achevée, les ébauches de l'artiste et ses premières idées.Une fois son travail de restauration terminé, la symphonie apparaissait comme une lumineuse surprise : dépourvue de sa familiarité, déconcertante, certes pas du goût de tout le monde, mais impropre à écouter d’une oreille distraite en musique de fond
Simon Mundy
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Philippe CHAMOUARD : Les Oiseaux de solitude. INDESENS (www.indesens.fr ). IND133. 2020. TT : 55’ 53.

Philippe CHAMOUARD (né en 1952 à Paris), musicien musicologue (études de piano avec Guy Lasson, de composition avec Roger Boutry, puis docteur de l’Université Paris-Sorbonne), poète prolifique encouragé par Olivier Messiaen, ne se réclame d’attache à aucune école. Ses partitions connaissent une incroyable diffusion internationale. Pour ses œuvres concertantes, il fait appel entre autres au vibraphone, aux instruments traditionnels, mais aussi à la harpe celtique, au koto japonais ou encore aux voix... Dans sa musique de mouvance néoclassique, poésie et densité spirituelle sont en osmose, comme c’est aussi le cas de ses disques : Le Vagabond des nuages, Le Manuscrit des étoiles.
Cet enregistrement regroupe des œuvres de chambre pour intrumentarium diversifié illustrant son univers sonore si personnel : intimité suspendue avec les 3 Crystaux (J.-Fr. Durez au vibraphone) ; merveilleux abandon au cœur des 3 Madrigaux d’été (M. Löhr, violoncelle, M.-Cl. Langlamet, harpe) ; équilibre piano (L. Marschal) / flûte (V. Lucas) enchanteur au cœur des 4 Polymnia. Nocturnal met en scène un piano (A. Ouvrard) et un saxophone (N. Prost) constamment à l’écoute. Enfin, Les Oiseaux de solitude sont magistralement interprétés par le Quatuor Joachim. Luxe, calme, volupté...
Édith WEBER
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Giuseppe TARTINI : Les dernières Sonates (violon et violoncelle). VERTIGO. MUSO (www.muso.mu ). Mu-040. Diffusion : Sylvie Valleix (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) 2020. TT : 79’ 45.

Ces 5 dernières Sonates inédites pour violon et violoncelle de Giuseppe TARTINI (1692-1770), respectivement en la mineur, La majeur, majeur, mineur et majeur, sont interprétées sur des instruments historiques par David Plantier et Annabelle Luis. Le disque paraît pour le 250e anniversaire du musicien italien. Les deux interprètes — formés pour le premier à la Schola Cantorum de Bâle et la seconde, au CNSM de Lyon — privilégient le caractère cantabile ; ils font preuve d’une technique et d’une virtuosité exceptionnelles. À noter en priorité les mouvements lents chantants et expressifs : grave, andante, cantabile (plage 22), mais aussi le jeu précis dans ceux issus du menuet et de la gavotte. Bel hommage au maître de Padoue.
Édith WEBER
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BRAHMS (1833-1897) : Symphonies. Wiener Symphoniker. Ws 021. 2020. SONY MUSIC. Diffusion Laurent Worms (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). Coffret 4 CD : TT : 45’ 26 ; 43’ 23 ; 35’ 57 ; 39’ 19.

