LE BILLET DE LA REDACTION

ATTIRANTE PREMIERE A GARNIER : ELIOGABALO DE CAVALLI

 

Ce n'est pas tous les jours qu'une maison d'opéra peut s'offrir une Première assoluta. C'est pourtant ce que vient de faire l'Opéra de Paris à la salle Garnier avec l'entrée au répertoire d'Eliogabalo. Un spectacle qui voit plusieurs ''premières fois'' céans : celles du chef argentin Leonardo García Alarcón et du metteur en scène Thomas Jolly qui signe également son premier opéra. Eliogabalo, ultime ouvrage connu (1668) des 27 laissés à la postérité par le compositeur vénitien (1602-1676) fort célébré au Seicento, narre l'histoire peu édifiante de l'empereur Héliogabale qui régna sur Rome de 218 à 222 de notre ère, personnage sulfureux, débauché, pervers et sadique. Une phrase dans la bouche d'une des femmes qu'il convoite, Gemmira, ne le définit-elle pas : « Lui sait trouver le mal ». Comme sa mégalomanie : « Je ne vaux pas moins que le Dieu tonnant ». L'opéra le voit se mettre en scène jusqu'à sa propre décadence. Le schéma dramatique est relativement simple : deux couples de jeunes amants voient leurs amours contrariés par les caprices libidineux et la volonté de possession inassouvie de ce César annonçant quelque Don Giovanni. « Sa vie est une flamme, son règne un grand carnaval », remarque García Alarcón. Chacun des trois actes culmine par une scène spectaculaire : le Sénat des femmes, au Ier, où sous le travestissement, tout semble permis, le banquet au II ème, prétexte à projet  d'empoisonnement d'un rival encombrant Alessandro, et les jeux du cirque au dernier. Eliogabalo dont le dessein d'ultime conquête ne se réalisera pas, périt sous les coups de sa propre garde militaire, celle même qui l'avait hissé au pouvoir. Un lieto fine réunira les amants. Le livret dont l'auteur est resté inconnu, mais où certains exégètes ont cru voir la plume de Busenello, le librettiste de Monteverdi, est d'une belle qualité littéraire : la perfidie du langage rejoint la haine dans les actes.

 

  Jean-Pierre ROBERT

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