Philippe Jordan (né en 1974 à Zurich), fils du chef Armin Jordan, est directeur musical de l’Orchestre de l’Opéra de Paris et des Wiener Symphoniker, et a dirigé de prestigieuses formations internationales. Nommé meilleur chef d’orchestre (International Opera Awards 2017), après l’intégrale des Symphonies de BEETHOVEN, il poursuit ses enregistrements sur le vif avec les 4 de Johannes BRAHMS. Chaque CD est consacré à une œuvre. Le compositeur y prend ses distances avec Richard Wagner. Les Wiener Symphoniker (que Philippe Jordan dirige depuis 2014) se sont imposés de longue date par leur paysage sonore, leur extrême rigueur et leur haute musicalité. Ils réservent un sort royal à ces Symphonies très contrastées.
La première, en do mineur (op. 68) — qui n’est pas une œuvre de jeunesse — mettra par scrupules vingt ans à germer. La deuxième, en majeur (op. 73), remontant à 1877, plus accessible, enchantera le public viennois. La troisième, en Fa majeur (op. 90), surnommée par Hans Richter « l’Héroïque », connaît dès 1883 un triomphe européen qui sera partagé jusqu’aux Etats-Unis. Deux ans plus tard, la quatrième, en mi mineur (op. 98), pleine de nostalgie, se tourne vers le passé et rend hommage au Cantor de Leipzig. Elle suscitera le même enthousiasme. Philippe Jordan maîtrise parfaitement l’ensemble de la palette expressive brahmsienne. À entendre et réentendre.
Édith WEBER
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Le code de la route. Hommage à Boris VIAN. MUSO (www.muso.mu). mu-038. Diffusion : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. 2020. TT : 63’ 17.

Boris VIAN (Ville d’Avray, 1920-Paris, 1959), Ingénieur formé à l’École centrale, a déployé des talents dans de nombreux domaines artistiques et pris une part très active aux mouvements d’avant-garde à Saint-Germain des Prés, dans les années 1950. La joyeuse bande des Lunaisiens : Arnaud Marzorati (baryton, direction), Agathe Peyrat (soprano, ukulele), Fabien Norbert (trompette), Pierre Cussac (accordéon, bandonéon) Raphael Schwab (contrebasse) a réalisé un hommage original au maître de l’originalité. 10 chansons sur 18 sont de ce compositeur-écrivain-journaliste-critique musical... Le titre du CD fait écho à la dernière chanson présentée, vaste, pleine de gouaille, d’allusions sonores, de clins d’œil : « Tout conducteur doit constamment rester maître de sa vitesse… », avec fragments parlés, chantés, onomatopées, ritournelles. L’imagination au pouvoir.
Édith WEBER
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BACH / PAGANINI / YSAŸE. Andrey Baranov : Solo Volume 1. MUSO (www.muso.mu). mu-039. Diffusion : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. 2020. TT : 60’ 42.

Andrey Baranov, violoniste, élève de Pierre Amoyal, Lauréat (2012) du Concours Reine Elisabeth ainsi que de nombreux Prix internationaux, est le Premier violon du prestigieux David Oistrakh Quartet. Dans ce volume 1 de son enregistrement en soliste, il convie les mélomanes à le rejoindre pour trois siècles de modernité violonistique autour de 3 figures de référence. Johann Sebastian BACH, avec sa Partita n°1 en si b mineur (BWV 1002, Cöthen, 1720), forte de ses Allemande, Courante, Sarabande et Gigue (au tempo de bourrée), chaque danse étant agrémentée de son Double. Il poursuit avec les deux mouvements : Ballade. Lento molto sostenuto – Allegro in tempo giusto con bravura de la Sonate n°3 en ré mineur (op. 27), composée en 1923 par Eugène YSAŸE (1858-1931), dédiée à Georges Enesco, requérant simultanément intériorité et bravoure. Le CD conclut avec 7 des 24 Caprices de l’op. 1 (1802-1817) de Niccolo PAGANINI (1782-1840) qui permet au virtuose de donner à son Violon Crémone (1758) toute sa mesure. Une magistrale restitution de pages marquantes du répertoire du violon écrites respectivement au début des XVIIIe, XIXe et XXe siècles.
Édith WEBER
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Juliusz WERTHEIM : Songs 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0461. 2020. TT : 52’ 10 ; Songs 2. AP0462. 2020. TT : 68’ 15.

Juliusz WERTHEIM (1880-1928) est un compositeur, chef et pianiste polonais d’origine juive et converti au Luthéranisme. Il prend des leçons de piano en 1893, étudie la composition à Berlin et le piano, puis à nouveau au Conservatoire de Varsovie. A composé 4 Symphonies, de nombreuses œuvres de piano et des chants. A influencé Arthur Rubinstein pour l’interprétation de Chopin. Il a enseigné à l’Académie de musique de Gdansk. Il décèdera en dirigeant le Prélude des Maîtres chanteurs, le 6 mai 1928, à Varsovie. Le Label polonais ACTE PRÉALABLE, après un CD consacré à ses œuvres pour piano, consacre, en premier enregistrement mondial, deux CD à son répertoire vocal.
Krzystof Bobrzecki (baryton) a obtenu, en 2008, le titre de Docteur en chant à l’Académie S. Moniuszko de Gdansk et interprété le rôle titre dans Le Manoir hanté de S. Moniuszko. Pianiste attitrée du Label Acte préalable, Anna Mikolon, Lauréate de nombreux Concours internationaux, après ses études à Gdansk achevées par un diplôme postdoctoral en musique de chambre. Professeur à l’école de musique de cette ville, excellente pédagogue, elle a écrit une monographie (2011) sur le langage musical de Chostakovitch. Sa discographie s’avère très fournie. Tous deux se mettent talentueusement au service de leur compatriote Juliusz WERTHEIM.
Le premier disque comprend 4 Chants (op. 8) de caractère plaintif, dont Je ne sortirai plus désormais à la clarté du jour, 4 Chants (op. 10) descriptifs et automnaux (par exemple La nuit au clair de lune en septembre) ainsi que 7 Chants (op. 16) relatifs à la nature (soleil, neige…). Le second disque — chanté tout en allemand — s’ouvre sur la lyrique Liebesahnung (Prémonition d’amour), suivi de 4 Chants pour voix solo avec accompagnement piano dont Le mois de Mai est arrivé de Heinrich HEINE. Les 24 Chants pour voix solo et piano (op. 15) sur des thèmes variés du poète autrichien Peter ROSEGGER (1843-1918). Une immersion (plus de 2 heures) dans la musique vocale de Juliusz WERTHEIM : avis aux amateurs.
Édith WEBER
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Paris – Los Angeles. MILHAUD – MOZART - ZEISL. HORTUS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). HORTUS 189. 2020. TT : 59’ 33.

Le violoniste français Ambroise Aubrun, ayant commencé ses études de violon à Nice, les poursuit au CNSMDP, puis à l’Université de Californie et enfin à la Colburn School (Los Angeles), est lauréat du prix Charles Oulmont de la Fondation de France et de la Fondation Langart. Il enseigne le violon à l’Université du Nevada à Las Vegas, est soliste de l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles et aussi chambriste. Le pianiste Steven Vanhauwaert a étudié au Conservatoire Royal de Bruxelles, puis s’est perfectionné à l’Université de Californie du Sud. Lauréat de plusieurs Prix internationaux, il s’attache à faire découvrir un répertoire moins connu.
Eric ZEISL (Vienne, 1905-Los Angeles, 1959), compositeur autrichien naturalisé américain en 1945. De confession juive, il est taxé de « musicien dégénéré » par le régime nazi et il quitte l’Autriche peu après l’Anschluss, (échappant ainsi à la mort contrairement à une partie de sa famille, victime des camps de concentration), pour Paris où il se lie d’amitié avec Darius Milhaud, puis s’installe en Californie, où il enseignera et composera de la musique tonale, notamment au Brandeis-Bardin Institute (sa Sonate lui est dédié) et à la Huntington Hartford Foundation. Le CD débute par son Menuchim’s Song (1939) et s’achève avec sa Brandeis Sonata for violin and Piano (1949) suivi du premier mouvement de sa Suite for Violin and Piano (op. 2) intitulé Zigeunerweise — à la manière tzigane — (1919) en première mondiale.
Darius MILHAUD (1892-1974), également épinglé « artiste dégénéré », quitte la France en 1940 pour la Californie où, jusqu’en 1947, il enseignera la composition au Mills College d’Oakland. Le Duo rend remarquablement les multiples chatoiements de sa Sonate pour violon n°2 (1917). Il est tout aussi à l’aise avec l’esthétique classique, dans la Sonate pour Piano et Violon en mi mineur K.304/K.300c (1778) de W. A. MOZART, œuvre que prisait Eric ZEISL. Un disque-hommage à l’amitié entre deux musiciens, admirablement mise en œuvre par deux interprètes de premier rang.
Édith WEBER
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Voies[x] de femmes. DIGRESSIONEmusic. Distribution : www.bs-artist.com. DCTT105. 2020. TT : 64’ 52.

Jouant phonétiquement sur le jeu de mots : voies/voix et la promotion des femmes compositrices et interprètes, cette production entièrement italienne intriguera les mélomanes curieux ou les surprendra, à plus d’un titre. Au cours des 27 pièces brèves de Tiziana de Carolis cohabitent Jean de La Fontaine, Alphonse de Lamartine, Maurice Maeterlinck, Francis Jammes, Jules Renard ; les voies sont relatives à l’Amour : celles sans issue, celles du Voyage. Les voix concernent la Nature, l’Enfance, la Contemplation, et celles des Migrant(e)s, intitulée Linea riflessa (pièce pour chœur — en l’occurrence le Chœur Florilegium vocis — et piano — Maria Gabriella Bassi —). Théodora Cottarel (soprano) et Tiziana de Carolis (pianiste et compositrice, née à Bari, en Italie), aussi engagées que passionnées et complices de ce panorama insolite, diversifié et plein de sève, retiendront l’attention.
Édith WEBER
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Sur les pas de Claude DEBUSSY. Christophe Vautier (piano). CALLIOPE (www.calliope-records.com ). CAL2080. TT : 60’ 38.

Un programme en or, des œuvres phares et très connues : Children’s Corner (pièces pour enfants) aux titres évocateurs — dont un The Snow is Dancing ouaté — ; La Suite bergamasque — avec l’incontournable Clair de Lune — ; Estampesles Jardins sous la pluie peut-être plus mouvementés qu’à l’ordinaire… — et, pour couronner le tout, comme il se doit, le grave hommage de Paul DUKAS (1865-1935) à son ami : Le Tombeau de Claude Debussy, La plainte au loin du faune... Christophe Vautier, élève de Cécile Édel-Latos et dernier disciple de Györgi Cziffra, introduit les mélomanes dans sa quête inlassable du « piano pur », avec notamment un toucher différencié pour chaque doigt. Traces à suivre...
Édith WEBER
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IMMERSION – SCARLATTI-HAYDN-MOZART. Alexandra Lescure, piano. ILONA Records (www.bs-artist.com ) 2020. TT : 60’ 57.

De quoi s’immerger avec la pianiste française Alexandra Lescure dans sept Sonates. Pendant vingt ans, elle a bénéficié des conseils notamment de Jean-Marc Luisada, Bruno Rigutto… Son programme propose une intéressante trilogie soulignant l’évolution de la forme sonate lors de la transition du clavecin vers le pianoforte (Hammerklavier), au siècle des Lumières. De son jeu solide et sensible émergent un timbre exceptionnel, la souplesse dans les croisements des mains, avec les Sonates de Domenico SCARLATTI ; phrasé somptueux (HAYDN) ; la clarté et la logique dans l’enchaînement des thèmes (MOZART). La richesse ornementale (trilles) et la justesse sont exploitées à bon escient dans cette filiation historique pertinente. Une pianiste aventurière et engagée, qui se distingue par sa haute maîtrise technique et sa grâce.
Édith WEBER
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Christophe FRIONNET : Œuvres pour piano. CIAR Classics, Collection du Festival International Albert ROUSSEL (ciar.e-monsite.com ). 2020. CC001. TT : 56’ 28.

Né en 1968 à Chatou, le compositeur et poète Christophe FRIONNET a étudié notamment aux Conservatoires de Nanterre, Sevran et au CNR de Boulogne-Billancourt (classe d’électroacoustique, Michel Zbar), où il obtiendra le Prix de composition et anime divers ateliers de musique contemporaine.
Les mélomanes découvriront, en premier enregistrement mondial, son œuvre pour piano et notamment ses Études poétiques (op. 22, dont une à 4 mains), sa Sonate éclair (op. 42, n°3), sa Barcarolle (op. 46), ses 7 clins d’œil à la Lune rousse (op. 52), sans oublier, pour conclure, sa Petite étude fantôme (op. 58)… Chaque Étude est gratifiée d’un adjectif descriptif très suggestif.
Une réussite d’expressivité et de couleur instrumentale à mi-chemin entre XXe et XXIe siècles, avec le concours de Martine Vialatte (qui s’acquitte fort dignement de l’op. 22), Jérémie Favreau (pour les pièces restantes) et avec le compositeur au piano primo de l’étude à 4 mains). Exemple contemporain à ne pas manquer.
Édith WEBER
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Jozef WIENIAWSKI : Piano Works 5. 8 Romances sans paroles – 8 Mazurkas. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0474. 2020. TT : 62’ 42.

Jozef WIENIAWSKI (Lublin, 1837-Bruxelles, 1912), après ses études dans son pays natal, sera, à partir de 1847, l’élève entre autres d’A.-Fr. Marmontel et Ch.-V. Alkan en piano et de F. Le Couppey en composition à Paris, ainsi que d’A. B. Marx en théorie musicale, à Berlin. Après une tournée de concerts en Europe, il rencontre notamment Gounod, Berlioz et Wagner. Napoléon III le considérera comme l’un de ses musiciens favoris. Il enseignera au Conservatoire de Moscou, puis s’installera à Bruxelles.
Jan A. Jarnicki poursuit donc avec ce 5e volume l’exploration de la production pour piano de son compatriote, regroupant ses 8 Romances sans paroles (op. 14), en 2 Cahiers (dédiées à Adolphe Henselt) et ses 8 Mazurkas (op. 23) — aussi en 2 Cahiers — qu’il a confiées à raison à Agnieszka Schulz-Brzyska. Faits remarquables : les indications agogiques des Romances figurent en français ; les Mazurkas sont toutes adressées à des dames de l’artistocratie. Immersion garantie dans la musique de salon sous le Second Empire.
Édith WEBER
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CHOPIN/Yuki KONDO : Les 4 Ballades. Trois Polonaises… Disques FY & du Solstice (www.solstice-music.com ). 2020. SOCD385. TT : 64’ 35.

Yuki Kondo — pianiste diplômée du Conservatoire de Tokyo et du CNR de Paris (notamment auprès de Gabriel Tacchino), 1er Prix du Concours Térésa Llacuna (2014) — s’illustre ici dans un de ses répertoires de prédilection. Au Piano Steinway D totalement apprivoisé, elle interprète avec une haute maîtrise ces pages de Frédéric Chopin (1810-1849) qu’elle vit pleinement : 4 Ballades (composées entre 1831 et 1842) respectivement en sol mineur (op. 23), Fa majeur (op. 38), La b majeur (op. 47) et fa mineur (op. 52). Précédée d’un Andante spianato (Sol majeur) particulièrement aérien et rêveur, la brillante Grande Polonaise (op. 22) en Mi b majeur — composée entre 1830 et 1836 — est exécutée avec une précision d’orfèvre par Yuki Kondo qui se joue merveilleusement des innombrables traquenards techniques. Pour finir, les restitutions des Polonaises (op. 40 n°1) « Militaire » et (op. 53) « Héroïque » frôlent la perfection. Magistral.
Édith WEBER
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Un moment musical chez les Schumann. KLARTHE (www.klarthe.com ). K093. 2020. TT : 79’ 39.

Voici une confrontation patronymique et musicale peu commune, associant Robert SCHUMANN (1810-1856), les frères Georg (1866-1952) et Camillo SCHUMANN (1872-1946) et, de surcroît, avec une sortie physique et numérique mondiale, à partir d’un enregistrement en 2019, en l’Église protestante Saint-Marcel (Paris) réputée pour sa remarquable acoustique et sa sonorité large.
Cyrielle Golin (violoncelle Caussin, 1866) et Antoine Mourlas (piano Steinway & Sons, 1986) convient les mélomanes à un exceptionnel moment musical romantique et postromantique, illustré par deux formes : Stücke (pièces) et Sonates. Selon le texte de présentation, la fratrie Camillo et Georg SCHUMANN, « issue d’une grande tradition musicale partage pourtant de nombreux liens avec l’illustre Robert Schumann », d’où la problématique du disque. Cette invitation au voyage dans le temps (XIXe-XXe siècles), avec les 5 Stücke im Volkston, pièces de caractère populaire, de Robert (op. 102, 1849) qui ont enchanté son épouse Clara, avec une certaine tendance à l’imagination est de facture romantique et vivement ressentie par les deux interprètes. Il s’agit de 5 œuvres brèves avec des indications précises : Vanitas vanitatum (avec humour) ; Lent ; pas vite ; pas trop rapide ; Fort et marqué, scrupuleusement respectées.
Georg SCHUMANN a écrit, fin 1897, sa Sonate en mi mineur (op. 19) ; il y privilégie l’alternance binaire/ternaire, des harmonies rares et se souvient de BRAHMS. Il a accompli une carrière de concertiste internationale. Camillo SCHUMANN, son frère, aussi originaire de Saxe, est organiste, pianiste et chef d’orchestre. Sa Sonate n°1 (op. 59, éditée par Breitkopf & Härtel en 2017), très imprégnée de romantisme allemand, est une première mondiale.
Passionnant voyage comparatif (avec découverte) en Schumannie
. Édith Weber
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Claude DELVINCOURT : L’œuvre pour piano, vol. 1. AZUR Classical AZC 152. Distribution : CIAR (ciar.e-monsite.com ). TT : 60’.

Voici, en premier enregistrement mondial, l’œuvre pour piano de Claude DELVINCOURT (né à Paris en 1888, mort à Ortebello (Italie) en 1954), élève de Léon Boëllmann, Henri Busser, Georges Caussade et Charles-Marie Widor. Grand Prix de Rome (1913), éborgné fin 1915 en Argonne, il sera organiste titulaire de l’Église St-Jacques, à Dieppe (1926). En 1941, directeur du Conservatoire de Paris, il y modernise les méthodes pédagogiques. Dans ce premier CD, sont réunies une vingtaine de pièces brèves interprétées au Piano Steinway D Concert, sous les doigts agiles de Diane Andersen, pianiste belge d’origine danoise (née en 1937), professeur honoraire au Conservatoire royal de Bruxelles.
Le recueil (1931), Croquembouches (dédié à sa « fille Annie Pifre », comporte 12 pièces brèves aux titres alléchants : Omelette au rhum, Grenadine, Meringue à la crème, Plum pudding… et n’engendrant pas la morosité. À noter 4 pages inédites proches des formes traditionnelles : Prélude et Fugue, Menuet, Gavotte, Valse ; son ultime pièce pour piano bitonale : Galéjade (éditée en 1952) témoigne de sens invétéré de la plaisanterie. Le volume contient encore Cinq Pièces pour le piano : Prélude, Danse pour rire, Tempo di Minuetto, Berceuse, Danse hollandaise… hautes en couleur. Le toucher délicat et si précis de Diane Andersen rend un somptueux hommage à ce maître français. Édith Weber
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Raul KOCZALSKI : Piano Concertos 3. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0503. 2019. TT : 60’ 28.

Considéré comme le « Mozart polonais », le compositeur et pianiste Raul KOCZALSKI (1885-1948) a rencontré un grand succès sur le plan international sauf dans son pays natal. Après s’être perfectionné en piano avec Anton Rubinstein, vers 1903, il se consacre davantage à la composition, avant de revenir à une carrière européenne de concertiste. C’est encore l’éminente pianiste polonaise, Joanna Lawrynowicz, qui poursuit l’enregistrement des Concertos nos 5 et 6, toujours accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Lublin, dirigé par Wojciech Rodek — tous deux infatigables promoteurs de la musique polonaise — qui ont répondu avec enthousiasme à la poursuite du projet d’exhumation de cette musique concertante. Le Concerto pour piano n°5 en Ré Majeur (op. 140) comporte 4 mouvements contrastés : Moderato, Adagio, Vivo et final Maestoso, tout comme le n°6 en Ré Majeur (op. 145) : Andante, Lento sostenuto, Scherzo. Vivace et Deciso, patetico, chacun rendu avec soin et musicalité par les interprètes au service de la musique de leur compatriote.
Édith Weber

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Aleksandra GARBAL : Works for Piano 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), AP0465. 2019. TT : 75’ 45.

La pianiste, claveciniste, organiste, harpiste, soprano et théoricienne polonaise au grand rayonnement international, Aleksandra GARBAL (née en 1970, formée à Varsovie et Katowice) est également compositrice. Un CD précédemment recensé témoignait de sa polyvalence compositionnelle, mais son corpus pour piano est également conséquent. 22 plages hautes en couleurs, regroupent, sous des titres anglais et polonais, notamment Les Voyages des Nains, 20 Images d’une visite au zoo, Épilogue, Les Couleurs de la Mer, Étude-Polonaise dédiée à Artur Cimirro, incontournable et talentueux pianiste d’ACTE PRÉALABLE qui s’illustre au fil des divers pages. Le CD s’ouvre sur une combinaison percussion/piano du meilleur effet. Dans ce premier volume, le pianiste fait preuve d’émotion, d’une grande concentration, d’un engagement total toujours proche du public. Aleksandra GARBAL mise sur l’importance de la mélodie et de l’harmonie, le chromatisme, les clusters (avec 5 doigts), le lyrisme mélodique dans les miniatures ainsi que les rythmes variés. Sur le plan pédagogique, ces morceaux s’adressent à des niveaux différents. Une belle réalisation de plus à l’actif de Jan A. Jarnicki et de son Label si prolifique au service de la musique notamment polonaise.

Édith Weber
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Enrique GRANADOS, Myriam Barbaux-Cohen, piano. ARS PRODUKTION (www.bs-artist.com ), ARS 38 288. 2019. TT : 69’ 35.

La pianiste et accompagnatrice française, Myriam Barbaux-Cohen, formée à Paris, puis en Suisse et en Espagne, installée à Francfort, est spécialisée dans la musique romantique. Ce premier CD traduit sa dilection hispanique qu’elle partage avec un rare bonheur. Son jeu n’est pas sans rappeler la méthode Blanche Selva (technique du poignet, sonorité chatoyante grâce à la somptuosité timbrique du Piano Bechstein convenant admirablement à ce répertoire). L’interprète a choisi la musique pour piano du compositeur catalan Enrique GRANADOS (1867-1916) en raison de son « mélange de légèreté et de profondeur ». Pour s’imprégner pleinement du climat ibérique, elle s’est rendue sur place. Au programme : le Livre d’heures, des Lettres d’amour (Valses intimes), des Scènes poétiques (Livres I et II), Valses poétiques, Oriental (n°2 des Danses espagnoles), sans oublier un Allegro de concert où Myriam Barbaux-Cohen donne toute sa mesure. Une échappée belle catalane à suivre.
Édith Weber
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Cyril Guillotin : Sortilèges. MOUSSORGSKY-TCHAIKOWSKY. Transcription et arrangement pour piano. CALLIOPE (www.bs-artist.com ), CAL 1972. 2019. TT : 68’ 03.

Cyril Guillotin réserve un sort royal à deux grandes œuvres du répertoire : la Suite Casse-Noisette de Piotr Illitch TCHAIKOWSKY (1840-1893), transcrite et arrangée pour piano par Mikhail Pletnev et Les Tableaux d’une exposition de Modeste MOURSSORGSKY (1839-1881). Dès les premières notes, son toucher tient l’auditeur en haleine et la trame romantique se déploie sans rétension. Les Tableaux révèlent la même capacité à passer d’une focale minimaliste à l’immensité monumentale.
À noter, en premier enregistrement mondial : la Suite (tricolore) « Les Visages » de Laurent LEFRANÇOIS (compositeur né à Caen en 1974) : Bleu le courageux ; Rouge le héros ; Blanc le rusé, chaque couleur étant hautement caractérisée. Une autre découverte…
Édith Weber
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Eaux-fortes. Kirill Zvegintsov (piano). DISQUES FY & DU SOLSTICE (www.solstice-music.com ). SOCD 362. 2019. TT : 74’ 21.

Le pianiste et chef ukrainien Kirill Zvegintsov, formé dans son pays, puis en Suisse, Lauréat de plusieurs concours internationaux, convie les amateurs à un programme pour le moins divers et original autour de 4 compositeurs, dont deux peu connus.
Le CD s’ouvre avec l’Onzième Ordre de François COUPERIN (1668-1733), attestant la diversité esthétique du pianiste qui s’y illustre par son traitement spécifique de chaque miniature. Claude DEBUSSY (1862-1918) est représenté par Masques dont la percussivité est rendue à merveille. À retenir Eaux-fortes (qui donne son titre au CD) de Georges HUGON (1904-1980), élève d’Isidore Philipp et Georges Caussade, Jean Gallon et Paul Dukas au Conservatoire où il enseignera l’harmonie. Son écriture se veut sobre, marquée par les forts contrastes et la polytonalité et devient très originale. Dans ce quadriptyque datant de 1963, ce compositeur resté au second plan dresse 4 portraits aussi subtils qu’acrobatiques : Ophélie et Ariel (appartenant au théâtre sheakespearien) ; L’innocent et Maldoror (empruntés au Chants de Maldoror du poète Isidore Ducasse, alias le Comte de Lautréamont (1846-1870)). Kirill Zvegintsov y fait preuve d’une parfaite maîtrise du langage hugonien ainsi que d’une grande richesse expressive.
Le CD s’achève par l’inédite Fantaisie pour piano de Jacques LENOT (né en 1945), compositeur précoce, autodidacte ayant bénéficié de rencontres tutélaires, reconnu vers 2000, dont l’œuvre dans la mouvance sérielle bénéficie d’une écriture personnelle et exigeant une grande virtuosité. Très développée, cette vaste épopée sonore fait se percuter plusieurs plans expressifs que le pianiste mène de front avec une rare densité. Incontestablement : une découverte.

Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

 

Jeanne-Marie DARRÉ joue SAINT-SAËNS. DISQUES FY & DU SOLSTICE (www.solstice-music.com ). SOCD 363/4. 2020. 2 CD : TT : 62’ 53 ; 74’ 48.

Les discophiles trouveront avec intérêt des enregistrements inédits d’œuvres pour piano, et piano avec orchestre, interprétées par Jeanne-Marie Darré (1905-1999), ancienne élève de Marguerite Long (1874-1966). À son époque, la sonorité chaude et chantante est obtenue par les méthodes Marie Jaëll (1846-1925) et Blanche Selva (1884-1942) ; l’agilité et la précision digitales, par la technique d’Isidore Philipp (1863-1958).
Cette sélection d’œuvres de Camille SAINT-SAËNS (1835-1921) comprend : l’Étude en forme de Valse, la Bourrée pour la main gauche (vraie gageure), enregistrées en 1953, la redoutable Toccata (op. 727/3), forme aussi cultivée par Charles-Marie Widor et Louis Vierne, gravée à l’âge de 26 ans.
Les deux CD, sous digipack, offrent également la Sonate pour violon et piano n°1 en ré mineur (op. 75) — avec Denise Soriano (1916-2006) — et celle pour violoncelle et piano n°1 en ut mineur (op. 32) — avec Maurice Maréchal (1892-1964) —, ainsi que 3 Concertos pour piano et orchestre, n°4 en ut mineur (op. 44), n°2 en sol mineur (op. 22) et n°5 en Fa majeur (op. 103), dirigés respectivement par Roberto Benzi, Charles Munch (Boston Symphony Orchestra) ainsi que Thomas Shippers — que les mélomanes retrouveront avec plaisir. Dans ces pages, Jeanne-Marie Darré s’affirme par sa méticulosité, sa concision, son phrasé, son contrôle de la sonorité mais aussi son romantisme et son lyrisme.
Cette réalisation met en valeur la brillante technique de la « grande dame du piano » (Harold Schonberg), concertiste internationale (dès 1920) tombée dans l’oubli et incomparable professeur (depuis 1958 au CNSM) mais — grâce à Yvette Carbou et au label SOLSTICE — de nouveau très présente.
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020